Saint-Ennemond
Une vigne de gamay plantée par son père, reprise en bio
Saint-Ennemond est le nom sous lequel Dominique Merle présente sa vigne de gamay, en appellation Beaujolais-Villages. La vigne a plus de 40 ans et c’est son père qui l’a plantée. Elle est aujourd’hui conduite en agriculture biologique, et le millésime 2025 est le premier certifié en agriculture biologique.
La famille a gardé la mémoire des récoltes d’autrefois. Le vigneron conserve une photo des vendanges de 1951 : son oncle y porte sur l’épaule, avec un voisin, une lourde benne en bois remplie de raisin. Derrière eux, un cheval attelé attend la charge.

Saint-Ennemond, un hameau de Cercié
La vigne se trouve à Saint-Ennemond, hameau de Cercié, dans le Rhône. Le lieu garde une chapelle, ancienne église paroissiale déjà mentionnée en 977 dans le cartulaire de Cluny. Le gamay y pousse sur un terroir de piémont et d’alluvions anciennes.
L’appellation Beaujolais-Villages couvre 38 communes dans la moitié nord du vignoble, autour des dix crus. Elle forme le cœur de gamme de la région, entre l’AOC Beaujolais et les crus. Ses vignes poussent sur des sols granitiques, de sables ou de roches volcano-sédimentaires.
L’entreprise de Dominique Merle a son siège à Civrieux, dans l’Ain. La vigne, elle, est bien dans le Beaujolais.
Du conventionnel au bio, en passant par HVE
Dominique Merle a repris la vigne en 2021. La même année, il en commence la conversion en bio. Il veut retrouver le travail tel qu’on le faisait autrefois, et maîtriser de bout en bout la qualité de ses raisins.
Le chemin a compté une étape. Parti d’une culture conventionnelle, le vigneron est d’abord passé par la certification HVE (Haute Valeur Environnementale), avant une viticulture entièrement biologique. Son engagement auprès de l’organisme certificateur Bureau Alpes Contrôles date du 14 juin 2022.
Il décrit ces années comme un long apprentissage, par les lectures et surtout par la pratique. Sécheresse, pluies intenses, maladies de la vigne : chaque saison impose ses choix, de la date de récolte aux traitements. « La nature ne se maîtrise pas comme un ordinateur », écrit-il.
Taille, cheval et amendements : une année dans les rangs
La taille en gobelet, cep par cep
L’hiver, Dominique Merle taille chaque cep en gobelet. Il laisse sur chaque corne un porteur à deux yeux, puis nettoie les bois restants. Les sarments coupés sortent ensuite de la vigne pour être brûlés : il évite ainsi d’enfouir dans le sol les champignons des maladies du bois.

Hippi et Hermes tirent la charrue
En bio, pas question de désherbant chimique contre les herbes qui concurrencent la vigne. Le sol se travaille donc à la charrue, tirée par un cheval. Léa et ses deux chevaux, Hippi et Hermes, assurent ces labours dans la vigne de Saint-Ennemond.
La saison compte trois sortes de passages. Le buttage ramène la terre de l’inter-rang vers le pied des ceps, au printemps puis avant les premières gelées. Le décavaillonnage dégage ensuite l’herbe autour du cep et rejette la terre au milieu du rang. Avant les vendanges, le griffage remet le sol à plat et arrache les liserons.
Le geste demande de l’attention. Il faut faire basculer la charrue entre chaque cep pour atteindre l’intercep, ce qui exige la concentration du laboureur comme du cheval. Ces travaux ont occupé tout un après-midi deux chevaux, un laboureur et une laboureuse.

Nourrir un sol qui manquait d’azote
« La vigne est comme un être humain : elle a besoin de nourriture », écrit le vigneron. Une analyse de sol réalisée en 2021 a révélé un manque d’azote. Depuis, il apporte chaque année un amendement organique fait de pulpes et tourteaux végétaux. L’engrais chimique est exclu : il lui ferait perdre sa certification.
Son frère lui a conseillé un autre apport, la corne broyée. C’est un engrais organique azoté, utilisable en agriculture biologique, qui favorise la vie microbienne du sol. La charrue passe dans les rangs avant la mise en place de l’amendement.
Palissage et rognage au début de juin
Début juin, le vigneron relève les sarments et les glisse entre des fils de fer : c’est le palissage. La vigne s’aère, les raisins prennent mieux le soleil et la grêle les atteint moins. On circule aussi plus facilement dans les rangs.
Le rognage raccourcit ensuite les rameaux pour limiter la végétation. Moins de feuillage, c’est un air qui circule mieux et moins de maladies dues aux champignons. La sève se concentre aussi sur les grappes, ce qui aide les raisins à mûrir.
Vendanges en famille, vinification à la cave Vinescence
Trois prélèvements avant de fixer la date
La date de récolte se décide dans les derniers jours. Le vigneron prélève trois fois des raisins pour suivre le futur degré d’alcool, l’acide tartrique et le pH. Les vendanges se font ensuite à la main, entre famille et amis, avec casse-croûte du matin et déjeuner pris dans les rangs.

Deux petites récoltes, en 2025 et 2026
Le 30 août 2025, dix coupeurs, amis et famille, ont vendangé en une demi-journée à peine. Les quantités sont restées discrètes, et le futur vin annonçait 13 degrés.
La récolte 2026 est arrivée plus tôt encore, le 22 août : une date jamais vue sur la parcelle. Cinq canicules, de juin à août, ont pesé sur la récolte, la plus faible des six depuis la reprise. Il a fallu trier les raisins séchés. Le degré, lui, a atteint 14,2, et le vigneron juge la qualité excellente.
Les raisins rejoignent la cuve bio de la coopérative
Dominique Merle ne vinifie pas lui-même. Ses caisses partent sur les quais de Vinescence, la cave coopérative où il apporte sa vendange. Chaque wagonnet reçoit un code-barres qui oriente le raisin vers la cuve correspondant à sa qualité. Le sien rejoint les cuves de Beaujolais-Villages bio. « Je ne peux pas avoir une cuve pour moi tout seul, c’est le principe de la coopérative », explique-t-il.

Vinescence est née en 2017 de la fusion des Vignerons de Bel Air, à Saint-Jean-d’Ardières, et de la cave de Saint-Étienne-des-Oullières. Les deux caves réunissaient alors 350 adhérents et plus de 1 100 hectares, dans toutes les appellations du Beaujolais.
À la cave, Sébastien, œnologue et directeur de la production, suit la fermentation chaque jour. Un échantillon part au laboratoire matin et soir. Viennent le pressurage, puis la fermentation malolactique en cuve. La mise en bouteille attend que « les vins aient fait leurs Pâques », comme on dit dans le métier.
Le Beaujolais-Villages bio 2025, premier millésime certifié
Vendange entière, sans chaptalisation
Le millésime 2025 a macéré en vendange entière : les raisins n’ont pas été égrappés. Il n’y a eu ni thermovinification ni chaptalisation. Le soufre est resté très en dessous des plafonds fixés pour le vin bio, selon le vigneron.
La vendange bio passe à part de la vendange conventionnelle : tuyaux, pompes et pressoirs sont rincés entre chaque passage. Le vin bio a aussi son propre contrôle. Alpes Contrôles a prélevé un échantillon pour vérifier l’absence d’intrants non autorisés, pesticides compris.
Griotte et sous-bois dans la Cuvée du Merle
Le vin sort sous le nom de Dominique Merle, et son auteur l’appelle la Cuvée du Merle. Goûté en février 2026 dans une cuve de 50 hectolitres, avec Sébastien, il se montrait frais et souple. Il offrait des arômes de sous-bois et de griotte, sous une robe rubis.

Une légère acidité subsistait, appelée à diminuer avant la mise en bouteille. Le vigneron y voit le support du potentiel de garde. En bouche, « il se laisse bien boire », comme le disait son grand-père.
Les vieilles vignes donnent moins de raisin. Dominique Merle y voit la source d’un vin plus concentré, avec du caractère et de la profondeur, loin des Beaujolais-Villages plus jeunes et plus légers. Il conseille de le servir légèrement frais, entre 14 et 16 °C.
De la rosette au saint-félicien
À table, il le verrait d’abord avec la charcuterie lyonnaise, rosette, saucisson brioché ou terrines, et les salades lyonnaises. Le gras de la charcuterie y trouve la vivacité du fruit.
Viennent ensuite un poulet rôti ou un filet mignon de porc, un petit salé aux lentilles, une grillade. Les fromages de chèvre, du crottin de Chavignol au saint-félicien, s’accordent avec les notes de fruits rouges du gamay.
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