Château les Mangons

Château les Mangons

Région viticole

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Bordeaux

BioDemeter
Sommaire

Un banquier, une médecin et un pari sur la biodynamie

1990, Michel et Brigitte Comps arrivent aux Mangons

Le Château les Mangons se trouve à Pineuilh, en Gironde, sur les hauteurs de Sainte-Foy-la-Grande. Le vignoble s’étend entre Saint-Émilion et Bergerac. Ses vins bio et biodynamiques portent l’appellation Sainte-Foy Côtes de Bordeaux. L’histoire de la famille Comps y commence en 1990.

Michel Comps était banquier. Il avait découvert le vin jeune, dans les vignes de Saint-Émilion, et rêvait de donner corps à ce goût. Brigitte, sa femme, était médecin et partageait ce goût. Le couple s’installe aux Mangons avec ses deux jeunes enfants. Leur première récolte donne le millésime 1990, qui rejoint le 1989 déjà logé en cuves.

Le gel de 1991, une entrée en matière brutale

Le départ est rude. En 1991, une forte gelée frappe tout le Bordelais. De mémoire de vigneron, la région n’en avait pas connu d’aussi sévère depuis 1955. L’aventure aurait pu s’arrêter là. Le couple tient bon, et continue malgré les caprices de la nature.

Après les vendanges 2000, tout le domaine en biodynamie

Après les vendanges 2000, Michel et Brigitte décident de conduire l’ensemble du domaine en biodynamie. Leurs enfants, Antoine et Manuela, parlent aujourd’hui de la douce « folie » de leurs parents. Les Mangons comptaient alors parmi les précurseurs de cette voie dans la région bordelaise.

Les certifications suivent. Les vins sont certifiés en agriculture biologique par Ecocert depuis 2004, et en biodynamie sous label Demeter depuis 2010. Le domaine figure toujours parmi les adhérents de Demeter France, qui liste ses cuvées jusqu’au Lux Vitae 2020. La certification bio est, elle, confirmée pour 2026.

Quatorze hectares d’un seul tenant autour d’une cour carrée

Une ancienne propriété de polyculture

La propriété couvre 32 hectares de vignes, de bois et de prés. Elle était autrefois vouée à la polyculture : céréales, vergers et vignes. Elle compte aujourd’hui 14 hectares de vignes en production, à flanc de coteau et sur le plateau.

Les bâtiments, disposés en cour carrée, datent du XVIIIe siècle. Les vignes les entourent d’un seul tenant. Autour, 18 hectares de prés et de bois forment un environnement préservé. La famille s’attache à y maintenir une biodiversité animale et végétale.

Boulbènes sur le plateau, argile et silex en contrebas

Deux sols se partagent le vignoble. En haut, le plateau est limono-argileux, de type boulbène, avec des affleurements mangano-ferriques. Il passe très vite de la gadoue à la dureté du béton. Aux dires des vignerons, c’est lui qui commande le travail, comme s’il fallait l’amadouer.

En bas, la terre est brune et colle aux bottes. Son argile se mêle de calcaire et de silex. Le frottement du silex dégage une odeur calcinée qui fascine les enfants et parfume parfois le vin. Ce sol apporte fraîcheur et rectitude aux cuvées.

Merlot en tête, sauvignon gris pour le blanc

Les rouges occupent 13 hectares en production. Le merlot en représente 57 %, le cabernet sauvignon 24 % et le cabernet franc 19 %. Le blanc tient sur 1 hectare, planté de sauvignon gris à 73 % et de sauvignon blanc à 27 %.

Depuis 2003, la densité est passée de 4 500 à 5 500 pieds par hectare, pour des moûts plus concentrés. Depuis 2011, une restructuration partielle privilégie la greffe anglaise et la sélection massale. La taille se fait en Guyot simple ou mixte. Tous les travaux de la vigne sont menés à la main.

Les vignes du Château des Mangons

Une biodynamie de préparations et d’engrais verts

Bouse de corne, silice et tisanes d’ortie

Au vignoble, l’équipe applique des préparations dynamisées : bouse de corne préparée et silice. Elle y ajoute des infusions d’ortie, de prêle et d’osier. Avec un positionnement très précis des traitements, ces pratiques ont permis de réduire au minimum les doses de cuivre et de soufre.

Pour la famille, la biodynamie complète une approche paysanne de bon sens. Il s’agit de trouver l’harmonie de la vigne, du sol et de son environnement. Leur métier, disent-ils, va de la vie microbienne des sols jusqu’aux planètes et au cosmos, qui influencent leurs pratiques et leurs vins.

Engrais verts l’hiver, herbe maîtrisée sous le rang

Le sol est entretenu par une alternance de travail mécanique sous le rang et d’enherbement naturel maîtrisé. En hiver, des engrais verts sont semés régulièrement : avoine, seigle, féverole. Ils évitent l’érosion des sols et favorisent leur aération.

L’ébourgeonnage et l’effeuillage s’adaptent chaque année au millésime et à la météo. Brigitte Comps vit toujours sur le domaine. Elle y joue un rôle de transmission, en particulier de ses connaissances en biodynamie.

Bordeaux et Champagne dans le même chai

Deux familles, quatre associés

Antoine et Manuela Comps ont passé leur enfance aux Mangons. Depuis 2023, la famille Comps est associée à la famille Desruets, vignerons en Champagne depuis plusieurs générations au sein de la maison Joseph Desruets. Le domaine réunit aujourd’hui quatre associés : Manuela et Antoine Comps, Matthias et Thomas Desruets.

Leur ambition commune : associer deux visions familiales et deux savoir-faire, pour créer des vins de terroir originaux, élégants et de caractère. Côté Desruets, l’aventure sur le domaine a commencé en 2021. L’engagement remonte même au millésime 2019, avec une sélection de vins en cuve.

Un chai rénové en 2012, des fûts venus d’Hautvillers

Le chai a été entièrement rénové en 2012. Il réunit un cuvier traditionnel en béton et plusieurs cuves inox, qui servent à élaborer des cuvées d’une grande fraîcheur. Un second espace abrite des barriques bordelaises et champenoises, ainsi qu’un foudre Stockinger, pour les vins de garde. Un pressoir vertical assure un pressurage doux.

La récolte 2020 a été élevée en fûts de chêne bordelais. Les associés y ont ajouté des fûts champenois de la tonnellerie Viard, taillés dans des chênes sélectionnés à Hautvillers. Les premières cuvées de la collection Desruets & Comps ont été mises en bouteille en novembre 2023.

Deux gammes, de la cuve inox au foudre

Piccolo et Saxo, le fruit d’abord

La gamme musicale compte quatre vins, tantôt légers, tantôt plus profonds. Piccolo, le plus jeune, vient des jeunes vignes. Élevé en cuves ciment et inox, il assemble 60 % de merlot, 20 % de cabernet franc et 20 % de cabernet sauvignon. Il s’écarte un peu du Bordeaux classique, pour une fraîcheur plus immédiate.

Saxo est né aux vendanges 2014. Le domaine en a fait sa cuvée de l’amitié. Élevé seulement en cuve inox et ciment, il se montre fruité et puissant, avec une belle structure.

Chant Secret et Armance, les vieilles vignes

Chant Secret provient surtout de la parcelle du Champ secret. Il assemble les trois cépages rouges bordelais. La moitié du vin part en barriques dès la fin de la fermentation, l’autre reste en cuve sur lies fines. Il en sort un profil équilibré, aux tanins doux et fondus.

Armance doit son nom à une héroïne de Stendhal. En rouge, elle vient des vignes les plus âgées, qui ont plus de trente ans. Son assemblage de 80 % de merlot et 20 % de cabernet franc s’élève dans le foudre. La cuvée se décline aussi en blanc de sauvignon, élevé trois mois sur lies fines.

Il existe enfin un Armance rosé, tiré à 650 bouteilles. Ce pur jus de cabernet sauvignon fait ses deux fermentations dans une barrique à chauffe hydro-céramique.

Lux Vitae, Eosphoros et L’Atypique, la collection D&C

La collection D&C célèbre l’héritage des deux régions. Lux Vitae, « lumière de vie » en latin, marque le début de l’aventure commune. Issu des plus vieilles vignes, il a vieilli trois ans en fûts et foudre, avec des fûts venus des deux régions. Le domaine conseille de le laisser vieillir cinq à six ans.

Eosphoros, élevé en barriques, porte le nom du porteur de la lumière de l’aube dans la mythologie grecque. Il symbolise le passage de flambeau d’une génération à l’autre. L’Atypique est une bulle de merlot à la robe rose saumonée, élevée en fûts champenois dans le chai bordelais.

Sainte-Foy Côtes de Bordeaux, aux portes du Périgord

Une AOC reconnue en 1937

Au début du XXe siècle, le vignoble foyen est d’abord rattaché à l’Entre-deux-Mers. Un jugement du tribunal civil de la Gironde, le 24 mai 1928, en fait une appellation à part entière, pour les rouges comme pour les blancs. Le décret du 31 juillet 1937 reconnaît ensuite l’AOC Sainte-Foy Bordeaux.

En novembre 2016, l’organisme de défense de l’appellation rejoint l’Union des Côtes de Bordeaux. Le nom devient alors Sainte-Foy Côtes de Bordeaux, aux côtés de Blaye, Cadillac, Castillon et Francs. Les rouges et les blancs des Mangons portent cette appellation.

Dix-neuf communes au bord de la Dordogne

L’aire s’étend sur 19 communes du nord-est de la Gironde, dont Pineuilh, le long de la Dordogne. Elle se situe entre Saint-Émilion et Monbazillac. Le paysage alterne des collines et des vallées irriguées par des rivières et des ruisseaux.

Les sols y sont très variés : terres fortes argilo-calcaires, ou terres douces sablo-graveleuses que l’on nomme boulbènes. La Dordogne et les nombreux cours d’eau adoucissent le climat et favorisent la maturation du raisin. Aux Mangons, ces boulbènes occupent le plateau.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

  • Château de La Dauphine

    Le Château de La Dauphine cultive 66 hectares de merlot et de cabernet franc en appellation Fronsac, en amphithéâtre au-dessus de la Dordogne. Bâti en 1750, il doit son nom à Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France et mère de Louis XVI. Certifié bio depuis le millésime 2015, le vignoble suit des pratiques biodynamiques et accueille des brebis chaque hiver. Le grand vin s’élève un an en barriques, en foudres et en amphores, à côté de Delphis, d’un rosé et d’un blanc.

  • Château de la Craffe

    Repris en 2021 par trois amis, le Château de la Craffe cultive 9 hectares de vignes bio à Francs, en Francs Côtes de Bordeaux. Imprimeur de formation, Quentin Vidal sérigraphie sur chaque bouteille l’œuvre d’un artiste et reverse 1 € par bouteille à une association. Sur 20 hectares sans labour, le domaine a planté 2 250 arbres en bocage et fait pâturer des moutons d’Ouessant. Ses vins suivent le millésime, du rosé pétillant naturel au rouge muté, en tirages de quelques centaines de bouteilles.

  • Château Coutet

    À 500 mètres du village de Saint-Émilion, le Château Coutet se transmet dans la famille David Beaulieu depuis 1601, sans désherbant ni pesticide. Certifié en agriculture biologique depuis 2012, il cultive merlot à queue rouge, bouchet et pressac sur le calcaire à astéries du plateau de Saint-Martin et sur ses pentes. Un quart de ses 17 hectares reste sans vigne, entre chênes, figuiers et quelque 500 arbres fruitiers. La cuvée Émeri reproduit une bouteille de 1750 retrouvée pleine dans la cave, bouchon de verre compris.

  • SCEA Vignobles Barron

    Les Vignobles Barron réunissent à La Brède, en AOC Graves, le Château Méric et le Château Chante l’Oiseau, dans la famille depuis le XIXe siècle. La famille dit produire en agriculture biologique depuis 1964, et son engagement auprès d’Ecocert date de 1995. Sur 31 hectares de vignes, elle élève en cuve la plupart de ses Graves rouges et blancs, et en barrique les cuvées Eugénie, 7G et 1802. Benjamin Barron, septième génération, et son épouse Aurélie reçoivent pour des visites, au gîte et à la guinguette La Méric.

  • La Bastane

    Ancien Château de L’Espinglet, surnommé le « Petit Yquem » pour ses liquoreux, La Bastane a été reprise en 2017 par Anaïs Bernard et Bastien Pestourie. Ses 15 hectares d’un seul tenant dominent la Garonne à Rions, sur graves, argilo-calcaires et cailloux de fer. Certifié en agriculture biologique depuis le millésime 2020, le domaine y ajoute des pratiques biodynamiques non certifiées. Il produit des rouges en AOC Côtes de Bordeaux, un blanc étoilé au Guide Hachette et un liquoreux en AOC Cadillac, et reçoit en chambres d’hôtes.

  • Château Moulin de Peyronin

    À Pujols, dans l’Entre-deux-Mers, le Château Moulin de Peyronin est conduit en agriculture biologique depuis 1975 et certifié par Ecocert depuis 1985. Véronique et Franck Terral l’ont racheté en 2006, à 25 ans, puis converti à la biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Leurs 14 hectares de vignes d’un seul tenant, sur argilo-calcaire, dominent la vallée de la Dordogne, entre moutons, haies et chênes truffiers. Le domaine produit neuf vins, en AOC Bordeaux, en Crémant de Bordeaux et en Vin de France, dont un clairet et un vin orange.

  • Château du Grand Bos

    À Castres-Gironde, en appellation Graves, le Château du Grand Bos cultive 23 hectares de vignes dans une clairière bordée de bois, autour d’une chartreuse des XVIIe et XVIIIe siècles. Racheté en 1988 par André Vincent, il est aujourd’hui conduit par sa petite-fille Lou Rochet, troisième génération de la famille. Engagé en agriculture biologique depuis 2020 avec Ecocert, le domaine s’intéresse aussi aux pratiques biodynamiques. Son rouge 2019 a obtenu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette, et il signe des vins nature sans sulfites ajoutés.

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