Domaine Paul Janin et Fils
Quatre générations de Janin à Romanèche-Thorins
Le Domaine Paul Janin et Fils cultive ses vignes à Romanèche-Thorins, côté Saône-et-Loire, dans le nord du Beaujolais. Il produit des Moulin-à-Vent et un Beaujolais-Villages en rouge et en blanc, certifiés en agriculture biologique. Son histoire tient en quatre prénoms, ceux de Jean-Claude, Marcel, Paul et Éric.
1918, le tonnelier qui choisit la vigne
Tout commence en 1918. Jean-Claude Janin, l’arrière-grand-père de l’actuel vigneron, est alors à la fois tonnelier et vigneron. Il lâche le premier métier pour ne garder que la vigne et le vin.
Son fils Marcel achète en 1937 quelques parcelles au lieu-dit Le Tremblay. Le domaine démarre vraiment à cette date, et la cuvée Vignes du Tremblay en garde la mémoire.
La mise en bouteille dès 1952
En 1952, Marcel commence à mettre son vin en bouteille à la propriété et à le vendre lui-même. Il a l’intuition que le lien entre le domaine et ses clients sera primordial.
Paul, son fils, le rejoint en 1962, au retour de la guerre d’Algérie. En 1967, il achète une parcelle aux Greneriers, dont les vignes ont été plantées avant 1914. Elle donne aujourd’hui l’une des cuvées phares de la maison.
Éric, puis Perrine revenue de Sonoma et de Victoria
Éric Janin arrive en 1983, fraîchement diplômé en viticulture et en œnologie. Il travaille d’abord aux côtés de son père et de son grand-père, puis prend la tête du domaine en 2008.
Sa fille cadette, Perrine, commence un BTS viticulture-œnologie en 2018. Pendant quatre ans, elle alterne le domaine familial et de longs séjours à l’étranger. Elle passe six mois dans un domaine de 30 hectares de la Sonoma Valley, où elle a la charge du pressurage. Suivent plusieurs mois dans une exploitation de 5 hectares à Victoria, en Australie.
Depuis 2023, père et fille travaillent en binôme. Chacun apprend de l’autre, et c’est à deux qu’ils préparent la suite du domaine.
Les carnets de Marcel, une méthode de famille
Chez les Janin, on écrit ce qu’on observe. Éric tient de son grand-père ce désir de connaître et de comprendre pour mieux avancer.
Un autodidacte féru de chimie organique
Au sortir de la Grande Guerre, Marcel n’a pas d’autre choix que de travailler. Autodidacte, il lit beaucoup pour comprendre la vigne et le vin. Il consigne ses notes et ses observations dans des cahiers.
Passionné de chimie organique, il met au point des mécanismes de fermentation étonnants pour l’époque. En relisant ces cahiers, Éric a mesuré à quel point son grand-père était perfectionniste, et ce qu’il lui devait.

Vendanger parmi les derniers
La famille vendange tard. Éric a toujours vu son grand-père et son père récolter les derniers, ou presque, et il fait de même. Pour lui, un vin frais et gourmand a besoin d’« épaisseur », c’est-à-dire de tanins denses. Tout se joue dans les derniers jours.
La cueillette est entièrement manuelle. Les raisins voyagent en petites caisses de 35 kg. Toute la vendange passe ensuite sur une table de tri au cuvage.

Savoir renoncer à une cuvée
Cette attention au millésime oblige parfois à trancher. En 2012, année difficile, Éric n’a fait qu’un seul vin au lieu de trois cuvées parcellaires. Il le voulait équilibré et harmonieux.
Moulin-à-Vent, le cru qui ne porte aucun nom de village
Deux communes et un moulin classé
Moulin-à-Vent est le seul cru du Beaujolais à ne porter aucun nom de village. Son aire s’étend sur deux communes, Romanèche-Thorins et Chénas. Le moulin qui lui a donné son nom a cessé de moudre le grain en 1850. Il est aujourd’hui classé monument historique.
À Romanèche-Thorins, le sol renferme du manganèse. On appelait autrefois cette roche le « savon du verrier », parce qu’elle servait à blanchir le verre utilisé par les faïenceries.
Le cru reste l’exclusivité du domaine. Éric n’imagine pas vinifier un Moulin-à-Vent venu d’ailleurs que de ses vignes, ou de terroirs dont il connaît parfaitement l’identité.
Des Greneriers aux Burdelines, une mosaïque de lieux-dits
Les vignes se répartissent entre plusieurs lieux-dits : Les Greneriers, Les Burdelines, Les Pérelles, Champ de Cour, Les Brussellions, Aux Caves ou encore La Bruyère. Les sols y sont faits de granit très altéré, de piémonts et d’alluvions anciennes.
Aux Greneriers, le domaine possède trois parcelles. La plus grande couvre 1,1 hectare, avec des vignes plantées avant 1914. Les deux autres font 55 et 32 ares. Le nom viendrait des « graines ». On y cultivait autrefois des céréales, que le moulin était là pour moudre.

Les Peloux et Les Jumeaux, côté Beaujolais-Villages
Hors du cru, le domaine produit un Beaujolais-Villages rouge et un blanc. Née en 1950, l’appellation a été la première en France à porter le nom de « villages ». Elle rassemble 38 villages, répartis entre le Rhône et la Saône-et-Loire.
Le rouge, Piémont, vient surtout du lieu-dit Les Peloux, à Lancié, dans le Rhône. Ses vieilles vignes ont de 30 à 60 ans. Le domaine l’a toujours produit. Le blanc pousse aux Jumeaux, à Romanèche-Thorins, sur un sol limono-argileux.
Des sols pauvres et des vignes qu’on garde longtemps
De la formation en biodynamie à la certification bio
Au début des années 1990, Éric suit des formations en agronomie, notamment sur l’étude des sols et la biodynamie. Elles lui ouvrent des portes sur la viticulture comme sur la vinification. Il en retient que chaque détail compte, avec des gestes précis à maîtriser.
Le domaine s’est engagé en agriculture biologique en juillet 2021, auprès de Bureau Alpes Contrôles. La conversion est aujourd’hui achevée : toute l’exploitation est certifiée AB, sans parcelle conduite autrement.
Des sols pauvres qu’on ne brusque pas
Les sols du Beaujolais sont dits « pauvres ». Le mot trompe, selon Éric. Leur nature oblige la vigne à puiser en profondeur de quoi donner des raisins mûrs et frais.
Le travail consiste donc à ne pas aller au-delà de leur potentiel. Les apports organiques se dosent sans brusquer ni saturer la terre. Le sol est travaillé par trois à quatre labours, sans herbicide.

La sélection massale pour prolonger les vieux gamays
Le domaine possède beaucoup de vieilles vignes, conduites pour la plupart en gobelet bas. Celles qui composent la cuvée Héritage ont entre 80 et 100 ans. Les garder le plus longtemps possible reste une priorité.
Pour les plantations nouvelles comme pour les complantations, la famille a choisi la sélection massale. C’est à ses yeux la seule capable de préserver à la fois la complexité du gamay et la diversité de l’écosystème des vignes. Ce choix a imposé des changements techniques radicaux, qui se poursuivent encore.

Quelques parcelles de jeunes vignes, d’une dizaine d’années, sont conduites en double cordon court. Le travail du sol y est plus facile et le palissage plus efficace.
Des Moulin-à-Vent élevés sans se presser
Chaque lieu-dit vinifié à part
Les rouges sont issus à 100 % du gamay noir à jus blanc. La vinification dure 12 à 15 jours avant le pressurage. La part de grappes entières va de 70 % à la totalité de la vendange, selon la cuvée.
Chaque origine de raisin est vinifiée et élevée séparément. Les assemblages ne se décident qu’après dégustation, juste avant la mise en bouteille.
2020, l’élevage forcé devenu une règle
Le millésime 2020 a changé les habitudes. Faute de bouteilles et de bouchons livrés à temps, Éric a dû prolonger les élevages jusqu’à 24 mois en cuves inox. Les vins y ont gagné en élégance et en complexité, avec un caractère aérien.
Il a conservé ces élevages longs pour ses cuvées parcellaires. Vignes du Tremblay, Héritage et Les Greneriers restent désormais de 15 à 18 mois en cuves, sur lies fines.
De la finesse du Tremblay à l’opulence de l’Héritage
Chaque cuvée porte sa devise. Vignes du Tremblay, assemblage de plusieurs lieux-dits, vise « la finesse avec l’épure ». Les Greneriers, issus de la parcelle plantée avant 1914, jouent la force et l’intensité, avec des rendements autour de 20 hl/ha.
Héritage rassemble les plus vieilles vignes du domaine, surtout aux Greneriers et aux Burdelines, pour un vin de structure et d’opulence. Empreinte mise sur l’onctuosité. Saprolite tire son nom du granit altéré du Beaujolais et joue la minéralité.
Argiles, un blanc né de la curiosité
Éric avait arraché aux Jumeaux une parcelle de gamay de 63 ares. Sur ce type de sol, elle ne présentait pour lui aucun intérêt. Il l’a laissée au repos quatre ans, puis y a planté du chardonnay, juste pour le plaisir de la découverte.
Le vin fermente en fûts de plus de huit ans, sans fermentation malolactique. Il s’élève ensuite 10 à 11 mois en fûts sur lies fines. Le domaine le décrit riche et minéral.

La Maison Paul Janin & Fils, un second chapitre
Depuis 2018, la famille a ajouté à son domaine la Maison Paul Janin & Fils. Selon le potentiel des millésimes, elle produit ou non de nouveaux vins, toujours dans le seul cru Moulin-à-Vent. Leur style est hérité du domaine.
Le domaine accueille pour des dégustations sur rendez-vous. En 2024, le Guide des Meilleurs Vins de France a retenu Éric Janin parmi ses vignerons coup de cœur pour le Beaujolais.
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