Domaine Henri Rebourseau
Sept générations, de Lugny à Gevrey-Chambertin
Le Domaine Henri Rebourseau cultive 13,5 hectares de vignes en Côte de Nuits, entre les villages de Gevrey-Chambertin et de Vougeot. Sa carte réunit cinq grands crus, deux premiers crus et des Gevrey-Chambertin village. Le domaine s’est engagé dans la certification bio auprès d’Ecocert en mars 2023. Son sujet de prédilection tient en un mot : le temps.
Jean-Baptiste Rebourseau rassemble les grands crus
L’histoire familiale commence loin de Gevrey. Jacques Rebourseau est vigneron à Lugny. Son fils Claude s’installe à La Roche-Vanneau en 1782. Producteurs simples et attentifs, attachés à la viticulture, ils transmettent le métier à leurs enfants.
Né en 1839, Jean-Baptiste Rebourseau épouse Louise-Victoire Philippon à Gevrey en 1861. Il y regroupe plusieurs parcelles, dont les grands crus de Gevrey-Chambertin. Ceux-ci n’ont plus quitté la famille. Il transmet ensuite le domaine à ses deux fils, Émile et Henri.
Un général à la tête du syndicat du Chambertin
Le général Henri Rebourseau donne son nom au domaine. Mobilisé sur le front pendant la Grande Guerre, il laisse les vignes à son frère Émile. Il revient à Gevrey en 1919 et s’installe dans la maison de la Brunelle, bâtie au milieu du XVIIIe siècle.
En 1929, il crée le syndicat de défense du Chambertin et le préside pendant de nombreuses années. Son fils Pierre Rebourseau reçoit les clefs du domaine en 1949. Polytechnicien comme son père, il a d’abord mené une carrière industrielle à la tête du groupe De Dietrich. Il présidera les syndicats du Clos de Vougeot et du Chambertin.
Jean de Surrel, du raisonné à la bio
En 1980, Pierre Rebourseau confie la gestion du domaine à son petit-fils, Jean de Surrel. Son arrivée marque un tournant. Il adopte d’abord une viticulture raisonnée, puis passe à la bio, avec des pratiques biodynamiques.
L’engagement officiel en agriculture biologique date du 7 mars 2023, auprès d’Ecocert. Il porte sur l’ensemble du vignoble.
L’arrivée de la famille Bouygues en 2018
En décembre 2018, Martin et Olivier Bouygues deviennent actionnaires majoritaires, aux côtés de la famille de Surrel. Face aux frais de succession, l’association évite de démembrer le vignoble. Les fils de Jean, Bénigne et Louis de Surrel, prennent la suite de leur père.
Le domaine entre ainsi dans le giron de SCDM Domaines, déjà propriétaire du Château Montrose à Saint-Estèphe et du Clos Rougeard à Saumur. Depuis octobre 2022, Pierre Graffeuille dirige cet ensemble. L’objectif affiché tient en une phrase : porter la production de chaque climat à son meilleur niveau.
Du Chambertin à Sylvie, des climats décrits un à un
Le domaine se dit propriétaire des plus vieilles parcelles de la Côte de Nuits. Il présente chacune par sa surface, l’âge moyen de ses ceps et son rendement moyen. Ces fiches parcellaires dessinent un vignoble morcelé, où les grands crus tiennent souvent sur moins d’un hectare.

Chambertin et Clos de Bèze, moins d’un hectare à eux deux
En Chambertin, la parcelle couvre 0,46 hectare à mi-coteau. Ses ceps ont en moyenne 59 ans et donnent autour de 20 hl/ha. Le bas est marno-calcaire, avec de belles argiles. La combe Grisard, toute proche, la rend plus froide que le Clos de Bèze et parfaitement ventilée.
En Chambertin-Clos de Bèze, le domaine exploite 0,33 hectare de ceps de 51 ans, pour 21 hl/ha. La pente y est plus forte qu’en Chambertin, exposée au levant. La terre est très marneuse en haut, puis brun calcaire quelques mètres plus bas. La parcelle occupe l’extrême sud de l’appellation.
Le Mazis tout en longueur, le Charmes tout en haut
Le Mazis-Chambertin couvre 0,96 hectare, avec des ceps de 41 ans et un rendement de 23 hl/ha. La parcelle suit une pente douce, du bas de la route des Grands Crus jusqu’aux Ruchottes. Son sol brun repose sur le calcaire à entroques du Bajocien inférieur, où la roche affleure.

En Charmes-Chambertin, le domaine détient 1,32 hectare de ceps de 35 ans. Ses parcelles sont toutes en Charmes proprement dit, dans la partie la plus haute du climat, et non dans les Mazoyères situées plus bas. Le sol n’y dépasse guère 25 cm, semé de cailloux de marne et de pépites de fer.
Plus de deux hectares au Clos de Vougeot
Le Clos de Vougeot compte 2,21 hectares pour le domaine, avec des ceps de 41 ans. Constitué aux XIe et XIIe siècles par les moines de Cîteaux, le clos couvre une cinquantaine d’hectares. Il est aujourd’hui partagé entre plus de 80 parcelles, ce qui rend difficile tout portrait d’ensemble.
La parcelle du domaine se trouve au croisement de plusieurs lieux-dits, dont les Baudes Saint-Martin et le Grand Maupertui. La famille la tient d’un seul tenant depuis plusieurs siècles. En haut, le sol est peu profond et graveleux sur la dalle calcaire. Au milieu, il devient brun et plus argileux.
Fonteny, la Brunelle et les villages de Gevrey
Le premier cru Fonteny occupe 0,8 hectare, avec des ceps de 43 ans. Le calcaire à entroques y affleure par endroits à moins de 15 cm. Au bas du coteau, la parcelle est abritée du nord par le parc d’une grande demeure. Le domaine produit aussi un second premier cru, La Perrière.
La Brunelle couvre 2,78 hectares de ceps de 33 ans. Elle a donné son nom à la maison, à laquelle elle est rattachée d’un seul tenant, à l’intérieur de son vaste clos. Le domaine en est l’unique propriétaire. Une route menant à la maison la sépare d’Aux Corvées, 2,35 hectares de ceps de 54 ans.

Reste Sylvie, 0,16 hectare de ceps de 59 ans. Les religieux de Langres ont longtemps possédé cette vigne, citée dans un terrier de 1744 sous le nom de « en La survie ». Protégée du nord par un petit verger, elle donne le Gevrey-Chambertin village du domaine.
Gevrey-Chambertin, le pinot noir au pied de la combe de Lavaux
Neuf grands crus et vingt-six premiers crus
L’appellation Gevrey-Chambertin existe depuis septembre 1936. Elle ne produit que des vins rouges, de pinot noir, sur les communes de Gevrey-Chambertin et de Brochon. Elle compte 26 climats classés en premier cru, dont Fonteny et La Perrière. La commune produit aussi neuf grands crus.
En 1855, le docteur Jules Lavalle classe « hors ligne » quatre grands crus rouges de Bourgogne. On y trouve le Chambertin, le Clos de Bèze, la Romanée-Conti et le Clos de Vougeot. Le Domaine Henri Rebourseau possède des vignes dans trois des quatre.
Une terre cultivée depuis l’an 630
Le Clos de Bèze tient son nom de l’abbaye de Bèze, qui en reçoit les terres en 630 du duc Amalgaire. C’est le plus vieux clos de Bourgogne, selon le domaine. Le nom de Mazis remonterait pour sa part à 1420. Le domaine résume son travail par une question : comment travailler une terre cultivée sans interruption depuis plus de 1400 ans ?
La Brunelle et Sylvie s’étendent sur le cône de déjection de la combe de Lavaux. La Brunelle occupe un replat qui retient les limons. Des cailloutis calcaires y gardent la chaleur, et un banc de sable et d’argile apparaît à deux mètres de profondeur. Aux Corvées, la terre descend à un ou deux mètres.
Des rouges qu’on laisse mûrir
Des comptes rendus de récolte depuis 1778
Connaître chaque parcelle, garder la mémoire des gestes sur chaque cep : c’est la méthode que revendique le domaine. Cette mémoire tient en partie dans ses comptes rendus de récolte. Les plus anciens remontent à 1778.


Le domaine place l’élégance de ses vins dans leur période de maturité, qu’il laisse se faire lentement. La tradition d’un élevage long se perpétue dans les caves centenaires de la propriété.

Violette, réglisse et fruits rouges
Le domaine décrit ses grands crus par leurs arômes. Le Chambertin envahit le palais de violette et de réglisse, avec une longue persistance. Le Clos de Bèze joue sur les mêmes notes. Le Mazis, opulent et puissant, mêle fruits rouges, réglisse et noyau.
Le Charmes-Chambertin évoque la fraise des bois et la vanille, entre structure et onctuosité. Le Clos de Vougeot penche vers le sous-bois, la fougère, la mousse et la truffe, avec une minéralité prononcée. Côté villages, La Brunelle montre des reflets violines et parfois des arômes de cerise confiturée.
Le millésime 2020 sous le regard d’un sommelier
Charles-André Charlier, sommelier de l’abbaye de Talloires, a commenté le millésime 2020 du domaine. Il retrouve la griotte dans la plupart des vins. Il relève le poivre et les fruits noirs dans La Perrière, la myrtille et le cassis frais dans Fonteny.
Ses durées de garde vont de 5 ans pour le Gevrey-Chambertin village à 15 ans pour le Chambertin. Pour les grands crus, ses accords penchent vers le gibier : lièvre à la royale avec le Chambertin, gigot de chevreuil avec le Clos de Bèze. Le Clos de Vougeot se décline d’ailleurs en deux cuvées, dont une Vieilles Vignes.
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