Château Bastor-Lamontagne - Le vignoble d’un seul tenant devant les bâtiments du château

Château Bastor-Lamontagne

Région viticole

Région viticole

Bordeaux

Bio

Cinquante hectares de Sauternes bio d’un seul tenant

Le Château Bastor-Lamontagne produit du vin liquoreux à Preignac, l’une des cinq communes de l’appellation Sauternes, au sud de Bordeaux. Son vignoble couvre 50 hectares d’un seul tenant, entourés d’un parc boisé de 35 hectares. Engagé en agriculture biologique en 2010, il est entièrement certifié depuis 2016, ce qui le range parmi les rares domaines bio de l’appellation.

Ancienne propriété royale, le domaine appartient depuis novembre 2018 à la famille Helfrich, à la tête des Grands Chais de France. Joseph Helfrich le préside, Pietro Pastore en est le responsable technique. Le château est membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux.

Un plateau de graves sur la deuxième terrasse de la Garonne

Le vignoble occupe la deuxième terrasse de la Garonne. Son sol est surtout gravelo-sableux, avec une légère matrice argileuse, et la proportion de graves change d’une parcelle à l’autre. Par endroits, des croupes argilo-graveleuses percent le plateau sablo-graveleux.

Le domaine se situe au bas de la moyenne terrasse du Sauternais, dont le haut est occupé par le Château Suduiraut. Selon le château, ce terroir donne des vins plutôt fins, avec une bonne acidité. L’âge moyen des vignes dépasse 45 ans.

Une trentaine de parcelles et deux crus enclavés

Le vignoble se compose d’une trentaine de parcelles, regroupées et presque d’un seul tenant. La plus grande partie s’étend sur le lieu-dit La Montagne-Ouest, traversé d’est en ouest par une voie communale. Le reste se trouve au sud, sur les lieux-dits Le Rastot et Le Graveron.

Tout est à Preignac, sauf une parcelle de 0,71 hectare à Barsac, autrefois rattachée au Château Saint-Robert. Deux petits vignobles enclavés, plantés uniquement de sémillon, gardent le nom de leur lieu-dit. Le Château du Haut-Pick, près de 9 hectares, appartenait aux Larrieu. Le Cru Bordenave en compte près de 3.

Les brumes du Ciron et la pourriture noble

Le Ciron coule à quelques kilomètres de la propriété. En automne, il fait naître des brumes matinales, sans lesquelles le Botrytis cinerea ne se développerait pas. C’est ce champignon qui déshydrate les baies du Sauternes.

Château Bastor-Lamontagne - Panneau du château devant les vignes dans la brume du matin
Brume du matin sur le vignoble, à Preignac.

L’encépagement suit la tradition du Sauternais : 80 % de sémillon et 20 % de sauvignon, dont une partie de sauvignon gris. Le sémillon, à la peau fine, apporte la richesse et le fruit. Le sauvignon donne la fraîcheur et la vivacité.

De la couronne de France à la famille Helfrich

1711, les La Montaigne donnent leur nom à Bastore

Répertorié dès 1453, le domaine de Bastore appartient au roi de France. Le 3 juillet 1711, il est cédé à Vincent de La Montaigne, conseiller au Parlement de Bordeaux. Le nom de la famille, devenu Lamontaigne puis Lamontagne, s’accole alors à celui de Bastore.

Son petit-fils François de Lamontaigne, magistrat, dirigera l’Académie de Bordeaux. Sans héritier direct, il vend le domaine en 1809 à Anne Senilh, épouse d’un négociant des Chartrons, mais continue d’y vivre. Il meurt à Bastore en 1812, à 88 ans. Sur la carte de Belleyme, dressée à la fin du XVIIIe siècle, Bastore figurait déjà comme un domaine important.

Les Larrieu, de Haut-Brion, misent sur la vigne

Le 18 juillet 1838, Joseph Eugène Larrieu achète Bastore. Il possède déjà le Château Haut-Brion depuis 1836. Il agrandit le domaine par achats successifs, et la viticulture y devient l’activité principale.

Son fils Amédée Larrieu lui succède en 1859. Élu député en 1869, il est nommé préfet de la Gironde le 4 septembre 1870 et administre Bastore jusqu’à sa mort, en 1873. C’est sous Amédée Larrieu, au XIXe siècle, que le cru prend son essor.

Nil sine fide, la devise du colonel Milleret

À la mort d’Eugène Larrieu, les Milleret héritent du domaine. Au tournant du siècle, le colonel Milleret fait sculpter le fronton du château. Il y inscrit la devise de sa famille, Nil sine fide : « rien ne se fait sans la confiance ».

Pour le blason, il ne reprend pas ses propres armes bourguignonnes. Il choisit l’aigle de Vincent de La Montaigne, posé non plus sur une montagne mais sur trois petites. Il y ajoute une tour surmontée de deux étoiles, qui figurent aussi sur le blason de la ville de Preignac.

Château Bastor-Lamontagne - Le fronton sculpté au sommet de la façade
Le fronton, où le colonel Milleret fit sculpter la devise Nil sine fide.

Du Crédit Foncier à la famille Helfrich

Le 13 février 1936, le Crédit Foncier de France achète le château et ses 50 hectares de vignes. En juillet 2014, le groupe BPCE le cède aux familles Moulin-Houzé, propriétaire des Galeries Lafayette, et Cathiard.

Quatre ans plus tard, en novembre 2018, la famille Helfrich rachète le domaine. À la reprise, Joseph Helfrich fait de l’outil de production sa priorité. Les investissements annoncés prévoient une nouvelle cuverie de petite capacité, pour isoler chaque lot pendant les vendanges, et la remise à plat du parc de barriques.

Château Bastor-Lamontagne - Le château et son parc boisé vus du ciel
Le château et le parc boisé qui entoure le vignoble.

Il s’appuie alors sur Michel Garat, qui a signé son premier millésime au château en 1987. « Notre chance est également d’avoir une superficie relativement importante qui offre une belle diversité de terroirs », expliquait ce dernier.

Une conversion bio menée de 2010 à 2016

Bordenave certifiée la première, en 2013

Le domaine s’engage en agriculture biologique en 2010, sous le contrôle d’Ecocert. La conversion avance par étapes. En 2013, une première parcelle, Bordenave, obtient la certification. En 2016, c’est la totalité du vignoble.

La certification porte sur le raisin comme sur le vin. Au mutage, le domaine s’en tient à une dose minimale de soufre, ce qu’il rattache lui-même à son engagement en bio.

Sept mille pieds par hectare, taillés à cot et en guyot

Les vignes sont plantées à 7 000 pieds par hectare. Le sémillon est taillé à cot, le sauvignon en guyot. À la taille, l’équipe veille à l’aération et à la bonne répartition des futures grappes.

Le sol est travaillé de façon traditionnelle, par butage et débutage. L’inter-rang est griffé ou laissé en enherbement naturel contrôlé, selon les parcelles. Les travaux se font pour l’essentiel en interne, à l’exception de l’effeuillage et des vendanges.

L’épamprage et l’effeuillage font l’objet d’un soin particulier. En aérant la zone des grappes, ils favorisent la pourriture noble et écartent la pourriture grise. Un programme de rénovation est en cours : les vignes trop anciennes, ou plantées sur des terroirs moyens, sont arrachées puis replantées. Le domaine s’est aussi donné pour objectif de recréer des haies et des murets, et de laisser des jachères.

Trois à cinq tries pour un Sauternes sur le fruit

Quatre-vingts vendangeurs dans les rangs

Les vendanges sont exclusivement manuelles. Elles mobilisent environ 80 vendangeurs, formés et encadrés, pendant trois semaines environ. Ils passent trois à cinq fois dans les mêmes rangs, au fil du développement de la pourriture noble.

Le sauvignon est ramassé en cagettes, le sémillon en cagettes ou en petites bennes selon les parcelles. Chaque parcelle reste séparée jusqu’à la fin de la fermentation. Selon la température, les raisins peuvent passer quelques heures en chambre froide. Une dernière sélection se fait à la main sur une table de tri.

Fermentation en barriques neuves et mutage autour de 120 grammes

Les raisins botrytisés partent en pressurage direct. Les pressées sont longues, pour extraire le jus de baies déshydratées. Le moût repose ensuite une nuit au froid, vers 4 °C, avant le débourbage du lendemain matin.

Le jus clair fermente en barriques de chêne neuves pendant environ deux semaines. Quand l’équilibre est atteint, l’équipe arrête la fermentation par le soufre ou par le froid, selon les millésimes. Le grand vin vise environ 120 grammes de sucre naturel pour 12,5 à 13,5 % d’alcool.

Château Bastor-Lamontagne - Rangée de barriques de chêne au chai
Fermentation et élevage se font en barriques de chêne.

Le vin est ensuite soutiré dans une barrique propre. Il y passe 12 à 18 mois, avec environ un tiers de bois neuf. Le château produit selon les années de 40 000 à 70 000 bouteilles.

Un vin pâle, vif et « décalé » pour son appellation

Bastor-Lamontagne a toujours privilégié l’expression du fruit et l’harmonie. On parle souvent à son sujet de « Sauternes moderne ». Le domaine revendique un style tourné vers la fraîcheur, l’équilibre et la finesse, avec une teneur en sucre modérée. Il le qualifie lui-même de « décalé » pour l’appellation.

Joseph Helfrich décrit un vin de couleur pâle, au bouquet floral ou de fruit frais : agrumes, pêche blanche. La bouche, vive et nerveuse, évoque le gingembre, le cédrat et la poire. De longue garde, ce Sauternes s’apprécie aussi jeune, grâce à sa vivacité.

Du grand vin au crémant, et l’accueil à Preignac

Trois Sauternes et des blancs de Bordeaux

Le grand vin, Château Bastor-Lamontagne, porte l’appellation Sauternes. Son second vin s’appelle Les Remparts de Bastor-Lamontagne. Une troisième cuvée liquoreuse, So Sauternes, complète le trio.

Le domaine signe aussi des blancs en appellation Bordeaux : B de Bastor, un blanc sec, et Confidence de Bastor. Dernier venu, So Bastor-Lamontagne est un crémant de Bordeaux brut.

Château Bastor-Lamontagne - Trois vins du domaine servis sur la table de dégustation
Trois vins du domaine servis à la dégustation.

Visites et dégustations au château

Le château reçoit le public, avec ou sans réservation. La visite découverte dure une heure et se termine par la dégustation de trois vins. La visite collection, d’une heure trente, en fait goûter cinq.

Château Bastor-Lamontagne - Visiteurs sur l’allée qui mène aux bâtiments du domaine
Le château reçoit avec ou sans réservation.

Une dégustation gourmande associe cinq vins à un plateau de fromages et de produits locaux. Le domaine porte le label Vignobles & Découvertes. Les vins s’achètent sur place, à la boutique du château.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château La Grâce Fonrazade

    Le Château La Grâce Fonrazade n’avait plus produit de vin depuis 1985 quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’ont racheté en 2010. Ses parcelles de Saint-Émilion Grand Cru, réparties autour du village, mêlent graves fines, sables et argiles calcaires, à dominante de merlot. Engagé en bio depuis 2013, le domaine vinifie dans un chai reconstruit la même année et autonome en chauffage. Il signe aussi un bordeaux blanc de sauvignon gris, et son grand cru 2022 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2026.

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Paloumey

    Le Château Paloumey cultive 37 hectares en Haut-Médoc, sur les graves de Ludon-Médoc et de Cussac-Fort-Médoc. Arraché au XXe siècle, son vignoble a été replanté à partir de 1990 par Martine Cazeneuve, sur une propriété qui n’avait plus un pied de vigne. Son fils Pierre, ingénieur agronome, l’a engagé en bio dès 2016 et y plante des lignes d’arbres depuis 2021. Classé Cru Bourgeois Exceptionnel en février 2025, le château ouvre aussi son chai aux visiteurs.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Fougas

    Le Château Fougas cultive 22 hectares en Côtes de Bourg, sur un plateau de Lansac où des argiles bleues reposent sur la molasse du Fronsadais. Racheté en 1976 par Jean-Yves Béchet, qui le tient avec Michèle Béchet, il est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte le label Demeter. Ses rouges à dominante de merlot, de Maldoror à Forces de Vie, cherchent « la violette plutôt que le goudron ». Premier à pratiquer la location de pieds de vigne, le château invite ses locataires à vendanger leur propre millésime.

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

  • Château de La Dauphine

    Le Château de La Dauphine cultive 66 hectares de merlot et de cabernet franc en appellation Fronsac, en amphithéâtre au-dessus de la Dordogne. Bâti en 1750, il doit son nom à Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France et mère de Louis XVI. Certifié bio depuis le millésime 2015, le vignoble suit des pratiques biodynamiques et accueille des brebis chaque hiver. Le grand vin s’élève un an en barriques, en foudres et en amphores, à côté de Delphis, d’un rosé et d’un blanc.

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