Château du Moulin-à-Vent - La demeure vue à travers le feuillage des vignes

Château du Moulin-à-Vent

Région viticole

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Beaujolais

Bio

Le château des Thorins, devenu l’emblème de son cru

Le Château du Moulin-à-Vent s’étend autour du moulin qui a donné son nom à l’un des crus du nord du Beaujolais, sur la commune de Romanèche-Thorins. Le domaine existe depuis 1732. Toutes ses vignes sont en appellation Moulin-à-Vent, plantées de gamay. Il n’emploie plus de produits de synthèse depuis 2013 et s’est engagé en agriculture biologique en 2021.

Philiberte Pommier et la médaille de Londres

Trois familles se sont succédé au domaine en trois siècles. La première grande figure s’appelle Philiberte Pommier. Elle reçoit la propriété en héritage, qui porte alors le nom de Château des Thorins. Dès 1794, elle soigne son vignoble parcelle par parcelle.

Elle dirige le château jusqu’à sa mort, en 1862, à 99 ans. Cette année-là, le travail de sa vie reçoit une médaille d’or à l’Exposition universelle de Londres. Elle et celles qui lui succèdent dirigent le domaine pendant plus d’un siècle. Le domaine lui dédie aujourd’hui l’une de ses plus petites parcelles, le Clos de Londres.

Julien Damoy achète en 1911, le nom change en 1936

Pour la première fois depuis 1732, le château est vendu en 1911. L’acheteur, Julien Damoy, compte parmi les artisans de la modernisation du commerce alimentaire. Amateur de vin, il devient producteur et acquiert aussi le domaine Roland de By à Bordeaux et le domaine Pierre Damoy en Bourgogne. Il vend ces vins dans ses boutiques parisiennes.

Château du Moulin-à-Vent - Capsule ancienne frappée « Exiger la marque Damoy »
Une capsule du temps des Damoy, propriétaires de 1911 à 2009.

En 1936, les premières AOC françaises voient le jour. Le vin vendu jusque-là sous le nom de Romanèche-Thorins prend celui de Moulin-à-Vent, et le Château des Thorins devient le Château du Moulin-à-Vent. Il était déjà la référence de l’appellation.

Les Parinet et Brice Laffond, depuis 2009

En 2009, Jean-Jacques Parinet et son fils Édouard rachètent le domaine aux héritiers Damoy. La région traverse alors une crise qui dure depuis le milieu des années 1990. Parisien, Jean-Jacques Parinet vient de l’édition de logiciels. Chez les Parinet, un Moulin-à-Vent accompagnait déjà le repas du dimanche.

Brice Laffond les rejoint en 2013 comme directeur technique. Originaire de Champagne, formé à Dijon, il est passé par le Château Mouton Rothschild et la maison Faiveley. Il conduit la vigne et la cave, tandis qu’Édouard Parinet se consacre à la vente. Le magazine Wine & Spirits a retenu le domaine parmi les 100 meilleurs domaines du monde en 2017, 2020 et 2021.

Château du Moulin-à-Vent - Édouard Parinet et Brice Laffond verre en main dans la cave
Édouard Parinet et Brice Laffond dans la cave du domaine.

Six lieux-dits à moins de 300 mètres du château

Une trentaine d’hectares se répartissent autour du château, du moulin et du hameau des Thorins. Ces vieilles vignes de gamay, plantées en haute densité, couvrent 23 terroirs différents. Elles ont en moyenne 50 ans, et certaines parcelles portent des ceps centenaires. Les rendements restent sous les 35 hl/ha.

Château du Moulin-à-Vent - Grappe de gamay en pleine véraison
Le gamay en pleine véraison dans les vignes du domaine.

Au fil des années, l’équipe a distingué six grands terroirs : Le Moulin-à-Vent, Les Thorins, Aux Caves, Les Vérillats, Champ de Cour et La Rochelle. Tous se trouvent dans un rayon de 300 mètres autour du château, sur la partie intermédiaire et haute de l’appellation.

Les Vérillats, Champ de Cour et La Rochelle en vins de lieu

Trois de ces terroirs donnent chacun une sélection parcellaire. Le domaine les décrit ainsi :

  • Les Vérillats, 4,41 ha à 300 mètres d’altitude, en plein couloir des vents, sur des sols très sableux de 25 à 50 cm de profondeur. Des vins de charme et d’audace.
  • Champ de Cour, 3,28 ha à 200 mètres, sur des sols peu caillouteux, à l’abri du vent. Des vins qui allient puissance et élégance.
  • La Rochelle, 4,21 ha voisins des Vérillats, exposés au sud à 280 mètres, sur des granites riches en silice et en argile. Des vins complets, parfois austères dans leur jeunesse.

Chaque parcelle du domaine est vinifiée à part, ce qui permet de suivre ces différences d’un millésime à l’autre. Dans ces cuvées, le terroir et l’année sont les seuls moteurs.

Le Clos de Londres et les Grands Savarins

Deux parcelles minuscules donnent des micro-cuvées. Le Clos de Londres, 0,56 ha, touche le château, au pied du moulin, sur le lieu-dit Le Moulin-à-Vent. Ses vins ont une grande énergie. La cuvée rend hommage à Philiberte Pommier et ne sort que dans les meilleurs millésimes.

Les Grands Savarins, 0,72 ha, se trouvent sur le terroir Aux Caves, l’un des plus réputés de l’appellation. Le domaine y trouve des vins qui ont beaucoup de race.

Moulin-à-Vent, un cru sous le vent du nord du Beaujolais

630 hectares autour d’un moulin de 1550

L’appellation Moulin-à-Vent se trouve à 70 km au sud de Beaune et à 50 km au nord de Lyon. Ses 630 hectares de vignes entourent un moulin qui remonte à 1550. Sa présence dit la force des vents, réguliers et puissants. Ils gardent la vigne saine et concentrent les jus.

Château du Moulin-à-Vent - Le moulin de l’appellation au-dessus des vignes
Le moulin qui a donné son nom au cru, puis au château.

Le gamay est le seul cépage rouge de l’appellation. Jeune, il donne ici des vins fruités et frais. Avec le temps, il garde sa fraîcheur, gagne en complexité et s’affine. Planté à la limite nord de sa région, il reste sur des degrés contenus, même dans les années les plus solaires.

Des sables granitiques classés dès 1869

Le cru compte 69 lieux-dits. Leurs sols viennent de plus de 300 millions d’années d’érosion des derniers contreforts granitiques du centre de la France. On y trouve des sables granitiques plus ou moins fins, de l’oxyde de fer, des argiles en profondeur et de la silice en surface.

En 1869, l’ingénieur agronome Antoine Budker établit la première classification officielle du Beaujolais. Moulin-à-Vent y compte la plus forte proportion de terroirs de Première Classe : sept lieux-dits sur 28. Cinq d’entre eux font partie des six terroirs clés du domaine, des Vérillats aux Thorins.

Pour protéger la notoriété du cru contre les fraudes, les vignerons obtiennent une appellation d’origine dès 1924. L’AOC Moulin-à-Vent naît en 1936, parmi les premières de France. Le vin des « Torreins » avait déjà gagné la cour de Louis XIV au XVIIe siècle.

Plus de chimie de synthèse depuis 2013

Huit ans de travaux avant la conversion

Le domaine a cessé d’utiliser les produits de synthèse en 2013, l’année où Brice Laffond est arrivé. Huit ans de travaux ont ensuite servi à réaménager la vigne. La conversion à l’agriculture biologique commence en 2021, avec un engagement daté du 18 août auprès de Bureau Alpes Contrôles. Une partie de la production est déjà certifiée bio, une autre termine sa conversion.

L’équipe y voit un moyen de protéger les sols et de préparer leur adaptation au changement climatique. Des chevaux travaillent le sol dans certaines parcelles, et toute la vendange se fait à la main. Le domaine entretient aussi des ruches, dont le miel se trouve à la chapelle.

Château du Moulin-à-Vent - Brice Laffond au travail dans les vieilles vignes, le moulin en arrière-plan
Brice Laffond dans les vieilles vignes, le moulin en arrière-plan.

Une sélection massale née de dix ans d’observation

Le domaine préserve la diversité génétique de son gamay par sélection massale. Après plus de 10 ans d’observation, l’équipe a repéré les ceps les mieux acclimatés à son environnement. Ses pépiniéristes y prélèvent le bois qui sert à produire les nouveaux plants.

Le domaine contrôle ainsi la qualité et la longévité de ses futures vignes. Il anticipe aussi l’évolution du climat, en choisissant des souches qui ont fait leurs preuves sur place. Travailler sur un seul cru aide à comprendre finement la géologie et le climat de chaque parcelle.

Des gamays de garde, structurés et fins

Sans macération semi-carbonique

Le domaine écarte la macération semi-carbonique, pourtant courante dans le Beaujolais. Les raisins, vendangés à la main puis triés, cuvent longuement, selon le millésime. Les vins s’élèvent en partie en fût, le reste en cuve.

La cave voûtée du XVIe siècle court de la cuverie jusque sous la demeure. La maison, elle, a été bâtie bien plus tard. C’est là que les visites s’achèvent, avant la dégustation.

Château du Moulin-à-Vent - Fûts alignés sous la voûte de pierre de la cave
Les fûts sous la voûte de la cave du XVIe siècle.

Du Couvent des Thorins aux vins de lieu

Deux cuvées assemblent plusieurs terroirs de Moulin-à-Vent. Le Couvent des Thorins exprime le gamay sur granite dans un registre frais, fruité et accessible. La cuvée Château du Moulin-à-Vent sert de référence : l’interprétation d’un grand Moulin-à-Vent pour chaque millésime, structuré, fin et élégant.

Les sélections parcellaires et les micro-cuvées vont plus loin dans l’expression du lieu. La Rochelle, complète mais austère dans sa jeunesse, demande du temps. Le domaine croit à la garde : il conserve dans ses caves privées une partie de chaque millésime récolté.

La chapelle des Thorins, entrée du domaine

De la terrasse à la cave séculaire

Dans la cour du domaine se dresse une chapelle héritée du XIXe siècle, ancien carrefour du hameau des Thorins. Restaurée, elle accueille la boutique et les dégustations. Elle porte le label Vignobles & Découvertes, et les Trophées de l’Œnotourisme l’ont classée parmi les 100 meilleures offres œnotouristiques de France.

Les visites se font sur rendez-vous. Elles commencent par une présentation de l’appellation depuis la terrasse, puis du domaine et de son histoire. Le parcours passe par le chai et la cave séculaire, avant une dégustation dans la chapelle.

Des millésimes anciens mis de côté

À la chapelle, la dégustation associe la cuvée Château du Moulin-à-Vent à deux sélections parcellaires. On y trouve aussi des flacons plus rares, anciens millésimes et grands formats, tirés des réserves du domaine.

Pour le centenaire de l’appellation d’origine, en 2024, le domaine a ouvert des bouteilles de 1971, 1976 et 1989. Édouard Parinet conseille de garder quelques bouteilles de 2020 ou de 2022 pendant 20 ou 30 ans.

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Les autres domaines de la région Beaujolais

  • Domaine Romanesca

    Le Domaine Romanesca, à Fleurie, tient son nom de la villa gallo-romaine qui serait à l’origine de Romanèche-Thorins, le village du cru Moulin-à-Vent. Depuis 2019, les jumeaux Antoine et Olivier Chastel et Lucrèce Bruyant y prennent la suite de Guy et Ferréole Chastel. Ils ont converti les 7 hectares à l’agriculture biologique, certifiée depuis la récolte 2022. Leurs sept cuvées, du Moulin-à-Vent Champ de Cour au Beaujolais Villages blanc, naissent de vendanges manuelles et d’un travail parcelle par parcelle.

  • Le Bouc et la Treille

    Le Bouc et la Treille cultive 9 hectares de vignes bio en AOC Coteaux du Lyonnais, sur les argilo-calcaires de Poleymieux-au-Mont-d’Or. La ferme est née en 1976 d’un éleveur de chèvres et d’un paysan, puis a arrêté l’élevage en 2003 et converti sa vigne en bio en 2007. Mélissa Prieur-Tebaibi et Frédéric Bernard vinifient au levain maison, avec des macérations jusqu’à huit mois. Leurs cuvées aux noms de patois lyonnais se vendent surtout autour de Lyon, une partie en bouteilles consignées.

  • Domaine Matray & Filles

    Le Domaine Matray & Filles cultive la vigne à Fleurie depuis cinq générations et vinifie tous ses raisins dans le cuvage familial acheté en 2003. Bruno Matray et son frère Patrick y lancent dès 2005 l’arrachage de ceps et l’enherbement qui mènent à la conversion bio de 2018. Sa fille Maud, ingénieure travaux reconvertie, le rejoint en 2020 et relance la vente en bouteille. Du granit rose de Grille-Midi aux clos de pierre sèche des Pierres Dorées, la gamme réunit Fleurie, Morgon, Chiroubles et un Bourgogne blanc.

  • Domaine Bonnet-Cotton

    Fondé en 1856 au pied du Mont Brouilly, à Odenas, le Domaine Bonnet-Cotton est engagé en agriculture biologique depuis 2016. Pierre Cotton et Marine Bonnet y conduisent en gobelet des gamays d’environ 65 ans et plantent près de 500 arbres par an autour et au cœur des vignes. Chaque cuvée suit une parcelle, de la diorite bleue de la Côte de Brouilly aux granites de Brouilly, Régnié et Fleurie. Les rouges naissent en macération carbonique, en grappes entières, sans soufre ajouté sauf exception, ni collage ni filtration.

  • Château des Bachelards

    Le Château des Bachelards cultive 18 hectares de gamay, de chardonnay et de viognier autour de Fleurie, au nord du Beaujolais. Son Clos des Bachelards, monopole de 1,80 hectare ceint de murs depuis les moines de Cluny, repose sur du granite rose et des argiles bleues. Sans chimie de synthèse depuis 2007, le domaine est certifié Demeter depuis 2015 et Biodyvin depuis 2020. Ses Fleurie, Saint-Amour et Moulin-à-Vent sont éraflés, cuvés 28 jours puis élevés 18 à 22 mois en foudres, en demi-muids ou en amphores.

  • Domaine de Prapin

    Le Domaine de Prapin cultive 10 hectares de vignes à Taluyers, Saint-Laurent-d’Agny et Mornant, en Coteaux du Lyonnais, sur un sol de gneiss granitique. La famille Jullian y plante la vigne depuis 1890, et Lucie et Pierre Riviere en forment la sixième génération. Engagé en bio en 2009, le vignoble est conduit en biodynamie depuis 2012 et labellisé Demeter en 2024. Le gamay et le chardonnay y côtoient le gamaret et la syrah, et une partie des vins s’élève en amphore de terre cuite depuis 2015.

  • Saint-Ennemond

    Saint-Ennemond est la vigne de gamay que Dominique Merle cultive en Beaujolais-Villages à Cercié, sur des ceps de plus de 40 ans plantés par son père. Reprise en 2021, elle est passée du conventionnel à la bio par une étape en certification HVE. Le sol se travaille à la charrue tirée par des chevaux, et les vendanges se font à la main, en famille. La cave coopérative Vinescence a vinifié en vendange entière le premier millésime bio, un Beaujolais-Villages 2025.

  • Domaine du Champ de la Croix

    Le Domaine du Champ de la Croix cultive 16 hectares à Denicé, dans les Pierres Dorées, où la famille est installée depuis 1934. Passé par Santenay, Meursault et Corton, Benoît Roche reprend le domaine de son père en 2017 et achète une parcelle de Brouilly à 510 mètres. Engagé en bio en 2019, il signe avec 2022 son premier millésime certifié. Ses gamays passent en macération carbonique, et son blanc Les Barrières, élevé en fût, compte deux étoiles au Guide Hachette.

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