Domaine Hering - Vieilles vignes en cépée devant le village de Barr

Domaine Hering

Région viticole

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Sommaire

Cinq générations de Hering dans le centre de Barr

D’Émile-Gustave à Jean-Daniel et Fabienne

Le Domaine Hering fait du vin à Barr, sur la Route des Vins d’Alsace, depuis 1858. La famille présente sa commune comme la capitale viticole du Bas-Rhin. Son vignoble bio couvre plus de 11 hectares, tous situés à Barr. Une grande partie occupe la colline du Kirchberg, classée en Alsace Grand Cru.

Le fondateur, Émile-Gustave Hering (1823-1909), était fils de pharmacien. Cinq générations se sont succédé depuis sur cette propriété du centre de Barr. La vente en bouteilles y a commencé dès le milieu du XIXe siècle.

Aujourd’hui, Pierre Hering et son fils Jean-Daniel, œnologue, gèrent le domaine avec Fabienne, l’épouse de Jean-Daniel. C’est elle qui reçoit à la boutique et guide les visiteurs dans leur choix. Plasticienne de formation, Fabienne peint aussi. Au domaine, on croise ses peintures, collages ou vanneries, dont le monde végétal est tantôt le sujet, tantôt le prétexte.

Edouard Hering et le porte-greffe 503 Barr

Entre le fondateur et Pierre, la famille rappelle deux figures : Edouard Hering (1877-1959), puis Louis Hering (1910-1993) et son épouse Sophie.

Edouard, l’arrière-grand-père de Jean-Daniel, s’est essayé à l’hybridation. Il cherchait à créer un porte-greffe mieux adapté aux conditions du vignoble alsacien. Le 503 Barr est l’une de ses réalisations. Louis, lui, a obtenu en 1962 le droit d’exploiter le Clos de la Folie Marco, dont l’histoire se raconte plus bas.

Du raisonné de 1999 au bio contrôlé par Ecocert

Depuis 1999, le domaine suit un cahier des charges environnemental précis, établi par l’association Tyflo. Après douze ans de viticulture raisonnée, la propriété engage en 2011 sa conversion à l’agriculture biologique, sous le contrôle d’Ecocert. Ses vins sont aujourd’hui certifiés bio.

Les sols sont travaillés en alternant fauches et labours. Le domaine laisse s’installer naturellement les plantes adaptées au milieu. Elles ne sont fauchées qu’après la floraison, pour faciliter la pollinisation. Sur le rang, le désherbage reste mécanique, avec une alternance de buttage et de débuttage.

Contre les maladies, la vigne reçoit de la bouillie bordelaise, du soufre et des produits naturels. Des apports de matières organiques rééquilibrent son alimentation quand il le faut. La récolte se fait exclusivement à la main, pour choisir les meilleurs raisins.

Domaine Hering - Le vigneron au volant de son tracteur dans les vignes
Le travail du sol se fait au tracteur là où la pente le permet.

Quatre terroirs sur la seule commune de Barr

Le Kirchberg, un grand cru calcaire au-dessus de la ville

Le Kirchberg de Barr couvre la colline qui domine la ville. Il faisait partie des 25 grands crus de la première liste alsacienne, rejoints depuis par 26 autres. L’appellation Alsace Grand Cru Kirchberg de Barr s’étend sur 40,63 hectares, entre 220 et 350 mètres d’altitude.

Ce terroir s’est formé à l’ère secondaire, quand une mer intérieure a déposé ses sédiments. Les nombreux cailloux calcaires du Kirchberg portent encore des traces de fossiles marins. Ce calcaire friable laisse la vigne s’enraciner profondément. Le sol y est marno-calcaire.

La pente dépasse 40 % par endroits, et une forte ventilation empêche l’humidité de stagner. L’exposition va du sud-est au sud-ouest, pour une altitude moyenne de 280 mètres.

Dans l’ensemble, les vignes du domaine reposent sur des sols calcaires sur conglomérat de l’Oligocène, légers et perméables. Ils se réchauffent vite au printemps, ce qui avance les cycles de la vigne.

Domaine Hering - Le vignoble de Barr et la plaine du Rhin
Le coteau de Barr domine la plaine du Rhin, plein sud.

À Barr, on dit que cette colline a vu planter le premier pied de gewurztraminer d’Alsace. Le cépage y occupe 53 % de l’encépagement du grand cru. Serge Dubs, meilleur sommelier du monde en 1989, a d’ailleurs classé le Kirchberg de Barr parmi les meilleurs terroirs pour le gewurztraminer.

Le Gaensbroennel et sa source souterraine

Le Clos Gaensbroennel occupe la partie basse du Kirchberg, exposée au sud-est. Le domaine y exploite 60 ares de gewurztraminer. Le sol y est plus profond qu’au sommet, marno-calcaire et plutôt riche. Ce bas de colline est aussi abrité des vents dominants.

Une source où venaient boire les oies traverse aujourd’hui le clos en sous-sol. Elle ressort à la fontaine située en face de la Folie Marco. Avec elle viennent une fraîcheur l’été et une humidité d’automne propice à la pourriture noble. Les bonnes années, le clos donne des vendanges tardives.

La Cuvée des Frimas, un gewurztraminer grand cru, vient de ce clos. Elle naît de raisins triés et récoltés tard, mais non botrytisés.

Domaine Hering - Portail du lieu-dit Gaensbroennel
Le portail du Gaensbroennel, l’un des lieux-dits du domaine.

Le Rosenegert, cinq cépages dans une même vigne

Le lieu-dit Rosenegert se trouve sur la colline du Kirchberg, en périphérie de la zone classée. En lisière de forêt, à 290 mètres, il garde des températures constantes l’été. Son exposition sud-ouest profite des derniers rayons du soir et prolonge la maturation.

Longtemps occupé par des vergers, le terrain a retrouvé sa vocation viticole grâce au travail de Pierre Hering. Les premières vignes y ont été plantées en 1998, puis en 2005 et en 2009. Le lieu-dit compte aujourd’hui 80 ares en production.

Pour ce terrain, la famille a remis au goût du jour une pratique ancienne : la complantation, soit plusieurs cépages mêlés dans la même vigne. Le riesling couvre plus de la moitié de la surface. Le gewurztraminer et le pinot gris en occupent chacun 20 %, le muscat et le pinot blanc le reste.

Ces cinq cépages reçoivent le même soleil et la même eau, si bien que leurs écarts de maturité s’effacent. Ils sont vendangés à la main le même jour, puis pressés ensemble.

La Folie Marco, un clos en pleine ville

Le Clos de la Folie Marco doit son nom au bailli Félix Marco. Au XVIIIe siècle, il fit bâtir à Barr une maison de villégiature, alors en pleine campagne : une « folie ». Amateur de bonne chère et de bons vins, il clôtura ses vignes pour les préserver des rôdeurs.

C’est l’un des rares clos d’Alsace situés au milieu d’une cité viticole. La ville de Barr en est devenue propriétaire à la mort des derniers héritiers. En 1962, elle a mis aux enchères le droit d’exploiter ces vignes, et Louis Hering l’a obtenu pour 99 ans. La famille les exploite depuis en monopole.

Protégé des vents du nord, le clos débourre 8 à 10 jours plus tôt qu’ailleurs. Deux cépages y poussent, toujours vinifiés à part : le sylvaner et le riesling. La famille les récolte à maturité, sans chercher la surmaturité, pour des vins secs, légers et frais. Le sylvaner vient d’une vigne de plus de 70 ans.

Dans une cave de 1652, des vins secs pensés pour la table

Raisins entiers, levures du raisin et foudres de chêne

Le domaine vinifie dans une cave bâtie en 1652, dans le centre historique de Barr, à deux pas de l’hôtel de ville. Les raisins y sont pressés entiers, sans foulage. Un pressoir pneumatique travaille à basse pression, puis un débourbage statique de 48 heures donne des jus très purs.

La fermentation se fait sans levures ajoutées, en cuves thermorégulées, et dure de 15 à 60 jours. La cave abrite aussi de nombreux foudres de chêne, où les vins s’élèvent sur lies fines. La mise en bouteille intervient environ 8 à 10 mois après la récolte.

Cinq gammes, du vin de tous les jours au vin de collection

La boutique du domaine range ses vins en cinq familles : les vins de cépage, le Clos de la Folie Marco, les lieux-dits, les vins de collection et les crémants d’Alsace. La famille revendique un esprit sec. Les vins de cépage couvrent les classiques alsaciens, du sylvaner au pinot noir, avec un muscat fruité et sec.

Quelques cuvées sortent du rang. Pluriels assemble quatre cépages pour un blanc léger, sec et floral. Le Funambule est un rosé de pinot noir et de pinot gris, récoltés et pressés ensemble. Hespérides est un vin de macération de muscat et de gewurztraminer, légèrement orangé, qui évoque l’orange amère, la pêche et les épices.

Les vins de collection viennent surtout du grand cru. Le riesling Kirchberg de Barr se montre fin, d’une minéralité tonique, et se garde au moins dix ans. Le gewurztraminer du même grand cru reste plutôt réservé au nez, sur la rose et le pamplemousse, avant une finale d’épices et de réglisse.

Le pinot gris grand cru pousse sur une parcelle en terrasses, dans la partie sud-ouest du Kirchberg. Les vendanges tardives, elles, ne viennent que des meilleures parcelles du grand cru. Les raisins y sont triés à la main, pour ne garder que les baies les plus concentrées.

Un pinot noir devenu grand cru avec le millésime 2022

À compter du millésime 2022, le pinot noir accède à deux appellations grand cru en Alsace, dont le Kirchberg de Barr. La colline est la première du Bas-Rhin à produire un grand cru rouge. Il a fallu plus de dix ans d’efforts aux vignerons barrois pour obtenir cette reconnaissance de l’INAO.

Au domaine, la parcelle a été plantée par Pierre Hering. Le premier millésime classé, 2022, a passé dix mois en barriques bourguignonnes. Le Guide Hachette des Vins 2025 lui a attribué deux étoiles, pour 1 500 bouteilles produites. Le guide y relève la cerise, la mûre et le poivre, sur un palais souple et finement tannique.

Un autre pinot noir du domaine s’élève dans un fût de la cave des Hospices de Strasbourg, fondée en 1395. Il offre des notes de griotte et de fruits rouges, avec une légère touche boisée.

Des crémants depuis 1982

Pierre Hering a commercialisé la première cuvée de crémant du domaine en 1982. La gamme compte aujourd’hui un brut de pinot blanc, d’auxerrois et de chardonnay, élaboré selon la méthode traditionnelle. S’y ajoutent un blanc de noirs de pinot noir et un extra-brut de chardonnay.

Ces deux derniers ne sont produits que les meilleures années. L’extra-brut reste au moins 18 mois sur lattes avant son dégorgement.

Déguster à Barr, dormir face au Kirchberg

Un salon de dégustation et une salle pour les groupes

La boutique du domaine se trouve dans le centre historique de Barr. On s’y installe pour goûter les vins, avec les conseils de Fabienne. La famille y dévoile le métier du vin bio, dans un salon de dégustation ou dans un espace pensé pour les groupes.

Les groupes, de 10 à 50 personnes, sont reçus sur rendez-vous, avec une salle pédagogique et une visite du vignoble. Les particuliers peuvent aussi réserver une visite guidée. L’accueil se fait en français, en allemand et en anglais. Le domaine adhère aux Vignerons Indépendants.

Le Bacchus, un gîte quatre étoiles face au grand cru

La famille loue aussi un gîte, Le Bacchus, dans une maison alsacienne traditionnelle entièrement rénovée en 2016. Classé meublé 4 étoiles, l’appartement de 45 m² s’étage sur deux niveaux et reçoit de 2 à 4 personnes. Tourné vers le vignoble, il donne sur le grand cru Kirchberg.

Barr se trouve au pied du mont Sainte-Odile, à mi-chemin entre Strasbourg et Colmar. La première foire aux vins d’Alsace s’y est tenue en 1906.

Domaine Hering - Le vignoble de Barr sous la neige
Le vignoble du Kirchberg en hiver, avant la taille.

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Les autres domaines de la région Alsace

  • Domaine Yves Amberg

    Domaine Yves Amberg cultive 13 ha de vignes bio à Epfig, avec vendanges manuelles et fermentations en levures indigènes. Le domaine produit des Rieslings, Gewurztraminers, Pinot gris, Pinot noir et Crémants d’Alsace précis et digestes. Certaines cuvées sont élaborées en style vin nature, sans sulfites ajoutés et avec une filtration minimale. Situé sur la Route des Vins d’Alsace, le domaine propose dégustations et hébergement au cœur du vignoble d’Epfig.

  • Domaine Ansen

    Quatorzième génération d’une famille de vignerons remontant à 1613, Daniel Ansen met ses vins en bouteille à Westhoffen depuis le millésime 2012. Ses 9 hectares, conduits en bio depuis 2010, se partagent entre sept lieux-dits de Westhoffen et de Wangen, sur marnes du Keuper, argiles, grès et calcaires. En cave, il vinifie en cuves inox avec les levures indigènes et bouche ses vins tranquilles à la capsule Stelvin. Plusieurs cuvées sans sulfites ajoutés sont certifiées USDA Organic et portent le label Vin Méthode Nature.

  • Domaine Achillée

    Créé en 2016 par Yves Dietrich et ses fils Jean et Pierre, le Domaine Achillée vinifie à Scherwiller dans un chai passif bâti avec 100 tonnes de paille. Ses vignes couvrent cinq villages, des graves de Scherwiller au granite du grand cru Frankstein et aux schistes du Schieferberg. Engagé en bio depuis 2000 et adhérent Demeter, il fermente avec des levains maison et limite le soufre au minimum. On y visite le chai en paille avant une dégustation commentée, sur la Route des Vins d’Alsace.

  • Maison Zeyssolff

    Fondée en 1778 à Gertwiller, la Maison Zeyssolff se transmet de père en fils depuis onze générations, aujourd’hui avec Yvan et Céline Zeyssolff. Engagée en agriculture biologique en 2018, elle a sorti son premier millésime bio en 2021. Elle cultive tous les cépages d’Alsace, du Klevener de Heiligenstein au Sylvaner grand cru Zotzenberg, vendange à la main et fait fermenter ses vins en foudres de chêne. Sa cave de 1850 se visite avec un film à 180° projeté sur les fûts.

  • Domaine Eblin-Fuchs

    Liées depuis 1956, les familles Eblin et Fuchs cultivent 11,5 hectares sur cinq communes autour de Zellenberg, dans le Haut-Rhin. Engagé en bio depuis 2002 et conduit en biodynamie, le domaine est adhérent Demeter. Chaque coteau est vinifié à part, en foudres de chêne avec les levures indigènes, et le lieu-dit figure sur l’étiquette. La gamme va des crémants aux Sélections de Grains Nobles, avec quatre grands crus : Froehn, Rosacker, Mandelberg et Sonnenglanz.

  • Domaine Claude et Christophe Bléger

    Installé à Orschwiller, au pied du Haut-Kœnigsbourg, le Domaine Claude et Christophe Bléger cultive 9,5 hectares répartis en 35 parcelles. La famille, venue de Suisse, se dit vigneronne depuis 1630 et s’est engagée en bio auprès d’Ecocert en 2008. Quand une parcelle a du caractère, du grand cru Praelatenberg aux sols granitiques de Kintzheim, elle reçoit sa propre cuvée. Vendangés à la main et fermentés aux levures indigènes, les vins vont du crémant aux Vendanges Tardives.

  • Domaine Etienne Simonis

    Installé à Ammerschwihr, au nord-ouest de Colmar, le Domaine Etienne Simonis prolonge une lignée de vignerons présente au village depuis les années 1670. Katia et Etienne Simonis y cultivent 7 hectares, avec des parcelles en Grand Cru Kaefferkopf et Marckrain. Etienne a commencé par la biodynamie en 1999, avant l’engagement bio de 2008, et ses vins sont labellisés Demeter. Fermentés avec leurs levures indigènes, sans collage ni chaptalisation, ils se déclinent en quelque 25 cuvées, du vin de cépage au vin orange.

  • Domaine Fahrer et Fils

    Installée à Saint-Hippolyte depuis 1932, la famille du Domaine Fahrer et Fils en est à sa quatrième génération avec Raphaël. Ses 20 hectares, partagés avec Rorschwihr, reposent sur une faille sismique et sept sols différents, dont le lieu-dit Silberberg. Engagé en agriculture biologique depuis 2018, le domaine a abandonné le labour et plante haies, rosiers et arbres fruitiers depuis 2019. Sa spécialité, le Rouge de Saint-Hippolyte, côtoie plus de 20 vins et crémants, et cinq chambres d’hôtes accueillent les visiteurs au domaine.

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