Domaine Bernard Millot
Un livre de vendanges ouvert en 1888 à Meursault
Le Domaine Bernard Millot est un domaine familial de Meursault, en Côte de Beaune, certifié en agriculture biologique. Il vinifie 23 vins sur 8 hectares, dont douze Meursault séparés lieu-dit par lieu-dit. On y plante aussi, depuis 2022, de la syrah et un cépage blanc venu de Corse.
Le registre de Stephen Rougeot
Tout part d’un cahier. En 1888, Stephen Rougeot y note la récolte du millésime. C’est l’arrière-arrière-grand-père d’Emilien Millot, qui conduit aujourd’hui le domaine. Le livre ne s’est jamais refermé : il passe d’une génération à l’autre, et chacune y consigne ses vendanges comme les événements de la famille.
Le domaine porte le nom de Bernard Millot, le père d’Emilien. Le fils a appris l’œnologie à Davayé, dans le Mâconnais, puis a travaillé dans le sud de la France, en Beaujolais et en Alsace. Il est revenu à plein temps à Meursault en 2010.

Emilien ne travaille pas seul. Ses parents l’épaulent toujours, avec deux salariés. Le logo du domaine dit le reste : une maison de village dessinée au trait, et la mention « vigneron récoltant ».
Huit hectares entre Meursault, Puligny et Beaune
Les parcelles se trouvent presque toutes sur la commune de Meursault. La vigne de Puligny-Montrachet, le lieu-dit Les Corvées, touche le village. Deux appellations viennent de Beaune, plus au nord : le Beaune 1er cru Les Sizies, en rouge, et le Clos des Longes, en blanc.
Le reste de la gamme puise dans les appellations régionales. Le Bourgogne Côte d’Or blanc assemble Les Pellans et Les Grandes Coutures, le rouge Les Grands Clous Perrons et Les Pellans. Un Bourgogne Aligoté, Les Guets de Bises, et un passe-tout-grains complètent la famille bourguignonne.
Douze Meursault, lieu-dit par lieu-dit
Sur ses huit hectares, le domaine met en bouteille douze Meursault. Chaque lieu-dit de village garde sa cuvée : En la Barre, En Luraule, Le Buisson Certaut, Les Chaumes, Les Clous, Les Petits Charrons, Les Terres Blanches et Les Vireuils. Un Meursault d’assemblage réunit Les Crotots et Au Village.
Deux premiers crus et un Meursault rouge
Au sommet de la gamme, deux premiers crus : Les Gouttes d’Or et Les Perrières. Le domaine leur donne 15 à 18 ans de garde, contre 10 à 15 ans pour les villages. Le Guide Hachette 2020 a accordé un coup de cœur et deux étoiles aux Gouttes d’Or 2017, une cuvée de 900 bouteilles.
Meursault évoque d’abord le chardonnay. Le domaine y produit pourtant un rouge, Les Criots, en pinot noir. Il passe un an en fûts de 500 litres âgés de trois à cinq ans, et se garde huit à dix ans.
Des blancs sur lies fines, sans bâtonnage
La vendange blanche passe plusieurs heures au pressoir. Les moûts reposent ensuite de 6 à 12 heures pour un débourbage statique, puis descendent en fût par gravité. Le jus clair y descend avec ses bourbes fines.

La fermentation démarre sans levurage, en fût, et la malolactique suit dans le même bois. L’élevage dure un an sur lies fines, sans bâtonnage. La part de fût neuf reste limitée : 20 % pour les lieux-dits et les premiers crus, 10 % pour le Meursault d’assemblage, le Beaune blanc et le Bourgogne.

Des rouges refroidis pendant les vendanges blanches
Les raisins rouges sont toujours éraflés. La vendange attend ensuite en cuve, refroidie entre 4 et 6 °C, le temps de rentrer les blancs, soit six à huit jours. La température remonte seule, et la fermentation démarre à basse température. Le domaine y cherche du fruit et des tanins souples.

La fermentation dure 8 à 10 jours. Un ou deux remontages par jour extraient en douceur, et trois ou quatre pigeages n’interviennent qu’à la fin. Le vin pressé décante ensuite 24 à 48 heures, pour ne garder que les lies fines avant l’entonnage.
Ce qu’en retient la critique
Le Guide des meilleurs vins de France 2025, que cite le domaine, salue « une belle déclinaison de Meursault village » attachée à des lieux-dits singuliers. Il relève aussi une recherche de maturité fraîche, avec une acidité parfois mordante dans les blancs.
Le même guide trouve En Luraule plus pierreux, Les Vireuils ciselés et En la Barre salin, en Meursault aux épaules carrées. Côté rouge, il décrit le Bourgogne sur un fruit rouge crémeux et des tanins fins. Des blancs tendus et salins, des rouges au fruit crémeux : ce sont les deux pôles que ces notes dessinent.
Moins de cuivre, des tisanes et de la syrah
Quarante ans de sols travaillés
La famille travaille ses sols dans leur totalité depuis plus de 40 ans. Après 30 ans de lutte raisonnée, elle a choisi le bio en 2017. L’engagement auprès d’Ecocert date de 2020, et raisins comme vins sont aujourd’hui certifiés en agriculture biologique, une partie des surfaces restant en conversion.
Les traitements, à base de soufre et de cuivre, s’accompagnent de tisanes et de décoctions d’osier, de consoude et de reine-des-prés. Quand l’année le permet, le domaine en réduit les doses d’un tiers, voire de moitié.
Cette baisse repose sur la prévention : un ébourgeonnage sévère, une vigueur modérée, un palissage soigné et des ceps bien aérés. De la taille à la mise en bouteille, l’équipe fait tous les travaux elle-même.

Fraisiers, menthe et voiles d’hivernage
Le domaine teste régulièrement de nouvelles pratiques. En 2020, il a commencé à réduire les labours en semant des plantes entre les rangs, comme la fraise et la menthe. Il essaie aussi des voiles d’hivernage pour protéger les bourgeons des gelées de printemps.
Syrah en 2022, biancu gentile en 2023
Les millésimes 2018, 2019 et 2020 ont fait souffrir le pinot noir, faute d’eau. « J’ai voulu anticiper un peu le changement climatique », explique Emilien. En mars 2022, il plante 14 ares de syrah à Meursault, à 10 000 pieds par hectare, en Guyot simple.
Hors des règles bourguignonnes, cette syrah sort en Vin de France, sous le nom d’Hommage. Elle macère en vendange entière six à huit jours, puis passe un an en fûts de 500 litres.
En 2023 suit le biancu gentile, un cépage blanc de Corse. Là-bas, il mûrit dès le début du mois d’août, trop tôt. Emilien l’attend plutôt à la mi-septembre en Bourgogne. Le domaine veut juger le potentiel et la tenue au vieillissement de ces cépages, seuls ou en assemblage, et n’exclut pas d’en essayer d’autres, venus d’autres pays.
Un blanc tiré de raisins noirs
Le goût de l’essai se retrouve dans deux autres Vins de France. On ne l’appelle pas est un blanc de pinot noir et gamay, deux tiers et un tiers, pressés directement puis décolorés au charbon. Capucine est un chardonnay élevé en cuve inox, que le Guide des meilleurs vins de France décrit comme « un blanc de caractère ».
Le même assemblage de pinot noir et de gamay donne en rouge le 100 Noms, un bourgogne passe-tout-grains élevé un an en fûts de 500 litres. Le Guide Hachette 2021 l’avait retenu dans le millésime 2018.
Vendanger à la main, recevoir à Meursault
Une vingtaine de vendangeurs logés au domaine
Chaque automne, le domaine fait appel à une vingtaine de personnes, logées et nourries sur place pendant les vendanges. La récolte est manuelle. Si besoin, un premier tri se fait directement dans la parcelle, avant le retour au pressoir.

Des visites sur rendez-vous
Le domaine reçoit sur rendez-vous, des groupes de quinze personnes au plus, et l’accueil se fait aussi en anglais. Ses vins partent dans treize pays, du Japon aux États-Unis en passant par Singapour et l’Australie.
Pour Emilien, le vin est d’abord un produit qui rassemble. Et chaque millésime s’ajoute, comme les autres depuis 1888, au livre de la famille.
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