Champagne Nowack - Panneau de la parcelle La Tuilerie dans les vignes, face à la vallée de la Marne

Champagne Nowack

Région viticole

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Champagne

Bio

Des tuiliers de Vandières devenus vignerons

Le Champagne Nowack est installé à Vandières, sur la rive droite de la vallée de la Marne. La famille y est établie depuis 1795. Elle a d’abord cuit des briques et des tuiles avant de se consacrer à la vigne. Aujourd’hui, Flavien Nowack, huitième génération, conduit ce domaine de récoltant-manipulant, engagé en agriculture biologique depuis 2016.

Jean-Baptiste, venu de Bohême

Tout commence avec Jean-Baptiste Nowack. Venu de Bohême, il pose son bagage en Champagne et s’installe à Vandières. Le nom du village viendrait du latin et signifierait « donner du vin ». La vigne y poussait déjà à l’époque gallo-romaine. Le logo de la maison le rappelle toujours : « Champagne depuis 1795 ».

Briques, tuiles et tuyaux de fontaine

Son fils Pierre-Ferdinand reprend l’entreprise familiale. On y façonne et on y cuit des briques, des tuiles et des tuyaux de fontaine marqués au nom de Nowack, vendus dans toute la vallée. À côté, il entretient un petit lopin de vignes hérité de sa mère.

Son petit-fils Ferdinand reprend les parcelles et se passionne pour la vigne. Il a presque trente ans quand le phylloxéra détruit le vignoble champenois. À force de travail, il reconstruit son vignoble et reçoit le Mérite agricole en 1930. C’est le premier Nowack à porter le titre de vigneron.

Fernand, le meunier et la parcelle de la Tuilerie

Son fils Fernand devient un vinificateur reconnu. Il est primé au Concours général agricole de Paris en 1935 et en 1936 pour un coteaux-champenois rouge, 100 % meunier, vendu sous le nom de Vin Nature de la Champagne.

C’est aussi Fernand qui plante de vigne le terrain où séchaient les briques et les tuiles de la tuilerie familiale. À partir de là, les Nowack ne sont plus tuiliers mais vignerons de Champagne. La parcelle garde le nom de La Tuilerie. Dans les années 1960, Bernard multiplie les cuvées et agrandit la maison.

Une maison ouverte aux visiteurs depuis 1985

Frédéric Nowack a pris la suite. Collectionneur, il chine des coupes et des flûtes à champagne, qu’il voit comme le dernier lien avec ceux qui boivent ses vins. Avec son épouse Corinne, il ouvre en 1985 un espace d’accueil dans le hameau de la rue Bailly, en précurseurs de l’œnotourisme.

Champagne Nowack - Frédéric Nowack sur le pressoir en bois du domaine
Frédéric Nowack sur le vieux pressoir en bois du domaine.

Le camping attenant au domaine a fermé. Les visites et les dégustations se font désormais uniquement sur rendez-vous.

Trente-cinq parcelles au pays du meunier

La rive droite de la Marne

Le vignoble couvre une dizaine d’hectares, répartis en 35 parcelles. Ce morcellement est courant en Champagne, où les héritages ont divisé les terres entre les familles. Il complique le travail, surtout en bio : une petite parcelle cultivée en bio reste entourée de voisins conventionnels.

Les vins relèvent de l’appellation Champagne. La vallée de la Marne est le pays du meunier, qui occupe environ les trois quarts des vignes du domaine. Le chardonnay et le pinot noir se partagent le reste. À Vandières, le terroir est surtout calcaire et argilo-calcaire.

Champagne Nowack - Carte calcimétrique ancienne du terroir viticole de Vandières
Carte calcimétrique ancienne du terroir de Vandières, les vignes en rouge.

Des meuniers hérités des anciens

Tous les meuniers du domaine sont issus de sélection massale, transmise par les générations précédentes. Avant les pépinières commerciales, les vignerons échangeaient leurs bois. Flavien tient à cette diversité : des plants multipliés à partir de nombreux ceps mères plutôt que des clones tous identiques.

Les meuniers de La Fontinette en sont un exemple. Bernard Nowack les a plantés en 1965, à partir d’une sélection massale du domaine.

Trois lieux-dits, trois cépages

Flavien met à part trois parcelles, chacune plantée d’un seul cépage :

  • Les Bauchets, à Vandières : du pinot noir planté en 1983, à mi-coteau, exposé au sud-est sur un terrain très sableux. Le nom désigne un lieu difficile d’accès, couvert de bois et de taillis.
  • La Fontinette, à Châtillon-sur-Marne : les meuniers de 1965, en bas de coteau exposé au sud-ouest, sur un sable argilo-calcaire posé sur une dalle marneuse à 2 mètres. Le nom évoque une petite source à faible débit.
  • La Tuilerie, à Vandières : du chardonnay en bas de coteau exposé au sud-ouest, sur un calcaire sableux et une dalle marneuse plus fine.

Flavien Nowack change de cap à partir de 2012

D’abord arrêter les herbicides

Enfant, Flavien préférait les vendanges à la rentrée des classes. Il étudie la viticulture et l’œnologie à Avize, puis part en Europe de l’Est et fait les vendanges en Slovénie. Il revient au domaine en 2012, décidé à faire bouger les choses.

Sa première décision est d’arrêter les herbicides. Il ne voyait pas pourquoi un produit devait régler la question de l’herbe. La conversion en bio suit, parcelle après parcelle. L’exploitation s’engage auprès d’Ecocert en 2016, et quelques parcelles sont encore en conversion. Sébastien Mouzon, du Champagne Mouzon-Leroux, l’a beaucoup aidé : les deux vignerons dégustent et échangent ensemble.

Labours légers, préparations et moutons

Au domaine, la vigne est vue comme un organisme vivant, qu’il faut guider vers son autorégulation. Les interventions restent préventives et misent sur l’équilibre. De légers labours et des griffages favorisent l’enracinement et la vie microbienne des sols.

Le domaine s’appuie aussi sur des pratiques biodynamiques : bouse de corne, silice, compost et tisanes de plantes. En automne et en hiver, des moutons pâturent entre les rangs. Ils tondent l’herbe et laissent leur fumier.

Des « clos environnementaux » plantés d’arbres

Pour protéger ses petites parcelles des traitements voisins, Flavien les entoure de haies et d’arbres. Il appelle cela ses « clos environnementaux », en écho aux anciens vignobles clos de murs. Les arbres ramènent aussi de la diversité dans une région où la monoculture domine.

Il plante de l’érable champêtre, du frêne, du charme, de l’orme, de l’alisier blanc, du sorbier, du mûrier blanc, du tilleul et du saule. Viennent aussi des fruitiers : pêcher, poirier, pommier et cerisier. La vallée de la Marne était autrefois réputée pour ses cerises, vendues sur les marchés de Paris.

Champagne Nowack - Enjambeur entre les rangs au printemps, un jeune arbre planté dans la vigne
Un enjambeur au printemps, près d’un jeune arbre planté dans la vigne.

Un pressoir en bois, des fûts et peu d’interventions

Presser doucement, fermenter avec les levures du raisin

Tout se joue dès le pressoir. Le domaine presse sans brusquer le raisin, sur un vieux pressoir en bois, et fait varier la durée du cycle selon le millésime. Le débourbage reste infime, car les lies portent les levures. Les jus fermentent ensuite seuls, avec les levures indigènes.

Avant 2012, tout se vinifiait en cuve inox. Les fûts de chêne sont arrivés peu à peu à partir de cette date. Les vins s’élèvent aujourd’hui en fûts ou en cuves pendant plusieurs mois. Ils ne sont ni chaptalisés, ni filtrés, ni collés, et seuls quelques soutirages interviennent. L’hiver les stabilise par le froid naturel, et le printemps est le moment de la mise en bouteille.

Champagne Nowack - Vin prélevé à la pipette dans un fût de chêne
Vin prélevé à la pipette dans un fût de chêne.

Le raisin du cru comme seul dosage

Les champagnes de Flavien sortent en extra-brut. Ses parcellaires fermentent lentement, sans fermentation malolactique recherchée, et restent de 30 à 36 mois sur lies.

Ses deux crus d’origine vont plus loin : le raisin du cru y est le seul ingrédient. La prise de mousse se fait avec les levures du moût, sous bouchon de liège, et le dosage avec le raisin du cru. Vandières assemble chardonnay et meunier à parts égales, dosé à 2,5 g/l. Châtillon-sur-Marne est un pur meunier, dosé à 2,3 g/l. Un léger dépôt peut apparaître en bouteille, signe d’un vin vivant.

Les assemblages de Frédéric, les parcellaires de Flavien

Frédéric a bâti une gamme d’assemblages autour du Brut Carte d’Or, la première cuvée du domaine. Les trois cépages champenois y sont vinifiés séparément puis assemblés. On y trouve aussi un rosé où entre le meunier de vieilles vignes, la cuvée Laurine en blanc de blancs, Belle Note en blanc de noirs de pinot noir et un ratafia. Le Guide Hachette des vins a retenu plusieurs de ces cuvées au fil de ses éditions.

Les deux gammes n’ont pas le même profil. Les assemblages de Frédéric cherchent l’équilibre et la finesse, de l’apéritif avec le Carte d’Or à Belle Note, champagne de corps aux notes de fruits frais ou secs. Les vins de Flavien, eux, visent le zéro intrant. Avec Les Bauchets, il voulait révéler le caractère du pinot noir de la vallée de la Marne. Avec La Fontinette, il met en avant le meunier, cépage emblématique de la vallée.

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Les autres domaines de la région Champagne

  • Champagne Cordeuil Père et Fille

    À Noé-les-Mallets, dans la Côte des Bar, Gilbert Cordeuil et sa fille Erlande cultivent 4,2 hectares certifiés bio depuis 2019. Leurs champagnes vieillissent au moins 8 ans en cave, jusqu’à 14 ans pour les millésimes, et se vinifient sans fermentation malolactique. Le pinot noir domine un vignoble qui garde un peu de pinot blanc, déjà présent en 1971. Le Guide Hachette 2024 a accordé trois étoiles au Chardonnay de la maison.

  • Champagne Durdon-Bouval

    À Vincelles, dans la vallée de la Marne, le Champagne Durdon-Bouval cultive environ 8 hectares sur quatre villages de la Marne et de l’Aisne. Engagée en bio en 2010 et labellisée Demeter depuis 2023, la famille presse et vinifie elle-même depuis 2021, sans plus passer par la coopérative. Elle en tire trois parcellaires en brut nature, un par village et par cépage : Les Sablons, Les Clos et Les Macarons. Ludovic et Sandie Durdon, aux commandes depuis 2000, travaillent avec leurs enfants Antoine et Sipriane.

  • Champagne Daniel Moreau

    À Vandières, dans la vallée de la Marne, Bastien et Julie Moreau conduisent 16 parcelles bio, 6,8 hectares en tout, sur à peine dix kilomètres. Née des premières vignes plantées par Robert Moreau en 1947, la maison a quitté la coopérative en 1977 avec Daniel, dont elle porte le nom. Engagée en bio en 2017 et certifiée depuis la vendange 2020, elle a banni désherbants et insecticides. Ses quatre champagnes peu dosés vont du brut Pièce Maîtresse au parcellaire de meunier Chemin de Trotte.

  • Champagne Adeline Martin

    Le Champagne Adeline Martin est la marque bio d’Adeline Martin, vigneronne à Cumières, qui a repris en 2017 le domaine familial de son père Philippe. Avec lui, elle a engagé en 2020 la conversion en bio de 1,5 hectare sur les 10 que compte la maison. Ces vignes donnent sa seule cuvée, AM Bio, environ 6 500 bouteilles par an de pinot noir, chardonnay et meunier, dosées à 2 g/L. On la découvre dans la maison familiale de 1892, avec ses caves et ses chambres d’hôtes.

  • Champagne De Sousa

    Le Champagne De Sousa cultive 14 hectares à Avize, sur des terroirs classés Grands Crus de la Côte des Blancs. L’histoire de la famille commence avec Manuel De Sousa, soldat portugais de la Grande Guerre venu s’installer au village. Certifié bio en 2010 puis Demeter en 2013, le domaine laboure certaines parcelles avec deux chevaux de trait. Ses vieilles vignes sont vinifiées en fût depuis 1995, l’année où commence la réserve perpétuelle de la Cuvée des Caudalies.

  • Champagne Francis Boulard & Fille

    Le Champagne Francis Boulard & Fille est né en 2009 de la séparation de la maison Raymond Boulard, dont la famille met son champagne en bouteille depuis 1952. Delphine Boulard le dirige à Faverolles-et-Coëmy, avec 3 hectares de vignes situés surtout à Cormicy, sur le massif de Saint-Thierry. Engagée en bio chez Ecocert depuis 2004, la vigne suit le calendrier lunaire et des pratiques biodynamiques. Levures indigènes, fûts anciens et foudres donnent des champagnes Brut Nature et Extra-Brut, dont une réserve perpétuelle.

  • Champagne Régis Poissinet

    À Cuchery, dans la vallée de la Marne, le Champagne Régis Poissinet cultive 7 hectares répartis en 35 parcelles, surtout plantées en meunier. Régis Poissinet a abandonné les herbicides et changé de culture à partir de 2011, puis s’est engagé en bio en 2017, avec plusieurs cuvées labellisées Demeter. Élevés en bonne partie en fûts, souvent poignettés et non filtrés, ses champagnes sont dosés entre 1,75 et 3 g/l. Terre d’Irizée, Terre de Rosé et L’Émergente portent sur leur étiquette une œuvre de l’artiste Thomas Jedrzejak.

  • Champagne Larmandier-Bernier

    À Vertus, dans la Côte des Blancs, le Champagne Larmandier-Bernier cultive 19 hectares, à plus de 90 % en chardonnay, sur un premier cru et quatre grands crus. Pierre et Sophie Larmandier reprennent le domaine en 1988 et le passent en biodynamie en 1999, aujourd’hui labellisée Biodyvin. La famille n’achète aucun raisin et fait fermenter tous ses vins en fûts et en foudres, avec les levures indigènes. Presque tous blancs de blancs, ses champagnes sont dosés à 2 g/l, et Terre de Vertus ne l’est pas du tout.

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