Domaine Leflaive
À Puligny-Montrachet, une famille installée depuis 1717
De la tonnellerie au domaine de Joseph Leflaive
Le Domaine Leflaive est un domaine familial de Puligny-Montrachet, en Côte de Beaune. Certifié en agriculture biologique, il suit des pratiques biodynamiques depuis les années 1990. Il cultive surtout du chardonnay, jusque dans quatre grands crus, et vinifie ses vins rue de l’Église depuis plus d’un siècle.
Les premiers Leflaive s’installent au village en 1717. Les générations suivantes y exercent plusieurs métiers, dont celui de tonnelier. La famille possède quelques hectares de vignes, dont elle vend les raisins. À la fin du XIXe siècle, le phylloxéra détruit la quasi-totalité du vignoble.
Le domaine naît avec Joseph Leflaive (1870-1953). Polytechnicien, ingénieur du Génie maritime, il a participé à la conception du premier sous-marin français. Entre 1910 et 1930, revenu à Puligny, il rachète peu à peu vignes et bâtiments. Dès 1920, il replante et agrandit le vignoble avec son régisseur, François Virot.
Les deux hommes choisissent de nouveaux porte-greffes, adaptés à chaque climat. Joseph Leflaive vend alors son vin sous sa propre étiquette, à une clientèle privée. Les premières bouteilles partent vers les États-Unis entre 1932 et 1939.
Vincent, Jo, puis Anne-Claude
À la mort de Joseph, en 1953, ses quatre enfants gardent le domaine uni. Ils créent la société civile d’exploitation en 1973. Jo, assureur à Grenoble, tient l’administration et les finances. Vincent, ingénieur à Ugine, veille sur la vigne, le vin et la vente. Le domaine acquiert alors une réputation mondiale.
En 1990, Anne-Claude Leflaive, fille de Vincent et diplômée en œnologie, devient cogérante avec son cousin Olivier. Elle prend seule la gérance en 1994. Pendant près de vingt-cinq ans, elle fait connaître le domaine dans le monde entier et devient une pionnière des pratiques biodynamiques. En 2008, elle cofonde l’École du Vin et des Terroirs. Elle meurt le 6 avril 2015.
Brice de La Morandière, quatrième génération
Son neveu, Brice de La Morandière, arrière-petit-fils du fondateur, devient associé-gérant en 2015. Enfant, il passait ses vacances dans la maison familiale de Puligny. Sa carrière l’a mené en Angleterre, en Turquie, aux États-Unis et en Chine. Puligny est resté le point d’attache de sa famille entre deux voyages.

Depuis son arrivée, les chais et le cuvage ont été modernisés, parfois reconstruits. Le domaine a aussi changé de bouchons, pour un modèle qui allonge la garde des vins. Et il s’est agrandi, à Puligny comme dans le Mâconnais et les Hautes-Côtes de Beaune.
Depuis 1996, des pratiques biodynamiques dans les climats de Puligny
1996, tout le domaine change de méthode
Anne-Claude Leflaive engage le domaine dans les méthodes biodynamiques entre 1992 et 1996. En 1996, l’ensemble des vignes suit. La certification bio suit : le domaine est engagé auprès d’Ecocert depuis le 16 juillet 1998.
Pour l’équipe, la démarche n’est pas une méthode de lutte contre les maladies. Elle vise une vigne en meilleure santé, qui garde les parasites à un niveau acceptable. Les rendements sont strictement maîtrisés et la récolte se fait à bonne maturité. Les vignes achetées ces dernières années, en Côte de Beaune comme dans le Mâconnais, sont passées aussitôt aux mêmes pratiques.
Trois chevaux à demeure pour les grands crus
Les grands crus et certains premiers crus, comme Les Pucelles, sont labourés au cheval. Le passage de l’animal remplace le désherbant et tasse moins la terre. Entre les rangs, le sol reste souple, et les racines descendent plus facilement en profondeur.
Le cheval travaille aussi avec précision dans les vieilles vignes. Il sent la résistance d’un pied et s’arrête, là où un engin l’accrocherait et souvent l’arracherait. Trois chevaux vivent à demeure à Puligny-Montrachet, soignés par le gardien du domaine.

Haies, vergers et truffière entre les vignes
Julien Coyaud, le chef de culture, fait entrer les arbres dans le vignoble. En Côte de Beaune, la vigne est plantée à 10 000 pieds par hectare. Les arbres doivent donc se tenir au plus près des rangs, sans leur faire concurrence.
Dans le Mâconnais, un champ d’un hectare accueille un verger conservatoire. On y compte 72 arbres fruitiers, 15 arbres d’ornement, 15 pieds de petits fruits et 260 mètres de haie vive. À Puligny, un second verger et un arboretum bordent les vignes depuis 2025. Dans le Chevalier-Montrachet, une haie relie désormais le haut et le bas de la parcelle et freine l’érosion.
À Nantoux, dans les Hautes-Côtes de Beaune, le domaine a planté des vignes en 2021 sur d’anciennes prairies, après une longue observation des sols. Une truffière de 170 arbres, noisetiers de Byzance, cèdres de l’Atlas, hêtres et chênes, occupe une prairie voisine.
Des grands crus de Puligny aux coteaux de Verzé
4,8 hectares dans quatre grands crus
Le domaine possède 4,8 hectares de grands crus, tous sur sols argilo-calcaires. Le Chevalier-Montrachet couvre 1,80 hectare, planté entre 1957 et 1980. Le Bâtard-Montrachet en compte 1,73, le Bienvenues-Bâtard-Montrachet 1,16, planté en 1958 et 1959.

Reste le Montrachet : 8 ares plantés en 1960, pour environ 300 bouteilles par an. Depuis le millésime 2014, le domaine le garde entièrement dans son œnothèque pendant dix ans avant de le mettre en vente.
Les Pucelles, Clavoillon et les autres premiers crus
Les Pucelles touchent presque le Bienvenues et le Bâtard. Le domaine y cultive 2,75 hectares tournés vers le levant, sur des sols finement argilo-calcaires. Tout près, Clavoillon forme une parcelle d’un seul tenant de près de 4,7 hectares. Pour le domaine, elle représente bien l’appellation et le style Leflaive.
S’y ajoutent un peu plus d’un hectare dans Les Folatières, aux terres plus calcaires. Viennent ensuite 73 ares dans Les Combettes, à la limite de Meursault. Plus haut sur le coteau, le premier cru Meursault Sous le Dos d’Âne couvre 1,18 hectare.
Le Puligny-Montrachet village assemble plusieurs lieux-dits de bas de coteau, dont Les Houlières, Les Tremblots et Les Reuchaux. Le Bourgogne blanc vient lui aussi de vignes situées à Puligny-Montrachet même.
Le Mâconnais depuis 2004
La famille achète 9 hectares dans le Mâconnais en 2004, puis 7 en 2016 et 13 en 2020. Ce vignoble dépasse aujourd’hui 25 hectares, travaillés par les équipes de Puligny. Ses vins portent l’étiquette « Domaines Leflaive », au pluriel. Les méthodes biodynamiques y sont appliquées depuis 2014.
En Mâcon-Verzé, deux parcelles sont vinifiées à part depuis 2017. Les Chênes regardent plein ouest. Le Monté, exposé au nord à 300 mètres d’altitude, est riche en silex : ce terroir tardif profite désormais du réchauffement. En Pouilly-Fuissé, autour de la Roche de Solutré, la parcelle En Vigneraie est classée premier cru depuis le millésime 2020.
Depuis le millésime 2018, une troisième famille, Esprit Leflaive, complète l’ensemble. Ce négoce travaille avec des vignerons partenaires, en Chablisien et en Côte de Nuits notamment. Les équipes du domaine vendangent leurs vignes. Les tirages vont de 300 à 5 000 bouteilles, et la collection s’aventure aussi sur le pinot noir. Cette structure est elle aussi certifiée bio.
Deux hivers en cave avant la mise en bouteille
Vendange à la main et pressurage lent
La vendange est toujours manuelle. La date se choisit parcelle par parcelle, d’après le suivi de la maturité. Les raisins voyagent dans des bennes à double fond, passent sur une table de tri, puis subissent un foulage léger.
Le pressurage pneumatique est long et doux. Les moûts décantent 24 heures avant le débourbage, à basse température, avec une utilisation légère du soufre. Les fermentations, alcoolique et malolactique, se déroulent en fûts de chêne pour les vins de Puligny.
Un an en fût, puis le second hiver en cuve
L’élevage dure environ dix-huit mois, soit deux hivers. Les vins passent d’abord un an en fûts de chêne, sur lies, puis plusieurs mois en cuve inox. Ce second hiver permet de réunir en une seule cuvée les différentes pièces d’une même appellation. Pour les grands crus, le séjour en cuve atteint une dizaine de mois.

Le Mâconnais suit la même règle, alors que les vins de l’appellation s’élèvent souvent moins de dix mois. Ses vins fermentent en cuves inox ou béton, en foudres et en fûts de 600 litres. La cuverie de la Combe sert de terrain d’essai pour ces contenants, œuf en béton compris.
Arrivée de chez Louis Jadot, Amandine Brillanceau dirige la partie technique, à la vigne comme en cave. « Ici, on ne fait pas de distinction dans la manière de traiter un grand cru ou une parcelle de village », dit-elle.

Une cave en bois et paille, hors sol
À Puligny-Montrachet, la nappe phréatique est trop proche pour creuser. La cave de l’œuf, bâtie en 2012, est donc hors sol. Sa structure en bois et paille assure une isolation naturelle, et le domaine la présente comme neutre en carbone dès sa construction. Les chais et le cuvage ont suivi, rénovés dans le même esprit.
Chaque année, une partie des bouteilles vieillit dans l’œnothèque de la place du Pasquier de la Fontaine. Elle a été rénovée en 2019, la pierre mise à nu. Un chai de vieillissement s’y ajoute en 2023. Chaque bouteille porte enfin une puce RFID, lisible au smartphone, qui permet d’en vérifier l’authenticité.
Le chardonnay de Puligny selon Leflaive
Un village qui prend le nom du Montrachet en 1879
La vigne pousse à Puligny depuis l’époque romaine, et le nom du village vient du latin Puligniacus. En 1879, en pleine crise du phylloxéra, Puligny accole à son nom celui du Montrachet, comme sa voisine Chassagne.

En Côte de Beaune, l’appellation Puligny-Montrachet est enchâssée entre Meursault et Chassagne-Montrachet. Ses grands crus tiennent sur une étroite bande de coteau : sol pauvre, pente drainante, exposition en milieu de versant. La Bourgogne compte 84 appellations, des régionales aux grands crus, en passant par les villages et les premiers crus.
Des blancs minéraux, fins et généreux
Brice de La Morandière résume ce qu’il veut préserver : « une expression minérale, élégante, généreuse de la Bourgogne ». Clavoillon incarne ce style, généreux et délicat. Dans le Mâconnais, le domaine cherche l’élégance qui vient affiner la richesse du vin. Ses Pouilly-Fuissé ont un grand potentiel de vieillissement.
Pour l’équipe, les pratiques biodynamiques donnent aussi des vins plus équilibrés et plus fins. Du côté d’Esprit Leflaive, les pinots noirs visent un autre registre. Le gérant les veut « modernes, fruités, croquants », avec des tanins soyeux.
Il compare volontiers le vigneron à un interprète. Le terroir est la partition, les choix techniques les instruments. À la vinification, dit-il, « nous ne sommes pas des compositeurs, nous restons au service de la musique ».
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