Château de Champ-Renard
Sommaire
- De la maison forte de 1250 au vignoble du marquis
- Une place forte des sires de Beaujeu
- 1765, la vigne, puis la visite de Thomas Jefferson
- Une tour médiévale et un parc de Louis Germain
- 2014 : relancer un vignoble laissé à l’abandon
- Une année sans récolte pour sauver les vignes
- De Terra Vitis au label bio, en passant par HVE
- Couverts végétaux, ruches et agroforesterie
- Blacé, une commune des Beaujolais-Villages
- De l’AOC Beaujolais au Moulin-à-Vent
- Silice, granite et argilo-calcaire face au sud-est
- Le gamaret, un croisement suisse en Vin de France
- Sans sulfites ajoutés, des cuves de 1912 aux fûts de chêne
- À la main, et sans soufre pendant la vinification
- Béton de 1912, inox et foudres
- Du vin nature au villages élevé sous bois
- Premières étoiles au Guide Hachette
- Déguster et dormir au Château de Champ-Renard
- Du cachot au cuvage, avec les Châteaux en Beaujolais
- L’appartement du Cocher et l’appartement du Paradis
De la maison forte de 1250 au vignoble du marquis
Le Château de Champ-Renard se dresse à Blacé, dans le Beaujolais, à un quart d’heure de Villefranche-sur-Saône. Ses premières pierres datent du XIIIe siècle. Son vignoble, lui, a bien failli disparaître, avant que Fabienne Vilain et Denis Garnier ne reprennent le domaine en 2014. Il produit aujourd’hui un vin bio certifié par Ecocert.
Une place forte des sires de Beaujeu
Les seigneurs de Jarnioux édifient Champ-Renard en 1250. C’est alors une maison forte, avec pont-levis, douves, donjon et fortifications. En 1284, le château est rattaché aux sires de Beaujeu. Il doit défendre le territoire contre les ennemis venus du sud et de l’est.
Au XVe siècle, il appartient à la famille Manchervet. Claude, la fille de la maison, l’apporte à son époux, Jean Agnot. Cet écuyer du roi est resté dans les mémoires pour avoir délivré le chevalier Bayard à la bataille du Garigliano. Les Agnot garderont Champ-Renard plus de deux siècles.
1765, la vigne, puis la visite de Thomas Jefferson
En 1765, le marquis d’Espinay-de-Laye prend la succession et fait de Champ-Renard un domaine viticole. La vigne est plantée autour de l’enceinte. Elle gagne assez de renommée pour que Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis, soit reçu au domaine en 1787.
Le château rend aussi la haute, moyenne et basse justice jusqu’au début du XIXe siècle, surtout pour des différends entre voisins. Marchands et notaires s’y succèdent ensuite. Certains en font leur résidence principale, d’autres leur résidence secondaire.
Une tour médiévale et un parc de Louis Germain
De l’édifice d’origine, seule la tour médiévale subsiste. Le reste des constructions date du XVe siècle. Au XIXe siècle, l’architecte Louis Germain ajoute des fenêtres à meneaux et en ogive, dans le style néogothique alors à la mode.
Il dessine aussi un parc à l’anglaise de 1,6 hectare. On y croise un pont de rocaille, une rivière artificielle, une forêt de bambous et un séquoia géant. Pour y entrer, on pousse toujours la grille côté vignes, puis on remonte l’allée des charmilles.

2014 : relancer un vignoble laissé à l’abandon
Une année sans récolte pour sauver les vignes
Quand le couple achète Champ-Renard en 2014, l’exploitation ne produit plus depuis plusieurs années. Faute d’entretien, certaines vignes sont perdues. Denis Garnier, issu d’une famille de cuisiniers et de maîtres chocolatiers, se charge de restructurer le vignoble.
Pour sauver le maximum de ceps, les nouveaux propriétaires suivent d’abord le plan de traitement de leur fournisseur. 2015 passe sans récolte. Ces traitements permettent de sauver 1,1 hectare de vignes, et la première cuvée du château est commercialisée en 2016.
Le couple plante ensuite 2 hectares de vignes supplémentaires. Le vignoble couvre aujourd’hui 7,5 hectares autour du château. La majeure partie des ceps de gamay et de chardonnay date de 1939. Pour ses vignes les plus anciennes, le domaine a acquis un tracteur enjambeur.
De Terra Vitis au label bio, en passant par HVE
Une fois le vignoble reparti, le couple doute de l’impartialité de son fournisseur. Il réduit les produits et fait venir chaque semaine un technicien de la Chambre d’agriculture du Rhône. Celui-ci observe les maladies de la vigne et ne recommande que de rares traitements ciblés.
Les certifications suivent : Terra Vitis en 2018, puis HVE niveau 3 en 2019. Les vins sont aussi certifiés EVE Vegan depuis 2019. Aucun produit d’origine animale n’entre dans la chaîne : ni engrais au vignoble, ni colle animale sur les étiquettes.
Le domaine s’engage en agriculture biologique le 1er mars 2021, sous le contrôle d’Ecocert. Son vin est aujourd’hui certifié bio, tandis qu’une partie des vignes achève sa troisième année de conversion. Denis Garnier résume la ligne suivie : « toujours réduire ce qui n’est pas naturel ».
Couverts végétaux, ruches et agroforesterie
Dès la démarche Terra Vitis, un couvert végétal est semé dans toutes les vignes, avec des engrais verts pour enrichir le sol. « Coccinelles, abeilles, mantes religieuses étaient de retour ! », raconte Denis Garnier.
En 2021, trois ruches s’installent au pied des vignes, confiées à un apiculteur qui les conduit en bio. Elles profitent des prairies, des haies et d’un potager cultivé en permaculture. Le domaine mène aussi un projet d’agroforesterie, qui intègre l’arbre au vignoble pour favoriser la biodiversité.
Blacé, une commune des Beaujolais-Villages
De l’AOC Beaujolais au Moulin-à-Vent
Le vignoble du Beaujolais s’étend sur 55 kilomètres, du nord au sud, entre Lyon et Mâcon. La mention Villages se limite à sa moitié nord, et Blacé figure dans la liste de ses communes. Les vins du village peuvent aussi porter l’appellation Beaujolais suivie du nom de la commune.
Le cahier des charges réserve les blancs au seul chardonnay et fait du gamay le cépage principal des rouges. Champ-Renard décline sa production en plusieurs appellations. En rouge : Moulin-à-Vent, Brouilly et Beaujolais-Villages. En blanc : Bourgogne, Beaujolais Blacé et Beaujolais-Villages. Une partie des rouges sort en Vin de France.
Silice, granite et argilo-calcaire face au sud-est
Le Beaujolais repose sur deux grandes familles de roches. Au nord, granites, porphyres et schistes donnent des sols sableux ou argileux, à réaction acide. Au sud affleurent des calcaires, aux sols plus argileux et plus profonds. Partout, les coteaux regardent surtout vers l’est et le sud.
À Champ-Renard, les vignes sont exposées au sud et au sud-est. Elles poussent sur des sols siliceux et granitiques, mais aussi argilo-calcaires. Le vignoble présente une faible densité de plantation.
Le gamaret, un croisement suisse en Vin de France
Aux côtés du gamay et du chardonnay, le domaine cultive un cépage peu commun, le gamaret. Il a été obtenu en 1970 à la station de Changins, en Suisse, en croisant le gamay et le reichensteiner.
Le gamaret ne figure pas parmi les cépages de l’AOC Beaujolais. La cuvée Vigne & Versa 2020, à 85 % de gamaret et 15 % de gamay, sort donc en Vin de France. Elle a décroché sa première médaille d’or au concours des Vignerons Indépendants.
Sans sulfites ajoutés, des cuves de 1912 aux fûts de chêne
À la main, et sans soufre pendant la vinification
Les vendanges sont en grande partie manuelles, et le raisin est rentré à maturité. Les vinifications se font sans chaptalisation et sans sulfites ajoutés, avec le moins d’oxygène possible. Toutes les étapes, mise en bouteille comprise, ont lieu au château.
Certains vins ont tout de même besoin de sulfites pour leur stabilité. Ils les reçoivent à la mise en bouteille, jamais pendant la vinification. Certaines cuvées sont ainsi très légèrement sulfitées.
Béton de 1912, inox et foudres
Le domaine vinifie dans des cuves en béton et en inox, ou en fûts de chêne. Au fond de l’ancien caveau, des cuves en béton ont été construites et coulées sur place. Lors de la rénovation, un léger gommage a fait apparaître une date : 1912. Utilisées jusqu’en 2004, elles sont encore utilisables.


Du vin nature au villages élevé sous bois
Le domaine décrit des vins structurés et expressifs, dotés d’une large palette aromatique. Il privilégie les macérations et les élevages longs, et plusieurs cuvées passent en fûts de chêne.
La cuvée 1787, un Beaujolais-Villages rouge, rappelle la visite de Jefferson. Son millésime 2018 a passé 18 mois sous bois, en foudre et en fûts, et s’ouvre sur les fruits noirs, la cerise mûre et les épices douces. À l’opposé, Le Vin de ma Mémé, simplement nature est un vin sans soufre, au fruité soutenu et gourmand.
Premières étoiles au Guide Hachette
Le Guide Hachette des vins 2022 a retenu deux cuvées du domaine, avec une étoile chacune : 1787 2018 et Le Vin de ma Mémé 2019. C’était une première pour le château. L’édition 2023 accorde deux étoiles au Vin de ma Mémé 2020. Le guide y relève des notes d’épices et de fruits noirs, et une belle charpente.
Le Guide Dussert-Gerber 2024 a noté 91/100 Le Vin de ma Mémé, Beaujolais-Villages blanc 2021, et 90/100 la cuvée 1787, Beaujolais-Villages rouge 2020.
Déguster et dormir au Château de Champ-Renard
Du cachot au cuvage, avec les Châteaux en Beaujolais
Les visites se réservent à l’avance et se font par petits groupes de 10 personnes au plus, en français ou en anglais. La visite « Vie de Château » passe par la salle de justice, le cachot et la salle de garde. Elle continue par le chai d’élevage, les vignes et le cuvage, puis se termine par une dégustation.
Plusieurs formules associent les vins à des fromages de la fromagerie de Blacé, à des chocolats d’un artisan local ou à un pique-nique dans le parc. Champ-Renard appartient aussi à l’association Châteaux en Beaujolais, qui réunit dix châteaux autour d’un carnet de route commun.
L’association organise des dîners historiques baptisés « À Table avec l’Histoire ». À Champ-Renard, la soirée se tient dans les salons du premier étage. Elle met en scène le marquis d’Espinay-de-Laye recevant Thomas Jefferson.
L’appartement du Cocher et l’appartement du Paradis
Deux appartements permettent de dormir au château. L’Appartement du Cocher occupe l’ancien logement du cocher, au-dessus des écuries. On y entre par l’ancienne sellerie, encore ornée de ses supports de selles et de brides. Il compte trois chambres doubles.
L’Appartement du Paradis, pour 4 personnes, se trouve juste au-dessus du cuvage. Son nom vient du paradis, ce vin frais et sucré obtenu quelques jours après le début de la fermentation. Il donne sur les vignes.
Le château reçoit aussi mariages, séminaires et fêtes de famille. Dans la Salle de Garde, voisine de la Salle de Justice, 180 personnes peuvent dîner attablées.
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