Domaine Chandon de Briailles - Rangs de vigne en pente sous un ciel d’orage

Domaine Chandon de Briailles

Région viticole

Région viticole

Bourgogne

BioDemeter

Quatre chevaux et plus un seul tracteur à Savigny-lès-Beaune

Le Domaine Chandon de Briailles cultive 13,7 hectares de vignes en biodynamie dans le nord de la Côte de Beaune, en Bourgogne. Ses 12 crus se partagent entre trois communes voisines : Savigny-lès-Beaune, Pernand-Vergelesses et Aloxe-Corton, jusqu’à la colline de Corton.

Ce qui frappe ici, c’est l’absence de machines. Le dernier tracteur a été vendu, les sols sont travaillés par des chevaux de trait et les soins de la vigne reposent sur une équipe nombreuse. Le domaine, certifié en agriculture biologique et labellisé Demeter, vinifie ensuite ses vins sans sulfites ajoutés.

De Nadine à Claude et François de Nicolay

Le domaine est une propriété familiale depuis 1834. Cette année-là, la comtesse Chandon de Briailles et son mari Pierre Guillemot achètent la maison de Savigny, qui a donné son nom au domaine. La propriété passe ensuite par héritage à la famille de Nicolay.

Le virage commence au début des années 1980. Nadine de Nicolay s’investit alors au domaine et mesure vite les effets de la culture chimique. Elle revient aux vieilles recettes, la bouillie bordelaise et le travail des sols, et renonce aux traitements chimiques comme aux désherbants. Dès 1989, les molécules de synthèse sont bannies du vignoble.

En 2001, François de Nicolay succède à sa mère avec sa sœur Claude. Il a passé quelques années à Paris comme caviste distributeur, où il a vu évoluer les vins de domaines passés à la biodynamie. Le frère et la sœur convertissent le vignoble à leur tour en 2005, et obtiennent la certification Demeter en 2011.

Diva, Epi, Farandole et Gipsy dans les rangs

Depuis 2011, les chevaux de trait ont pris pas à pas la place des tracteurs. Aujourd’hui, les travaux du sol se font exclusivement avec les quatre chevaux du domaine, des comtois qui répondent aux noms de Diva, Epi, Farandole et Gipsy. Les traitements sont pulvérisés à l’aide de chenillettes légères, qui ne tassent pas la terre.

Domaine Chandon de Briailles - Travail du sol au cheval de trait entre les rangs
Entre les rangs, le cheval a remplacé le tracteur.

Le domaine emploie une personne par hectare. La taille, l’ébourgeonnage, le piochage des jeunes plants et les repiquages se font à la main. La famille parle d’un travail artisanal, conduit par l’homme d’un bout à l’autre, où chaque décision naît de l’observation de la vigne et de son écosystème.

Le bénéfice se lit dans le sol. Une terre qui n’est pas tassée par les machines reste perméable : l’eau de pluie s’y infiltre en profondeur au lieu de ruisseler, et l’érosion recule. Les racines descendent, et avec elles les mycorhizes, ces champignons qui captent l’eau chargée de minéraux et la restituent à la vigne.

Du lait écrémé à la place du soufre

Contre l’oïdium, le domaine a abandonné le soufre. Il le remplace par des pulvérisations de lait écrémé, une vieille recette de maraîchage qui, selon la famille, fait parfaitement l’affaire. En 2023, année où la maladie s’est surtout portée sur les chardonnays, c’est encore ce lait qui a protégé les vignes.

Domaine Chandon de Briailles - Grappe de raisin dans le feuillage, en noir et blanc
Une grappe dans le feuillage, au fil de la saison.

Le même millésime s’est achevé par des vendanges étalées du 5 au 13 septembre, sous une chaleur telle que l’équipe n’a cueilli que le matin. Après un tri sévère, les pinots noirs ont pu être vinifiés en vendange entière.

Douze crus entre Savigny, Pernand et la colline de Corton

Le vignoble du domaine est un puzzle de parcelles, souvent anciennes, que la famille décrit une à une avec leur surface et leurs années de plantation. Les appellations vont du village au grand cru, en rouge comme en blanc, sur des sols argilo-calcaires dont la part d’argile, de fer et de calcaire change d’un climat à l’autre.

Savigny-lès-Beaune, des Lavières aux Saucours

À Savigny, la plus grande parcelle du domaine est celle des Lavières, une parcelle de 2,6 hectares planté en 1956, à mi-coteau et face au sud. Son nom n’a rien de volcanique : il désigne les fines strates de calcaire du sous-sol, qui servaient autrefois à couvrir les toits. Ce calcaire affleure à 30 ou 40 cm sous une terre argileuse.

Le climat Aux Fourneaux donne une cuvée qui assemble deux parcelles : 1,10 hectare en appellation village en bas de coteau, et 1,31 hectare classé premier cru juste au-dessus. Abrité des vents, sur un sol assez foncé, l’endroit est très chaud. Son nom viendrait d’anciens fourneaux à charbon.

En blanc, les Saucours occupent 0,60 hectare planté en 2014, à la sortie sud du village. Cette vigne sur marnes blanches, dans un environnement plutôt frais, est conduite en biodynamie depuis son acquisition en 2008.

L’Île des Vergelesses, en rouge comme en blanc

Entre Savigny et Pernand, l’Île des Vergelesses est, pour le domaine, le plus beau climat de Pernand-Vergelesses, et il le tient pour un « super » premier cru. Le mot « île » y signifie le meilleur d’un tout. Le climat s’étend à mi-coteau, en pente face au levant, sur des argilo-calcaires posés sur les mêmes calcaires que la colline de Corton.

Le domaine y exploite 2,10 hectares de pinot noir, dont un hectare planté en 1949, 1953 et 1982, et 1,12 hectare de chardonnay planté en 1985, 1992 et 2019. Juste en dessous, séparée par la route, une parcelle de 1,226 hectare plantée en 1954 donne le Pernand-Vergelesses Les Vergelesses, sur une terre rouge chargée de fer.

Domaine Chandon de Briailles - Fût marqué à la craie « Pernand Île des Vergelesses »
L’Île des Vergelesses, écrite à la craie sur le fût.

Cinq grands crus sur la colline de Corton

Sur la colline de Corton, dont les grands crus rouges sont les seuls de la Côte de Beaune, le domaine produit cinq vins. Le plus important est Corton Les Bressandes, avec quatre parcelles et 1,4535 hectare au cœur de la colline, sur un équilibre d’argiles à fer et de calcaires, face à la plaine de la Saône.

Domaine Chandon de Briailles - Verre de vin rouge levé devant un fût écrit à la craie
Un rouge au verre, devant un fût marqué à la craie.

Le Clos du Roi (0,4465 hectare) se trouve dans la partie la plus haute de l’appellation, sur des marnes calcaires en forte pente. Sa principale parcelle a été plantée en 1961. Plus bas, sous les Bressandes, Les Maréchaudes réunissent deux parcelles de 1975 et 1980 sur des terres argileuses et légèrement limoneuses.

Le Corton blanc a une histoire de famille. Nadine raconte que le chardonnay planté dans les Bressandes, terre à rouges, vient d’une erreur du pépiniériste. Son mari Aymard affirme qu’il voulait un blanc à servir à l’apéritif, le domaine n’en produisant aucun en 1965. Il réunit aujourd’hui trois parcelles et 0,5578 hectare.

Le Corton-Charlemagne tient sur 0,1103 hectare planté en 1990, dans le haut du climat des Renardes. Planté en pinot noir, ce lieu s’appellerait Corton Les Renardes. En chardonnay, il devient Corton-Charlemagne : on y retrouve une résurgence des marnes calcaires du climat d’origine, sur le versant sud de la colline.

Juste sous les Bressandes, le domaine exploite aussi 0,287 hectare en Aloxe-Corton premier cru Les Valozières, planté en 1987 et 1988. Le nom signifie « val des osiers » : les sols riches en argile y retiennent l’eau, et c’est là que le passage des chevaux, qui décompacte la surface, prend tout son sens.

Des vins vinifiés sans sulfites ajoutés

Au chai, la famille dit se laisser guider par le vin, et non l’inverse. Aucune pompe ne déplace les vins, qui circulent par gravité ou par pression de gaz inerte. Les fermentations se déroulent sans sulfites, et l’élevage aussi.

Vendange entière et cuves tronconiques en chêne

Les rouges sont vinifiés en vendange entière, sauf les années de gel ou de grêle, dans des cuves tronconiques en chêne. La cuvaison dure environ 15 jours, avec quelques remontages par gravité et quelques pigeages. Le marc est ensuite pressé dans des pressoirs verticaux à l’ancienne, qui donnent des jus de presse limpides pour l’assemblage.

Les vins descendent alors en fûts bourguignons de 228 litres, pour un élevage sur lies de 14 à 20 mois, sans soutirage ni sulfites. La part de fûts neufs varie de 0 à 15 %. Un mois ou deux avant la mise, qui a lieu au domaine, certaines cuvées reçoivent un très léger ajout de sulfites, d’autres aucun.

Domaine Chandon de Briailles - Dégustation au verre entre les rangées de fûts
Dégustation au verre pendant l’élevage.

Des blancs foulés à la main et élevés en foudre

Les chardonnays sont foulés à la main, puis pressés dans un pressoir vertical. Les moûts, refroidis et décantés une nuit ou deux en cuve inox, descendent en cave dans des foudres de 10 hectolitres. Les fermentations y avancent à basse température, parfois deux mois, parfois deux ans, selon le millésime.

L’élevage se poursuit dans les mêmes contenants, sur lies, pendant 20 à 28 mois. Comme pour les rouges, aucun sulfite n’est ajouté en cours de route. Selon la famille, cette minutie garde au vin sa fraîcheur et sa minéralité.

Des caves du XIIIe siècle sous la cuverie

Les fûts reposent dans les caves anciennes situées sous la cuverie, bâties aux XIIe ou XIIIe siècle par les moines de l’abbaye de Cîteaux. L’hygrométrie, la température et la ventilation y sont naturelles tout au long des saisons, et les vins s’y affinent dans une atmosphère très calme.

Domaine Chandon de Briailles - Rangées de fûts sous les voûtes de la cave ancienne
Les fûts sous les voûtes des caves anciennes.

Charme, finesse et tendresse, le style maison

Au-delà de l’expression de chaque climat, la famille dit rechercher dans ses vins le charme, la finesse et la tendresse, quel que soit leur âge. Les Fourneaux donnent un Savigny juteux, très fruité et frais. Les Lavières jouent sur la minéralité, une finale saline et un bouquet floral.

L’Île des Vergelesses rouge associe des arômes d’épices à une finale minérale, aux notes salées et iodées. Les Vergelesses, plus ronds, s’ouvrent tôt. Côté Corton, les Maréchaudes comptent parmi les plus souples, le Clos du Roi mise sur la finesse et les arômes floraux, et les Valozières sur le sous-bois et les fruits noirs.

En blanc, les Saucours cherchent la fraîcheur et le floral, tandis que le Corton-Charlemagne associe la puissance des rouges à la tension florale des grands blancs.

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Les autres domaines de la région Bourgogne

  • Domaine de la Cozanne

    Le Domaine de la Cozanne a replanté en 2020 plus de 7 hectares de parcelles familiales laissées à l’abandon, à Cormot-Vauchignon, dans les Hautes-Côtes de Beaune. Étienne David, ancien pharmacien et microbiologiste, y conduit avec Véronique Maupoil-David des vignes hautes et larges à 5 000 pieds par hectare, engagées en bio dès 2020. Le chardonnay, le pinot noir et l’aligoté s’élèvent en foudre de chêne, en Œuf de Beaune et en amphore de coccio pesto. Le Ban 2023 a obtenu une étoile au Guide Hachette des Vins 2027.

  • Domaine Antonin Guyon

    Le Domaine Antonin Guyon vinifie à Savigny-lès-Beaune des pinots noirs et des chardonnays récoltés de Gevrey-Chambertin à Puligny-Montrachet. Antonin Guyon achète ses premières vignes dans les années 1960, puis son fils Dominique rassemble 350 parcelles à Meuilley en 1970. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2015, le domaine cultive des grands crus, du Corton Clos du Roy au Charmes-Chambertin, et deux monopoles. Hombeline Guyon, troisième génération, a coordonné la communication de la candidature des climats de Bourgogne à l’Unesco.

  • Domaine d’Eugénie

    Né en juillet 2006 du rachat du domaine René Engel par la famille Pinault, le Domaine d’Eugénie cultive 7,9 hectares depuis Vosne-Romanée. Ses onze appellations comptent cinq grands crus, du Chambertin au Clos-Vougeot, et le Clos d’Eugénie, une vigne close de murs sous La Tâche. Certifié bio en 2020, il y ajoute des pratiques biodynamiques, des nichoirs à mésanges, des haies et des tisanes de plantes pour la vigne. Au cuvier, des cuves en bois de plusieurs tailles servent une sélection parcellaire, sans ajout de sulfites pendant la vinification.

  • Domaine Michel Lafarge

    Le Domaine Michel Lafarge cultive ses vignes de Volnay en biodynamie certifiée Demeter, une voie ouverte par Frédéric Lafarge dès 1997. La famille vend une partie de sa récolte en bouteilles depuis le millésime 1934 et garde ses vieux ceps, jusqu’aux Beaune Grèves centenaires. Son Clos du Château des Ducs, premier cru dont elle est seule propriétaire, accueille des poules derrière la mairie du village. Cinq premiers crus de Volnay, deux de Beaune et un Meursault forment le cœur d’une gamme de rouges et de blancs.

  • Domaine Arlaud

    Le Domaine Arlaud cultive 17 hectares depuis Morey-Saint-Denis, dont quatre grands crus : Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Charmes-Chambertin et Bonnes-Mares. Né en 1942 du mariage d’une Bourguignonne et d’un Ardéchois, il est dirigé depuis 2013 par Cyprien Arlaud, petit-fils du fondateur. Passé en bio en 2004, il est devenu en 2014 le premier domaine de Morey certifié en biodynamie par Biodyvin. Ses grands et premiers crus sont labourés à cheval, et ses rouges mis en bouteille par gravité, sans collage ni filtration.

  • Domaine Rossignol-Trapet

    Le Domaine Rossignol-Trapet cultive 14 hectares à Gevrey-Chambertin, menés depuis 1990 par les frères David et Nicolas Rossignol. Engagé en bio chez Ecocert en 2005, il est certifié en biodynamie par Demeter, sur des vignes dont les plus anciennes datent de 1919. Ses trois grands crus sont le Chambertin, le Latricières-Chambertin et le Chapelle-Chambertin, où il est seul à assembler la Chapelle et les Gémeaux. Cinq premiers crus de Gevrey, un village Vieilles Vignes et trois vins de la Côte de Beaune complètent sa gamme de pinots noirs.

  • Domaine Bernard Millot

    Le Domaine Bernard Millot cultive 8 hectares à Meursault, Puligny-Montrachet et Beaune, et note ses vendanges dans un livre de famille ouvert en 1888. Emilien Millot, à plein temps depuis 2010, y vinifie douze Meursault, dont les premiers crus Les Gouttes d’Or et Les Perrières. Engagé en bio en 2020, le domaine associe au soufre et au cuivre des tisanes d’osier, de consoude et de reine-des-prés. Il a planté de la syrah en 2022 et du biancu gentile corse en 2023, face au changement climatique.

  • Domaine de la Vougeraie

    Le Domaine de la Vougeraie est né en 1999 à Premeaux-Prissey, de l’assemblage des vignes de la famille Boisset entre Côte de Nuits et Côte de Beaune. Engagé en bio dès 1999, il suit des pratiques biodynamiques depuis 2001 sur plus de 150 parcelles, avec des préparations faites au domaine. Le vignoble réunit quatre monopoles, dont le Clos Blanc de Vougeot, et neuf grands crus, du Musigny au Chevalier-Montrachet. Les vins, en pinot noir et chardonnay, s’élèvent en chêne de la forêt de Cîteaux.

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