Champagne Larmandier-Bernier - Vignoble de la Côte des Blancs dans la lumière rasante du soleil

Champagne Larmandier-Bernier

Région viticole

Région viticole

Champagne

BioBiodyvin

Vertus, 1988 : un couple à contre-courant de la Champagne

Le Champagne Larmandier-Bernier cultive 19 hectares dans la Côte des Blancs, depuis son siège de Vertus, dans la Marne. Le vignoble est certifié bio et conduit en biodynamie depuis 1999, et labellisé Biodyvin. Les raisins viennent tous des vignes de la famille : le domaine n’en achète pas. Ce refus du négoce tient toute son histoire.

Deux familles de vignerons réunies en 1971

Le travail de la vigne est inscrit dans l’histoire des familles Larmandier et Bernier depuis 1765. Dans les années 1950, Jules Larmandier puis son fils Philippe Allyre fournissent les grandes tables parisiennes, dont La Tour d’Argent et Taillevent.

En 1971, Philippe Larmandier et sa femme Elisabeth Bernier, propriétaire de vignes à Vertus, créent ensemble le Champagne Larmandier-Bernier. Ils construisent leur cave à Vertus. Les Larmandier font du champagne dans la Côte des Blancs depuis huit générations.

Pierre et Sophie, du labour à la biodynamie

Né à Vertus, Pierre Larmandier grandit dans les vignes et la cave de ses parents. Diplômé d’Audencia, il revient épauler sa mère après la disparition prématurée de son père. En 1988, il reprend le domaine avec Sophie, originaire d’Avize et diplômée de l’École Centrale de Lyon, qu’il épouse la même année.

Le domaine compte alors 9 hectares. Le couple remet les sols au travail et abandonne les herbicides, totalement et définitivement en 1992. L’envie de Pierre d’élaborer de grands vins rejoint le mode de vie de Sophie, attachée à une nourriture saine. Leur choix va à l’opposé des pratiques champenoises de l’époque.

En 1999, tout le domaine passe en biodynamie. Les fermentations se font désormais avec les levures indigènes, et les vins quittent l’inox pour des fûts et des foudres. Le bio n’était pas à la mode dans les années 1990, rappelle Pierre : cette voie leur semblait simplement la meilleure pour faire des vins de caractère.

La reconnaissance suit vite. La Revue des vins de France désigne Pierre « meilleur espoir du vin 2002 ». Pour GaultMillau, Bernard Burtschy le nomme « vigneron de l’année 2003 ». En 2021, le domaine figure parmi les 24 premiers à recevoir le Robert Parker Green Emblem, qui distingue l’exemplarité en matière de développement durable.

Arthur et Georges, la relève au domaine

Arthur Larmandier rejoint ses parents en 2017, diplômé de Rennes Business School et riche d’expériences à l’étranger. Son frère Georges arrive en 2021, après un diplôme de Supélec et trois ans comme ingénieur dans l’aéronautique. Il vient épauler Arthur pour la reprise du domaine.

Les quatre signent ensemble les nouvelles du domaine. En 2025, un deuxième chai est construit pour permettre des élevages plus longs.

Dix-neuf hectares sur la craie de la Côte des Blancs

Parmi les zones de production de l’appellation Champagne, seules la Montagne de Reims et la Côte des Blancs reposent sur la craie du Campanien. Le domaine y voit l’origine de la minéralité de ses vins. Sur plusieurs de ses parcelles, la craie affleure.

Un premier cru et quatre grands crus

Le vignoble se répartit entre Vertus, classé premier cru, et quatre villages classés grands crus : Cramant, Chouilly, Oger et Avize. Plus de 90 % des vignes sont plantées en chardonnay. Quelques pinots noirs et pinots gris complètent l’encépagement : les pinots noirs ne représentent que 5 % du vignoble.

Les vignes ont 35 ans en moyenne. Elles sont issues de sélections massales des grands-pères Larmandier et Bernier, un patrimoine que le domaine préserve. En 2025, sa vieille vigne de pinot noir avait 65 ans.

Champagne Larmandier-Bernier - Rangs de vigne enherbés à l’automne, aux abords du village
Fin de saison dans les rangs, aux abords du village.

Le labour plutôt que les engrais

La recette d’un bon raisin tient pour eux en quelques points : vieilles vignes, travail des sols, rendements mesurés, aucune perfusion d’engrais. Un labour délicat pousse les racines en profondeur et préserve la vie des sols. Les rendements restent ainsi naturellement mesurés.

La cueillette se fait toujours à la main, à pleine maturité. Avec l’évolution du climat, le premier coup de sécateur tombe parfois fin août. En 2025, le ban des vendanges est levé le 26 août dans la Côte des Blancs. La famille attend pourtant début septembre, parce que le goût des raisins tarde à venir.

Champagne Larmandier-Bernier - Vendangeurs déchargeant les caisses de raisins au pressoir
Vendanges 2025 : les caisses de raisins cueillis à la main arrivent au domaine.

La craie joue aussi le rôle de régulateur. Au printemps sec de 2025, les vieilles vignes ont profité de sa fraîcheur presque constante. Seules les jeunes plantations, sans racines profondes, ont dû être arrosées. L’appellation interdit d’arroser les vignes adultes : l’arrosage se limite aux deux premières années de plantation.

Acheter des vignes plutôt que des raisins

Le domaine n’achète aucun raisin à l’extérieur. La famille l’explique sans détour : elle ne pourrait pas vendanger ni vinifier de la même façon des raisins qu’elle n’aurait pas produits. Pour grandir, elle achète donc des vignes quand un beau terroir se libère.

En 2002, elle reprend ainsi 4 hectares à Vertus, des vignes labourées qui n’avaient jamais connu de désherbant. En 2018, une nouvelle vigne s’ajoute à Avize. Les occasions restent rares dans la Côte des Blancs, et le domaine est passé de neuf à dix-neuf hectares en près de quarante ans.

Au chai, des levures du terroir et du temps

Les raisins partent sur un pressoir pneumatique et sont pressés doucement. Chaque cru est vinifié à part, cépage par cépage, parcelle par parcelle. Toute la récolte est ensuite logée en fûts et en foudres de la tonnellerie familiale Stockinger, choisie pour sa chauffe délicate.

Chaque fût avec ses propres levures

La fermentation démarre seule, avec les levures indigènes présentes sur la pruine du raisin. D’un fût à l’autre, d’un cru à l’autre, les levures changent, et elles changent encore avec le climat de l’année. Selon le domaine, 99 % des champagnes fermentent au contraire avec des levures sélectionnées en laboratoire.

Champagne Larmandier-Bernier - Fût de chêne marqué au nom du domaine dans le chai
Chaque fût, chaque foudre fermente avec ses propres levures.

Les vins restent ensuite 11 mois sur leurs lies, sans soutirage ni filtration, ni collage. La famille résume l’idée d’une formule : faire du vin avant de faire des bulles.

Une réserve perpétuelle commencée en 2004

Après onze mois, la famille goûte chaque fût et chaque foudre. Une parcelle d’un équilibre remarquable devient une cuvée parcellaire, d’un seul terroir et d’une seule année. Les autres vins s’assemblent entre terroirs et entre années.

Une partie de ces assemblages est mise de côté. Elle nourrit la réserve perpétuelle commencée en 2004, qui s’enrichit chaque année du nouveau millésime. Les vins sont mis en bouteille vers la fin juillet, puis descendus dans les caves creusées dans la craie.

Trois à dix ans en cave, et presque pas de dosage

La seconde fermentation se déroule lentement en cave. Le dépôt qui en naît nourrit ensuite le vin pendant de longues années. Selon les cuvées, trois à dix ans passent avant que chaque bouteille soit remuée puis dégorgée à la main.

Champagne Larmandier-Bernier - Bouteilles de champagne sur lattes dans la pénombre de la cave
De trois à dix ans sur lattes, dans les caves creusées dans la craie.

Au dégorgement, le domaine préfère la maturité du raisin au sucre ajouté. La plupart des bruts sont dosés autour de 12 g/l. Ici, les champagnes de la gamme actuelle reçoivent 2 g/l, et Terre de Vertus rien du tout.

Des champagnes de maturité et de craie

Le domaine décrit ses vins par trois mots : maturité, minéralité, pureté. Les champagnes sont presque tous des blancs de blancs extra-brut, bâtis sur des raisins mûrs et un dosage discret. Leurs fiches parlent de rondeur au sud de Vertus, de droiture et de salinité ailleurs.

Champagne Larmandier-Bernier - Grappe de raisin blanc doré à pleine maturité
Des raisins cueillis mûrs, pour des champagnes presque sans dosage.

Latitude et Longitude, deux assemblages de chardonnay

Latitude s’appelait « Tradition » depuis les années 1970. Elle rassemble des chardonnays du sud de Vertus, un terroir généreux qui donne un vin tout en rondeur. Longitude, l’ancien « Blanc de Blancs », réunit Vertus, Oger, Avize et Cramant, alignés près du quatrième méridien. Son style est plus droit, plus minéral. Toutes deux contiennent 40 % de vins de la réserve perpétuelle.

Trois parcellaires pour trois villages

Vieille Vigne du Levant est née en 1988 sous le nom de « Vieille Vigne de Cramant ». Elle vient du lieu-dit Bourron du Levant, à Cramant, tourné vers le levant et exposé au sud-est. Ses vignes ont 60 ans et plus de 85 ans pour les plus vieilles. Le vin vieillit neuf ans sur lattes et se montre ample et long.

Depuis 1995, le lieu-dit Les Barillers, à mi-coteau à Vertus, donne Terre de Vertus, un premier cru non dosé, salin et tendu. Les Chemins d’Avize date de 2009. Il réunit deux parcelles de vignes de 65 ans, les lieux-dits « Chemin de Plivot » et « Chemin de Flavigny », où la craie affleure. Le vin y gagne des arômes floraux et une grande densité.

Un rosé de saignée et des vins tranquilles

Le Rosé de Saignée, créé en 1999, vient de pinots noirs de Vertus et de pinots gris complantés dans les mêmes vieilles vignes. Les baies macèrent deux à trois jours, une technique rare en Champagne. Le vin fermente en cuve et en œufs béton.

Le domaine produit aussi des coteaux champenois, des vins sans bulles. Vertus Rouge vient des vieux pinots noirs du village, élevés environ deux ans en fût. Cramant Nature est né de deux fûts de chardonnay de 2017 que la famille a décidé de laisser tranquilles.

Venir à Vertus, voir les vignes

Le domaine reçoit à Vertus, sur rendez-vous. Pour découvrir les vignes et les alentours, la famille propose aussi un circuit de visite à télécharger sur son site.

Des bouteilles sans coiffe depuis 2024

Depuis 2024, les bouteilles Larmandier-Bernier sont vendues sans coiffe, ce que la loi européenne autorise désormais. La famille avait d’abord réduit l’épaisseur et la taille des coiffes, puis a choisi de les supprimer. Le meilleur déchet, écrit-elle, est celui qui n’existe pas. Seul un fin tour de col habille le goulot.

Une taille choisie pour tout maîtriser

Pierre le dit dans le journal du domaine : avec une vingtaine d’hectares et ses deux fils, la famille peut prendre elle-même chaque décision, à la vigne comme à la cave.

Pierre a vu naître la vogue des champagnes de vignerons, portée aux États-Unis par l’importateur Terry Theise. Pour lui, ce qui compte reste le contrôle de la vigne, la certification bio, l’implication du vigneron et le terroir d’origine des raisins.

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Les autres domaines de la région Champagne

  • Champagne Cordeuil Père et Fille

    À Noé-les-Mallets, dans la Côte des Bar, Gilbert Cordeuil et sa fille Erlande cultivent 4,2 hectares certifiés bio depuis 2019. Leurs champagnes vieillissent au moins 8 ans en cave, jusqu’à 14 ans pour les millésimes, et se vinifient sans fermentation malolactique. Le pinot noir domine un vignoble qui garde un peu de pinot blanc, déjà présent en 1971. Le Guide Hachette 2024 a accordé trois étoiles au Chardonnay de la maison.

  • Champagne Durdon-Bouval

    À Vincelles, dans la vallée de la Marne, le Champagne Durdon-Bouval cultive environ 8 hectares sur quatre villages de la Marne et de l’Aisne. Engagée en bio en 2010 et labellisée Demeter depuis 2023, la famille presse et vinifie elle-même depuis 2021, sans plus passer par la coopérative. Elle en tire trois parcellaires en brut nature, un par village et par cépage : Les Sablons, Les Clos et Les Macarons. Ludovic et Sandie Durdon, aux commandes depuis 2000, travaillent avec leurs enfants Antoine et Sipriane.

  • Champagne Daniel Moreau

    À Vandières, dans la vallée de la Marne, Bastien et Julie Moreau conduisent 16 parcelles bio, 6,8 hectares en tout, sur à peine dix kilomètres. Née des premières vignes plantées par Robert Moreau en 1947, la maison a quitté la coopérative en 1977 avec Daniel, dont elle porte le nom. Engagée en bio en 2017 et certifiée depuis la vendange 2020, elle a banni désherbants et insecticides. Ses quatre champagnes peu dosés vont du brut Pièce Maîtresse au parcellaire de meunier Chemin de Trotte.

  • Champagne Adeline Martin

    Le Champagne Adeline Martin est la marque bio d’Adeline Martin, vigneronne à Cumières, qui a repris en 2017 le domaine familial de son père Philippe. Avec lui, elle a engagé en 2020 la conversion en bio de 1,5 hectare sur les 10 que compte la maison. Ces vignes donnent sa seule cuvée, AM Bio, environ 6 500 bouteilles par an de pinot noir, chardonnay et meunier, dosées à 2 g/L. On la découvre dans la maison familiale de 1892, avec ses caves et ses chambres d’hôtes.

  • Champagne De Sousa

    Le Champagne De Sousa cultive 14 hectares à Avize, sur des terroirs classés Grands Crus de la Côte des Blancs. L’histoire de la famille commence avec Manuel De Sousa, soldat portugais de la Grande Guerre venu s’installer au village. Certifié bio en 2010 puis Demeter en 2013, le domaine laboure certaines parcelles avec deux chevaux de trait. Ses vieilles vignes sont vinifiées en fût depuis 1995, l’année où commence la réserve perpétuelle de la Cuvée des Caudalies.

  • Champagne Francis Boulard & Fille

    Le Champagne Francis Boulard & Fille est né en 2009 de la séparation de la maison Raymond Boulard, dont la famille met son champagne en bouteille depuis 1952. Delphine Boulard le dirige à Faverolles-et-Coëmy, avec 3 hectares de vignes situés surtout à Cormicy, sur le massif de Saint-Thierry. Engagée en bio chez Ecocert depuis 2004, la vigne suit le calendrier lunaire et des pratiques biodynamiques. Levures indigènes, fûts anciens et foudres donnent des champagnes Brut Nature et Extra-Brut, dont une réserve perpétuelle.

  • Champagne Nowack

    À Vandières, dans la vallée de la Marne, la famille Nowack, établie depuis 1795, a cuit des tuiles avant de se consacrer à la vigne. Revenu en 2012, Flavien Nowack a banni les herbicides et engagé le domaine en bio en 2016. Ses 35 parcelles sont plantées aux trois quarts de meunier en sélection massale, qu’il entoure de haies et d’arbres. Ses champagnes de lieux-dits, comme La Tuilerie ou Les Bauchets, sortent en extra-brut.

  • Champagne Régis Poissinet

    À Cuchery, dans la vallée de la Marne, le Champagne Régis Poissinet cultive 7 hectares répartis en 35 parcelles, surtout plantées en meunier. Régis Poissinet a abandonné les herbicides et changé de culture à partir de 2011, puis s’est engagé en bio en 2017, avec plusieurs cuvées labellisées Demeter. Élevés en bonne partie en fûts, souvent poignettés et non filtrés, ses champagnes sont dosés entre 1,75 et 3 g/l. Terre d’Irizée, Terre de Rosé et L’Émergente portent sur leur étiquette une œuvre de l’artiste Thomas Jedrzejak.

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