Domaine Feuillat-Juillot
Le Montagny de deux vigneronnes, mère et fille
Le Domaine Feuillat-Juillot cultive 14 hectares de vignes à Montagny-lès-Buxy, en Saône-et-Loire. Il travaille dans l’appellation Montagny, la plus méridionale de la Côte chalonnaise. Deux femmes le dirigent : Françoise Feuillat-Juillot, arrivée en 1989, et sa fille Camille Feuillat. Engagé en bio en 2021, le domaine est certifié depuis la fin de l’année 2024.
1989, une association avec un vigneron du village
Françoise est issue d’une famille de vignerons de Mercurey et a grandi sur le domaine familial. Adolescente, pourtant, elle ne veut pas entendre parler du vin. Le bac en poche, elle part étudier le commerce international à Paris.
Deux ans plus tard, la Bourgogne la rappelle. Une année d’œnologie à l’université de Dijon finit de la convaincre. En 1989, elle s’associe à un viticulteur de Montagny-lès-Buxy, propriétaire de 14 hectares dont seuls 8 étaient plantés. À ses côtés, elle apprend le métier, plante, et voit la production passer de 5 000 à 60 000 bouteilles.
2004, le rachat et la naissance des Grappes d’Or
Son associé meurt en 2002. Françoise se retrouve seule à la tête de l’exploitation, qu’elle rachète en 2004 avec l’aide d’un groupement foncier agricole baptisé « les Grappes d’Or ». Le premier cru du même nom naît cette année-là, assemblé à partir de six parcelles de vieilles vignes.

En 2005, sa première plantation depuis la reprise se fait au climat du Mont Cuchot. Deux parcelles sont plantées en 2010. Leur première récolte, en 2013, la surprend par son intensité et sa fraîcheur, rares sur de si jeunes vignes. Elle la vinifie à part et lui donne le prénom de sa fille aînée, Camille.
Camille, exploitante associée depuis juillet 2021
Camille Feuillat s’est formée loin de Montagny, en Californie et en Languedoc-Roussillon. Elle arrive au domaine en 2019 et en devient exploitante associée en juillet 2021. L’équipe la présente aussi comme la vinificatrice de la maison.
Dans la conversion au bio, les deux femmes se sont partagé les rôles. Françoise a posé les bases, les gestes et les intuitions. Camille a pris le côté plus opérationnel : elle a structuré la démarche, mis en place des outils et des protocoles, cherché conseils et formations.

De l’arrêt des herbicides en 2004 au label bio de 2024
Cinq ans pour passer du désherbage au travail du sol
Dès son arrivée, Françoise veut faire autrement. En 2004, elle arrête officiellement les herbicides et commence à travailler les sols. « C’était instinctif, presque une évidence pour moi », raconte-t-elle. À l’époque, on parle encore peu de bio.
La transition prend environ cinq ans. En 2009, les premiers résultats se voient : la vie revient dans les parcelles. Le climat rend pourtant le bio difficile, et d’autres vignerons ont essayé avant d’abandonner. Françoise poursuit donc avec des méthodes douces, sans chercher le label.
Trois années de conversion, de 2021 à la fin 2024
À son arrivée, Camille trouve des sols déjà sains et vivants. Elle veut officialiser ce travail : « Pour moi, officialiser cette démarche, c’était une forme de reconnaissance. » La conversion démarre à l’été 2021, contrôlée par Ecocert, pour les trois années exigées.
Ces années demandent plus de rigueur et de présence dans les vignes. Il faut anticiper autrement et faire confiance aux cycles naturels. Le gel d’avril emporte une bonne partie d’une récolte, sans faire renoncer la famille. À la fin de l’année 2024, le domaine obtient sa certification en agriculture biologique.
Les deux vigneronnes le disent sans détour : « Aujourd’hui, nous sommes peu à Montagny à faire ce choix. » À leurs yeux, leurs vignes aux petits contours ont toujours été faites pour le bio. Elles acceptent aussi de produire moins, et refusent le rendement à tout prix.
Agostino, Philippe et Jérôme dans les rangs
Trois salariés entourent Françoise et Camille. Agostino Da Silva, responsable du vignoble, commence la taille par la même parcelle des Coères depuis 34 ans, sans exception. Philippe Bonne s’occupe du vignoble et de la logistique. Tous deux connaissaient la manière de travailler du domaine bien avant la conversion.
Le passage en bio a même permis de recruter Jérôme d’Annoux, tractoriste. Il a choisi de faire ses premiers pas dans le vin ici, parce que ses convictions rejoignaient celles du domaine. C’est aux Vignes Dessous qu’il a appris la taille et conduit l’enjambeur pour la première fois.
Montagny, des climats de chardonnay au sud de la Côte chalonnaise
Une appellation de vins blancs reconnue en 1936
L’appellation Montagny est reconnue le 11 septembre 1936. Elle rassemble quatre villages de Saône-et-Loire : Buxy, Montagny-lès-Buxy, Jully-lès-Buxy et Saint-Vallerin. On n’y produit que du vin blanc, issu du seul chardonnay. Les moines de Cluny le préféraient déjà à tout autre.
La vigne occupe des coteaux bajociens exposés à l’est et au sud-est, entre 250 et 400 mètres d’altitude. Les sols, marneux ou marno-calcaires, sont issus du lias et du trias. L’appellation distingue le Montagny village et le Montagny premier cru, dont les climats occupent le milieu et le haut des coteaux.

Des Coères aux Crêts, les parcelles du domaine
Le premier cru Les Coères s’étend sur Montagny, Jully et Saint-Vallerin. Le domaine y conduit 4 hectares de vignes âgées de plus de 60 ans en moyenne, sur marnes calcaires, à 300 mètres. Tourné surtout vers l’est, en replat, le climat possède une aile nord qui donne de la tension aux vins.
Aux Coères, une parcelle se distingue : plantée dans le sens inverse des autres, c’est la préférée de Philippe. La parcelle des Crêts occupe les hauteurs du village, à 350 mètres, sur argilo-calcaire. Sa forte pente en fait la parcelle la plus redoutée des vendangeurs.
Le domaine cultive aussi le premier cru Les Burnins, exposé plein sud, l’un des plus jolis points de vue sur le vignoble de Montagny. Le premier cru Les Jardins occupe un plateau tourné au sud-est, à 290 mètres. Ses vignes d’une trentaine d’années regorgent de fossiles.
Une jeune vigne à Rully, vendangée pour la première fois en 2024
Le domaine a eu l’occasion de cultiver une parcelle à Rully, une terre agricole brute à l’époque. Il l’a entièrement plantée en chardonnay, pour continuer sur ce qu’il sait faire : des blancs. La toute première vendange date de 2024. Le volume reste modeste et donne la cuvée Bas des Chênes.
Des chardonnays vifs, entre cuve, fût et amphore
Des raisins entiers dans le pressoir
Les vendanges se font exclusivement à la main. Les raisins entrent donc entiers dans le pressoir, ce qui préserve la qualité des fruits. Tous les vins sont vinifiés au domaine, et chaque cuvée a sa méthode.

Les cuves thermorégulées accueillent les vins qui doivent rester vifs et fruités, avec la minéralité propre à l’appellation. Le Montagny Les Crêts y passe 8 mois sur lies fines. Le premier cru Les Grappes d’Or fermente pour 70 % en cuve et pour 30 % en fûts de chêne français.
Le chêne de l’Allier et des Vosges pour les vins de garde
Les cuvées de vieilles vignes destinées à la garde fermentent et s’élèvent en fûts, sur lies fines, avec un bâtonnage régulier. Le bois vient de deux régions, l’Allier et les Vosges. Le premier cru Les Coères y reste 8 à 10 mois, en demi-muids et en fûts bourguignons traditionnels.

La cuvée Victor vient de quelques pieds centenaires des Coères, élevés de 10 à 12 mois en demi-muids. Louis naît de vignes de 80 ans et plus, sur un coteau exposé plein sud, et passe en fûts neufs.
De la jarre en terre cuite à l’amphore céramique
Depuis 2016, Françoise, Philippe et Camille cherchent l’expression originelle du chardonnay. Pour les 30 ans du domaine, en 2019, naît l’Audacieuse, un Montagny fermenté et élevé dans une jarre italienne en terre cuite de 450 litres. Le premier cru l’Originel est sorti de deux années d’essais d’élevage en jarre.
Plus récemment, le domaine a adopté l’amphore en céramique. Poreuse mais stable, elle assure une micro-oxygénation régulière du vin sans en altérer le goût. Martin 2023, issu des Jardins, y a été élevé, comme le Rully Bas des Chênes 2024. Le premier doit à son sol fossilifère des notes salines et une minéralité prononcée.
Des blancs frais, floraux, parfois taillés pour la garde
Le style de la maison tient à la fraîcheur. Le Montagny Les Crêts s’ouvre sur la craie, la coquille d’huître et les agrumes. Camille joue les fleurs blanches et la pêche blanche. Le premier cru Les Coères, plus riche, associe fruits blancs et vanille, avec un potentiel de garde de six ans et plus.
Pierrick Louvenaz, sommelier du JK Restaurant à Chassy, a inscrit trois de ces vins à sa carte. Il y trouve « des vins précis, tout en fraîcheur, respectueux du vivant et qui gardent une vraie identité ».
Le Guide Hachette des vins 2026 accorde une étoile aux premiers crus Les Grappes d’Or 2023 et Les Coères 2023. Les Crêts 2023 a reçu une médaille d’or au Concours des Vignerons Indépendants 2025.
Victor, Louis, Paul et Martin : les cuvées de la famille
Plusieurs cuvées portent le prénom d’un proche. Victor et Louis sont les deux fils de Françoise. Paul et Martin, les enfants de Camille, ont chacun une édition limitée : Paul en magnum sur le millésime 2022, Martin sur le seul millésime 2023. Les Vignes de Françoise complète ce portrait de famille en premier cru.
Au caveau de Montagny, sur rendez-vous
Le domaine reçoit dans son caveau de dégustation, au milieu du vignoble de Montagny, sur rendez-vous. Les visites se réservent en ligne et se font en français ou en anglais, pour 25 personnes au plus. Les groupes et les événements privés sont accueillis sur devis. Un bus peut accéder jusqu’au domaine, qui dispose d’un parking et reste accessible aux personnes handicapées.

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