Domaine Jean-Bernard Métais - Rangée de barriques dans la cave creusée dans le tuffeau

Domaine Jean-Bernard Métais

Région viticole

Région viticole

Vallée de la Loire

Bio

Le vigneron sculpteur de Courdemanche

Une lignée de vignerons depuis le XVIe siècle

Le Domaine Jean-Bernard Métais fait du vin bio à Courdemanche, dans la Sarthe, sur les coteaux de Jasnières. Les Métais-Lhuilier y cultivaient déjà la vigne au XVIe siècle. La famille n’a jamais quitté le village, ni la cave creusée à flanc de colline où dorment ses vieux millésimes.

Jean-Bernard aime rappeler un mot de Curnonsky sur Jasnières, « trois fois par siècle le plus grand de tous les vins blancs du monde ». Il pense que le prince des gastronomes l’a prononcé après avoir goûté le 1893 de la famille. Ce millésime, il en garde encore des bouteilles.

1976, le retour d’un élève des Beaux-Arts

Jean-Bernard Métais naît en 1954 au Mans. Il étudie aux Beaux-Arts du Mans, puis à ceux de Paris. Son père meurt, et le jeune homme reprend le vignoble familial en 1976, l’année de sa première vinification.

Domaine Jean-Bernard Métais - Portrait en noir et blanc de Jean-Bernard Métais
Jean-Bernard Métais, sculpteur et vigneron, né au Mans en 1954.

Ce premier millésime est celui de la sécheresse. Il en reste des bouteilles en cave, débouchées lors de dégustations avec des sommeliers et des amateurs. Son épouse Keiko reçoit avec lui dans la cave familiale. Les étiquettes portent aujourd’hui la mention Famille Métais-Nagata, sous le nom du vigneron.

Le sculpteur des sabliers

Le vigneron mène une seconde vie d’artiste. Ses sculptures monumentales occupent l’espace public en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Norvège ou en Chine. Au Mans, son sablier géant orne le parc de Tessé. Le temps est au centre de son art.

L’atelier est à Courdemanche, comme la cave et le chai. Les deux métiers se croisent souvent, comme en 2017 au Palais des Beaux-Arts de Lille. Il y dialoguait avec le chef Alain Passard, et y exposait des œuvres en verre qui renferment du vin.

La Gildonnière, chenin et pineau d’Aunis sur le tuffeau

Un tuffeau dégradé, semé de silex

Tous les vins viennent d’un seul vignoble, la Gildonnière, sur la commune voisine de Lhomme. Le sol y est un tuffeau dégradé, profond de plusieurs mètres dans les meilleures parcelles. C’est une terre argilo-calcaire et siliceuse, où affleurent la pierraille, la perruche et les éclats de silex.

Sous ce sol se trouve un banc de calcaire intact, le tuf, qui a servi à bâtir les maisons et les châteaux du Val de Loir. On y a aussi creusé les caves. Dans certaines caves de la vallée, situées sous les vignes, les racines ont traversé 20 à 30 mètres de roche et se dessinent en lignes droites au plafond.

Des vignes plantées vers 1905, en 1947 et en 1983

Le vignoble porte trois époques de plantation. La plus vieille vigne, près de l’ancienne éolienne, a été plantée en grande partie après le phylloxéra, vers 1905 et 1910. Les oncles et les parents de Jean-Bernard ont replanté le pineau d’Aunis en 1947. Il occupe environ un septième du vignoble.

Domaine Jean-Bernard Métais - Vendange à la main dans les vignes, près de l’ancienne éolienne
Vendanges d’octobre 2014, près de l’ancienne éolienne.

En 1983, Jean-Bernard a replanté la même surface en chenin, sur la parcelle des Rosiers. Le domaine ne cultive que ces deux cépages. Chaque année, il complante environ 300 pieds de chenin et de pineau d’Aunis, greffés sur riparia gloire, sur environ 2 hectares.

Six à sept mois de travail du sol

La vigne pousse sans insecticides, fongicides, herbicides ni engrais de synthèse. Le travail du sol, mécanique et manuel, dure six à sept mois. Le hersage puis le déchaussage suivent la taille de décembre et janvier, et se poursuivent jusqu’à la fin du printemps.

Avant la floraison, un buttage protège les pieds et réaligne les ceps. Fin juin ou début juillet, le vigneron cesse de travailler le sol : la vigne doit arrêter de pousser pour mûrir ses raisins. Une flore sauvage s’installe à l’automne dans les rangs, et ses racines aèrent la terre pendant l’hiver. Quand une parcelle manque de vigueur, elle reçoit du compost et du fumier de cheval.

Des vins nés dans le bois et dans la patience

Des vendanges par tries jusqu’en novembre

Les vendanges s’étirent de fin septembre jusqu’en novembre, uniquement à la main. Les vendangeurs passent deux à trois fois dans les rangs et ne cueillent que des grains mûrs et sains. Au retour au chai, les raisins sont triés une seconde fois sur table, avant le pressoir ou la cuve.

Domaine Jean-Bernard Métais - Tri des raisins sur table pendant les vendanges
Tri des raisins sur table pendant les vendanges 2014.

Cette patience fixe la gamme : le millésime décide des cuvées. Le Silex ne naît que cinq à six fois par décennie, l’Hypérion et le Passerillé trois à cinq fois. Le Grand passerillé et l’effervescent Amour ne voient le jour que deux à trois fois en dix ans.

Des fûts de chêne de la forêt de Bercé

Fermentations et élevages se font en fût de chêne, de 220 à 600 litres. Le merrain est français, pour partie tiré de la forêt de Bercé, toute proche. Le bois neuf ne dépasse pas 10 à 20 % par an, le reste des fûts a entre deux et dix ans.

La vinification se passe d’intrants : ni désacidification ni levure chimique. Les élevages sur lies fines sont longs. Ils durent un an pour le Silex, et jusqu’à 62 mois pour l’Hypérion, un chenin sec-tendre marqué par une légère oxydation.

Du chenin sec au grand passerillé

Le chenin donne une gamme qui va du sec au liquoreux. Le Silex est un blanc sec tranchant, salin, aux notes d’agrumes, de pêche blanche et d’aubépine. L’Éole, élevé deux ans, se montre plus ample, sur le coing et la pêche jaune. L’Hypérion évoque le coing rôti et la noix fraîche.

Les vins doux viennent de raisins passerillés. Le Passerillé, moelleux, parle d’abricot, de pâte de coing et de poire tapée. Le Grand passerillé ajoute des grappes botrytisées, et sa robe or cuivré prend avec les années des reflets acajou. Le domaine leur prête une garde d’une centaine d’années, voire plus.

Le pineau d’Aunis en rouge et en bulles

Le pineau d’Aunis donne deux rouges. Le Callas est égrappé et macère sept à huit jours. L’Auguste est mis en cuve en mille-feuille, grains et grappes entières mêlés, pour neuf à douze jours. Les deux partent ensuite 12 à 24 mois en fût de 500 litres.

Ils ont une robe très claire, rubis à nuances grenat, un nez de poivre noir, de clou de girofle et de fruits rouges, et peu de tanins. Le domaine fait aussi deux vins tumultueux, sans dosage, restés au moins trois ans sur lattes. Tête à tête est un chenin à la robe dorée. Amour, issu d’une saignée de pineau d’Aunis, a une robe œil-de-perdrix.

Une cave dans le tuffeau, mémoire de deux siècles

Des galeries creusées de génération en génération

La cave familiale s’enfonce dans le tuffeau de la colline. Après une première galerie bordée de barriques de 400 litres, des couloirs serpentent dans la roche. Leurs murs sont creusés de niches où s’entassent des milliers de bouteilles couvertes de poussière de tuffeau.

Chaque génération l’a agrandie. En 2012, Jean-Bernard montrait à ses visiteurs une galerie qu’il creusait lui-même, comme ses ancêtres avant lui. Des bougies scintillent sur les barriques.

Domaine Jean-Bernard Métais - Jean-Bernard Métais à la lueur des bougies, entre fûts et bouteilles
Jean-Bernard Métais dans la cave, à la lueur des bougies.

Des passerillés de 1893, de 1811 et des années 1780

La cave garde des millésimes que peu de domaines possèdent encore. On y a goûté des passerillés de 1921, 1903, 1893, et un 1811, l’année dite de la comète. Le plus ancien flacon reposait dans un cavier muré vers 1800, puis retrouvé dans les années 1890.

Domaine Jean-Bernard Métais - Vieilles bouteilles empilées dans une niche du tuffeau
Des milliers de bouteilles dorment dans les niches du tuffeau.

L’œnologue Jacques Puisais avait daté ce vin de 1783. En 2012, il le décrivait couleur acajou café, avec un nez de coquille d’huître, de bois humide et de truffe. Le domaine conserve aussi des bouteilles soufflées à la main au XVIIIe siècle.

Le cuvier photographié depuis 1976

Depuis 1976, Jean-Bernard photographie le fond de ses cuves, du moût aux soutirages, chaque année avec le même cadrage. Les dépôts du vin y dessinent des cercles colorés, qui évoquent des iris, des cellules ou des planètes.

Domaine Jean-Bernard Métais - Fond de cuve photographié par Jean-Bernard Métais
Un fond de cuve photographié par Jean-Bernard Métais.

Ces images ont donné un livre, Le Cuvier de Jasnières, écrit avec Philippe Claudel. Elles ont aussi été exposées, à l’abbaye de Silvacane en 2018 sous le titre « Vivre », puis à la galerie La Forest Divonne de Bruxelles en 2022 sous celui d’« Ivresse ».

Jasnières, le vignoble le plus au nord de la Loire

Un coteau de quatre kilomètres plein sud

L’appellation Jasnières, reconnue AOC en 1937, tient sur un unique versant exposé plein sud, long d’environ 4 kilomètres. Elle couvre les communes de Lhomme et de Ruillé-sur-Loir, au bord du Loir, et compte environ 75 hectares. C’est le vignoble le plus septentrional de la Loire.

Le chenin y est le seul cépage autorisé, sur des argiles à silex posées sur la craie tuffeau. Jasnières est incluse dans l’appellation Coteaux du Loir, qui produit des blancs, des rosés et des rouges, et dont l’encépagement compte le pineau d’Aunis. La forêt de Bercé protège la vallée des vents du nord.

Des étiquettes au nom du cépage

Le domaine présente ses vins par leur cépage et leur nom de cuvée : « Chenin blanc, Éole », « Pineau d’Aunis, Callas ». Ses étiquettes actuelles ne portent pas de mention d’appellation, mais le nom du vigneron et l’adresse du chai, à Courdemanche.

Le pineau d’Aunis, cépage ancien de la vallée, y garde une place rare. Des archives des évêchés de Tours et du Mans évoqueraient un « piniot rouge » cultivé entre Racan et Marçon dès le Ve ou le VIe siècle. Il n’a pas cessé d’être cultivé sur les coteaux du Loir depuis le haut Moyen Âge.

Une certification bio engagée en 2022

Le domaine s’est engagé dans la certification en agriculture biologique le 17 février 2022, auprès d’Ecocert. En 2026, l’Agence Bio recense ses raisins de cuve en bio, avec encore une partie en conversion.

La presse étrangère s’intéresse aussi au domaine. Le magazine F lui a consacré huit pages dans son numéro sur le vin de 2024, où il figure aux côtés du domaine Pierre Overnoy, dans le Jura. Le GEO allemand a lui aussi publié un article sur Jean-Bernard Métais.

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Les autres domaines de la région Vallée de la Loire

  • Vignoble Fabien Demois

    Le Vignoble Fabien Demois cultive une trentaine d’hectares de vignes en AOC Chinon autour du hameau de Chézelet, à Cravant-les-Côteaux. Cinquième génération sur place, Fabien Demois reprend l’exploitation en 2008, l’engage en bio en 2010 et obtient la certification Demeter en 2021. Brebis au pâturage l’hiver, fumier des Écuries de Chézelet et engrais verts semés entre les rangs font tourner une ferme en boucle. Du cabernet franc et du chenin de Chinon aux cépages résistants de la gamme Le Phénix, il signe des vins droits, vendangés à la main.

  • Château de la Viaudière

    Le Château de la Viaudière domine les coteaux du Layon depuis le XVIe siècle, à Champ-sur-Layon, sur les schistes de l’Anjou noir. Pierre-Antoine et Agnès Giovannoni y ont pris la suite de la famille Gelineau et cultivent 33 hectares, engagés en bio depuis 2016. Leurs Coteaux du Layon naissent de tris successifs de chenin touché par la pourriture noble, d’octobre à novembre. Le domaine signe aussi le Tuilé, un anjou de pur cabernet-sauvignon, un gamay élevé en amphores et des crémants de Loire élaborés depuis 1997.

  • Clos de l’Écotard

    Le Clos de l’Écotard cultive 15 hectares en appellation Saumur, à Courchamps, Fosse-Bellay et Saumur. Michel Chevré l’a fondé en 2011, alors chef de culture au Domaine des Roches Neuves, et son fils Thibaud le dirige depuis 2024. Engagé en bio depuis 2010, le domaine laboure au cheval son clos de chenin planté à 8 000 pieds par hectare. Il en tire des chenins secs comme La Haie Nardin et Les Pentes, des bulles sans dosage et, depuis 2021, des rouges de cabernet franc et de gamay.

  • Domaine Éric Chevalier

    Le Domaine Éric Chevalier cultive une propriété familiale de 29 hectares à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, en appellation Muscadet Côtes de Grandlieu, entre le lac et l’Atlantique. Éric Chevalier la reprend en 2006 après dix ans de négoce, rejoint en 2008 par sa sœur Gaëlle. Travaillées sans intrant chimique depuis 2014, les vignes sont engagées en bio depuis 2016. Melon, folle blanche, fié gris, chardonnay et pinot noir donnent des vins salins, fermentés sur levures indigènes, dont plus de la moitié part à l’export.

  • Château Yvonne

    Le Château Yvonne cultive 16 hectares en bio depuis 1997 à Parnay, Champigny, Turquant et Montsoreau, sur la côte de Saumur. Recréé par Yvonne et Jean-François Lamunière, il est repris en 2007 par Mathieu Vallée, ingénieur devenu vigneron, qui en garde le nom. Ses cabernets francs en Saumur-Champigny et ses chenins secs en Saumur naissent de levures indigènes et d’élevages longs, en partie dans une cave creusée dans le tuffeau. Depuis 2021, des poiriers et des abricotiers poussent au milieu des vignes.

  • Château de Quinçay

    À Meusnes, sur les coteaux sud du Cher, la famille Cadart conduit depuis 1860 un domaine de 30 hectares aux terres chargées de silex. Engagé en bio en 2021, le vignoble a renoncé au désherbage chimique : un robot électrique Bakus y travaille 25 hectares depuis 2022. Les vins sortent en Touraine, Touraine Chenonceaux et Valençay, des sauvignons plantés en 1961 aux rouges de côt. La gamme Q fait fermenter chenin et pinot noir en fûts de 400 litres.

  • Domaine des Chasseignes

    Le Domaine des Chasseignes cultive 9,5 hectares de sauvignon blanc et de pinot noir à Sury-en-Vaux, sur les terres blanches, les caillottes et le silex du Sancerrois. Aurore Dezat dirige depuis 2011 cette exploitation familiale, rejointe en 2016 par son conjoint David Girard. Engagé chez Ecocert en 2020, le domaine produit des sancerres blancs, rosés et rouges certifiés en agriculture biologique. Ses blancs ont reçu deux coups de cœur du Guide Hachette d’affilée, dans les éditions 2025 et 2026.

  • Château de Coulaine

    Le Château de Coulaine cultive 19 hectares de vignes bio à Beaumont-en-Véron, en appellation Chinon, autour d’un manoir bâti vers 1470. Étienne et Pascale Denys de Bonnaventure le passent en bio en 1994, et leur fils Jean le dirige depuis 2017 avec son épouse Tatiana. Le cabernet franc et le chenin y poussent sur millarges, sables argileux, argilo-calcaires et graviers, que la famille relie à ses cuvées. Les rouges vont de la souplesse à la garde, et trois chenins s’élèvent en barrique ou en jarre de grès.

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