Champagne De Sousa
Un nom portugais sur les Grands Crus de la Côte des Blancs
Le Champagne De Sousa est installé à Avize, dans la Côte des Blancs. La famille y conduit 14 hectares de vignes répartis en 92 parcelles, sur un sous-sol de craie. Ses vignes s’étendent sur des terroirs classés Grands Crus, comme Avize, Cramant, Oger et Le Mesnil-sur-Oger.
Le domaine est certifié en agriculture biologique depuis 2010 et en biodynamie par Demeter depuis 2013. Le travail a pourtant commencé bien avant les certificats, puisque la famille s’est tournée vers la biodynamie dès 1999. Aujourd’hui, les trois enfants d’Erick De Sousa tiennent la maison : Charlotte, Julie et Valentin.
Manuel De Sousa, soldat du corps expéditionnaire portugais
L’histoire commence par une guerre. Pendant le premier conflit mondial, le Portugal envoie un corps expéditionnaire aux côtés des Alliés : 56 000 hommes, l’un des contingents étrangers les moins connus. Manuel De Sousa, né dans la province de Braga, près de Porto, en fait partie.
La paix revenue, il rentre au pays retrouver sa femme. Son petit commerce n’a pas tenu, mais en France, Manuel s’est fait des relations. Avec son épouse et leur fils Antoine, à peine né, il quitte le Portugal pour de bon et s’installe à Avize.
Là, Manuel loue ses bras. Chaque jour, il charge sur son chariot la terre jaune réputée riche en fer qu’on arrache dans les bois d’Avize, puis il l’épand sur les vignes. La maladie l’emporte à 29 ans. Il laisse une femme et quatre enfants à élever.
Antoine et Zoémie, l’entrée dans une famille de vignerons
Antoine grandit. Il épouse Zoémie Bonville, issue d’une famille de vignerons installée en Champagne depuis plusieurs générations. Ce mariage ouvre l’histoire du domaine qui porte aujourd’hui le nom De Sousa.
De la conversion de 1999 au label Demeter
Erick De Sousa, aux commandes à partir de 1986
Erick De Sousa prend la tête du domaine en 1986. Il le convertit à la biodynamie de façon progressive, à partir de 1999. Viennent ensuite la certification bio en 2010, puis le label Demeter en 2013. Il a compté parmi les précurseurs d’une Champagne plus bio.
Son décès, à 59 ans, est annoncé en janvier 2023. Ses enfants dirigeaient déjà le domaine depuis quelques années : la famille date de 2020 l’arrivée de la nouvelle génération.

Préparation 500 et calendrier de Maria Thun
Le domaine apporte à ses sols la préparation 500 et suit le calendrier de Maria Thun. Les vignes sont plantées à 8 000 pieds par hectare et taillées en Chablis ou en cordon de Royat.
Le sol est labouré au tracteur. Certaines parcelles, elles, ne voient passer que le cheval.
Vidoc et Capucine, les chevaux de Julie
Le domaine possède deux chevaux de trait, Vidoc et Capucine. C’est Julie De Sousa qui mène les charrues avec eux. Sur ces parcelles, le tracteur ne passe plus, et le sol ne se tasse plus sous son poids.

Or un sol moins tassé favorise les mycorhizes, ces associations entre des champignons et les racines de la vigne. Selon la famille, elles aident les racines à puiser les oligo-éléments de la roche. Elles ont donné leur nom à une cuvée, Mycorhize, un chardonnay Grand Cru tiré de parcelles labourées au cheval.
Le chardonnay de la craie, et les pinots d’Aÿ et d’Ambonnay
Des racines qui descendent dans la craie
L’encépagement du domaine se partage entre 60 % de chardonnay, 30 % de pinot noir et 10 % de meunier. Les trois quarts des vignes ont plus de 45 ans. Les terroirs de la Côte des Blancs sont orientés au sud et au sud-est.
Au fil des décennies, les racines pivots de ces vieilles vignes descendent jusqu’à 25 à 30 mètres dans la craie, explique la famille. Avec un enracinement aussi profond, l’empreinte du terroir l’emporte selon elle sur celle du cépage. Le domaine annonce une production d’environ 120 000 bouteilles par an.

Trois lieux-dits pour Mycorhize
Certaines cuvées sortent d’endroits précis. Mycorhize assemble le chardonnay de trois lieux-dits, Les Hauts Nemery, Justice et Les Noyerots, sur la craie du Campanien.
Pour le pinot noir, la famille travaille deux autres Grands Crus. À Aÿ, une vieille vigne garde d’anciens pinots noirs à petits grains. À Ambonnay, dans la Montagne de Reims, le lieu-dit Le Haut de Bermonts, sur des sols argilo-calcaires, donne le Coteaux champenois rouge.

L’appellation Champagne, et ses vins tranquilles
La plupart des vins du domaine relèvent de l’appellation Champagne. La cuvée 3A réunit les trois villages : 50 % de chardonnay d’Avize, 25 % de pinot noir d’Aÿ et 25 % de pinot noir d’Ambonnay.
Depuis 2018, la famille produit aussi des vins tranquilles en appellation Coteaux champenois. C’est Julie qui les a lancés, en blanc avec le chardonnay d’Avize, en rouge avec le pinot noir d’Ambonnay. Chacun sort en édition limitée à 300 bouteilles par an. Leurs étiquettes reprennent des peintures de ceps créées pour ces cuvées par Joyce Delimata, une artiste bourguignonne.
Du fût de chêne à la cave de craie
Le bois pour les vieilles vignes depuis 1995
Depuis le millésime 1995, les vins des vieilles vignes sont vinifiés en petits fûts de chêne, pour leur donner du gras. Le reste passe en cuve d’acier émaillé, un choix que la famille justifie par le souci de préserver le terroir.

Valentin De Sousa est le maître de cuverie. Les cuvées fermentent sur levures indigènes, pendant 15 à 20 jours. Les vins élevés en fût sont bâtonnés.
Une réserve perpétuelle commencée en 1995
La Cuvée des Caudalies, un Blanc de Blancs élevé entièrement en fût, s’appuie sur une réserve perpétuelle lancée en 1995. Chaque année, la moitié du vin vient de la récolte nouvelle, l’autre de cette réserve. La cuvée réunit ainsi 25 vins, de 1995 à 2019.
Mycorhize fonctionne sur le même principe, avec une réserve perpétuelle entretenue depuis 2010. La cuvée 3A, elle, garde son vin de réserve dans un foudre ovoïde depuis 2014.
Ni collage ni filtration, et dix degrés sous terre
Aucun vin n’est collé ni filtré. Les bouteilles vieillissent dans une cave creusée dans la craie, où la température reste à 10 °C toute l’année. Les cuvées de prestige y sont travaillées uniquement à la main, et le domaine pratique le poignetage des bouteilles.

Le style De Sousa, entre craie et texture
Des Blancs de Blancs salins et veloutés
La famille parle de « champagne de précision ». Le sous-sol crayeux, dit-elle, donne à ses vins leur finesse, leur élégance et leur minéralité. La salinité revient dans les notes de dégustation de plusieurs cuvées, du Réserve aux Caudalies.
L’autre fil conducteur est la texture. Le domaine revendique un style velouté. La cuvée Umami, assemblage de 60 % de chardonnay et 40 % de pinot noir vinifié en fût, pousse cette idée jusqu’à son nom.
Des dosages bas, du Réserve au Blanc de Noirs
La plupart des champagnes sortent en extra-brut, avec un dosage de 3 à 5 g/L. Le Réserve est un Blanc de Blancs Grand Cru de Cramant, d’Avize, d’Oger et du Mesnil-sur-Oger, élevé en cuve.
Le Blanc de Noirs fait figure d’exception dans un domaine tourné vers les grands blancs. Ce pinot noir d’Ambonnay de la récolte 2019 a passé 10 mois en fût. Il est sorti en brut nature, à 5 100 bouteilles.
Une visite sur rendez-vous, en langue des signes aussi
Le domaine reçoit à Avize pour des visites et des dégustations, uniquement sur rendez-vous. L’accueil se fait en français, en anglais et en langue des signes française.
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