Vignes du Château Champ-Renard

Château de Champ-Renard

Région viticole

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Beaujolais

En conversionBio
Sommaire

De la maison forte de 1250 au vignoble du marquis

Le Château de Champ-Renard se dresse à Blacé, dans le Beaujolais, à un quart d’heure de Villefranche-sur-Saône. Ses premières pierres datent du XIIIe siècle. Son vignoble, lui, a bien failli disparaître, avant que Fabienne Vilain et Denis Garnier ne reprennent le domaine en 2014. Il produit aujourd’hui un vin bio certifié par Ecocert.

Une place forte des sires de Beaujeu

Les seigneurs de Jarnioux édifient Champ-Renard en 1250. C’est alors une maison forte, avec pont-levis, douves, donjon et fortifications. En 1284, le château est rattaché aux sires de Beaujeu. Il doit défendre le territoire contre les ennemis venus du sud et de l’est.

Au XVe siècle, il appartient à la famille Manchervet. Claude, la fille de la maison, l’apporte à son époux, Jean Agnot. Cet écuyer du roi est resté dans les mémoires pour avoir délivré le chevalier Bayard à la bataille du Garigliano. Les Agnot garderont Champ-Renard plus de deux siècles.

1765, la vigne, puis la visite de Thomas Jefferson

En 1765, le marquis d’Espinay-de-Laye prend la succession et fait de Champ-Renard un domaine viticole. La vigne est plantée autour de l’enceinte. Elle gagne assez de renommée pour que Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis, soit reçu au domaine en 1787.

Le château rend aussi la haute, moyenne et basse justice jusqu’au début du XIXe siècle, surtout pour des différends entre voisins. Marchands et notaires s’y succèdent ensuite. Certains en font leur résidence principale, d’autres leur résidence secondaire.

Une tour médiévale et un parc de Louis Germain

De l’édifice d’origine, seule la tour médiévale subsiste. Le reste des constructions date du XVe siècle. Au XIXe siècle, l’architecte Louis Germain ajoute des fenêtres à meneaux et en ogive, dans le style néogothique alors à la mode.

Il dessine aussi un parc à l’anglaise de 1,6 hectare. On y croise un pont de rocaille, une rivière artificielle, une forêt de bambous et un séquoia géant. Pour y entrer, on pousse toujours la grille côté vignes, puis on remonte l’allée des charmilles.

Château Champ-Renard

2014 : relancer un vignoble laissé à l’abandon

Une année sans récolte pour sauver les vignes

Quand le couple achète Champ-Renard en 2014, l’exploitation ne produit plus depuis plusieurs années. Faute d’entretien, certaines vignes sont perdues. Denis Garnier, issu d’une famille de cuisiniers et de maîtres chocolatiers, se charge de restructurer le vignoble.

Pour sauver le maximum de ceps, les nouveaux propriétaires suivent d’abord le plan de traitement de leur fournisseur. 2015 passe sans récolte. Ces traitements permettent de sauver 1,1 hectare de vignes, et la première cuvée du château est commercialisée en 2016.

Le couple plante ensuite 2 hectares de vignes supplémentaires. Le vignoble couvre aujourd’hui 7,5 hectares autour du château. La majeure partie des ceps de gamay et de chardonnay date de 1939. Pour ses vignes les plus anciennes, le domaine a acquis un tracteur enjambeur.

De Terra Vitis au label bio, en passant par HVE

Une fois le vignoble reparti, le couple doute de l’impartialité de son fournisseur. Il réduit les produits et fait venir chaque semaine un technicien de la Chambre d’agriculture du Rhône. Celui-ci observe les maladies de la vigne et ne recommande que de rares traitements ciblés.

Les certifications suivent : Terra Vitis en 2018, puis HVE niveau 3 en 2019. Les vins sont aussi certifiés EVE Vegan depuis 2019. Aucun produit d’origine animale n’entre dans la chaîne : ni engrais au vignoble, ni colle animale sur les étiquettes.

Le domaine s’engage en agriculture biologique le 1er mars 2021, sous le contrôle d’Ecocert. Son vin est aujourd’hui certifié bio, tandis qu’une partie des vignes achève sa troisième année de conversion. Denis Garnier résume la ligne suivie : « toujours réduire ce qui n’est pas naturel ».

Couverts végétaux, ruches et agroforesterie

Dès la démarche Terra Vitis, un couvert végétal est semé dans toutes les vignes, avec des engrais verts pour enrichir le sol. « Coccinelles, abeilles, mantes religieuses étaient de retour ! », raconte Denis Garnier.

En 2021, trois ruches s’installent au pied des vignes, confiées à un apiculteur qui les conduit en bio. Elles profitent des prairies, des haies et d’un potager cultivé en permaculture. Le domaine mène aussi un projet d’agroforesterie, qui intègre l’arbre au vignoble pour favoriser la biodiversité.

Blacé, une commune des Beaujolais-Villages

De l’AOC Beaujolais au Moulin-à-Vent

Le vignoble du Beaujolais s’étend sur 55 kilomètres, du nord au sud, entre Lyon et Mâcon. La mention Villages se limite à sa moitié nord, et Blacé figure dans la liste de ses communes. Les vins du village peuvent aussi porter l’appellation Beaujolais suivie du nom de la commune.

Le cahier des charges réserve les blancs au seul chardonnay et fait du gamay le cépage principal des rouges. Champ-Renard décline sa production en plusieurs appellations. En rouge : Moulin-à-Vent, Brouilly et Beaujolais-Villages. En blanc : Bourgogne, Beaujolais Blacé et Beaujolais-Villages. Une partie des rouges sort en Vin de France.

Silice, granite et argilo-calcaire face au sud-est

Le Beaujolais repose sur deux grandes familles de roches. Au nord, granites, porphyres et schistes donnent des sols sableux ou argileux, à réaction acide. Au sud affleurent des calcaires, aux sols plus argileux et plus profonds. Partout, les coteaux regardent surtout vers l’est et le sud.

À Champ-Renard, les vignes sont exposées au sud et au sud-est. Elles poussent sur des sols siliceux et granitiques, mais aussi argilo-calcaires. Le vignoble présente une faible densité de plantation.

Le gamaret, un croisement suisse en Vin de France

Aux côtés du gamay et du chardonnay, le domaine cultive un cépage peu commun, le gamaret. Il a été obtenu en 1970 à la station de Changins, en Suisse, en croisant le gamay et le reichensteiner.

Le gamaret ne figure pas parmi les cépages de l’AOC Beaujolais. La cuvée Vigne & Versa 2020, à 85 % de gamaret et 15 % de gamay, sort donc en Vin de France. Elle a décroché sa première médaille d’or au concours des Vignerons Indépendants.

Sans sulfites ajoutés, des cuves de 1912 aux fûts de chêne

À la main, et sans soufre pendant la vinification

Les vendanges sont en grande partie manuelles, et le raisin est rentré à maturité. Les vinifications se font sans chaptalisation et sans sulfites ajoutés, avec le moins d’oxygène possible. Toutes les étapes, mise en bouteille comprise, ont lieu au château.

Certains vins ont tout de même besoin de sulfites pour leur stabilité. Ils les reçoivent à la mise en bouteille, jamais pendant la vinification. Certaines cuvées sont ainsi très légèrement sulfitées.

Béton de 1912, inox et foudres

Le domaine vinifie dans des cuves en béton et en inox, ou en fûts de chêne. Au fond de l’ancien caveau, des cuves en béton ont été construites et coulées sur place. Lors de la rénovation, un léger gommage a fait apparaître une date : 1912. Utilisées jusqu’en 2004, elles sont encore utilisables.

Du vin nature au villages élevé sous bois

Le domaine décrit des vins structurés et expressifs, dotés d’une large palette aromatique. Il privilégie les macérations et les élevages longs, et plusieurs cuvées passent en fûts de chêne.

La cuvée 1787, un Beaujolais-Villages rouge, rappelle la visite de Jefferson. Son millésime 2018 a passé 18 mois sous bois, en foudre et en fûts, et s’ouvre sur les fruits noirs, la cerise mûre et les épices douces. À l’opposé, Le Vin de ma Mémé, simplement nature est un vin sans soufre, au fruité soutenu et gourmand.

Premières étoiles au Guide Hachette

Le Guide Hachette des vins 2022 a retenu deux cuvées du domaine, avec une étoile chacune : 1787 2018 et Le Vin de ma Mémé 2019. C’était une première pour le château. L’édition 2023 accorde deux étoiles au Vin de ma Mémé 2020. Le guide y relève des notes d’épices et de fruits noirs, et une belle charpente.

Le Guide Dussert-Gerber 2024 a noté 91/100 Le Vin de ma Mémé, Beaujolais-Villages blanc 2021, et 90/100 la cuvée 1787, Beaujolais-Villages rouge 2020.

Déguster et dormir au Château de Champ-Renard

Du cachot au cuvage, avec les Châteaux en Beaujolais

Les visites se réservent à l’avance et se font par petits groupes de 10 personnes au plus, en français ou en anglais. La visite « Vie de Château » passe par la salle de justice, le cachot et la salle de garde. Elle continue par le chai d’élevage, les vignes et le cuvage, puis se termine par une dégustation.

Plusieurs formules associent les vins à des fromages de la fromagerie de Blacé, à des chocolats d’un artisan local ou à un pique-nique dans le parc. Champ-Renard appartient aussi à l’association Châteaux en Beaujolais, qui réunit dix châteaux autour d’un carnet de route commun.

L’association organise des dîners historiques baptisés « À Table avec l’Histoire ». À Champ-Renard, la soirée se tient dans les salons du premier étage. Elle met en scène le marquis d’Espinay-de-Laye recevant Thomas Jefferson.

L’appartement du Cocher et l’appartement du Paradis

Deux appartements permettent de dormir au château. L’Appartement du Cocher occupe l’ancien logement du cocher, au-dessus des écuries. On y entre par l’ancienne sellerie, encore ornée de ses supports de selles et de brides. Il compte trois chambres doubles.

L’Appartement du Paradis, pour 4 personnes, se trouve juste au-dessus du cuvage. Son nom vient du paradis, ce vin frais et sucré obtenu quelques jours après le début de la fermentation. Il donne sur les vignes.

Le château reçoit aussi mariages, séminaires et fêtes de famille. Dans la Salle de Garde, voisine de la Salle de Justice, 180 personnes peuvent dîner attablées.

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Les autres domaines de la région Beaujolais

  • Domaine Romanesca

    Le Domaine Romanesca, à Fleurie, tient son nom de la villa gallo-romaine qui serait à l’origine de Romanèche-Thorins, le village du cru Moulin-à-Vent. Depuis 2019, les jumeaux Antoine et Olivier Chastel et Lucrèce Bruyant y prennent la suite de Guy et Ferréole Chastel. Ils ont converti les 7 hectares à l’agriculture biologique, certifiée depuis la récolte 2022. Leurs sept cuvées, du Moulin-à-Vent Champ de Cour au Beaujolais Villages blanc, naissent de vendanges manuelles et d’un travail parcelle par parcelle.

  • Le Bouc et la Treille

    Le Bouc et la Treille cultive 9 hectares de vignes bio en AOC Coteaux du Lyonnais, sur les argilo-calcaires de Poleymieux-au-Mont-d’Or. La ferme est née en 1976 d’un éleveur de chèvres et d’un paysan, puis a arrêté l’élevage en 2003 et converti sa vigne en bio en 2007. Mélissa Prieur-Tebaibi et Frédéric Bernard vinifient au levain maison, avec des macérations jusqu’à huit mois. Leurs cuvées aux noms de patois lyonnais se vendent surtout autour de Lyon, une partie en bouteilles consignées.

  • Domaine Matray & Filles

    Le Domaine Matray & Filles cultive la vigne à Fleurie depuis cinq générations et vinifie tous ses raisins dans le cuvage familial acheté en 2003. Bruno Matray et son frère Patrick y lancent dès 2005 l’arrachage de ceps et l’enherbement qui mènent à la conversion bio de 2018. Sa fille Maud, ingénieure travaux reconvertie, le rejoint en 2020 et relance la vente en bouteille. Du granit rose de Grille-Midi aux clos de pierre sèche des Pierres Dorées, la gamme réunit Fleurie, Morgon, Chiroubles et un Bourgogne blanc.

  • Domaine Bonnet-Cotton

    Fondé en 1856 au pied du Mont Brouilly, à Odenas, le Domaine Bonnet-Cotton est engagé en agriculture biologique depuis 2016. Pierre Cotton et Marine Bonnet y conduisent en gobelet des gamays d’environ 65 ans et plantent près de 500 arbres par an autour et au cœur des vignes. Chaque cuvée suit une parcelle, de la diorite bleue de la Côte de Brouilly aux granites de Brouilly, Régnié et Fleurie. Les rouges naissent en macération carbonique, en grappes entières, sans soufre ajouté sauf exception, ni collage ni filtration.

  • Château des Bachelards

    Le Château des Bachelards cultive 18 hectares de gamay, de chardonnay et de viognier autour de Fleurie, au nord du Beaujolais. Son Clos des Bachelards, monopole de 1,80 hectare ceint de murs depuis les moines de Cluny, repose sur du granite rose et des argiles bleues. Sans chimie de synthèse depuis 2007, le domaine est certifié Demeter depuis 2015 et Biodyvin depuis 2020. Ses Fleurie, Saint-Amour et Moulin-à-Vent sont éraflés, cuvés 28 jours puis élevés 18 à 22 mois en foudres, en demi-muids ou en amphores.

  • Domaine de Prapin

    Le Domaine de Prapin cultive 10 hectares de vignes à Taluyers, Saint-Laurent-d’Agny et Mornant, en Coteaux du Lyonnais, sur un sol de gneiss granitique. La famille Jullian y plante la vigne depuis 1890, et Lucie et Pierre Riviere en forment la sixième génération. Engagé en bio en 2009, le vignoble est conduit en biodynamie depuis 2012 et labellisé Demeter en 2024. Le gamay et le chardonnay y côtoient le gamaret et la syrah, et une partie des vins s’élève en amphore de terre cuite depuis 2015.

  • Saint-Ennemond

    Saint-Ennemond est la vigne de gamay que Dominique Merle cultive en Beaujolais-Villages à Cercié, sur des ceps de plus de 40 ans plantés par son père. Reprise en 2021, elle est passée du conventionnel à la bio par une étape en certification HVE. Le sol se travaille à la charrue tirée par des chevaux, et les vendanges se font à la main, en famille. La cave coopérative Vinescence a vinifié en vendange entière le premier millésime bio, un Beaujolais-Villages 2025.

  • Domaine du Champ de la Croix

    Le Domaine du Champ de la Croix cultive 16 hectares à Denicé, dans les Pierres Dorées, où la famille est installée depuis 1934. Passé par Santenay, Meursault et Corton, Benoît Roche reprend le domaine de son père en 2017 et achète une parcelle de Brouilly à 510 mètres. Engagé en bio en 2019, il signe avec 2022 son premier millésime certifié. Ses gamays passent en macération carbonique, et son blanc Les Barrières, élevé en fût, compte deux étoiles au Guide Hachette.

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