Domaine Michel Lafarge - Vignes en pleine feuillaison face à la plaine, une chapelle en contrebas

Domaine Michel Lafarge

Région viticole

Région viticole

Bourgogne

BioDemeter

Un clos derrière la mairie, gardé par des poules

À Volnay, le Domaine Michel Lafarge conduit ses vignes en biodynamie certifiée Demeter. Il est aussi certifié bio par Ecocert, engagé depuis 2006. Pour voir ce que cela change, il faut passer par le Clos du Château des Ducs. La famille est seule propriétaire de ce premier cru de 0,6 hectare. Il s’étend derrière la mairie, entre les maisons du village.

Des poules envoyées en vacances à Auxey-Duresses

Le clos a ses résidentes : les poules du domaine. La famille les donne en exemple de sa biodynamie : les gallinacés y remplacent les insecticides. Les volailles ont pourtant droit à un congé chaque année.

Dès que les raisins changent de couleur, Frédéric Lafarge les déménage à Auxey-Duresses. Laissées dans le clos, elles commenceraient leur propre vendange.

Un premier cru que les maisons protègent

Les murs et les maisons abritent le clos du vent du nord. C’est l’une des premières vignes du domaine à mûrir. En 2016, cet abri l’a aussi préservé du gel. Les vignes de plaine et plusieurs premiers crus, comme les Caillerets, perdaient alors une grande part de leur récolte.

Cette année-là, la famille a fêté sa dix-neuvième vendange en biodynamie. Elle a récolté le clos devant des visiteurs, avec l’aide d’un cheval. Les raisins y ont été égrappés à la main. Michel Lafarge expliquait que son grand-père procédait déjà ainsi. Le vin du clos vieillit longtemps : Frédéric évoquait un 1915 débouché peu avant, qu’il jugeait brillant.

Du millésime 1934 à la génération de Clothilde

Une famille de Volnay depuis le XIXe siècle

Le domaine est né au début du XIXe siècle, en plein village de Volnay. Chaque génération l’a fait grandir. La récolte partait alors en fûts. À partir du millésime 1934, une partie est mise en bouteilles et vendue directement par la famille. Depuis les années 1960, tout le vin quitte le domaine en bouteilles.

Le Bourgogne Passetoutgrain L’Exception compte parmi ces toutes premières bouteilles vendues en direct. Il figure toujours dans la gamme.

Michel Lafarge, soixante-dix vendanges

Michel Lafarge vient travailler le domaine avec son père en 1949. Il est l’un des premiers petits vignerons bourguignons à embouteiller son vin et à l’exporter. Très tôt, il cherche à se passer des pesticides.

Dans les années soixante, raconte son fils, il reste à l’écoute de ses vignes. Il ne cède pas aux « sirènes du progrès technique de l’époque ». Le millésime 2019 était sa soixante-dixième vendange. Il est mort en janvier 2020, à 91 ans.

Cinq Lafarge à la gérance

Frédéric Lafarge rejoint son père en 1978. Dès 1997, il oriente les vignes vers la biodynamie. Tout le domaine la suit à partir de 2000. La société compte aujourd’hui cinq cogérants de la famille. Autour de Frédéric : sa femme Chantal, leur fille Clothilde, Éléonore et Maxime-Henri.

Frédéric et Chantal, née Vial, cultivent aussi des vignes dans le Beaujolais, à Fleurie et à Chiroubles. Ce domaine, Lafarge-Vial, a signé son premier millésime en 2014. C’est une exploitation distincte, elle aussi certifiée Demeter, dont les vins ne relèvent pas de cette fiche.

Des ceps que l’on garde le plus longtemps possible

Les Grèves, centenaires en 2021

Dans le premier cru Beaune Grèves, les vignes avaient cent ans en 2021. Ce sont les plus vieilles du domaine, et la plupart des ceps d’origine sont toujours en place. Après plusieurs années de grêle, la famille a craint d’en perdre une partie. Elle a arraché un quart de la parcelle après le millésime 2014, puis l’a replanté en 2017. Le reste a bien récupéré.

Un passetoutgrain planté en mélange

L’Exception vient de ceps de plus de 80 ans, plantés moitié pinot noir, moitié gamay. La vigne est à Volnay, du côté de Meursault. Les deux cépages y mûrissent en même temps. Les grandes années, une cuvée à part naît de vignes plantées en 1928, l’année de naissance de Michel. Baptisée Anthologie, elle n’est mise qu’en magnum.

Même logique en blanc avec l’aligoté Raisins Dorés. Certaines parcelles, de plus de 80 ans, donnent de petits raisins très dorés, toujours vendangés à bonne maturité. En 2021, ce fut la dernière vigne récoltée, le 5 octobre.

Sélection massale et taille Guyot Poussard

Au Clos des Chênes, les manquants sont remplacés par sélection massale, dont les premières remontent au grand-père de Frédéric. Le domaine souffre peu de l’esca et du court-noué. Aux Caillerets, une jeune plantation disposée en spirale devait rejoindre la cuvée à partir du millésime 2023.

Depuis 2013, toute l’équipe taille en Guyot Poussard, après une formation suivie ensemble. Cette taille alterne les baguettes de chaque côté du tronc. Elle respecte les flux de sève et évite les grosses plaies, ce qui favorise la longévité du cep.

Grêle et gel, des récoltes amputées

Garder ses vieilles vignes, c’est aussi encaisser les accidents du climat. En 2012, la grêle tombe le 30 juin, puis le 1er août. Le domaine rentre la plus petite récolte de son histoire. La famille a répondu par des pulvérisations de valériane et d’arnica, et par des poudrages d’argile.

Le 28 juin 2014, la grêle emporte 55 % de la récolte en une journée. En 2021, le gel en prend 80 %. La même année, le premier cru Pommard Les Pézerolles est arraché, usé par des années de grêle et de gel.

De la plaine aux premiers crus, la carte des parcelles

Cinq premiers crus de Volnay

Le domaine vinifie à part cinq premiers crus de Volnay : Clos des Chênes, Caillerets, Mitans, Les Pitures et Clos du Château des Ducs. Sa parcelle des Caillerets se trouve près des Soixante Ouvrées. Les Mitans réunissent deux parcelles, dont la famille a restauré le mur en 2012. Les Pitures ne sortent qu’en magnum depuis 2015.

En 2021, le gel a changé la règle. Pour la première fois, les cinq premiers crus ont formé une seule cuvée, le Volnay premier cru 2021.

Du bas du coteau aux Vendanges Sélectionnées

L’aligoté et le passetoutgrain occupent le bas du coteau, sur des sols plus froids ou plus humides. Un peu plus haut, quatre parcelles au pied de la colline de Volnay donnent le Bourgogne pinot noir. La famille leur apporte les mêmes soins qu’aux appellations les plus cotées.

Le Volnay de village assemble des vignes situées aux quatre coins de la commune. La cuvée Vendanges Sélectionnées vient de quatre parcelles juste sous les premiers crus. Certaines années, comme 2021 et 2022, elle n’est pas produite et tout rejoint le Volnay.

Beaune et Meursault, de part et d’autre

À Beaune, le domaine tient deux premiers crus : Grèves et Clos des Aigrots. Ce dernier existe en rouge et en blanc. Le blanc des Aigrots donne six fûts les années normales. Quand la récolte tombe à un seul fût, il n’est mis qu’en magnum.

Le Meursault vient de trois parcelles situées entre Volnay et le village de Meursault. Sa version Vendanges Sélectionnées provient de vieilles vignes juste en dessous des Santenots du Milieu. La terre y est rouge, ce qui donne au vin équilibre et richesse.

Des vins qu’il faut savoir attendre

Dix-huit mois avant la mise en bouteilles

Le domaine met ses vins en bouteilles après environ dix-huit mois, au printemps. Les Volnay demandent ensuite plusieurs années de garde pour montrer tout leur potentiel. La famille elle-même suit l’évolution de ses millésimes en cave et les regoûte des années plus tard.

Domaine Michel Lafarge - Bouteilles de Volnay couchées en cave, étiquette au blason rouge
Des Volnay du domaine couchés en cave, sous l’étiquette au blason rouge.

Le domaine parle de rouges ciselés, d’une puissance enrobée. Il décrit des millésimes où chaque terroir se définit avec pureté. À propos du 2022, Frédéric parlait de vins classiques, précis et bien découpés, malgré la chaleur de l’été.

Des blancs tenus à l’écart du bois neuf

Pour le Meursault, la famille renonce au fût neuf, qui renforcerait la puissance du vin. Ses blancs allient finesse et puissance. Le domaine décrivait ses 2010 comme riches et très équilibrés, avec une belle tension.

Frédéric Lafarge a posé par écrit son fil conducteur. Chaque parcelle y est une formation musicale, et un mot guide le travail : l’harmonie. Il fixait aussi un défi pour les décennies à venir. Il s’agit d’aider le pinot noir et le chardonnay à s’adapter à un climat plus lumineux et plus variable.

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Les autres domaines de la région Bourgogne

  • Domaine de la Cozanne

    Le Domaine de la Cozanne a replanté en 2020 plus de 7 hectares de parcelles familiales laissées à l’abandon, à Cormot-Vauchignon, dans les Hautes-Côtes de Beaune. Étienne David, ancien pharmacien et microbiologiste, y conduit avec Véronique Maupoil-David des vignes hautes et larges à 5 000 pieds par hectare, engagées en bio dès 2020. Le chardonnay, le pinot noir et l’aligoté s’élèvent en foudre de chêne, en Œuf de Beaune et en amphore de coccio pesto. Le Ban 2023 a obtenu une étoile au Guide Hachette des Vins 2027.

  • Domaine Antonin Guyon

    Le Domaine Antonin Guyon vinifie à Savigny-lès-Beaune des pinots noirs et des chardonnays récoltés de Gevrey-Chambertin à Puligny-Montrachet. Antonin Guyon achète ses premières vignes dans les années 1960, puis son fils Dominique rassemble 350 parcelles à Meuilley en 1970. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2015, le domaine cultive des grands crus, du Corton Clos du Roy au Charmes-Chambertin, et deux monopoles. Hombeline Guyon, troisième génération, a coordonné la communication de la candidature des climats de Bourgogne à l’Unesco.

  • Domaine d’Eugénie

    Né en juillet 2006 du rachat du domaine René Engel par la famille Pinault, le Domaine d’Eugénie cultive 7,9 hectares depuis Vosne-Romanée. Ses onze appellations comptent cinq grands crus, du Chambertin au Clos-Vougeot, et le Clos d’Eugénie, une vigne close de murs sous La Tâche. Certifié bio en 2020, il y ajoute des pratiques biodynamiques, des nichoirs à mésanges, des haies et des tisanes de plantes pour la vigne. Au cuvier, des cuves en bois de plusieurs tailles servent une sélection parcellaire, sans ajout de sulfites pendant la vinification.

  • Domaine Chandon de Briailles

    Le Domaine Chandon de Briailles cultive 13,7 hectares en biodynamie entre Savigny-lès-Beaune, Pernand-Vergelesses et Aloxe-Corton, du village aux grands crus de Corton. Propriété familiale depuis 1834, il est conduit par Claude et François de Nicolay, qui l’ont converti à la biodynamie en 2005 et fait certifier Demeter en 2011. Leurs quatre chevaux ont remplacé les tracteurs, et le lait écrémé remplace le soufre contre l’oïdium. Les rouges fermentent en vendange entière, sans sulfites ajoutés, avant un élevage dans des caves du XIIIe siècle.

  • Domaine Arlaud

    Le Domaine Arlaud cultive 17 hectares depuis Morey-Saint-Denis, dont quatre grands crus : Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Charmes-Chambertin et Bonnes-Mares. Né en 1942 du mariage d’une Bourguignonne et d’un Ardéchois, il est dirigé depuis 2013 par Cyprien Arlaud, petit-fils du fondateur. Passé en bio en 2004, il est devenu en 2014 le premier domaine de Morey certifié en biodynamie par Biodyvin. Ses grands et premiers crus sont labourés à cheval, et ses rouges mis en bouteille par gravité, sans collage ni filtration.

  • Domaine Rossignol-Trapet

    Le Domaine Rossignol-Trapet cultive 14 hectares à Gevrey-Chambertin, menés depuis 1990 par les frères David et Nicolas Rossignol. Engagé en bio chez Ecocert en 2005, il est certifié en biodynamie par Demeter, sur des vignes dont les plus anciennes datent de 1919. Ses trois grands crus sont le Chambertin, le Latricières-Chambertin et le Chapelle-Chambertin, où il est seul à assembler la Chapelle et les Gémeaux. Cinq premiers crus de Gevrey, un village Vieilles Vignes et trois vins de la Côte de Beaune complètent sa gamme de pinots noirs.

  • Domaine Bernard Millot

    Le Domaine Bernard Millot cultive 8 hectares à Meursault, Puligny-Montrachet et Beaune, et note ses vendanges dans un livre de famille ouvert en 1888. Emilien Millot, à plein temps depuis 2010, y vinifie douze Meursault, dont les premiers crus Les Gouttes d’Or et Les Perrières. Engagé en bio en 2020, le domaine associe au soufre et au cuivre des tisanes d’osier, de consoude et de reine-des-prés. Il a planté de la syrah en 2022 et du biancu gentile corse en 2023, face au changement climatique.

  • Domaine de la Vougeraie

    Le Domaine de la Vougeraie est né en 1999 à Premeaux-Prissey, de l’assemblage des vignes de la famille Boisset entre Côte de Nuits et Côte de Beaune. Engagé en bio dès 1999, il suit des pratiques biodynamiques depuis 2001 sur plus de 150 parcelles, avec des préparations faites au domaine. Le vignoble réunit quatre monopoles, dont le Clos Blanc de Vougeot, et neuf grands crus, du Musigny au Chevalier-Montrachet. Les vins, en pinot noir et chardonnay, s’élèvent en chêne de la forêt de Cîteaux.

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