Domaine Antonin Guyon
Un damier de climats, de Gevrey-Chambertin à Puligny-Montrachet
Le Domaine Antonin Guyon vinifie à Savigny-lès-Beaune, au nord de Beaune. Ses vignes s’éparpillent sur les deux côtes de la Bourgogne. La famille annonce 45 hectares en production, en pinot noir et en chardonnay, du Charmes-Chambertin au Puligny-Montrachet. Le domaine est certifié en agriculture biologique par Ecocert, après un engagement pris en 2015. Sa singularité tient à cette collection de parcelles, rassemblée en deux générations et lue climat par climat.
Antonin Guyon achète ses premières vignes à 55 ans
Tout commence dans les années 1960. Antonin Guyon, alors âgé de 55 ans, achète ses premières parcelles. Ses appellations couvrent les deux côtes, de Gevrey-Chambertin à Meursault. En une dizaine d’années, il réunit des vignes à Chambolle-Musigny, sur la colline de Corton, à Volnay et à Puligny-Montrachet.
Pour un domaine familial bourguignon, l’étendue est inhabituelle : 25 appellations de la Côte-d’Or. Les caves du XVIIIe siècle se trouvent à Aloxe-Corton et à Savigny-lès-Beaune, où sont vinifiés tous les vins.
350 parcelles rassemblées à Meuilley
Son fils Dominique poursuit dans un autre registre. En 1970, il regroupe quelque 350 parcelles de près de 80 propriétaires à Meuilley. La commune se trouve dans les Hautes-Côtes de Nuits. Le travail est long, et le résultat tient en un chiffre : 22 hectares d’un seul tenant, exposés plein sud.
Ce coteau a donné naissance à une seconde étiquette familiale, le Domaine Dominique Guyon. Les Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits rouge et blanc, dont la cuvée Les Dames de Vergy, portent ce nom. La famille les présente pourtant avec le reste de sa gamme, vinifiés à Savigny et mis en bouteille au domaine.
Hombeline Guyon, troisième génération
Dominique Guyon et son frère Michel sont les propriétaires-récoltants, Dominique ayant la responsabilité du domaine. Il suit de près les vinifications. Vincent Nicot, longtemps maître de chai et chef de culture, est parti à la retraite en 2025.

Sa fille Hombeline Guyon représente la troisième génération. Elle a travaillé au Japon, en Chine et aux États-Unis, dans différents métiers du vin, avant de rejoindre le domaine en 2014. Avec son père et Vincent Nicot, elle a pris l’habitude de goûter plus souvent et plus longtemps, à trois.
Les climats, une affaire de famille jusqu’à l’Unesco
« Le climat donne le la », résume Hombeline Guyon. En Bourgogne, un climat désigne une parcelle de vigne délimitée et nommée de longue date. Le domaine cherche à exprimer la singularité de chacun des siens.
La campagne pour le patrimoine mondial
Avant de rejoindre son père, Hombeline a coordonné la communication d’une candidature : celle des climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle l’a menée aux côtés d’Aubert de Villaine. Elle a sillonné la Côte pour fédérer les acteurs du vignoble. Le 8 avril 2011, une marche symbolique réunit plusieurs milliers de personnes. L’inscription est obtenue en 2015.
Depuis, ce lien au paysage nourrit encore davantage la lecture que la famille fait de ses terroirs. Hombeline évoque l’association Paysage de Corton, qui œuvre à la préservation de la colline partagée entre Aloxe-Corton, Pernand-Vergelesses et Ladoix-Serrigny. « Un climat, ça vit, ça respire. Il faut savoir l’interpréter », dit-elle.
Sur la colline de Corton, deux grands crus mitoyens
La démonstration se fait sur la colline de Corton. Le domaine y exploite 55 ares de Corton Clos du Roy, des vignes d’une cinquantaine d’années. Juste en dessous s’étendent ses 85 ares de Corton Bressandes. « Les vignes se touchent mais les vins sont radicalement différents », constatent le père et la fille.
Le Clos du Roy donne un vin dense, structuré, aux accents de sous-bois. Les Bressandes jouent la tension et un fruit noir juteux, relevé de poivre. Les 55 ares de Corton-Charlemagne poussent sur une marne blanche, exposés plein sud, principalement sur la commune d’Aloxe-Corton.
Deux monopoles, à Chambolle et à Beaune
À Chambolle-Musigny, au centre de la Côte de Nuits, les parcelles familiales couvrent 3,3 hectares sur des éboulis du Jurassique. On y trouve Les Cras et le Clos du Village, un monopole cultivé depuis plus de cinquante ans. Ses vignes ont une quarantaine d’années, celles des Cras une cinquantaine.
À Beaune, le Clos de la Chaume Gaufriot est l’autre monopole du domaine, 77 ares sur un sol argilo-calcaire. À l’autre bout de la gamme, le Charmes-Chambertin tient sur 8 ares 56, à côté des 2,58 hectares de Gevrey-Chambertin village.
Des premiers crus de Volnay à Pernand-Vergelesses
Entre ces pôles s’égrènent les premiers crus. Volnay Clos des Chênes sur 87 ares, Aloxe-Corton Les Fournières sur 1,35 hectare et Les Vercots sur 68 ares. À Pernand-Vergelesses, le domaine cultive Les Fichots en rouge et Sous Frétille en blanc, sur un coteau très pentu.
Les blancs de la Côte de Beaune viennent de terres de marne blanche. Le Meursault-Charmes Les Charmes Dessus couvre 69 ares. Le Puligny-Montrachet Les Pucelles est planté de vignes d’une quarantaine d’années. Côté village, le domaine signe un Savigny-lès-Beaune Les Goudelettes sur 2,13 hectares et un Chorey-lès-Beaune Les Champs Longs.
Du rang de vigne à la cuverie de Savigny
Labours, caissettes de 40 kilos et double tri
Les sols sont entièrement labourés et les amendements restent modérés. Les rendements vont de 28 à 42 hectolitres par hectare selon les appellations. Aux vendanges, tout se ramasse à la main, en caissettes de 40 kilos. Les raisins arrivent à la cave en moins de 30 minutes.
La vendange est triée une première fois à la vigne, une seconde au chai. L’équipe de cueillette est faite d’habitués : certains vendangeurs reviennent depuis 25 ans.
Une certification bio qui officialise des pratiques
Le domaine s’engage en agriculture biologique auprès d’Ecocert en septembre 2015. Au terme de la conversion, il revendique la certification depuis 2018. Dominique Guyon explique que la famille suivait déjà ces façons de cultiver et qu’il s’agissait surtout de les rendre officielles. Il y voit un gain de pureté et de précision.
« Nous respectons plus que jamais la vigne. On n’a pas besoin d’artifices », ajoute-t-il. Le domaine porte aussi son attention aux tailles douces, aux cycles longs et à la vitalité des sols.
Cuves de bois ouvertes et pigeage pour les rouges
La vinification a lieu dans la cuverie de Savigny-lès-Beaune. Les rouges sont égrappés, puis vinifiés en cuves de bois ouvertes. On les pige deux fois par jour, sous contrôle des températures. Ils passent ensuite de 15 à 18 mois en fûts de chêne selon les appellations.

Depuis l’arrivée d’Hombeline, l’extraction s’est allégée : moins de remontages, davantage de délestages. La part de fûts neufs baisse depuis 2021, pour ne pas masquer la matière. Les élevages se font dans des caves semi-enterrées, à une température naturellement régulée.
Les blancs fermentent en barrique
Les raisins blancs sont pressés en grains entiers. Après un débourbage, les moûts sont entonnés et fermentent entièrement en barrique. Les vins restent sur leurs lies, avec un bâtonnage régulier. La mise en bouteille intervient en général au bout d’un an, de dix-huit mois pour le Corton-Charlemagne.
Des vins de garde servis à la table des grands restaurants
Des rouges soyeux, entre violette et cassis
Le domaine met en avant l’élégance de ses rouges. Le Chambolle-Musigny Clos du Village offre des arômes délicats de petits fruits et de violette, sur une texture soyeuse. Le Savigny Les Goudelettes associe petits fruits et vanille, avec une trame discrètement tannique.
Les grands crus de Corton ajoutent de la profondeur : nez de cassis et de framboise, bouche profonde, tanins très fins. Le Volnay Clos des Chênes mêle fruits rouges et sous-bois. Les premiers crus et les grands crus se gardent en général une dizaine à une quinzaine d’années.
Des blancs entre fleurs, miel et amande
Le Corton-Charlemagne ouvre sur le tilleul, l’acacia et le miel, avec une bouche pure et minérale. Le Meursault-Charmes, à la robe légèrement dorée, joue le miel et le moelleux. Le Pernand-Vergelesses Sous Frétille mise sur la fraîcheur, avec des arômes floraux et un nez d’amande.

200 000 bouteilles, dont 70 % pour l’étranger
Tous les vins proviennent des vignes de la famille et sont mis en bouteille au domaine. La production atteint environ 200 000 bouteilles par an. 70 % partent à l’export, des États-Unis au Japon en passant par la Scandinavie, Singapour et Hong Kong.
Les 30 % restants restent en France, où la grande restauration forme l’essentiel de la clientèle.
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