Château Gassier
Château Gassier, des rosés élevés au pied de la Sainte-Victoire
Le Château Gassier cultive 40 hectares de vignes à Puyloubier, dans les Bouches-du-Rhône, au pied de la montagne Sainte-Victoire. Son vignoble est conduit en agriculture biologique, certifiée depuis 2016. Le domaine ne produit que des vins rosés et blancs, en appellations Côtes de Provence et Côtes de Provence Sainte-Victoire.
Ce qui le distingue se passe au chai. En 2010, Georges Gassier crée un rosé de Provence vinifié et élevé en demi-muids de chêne, et la maison se présente depuis comme l’un des pionniers de cette approche. Onze cuves béton d’origine et seize demi-muids autrichiens se partagent aujourd’hui les cuvées du château.
Quarante hectares sous la Croix de Provence
Le vignoble se tient à 350 mètres d’altitude. Ce chiffre donne son nom à la cuvée Le Pas du Moine 350, qui rappelle aussi le sentier autrefois emprunté par les moines pour rejoindre la Croix de Provence. La croix se dresse plus haut, à 946 mètres, sur le sommet ouest de la montagne, et la cuvée 946 lui doit le sien.
Le paysage est protégé. La Sainte-Victoire est classée Grand Site de France et site Natura 2000, et Paul Cézanne l’a représentée plus de quatre-vingts fois entre 1882 et 1906. Les Monts Auréliens et le massif de la Sainte-Baume abritent le vignoble des brises marines.
Sainte-Victoire, premier cru des Côtes de Provence
La dénomination Sainte-Victoire est reconnue en 2005 comme complément géographique des Côtes de Provence, pour les rouges et les rosés. Le 6 février 2025, le comité national de l’INAO vote à l’unanimité sa reconnaissance comme cru, le premier de la Provence viticole. Elle peut se revendiquer dès le millésime 2025.
Ses règles pèsent sur l’assemblage : la syrah et le grenache doivent représenter au moins la moitié des rosés, et le rendement est limité à 50 hectolitres par hectare. Le mistral et la fraîcheur des nuits et des matinées gardent l’acidité naturelle des baies. Le rosé Le Pas du Moine 350 porte la mention « Cru Sainte-Victoire » dès son millésime 2025.
Six générations de Gassier, et un groupe familial à leurs côtés
1982, Antoni Gassier s’installe à Puyloubier
Gustave, Léon et Raymond Gassier ont précédé Antoni dans le vignoble provençal. En 1982, Antoni, déjà propriétaire d’un domaine dans le Var, achète la propriété de Puyloubier et ses 40 hectares de vignes. Il dote le vignoble des ressources modernes de l’époque.
À partir de 1997, il transmet son savoir-faire à son fils Georges, qui reprend le vignoble en 2009. L’année 1982 reste la date fondatrice : elle est moulée dans le verre de la bouteille hexagonale présentée en 2025, dont les six faces évoquent les six générations de la famille.

Georges Gassier, de l’Australie à la Sainte-Victoire
Georges Gassier, cinquième génération, se passionne tôt pour le vin. Il étudie la viticulture et l’œnologie, puis fait ses armes en Australie comme maître de chai. Sa vocation, pourtant, est née plus tôt, en cave, aux côtés de son père Antoni.
Il vit aujourd’hui au milieu de ses vignes. Depuis plusieurs années, son fils Jean travaille à ses côtés dans les parcelles du domaine, ce qui fait de lui la sixième génération de vignerons Gassier.

2004, l’entrée dans le groupe AdVini
En 2004, Antoni et Georges rejoignent la famille Jeanjean et son groupe AdVini. Olivier Souvelain prend la direction de la maison Gassier en 2010. Georges reste le vigneron du château et le gérant de la société qui en exploite les vignes.
Vingt-six micro-parcelles sur calcaire et argile rouge
L’étude des sols de 2004
La même année, une étude pédologique passe les 40 hectares au crible. Chaque secteur est analysé pour accorder le cep à son sol, et le vignoble se découpe désormais en 26 micro-parcelles. Partout, le calcaire forme le socle et l’argile rouge sert de fil conducteur.
Quatre orientations, quatre terroirs
À l’ouest, un sol sablo-limoneux accueille la syrah. Au sud, une terre aride et rocailleuse porte le grenache et le rolle, le nom provençal du vermentino. À l’est, les bas de coteaux profonds et caillouteux reçoivent le cinsault. Au nord, un sol sablo-argileux très caillouteux, posé sur une dalle de grès, convient de nouveau au grenache.
La carte des parcelles compte aussi de l’ugni blanc. Tous les ceps sont taillés en cordon de Royat, une technique choisie pour sa précision et l’équilibre qu’elle apporte à la vigne. Taille d’hiver, travail des rangs, relevage, ébourgeonnage : le vigneron adapte chaque geste au millésime.
Du bio à l’agriculture régénératrice
Le domaine s’engage en agriculture biologique en 2013 et obtient la certification en 2016. Dans les vignes, Georges Gassier a adopté une agriculture régénératrice. Elle poursuit deux buts : laisser l’eau de pluie pénétrer les sols, et relever leur taux de matière organique. Trois pratiques la portent :
- Des déchets verts récoltés dans les villages voisins, rapportés dans les parcelles avec l’association des Vignerons en Sainte-Victoire
- Un enherbement de céréales et de pois entre les rangs
- Un groupe d’entraide DEPHY entre viticulteurs, pour réduire les traitements contre l’oïdium et le mildiou
Haies, mare et chouettes chevêches
Dans ses parcelles, le domaine a restauré des poches de biodiversité. Il a planté 300 mètres de haies et des plantes fructifères, creusé une mare temporaire, posé des rocailles dans la garrigue et installé des nichoirs pour la chouette chevêche, une espèce protégée.
En avril 2015, avec le Grand Site Sainte-Victoire, il ouvre le Sentier des vignes. Cet itinéraire pédagogique, libre d’accès, fait découvrir la biodiversité du massif et les enjeux d’une viticulture attentive à son milieu.

Onze cuves béton et seize demi-muids autrichiens
Le béton historique du Pas du Moine
La cave abrite depuis sa création 11 cuves béton façonnées dans ses murs. C’est là que naît Le Pas du Moine 350, en rosé comme en blanc. Les raisins sont vendangés de nuit, pressés doucement, puis le jus fermente en cuve béton et s’y élève 2 à 4 mois avant la mise en bouteille.
Au chai, Georges Gassier travaille avec Léa Rouyet, œnologue du domaine. Originaire du Pays basque, elle arrive à Puyloubier en 2015. Ensemble, ils élaborent les blancs et les rosés du château en Côtes de Provence et en Sainte-Victoire.


2010, le pari du rosé élevé sous bois
La cuvée 946 naît en 2010 d’une recherche menée par Georges Gassier, d’abord en rosé, puis déclinée en blanc. Elle vient d’une sélection parcellaire. Pour la loger, la cave s’est équipée de 16 demi-muids en chêne autrichien, signés Stockinger, une tonnellerie familiale installée au pied des Alpes autrichiennes, qui pratique des chauffes très légères.
Le 946 rosé assemble grenache, syrah et vermentino. Les deux tiers du jus fermentent en fûts de 500 litres, le dernier tiers en cuve béton, puis le vin s’élève 6 mois avec des bâtonnages réguliers. Le 946 blanc passe 6 à 9 mois en fût.
Elevae, vingt-quatre mois pour les grands millésimes
Elevae pousse la logique plus loin. De vieilles vignes de grenache, des syrahs et des vermentinos sont choisis sur les micro-parcelles les plus nobles. Le vin fermente puis s’élève 24 mois en demi-muid, avec des bâtonnages réguliers.
Cette cuvée ne sort que dans les millésimes les plus remarquables, à environ 2 000 bouteilles. Le domaine lui prête un potentiel de garde de six à dix ans.
Des rosés de table et des blancs de vermentino
Trois lectures du rosé de Sainte-Victoire
Tous les rosés partent de vendanges de nuit, pour cueillir des baies fraîches et limiter l’oxydation. Le Pas du Moine 350 rosé, issu de cinsault, grenache, syrah et vermentino, ouvre sur la mangue, le litchi, la grenade et le cassis. Il finit sur le pamplemousse.
Le bois change le registre. Le 946 rosé prend une robe profonde aux reflets cuivrés, avec des notes de coing, d’abricot sec, de brioche et d’amande grillée, sur des tanins soyeux. Elevae, robe mangue aux reflets dorés, mêle la cannelle, l’abricot confit et le miel d’acacia. La maison les range parmi ses cuvées de gastronomie.
Le vermentino, du béton au demi-muid
En blanc, le vermentino tient le premier rôle. Élevé en béton, Le Pas du Moine 350 blanc en donne une lecture tendue : citron, fruits à chair blanche, finale acidulée et note iodée. Le 946 blanc gagne en ampleur au contact du bois, entre pêche, acacia et une finale légèrement épicée.
« Le Vermentino est un cépage d’équilibre. Il ne s’impose jamais, il révèle », résume Léa Rouyet. Selon elle, le béton garde l’énergie du vin intacte, quand le bois ne doit jamais dominer, seulement soutenir.
Recevoir face à la montagne de Cézanne
Visites de chai et dégustations privées
Le domaine reçoit sur réservation. La visite du vignoble et des chais se termine par une dégustation de rosés et de blancs. D’autres formats se concentrent sur les vins d’élevage, sur plusieurs millésimes servis avec des fromages affinés, ou sur une dégustation à l’aveugle. L’été, une terrasse éphémère ombragée ouvre face aux vignes, sans réservation.
Un challenge de sommellerie et des soirées d’été
En 2019, la maison fonde le Challenge de sommellerie Gassier avec l’Association de sommellerie Alpes Marseille Provence et l’Association des sommeliers formateurs. Il s’adresse aux jeunes élèves sommeliers. Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde, compte parmi ses parrains.
Depuis 2014, le domaine accueille aussi la culture chaque été : concerts, spectacles d’humour, festival des Musicales dans les Vignes et soirées d’observation des étoiles avec l’Association des astronomes amateurs aixois. Les soirées se tiennent face au vignoble et à la montagne peinte par Cézanne.

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