Château de Coulaine
Château de Coulaine, six siècles de vigne dans le Véron
Le Château de Coulaine cultive 19 hectares de vignes en agriculture biologique à Beaumont-en-Véron, à l’ouest de Chinon, dans la vallée de la Vienne. Le domaine produit des Chinon rouges et blancs, ainsi qu’un rosé, à partir de deux cépages : le cabernet franc, sur 16 hectares, et le chenin, sur 3 hectares.
Jean Denys de Bonnaventure le dirige depuis 2017 avec son épouse Tatiana. Il a pris la suite de ses parents, qui avaient fait passer la propriété en bio dès 1994. La vigne, elle, est attestée ici par les archives familiales depuis 1434.
Un manoir de 1470 inscrit aux monuments historiques
Le château actuel a été bâti vers 1470 par Jehan de Garguesalle, gouverneur de la ville de Chinon et Grand Écuyer de France. Il remplace une forteresse plus ancienne, dont on a retrouvé les fondations. La chapelle date du XIVe siècle, époque où les terres étaient déjà exploitées.
Le manoir aligne un corps de logis à un étage, des lucarnes ornées et des tourelles d’angle. Sa façade sud s’organise autour d’une haute tour d’escalier octogonale. L’intérieur a été remanié au XIXe siècle. L’édifice est inscrit aux monuments historiques depuis le 28 avril 1944 et reste une propriété privée, toujours habitée.

De Rabelais au journal des vendanges de 1787
En 1534, François Rabelais cite Coulaine dans Gargantua. Le livre emprunte nombre de ses décors au Chinonais et au Véron, et parle abondamment des vins de Chinon. Depuis les Le Boucher et les Garguesalle, la propriété s’est transmise de génération en génération, jusqu’aux Denys de Bonnaventure et aux Kerros.
La famille conserve un journal des vendanges tenu de 1787 à 1824. Ses pages manuscrites montrent la place qu’occupait déjà la vigne sur la propriété. Au XIXe siècle, le phylloxéra ravage le vignoble chinonais, et Coulaine n’y échappe pas.

Les Denys de Bonnaventure, de l’Acadie à la Touraine
À l’aube du XXe siècle, un mariage fait entrer le domaine dans la famille Denys de Bonnaventure. Celle-ci retrouve ainsi ses racines tourangelles, après des siècles passés entre La Rochelle et le Canada. Elle descend de Simon Denys, frère de Nicolas Denys, l’un des pionniers de l’Acadie, arrivé en Nouvelle-France en 1632.
Le logo du domaine porte la devise « Bonum Vinum ad Bonam Venturam ». Une cuvée rare, l’Acadia, aujourd’hui épuisée, a rendu hommage à cette histoire : un jus de cabernet franc et de chenin de 2006, muté à l’eau-de-vie de marc et oublié treize ans en barrique. Seules 700 bouteilles en ont été tirées.
Trois générations pour replanter le coteau et passer au bio
Jacques, le grand-père qui replante après 1950
Au milieu du XXe siècle, il ne reste que quelques parcelles. En 1950, Jacques Denys de Bonnaventure commence à exploiter 2 hectares de vignes et entreprend de replanter. Jusqu’en 1970, il replante sur greffes, en sélection massale à partir des anciennes vignes du domaine.
L’appellation Chinon existe depuis 1937. Jacques est le premier à revendiquer du vin de Chinon produit à Coulaine. Le Clos de Turpenay, clos historique d’environ 2 hectares connu depuis le Moyen Âge, porte encore la trace de ce travail : ses cabernets francs sont issus de sélections massales successives, conduites de 1960 à 1995.
Étienne et Pascale, pionniers du bio à Chinon
Étienne et Pascale Denys de Bonnaventure reprennent le domaine en 1988 et le modernisent. Le chantier dure trente ans. Ils replantent les anciennes parcelles et contribuent à faire connaître de nouveaux terroirs, comme Les Pieds Rôtis et Les Picasses.
En 1994, ils passent officiellement en agriculture biologique, et la famille les donne comme les premiers de l’appellation à l’avoir fait. Les vignes proches du château n’avaient d’ailleurs jamais reçu de produits chimiques. Elles représentent plus de la moitié de la surface. Le reste a été converti entre 1994 et les années 2000, et l’engagement du domaine auprès d’Ecocert est enregistré depuis le 2 janvier 1998.
Jean et Tatiana, à la tête du domaine depuis 2017
Ingénieur agronome, Jean Denys de Bonnaventure a aussi étudié l’œnologie. En 2017, il reprend l’exploitation familiale avec son épouse Tatiana, dans la continuité du travail de ses parents. Le domaine reçoit sur rendez-vous pour des visites et des dégustations.

Quatre familles de sols entre tuffeau jaune et tuffeau blanc
Un vignoble posé sur le Turonien
Les vignes se répartissent surtout autour de Coulaine et des Picasses, à Beaumont-en-Véron. Une parcelle se trouve à Chinon, et les plus éloignées sont à Thizay, sur la rive gauche de la Vienne. Le sous-sol appartient au Crétacé supérieur. Le tuffeau jaune du Turonien supérieur y domine, devant le tuffeau blanc et les terrasses alluviales du Quaternaire.
La cartographie des terroirs de l’appellation, menée par l’Inra entre 2006 et 2008, distingue 16 unités de terroir sur les parcelles du domaine. La famille, elle, les ramène à quatre grands types de sols, auxquels elle rattache chacune de ses cuvées.

Millarges et sables argileux autour du château
Les millarges sont des sables jaunes coquilliers mêlés de limons. Faciles à travailler, ils retiennent peu l’eau et conviennent aux rouges fruités et frais : on les retrouve dans la cuvée Château de Coulaine et, en moindre part, dans le Clos de Turpenay. Le chiendent y pousse vite, et les outils ont tendance à s’y enfoncer.
Les sables argileux portent une partie du Château de Coulaine et surtout la cuvée Bonnaventure. Ces sols lourds collent sous la pluie et sèchent lentement. Productifs, ils demandent une taille un peu plus courte et moins de compost. Le tuffeau blanc n’est jamais loin : les vins y gagnent en puissance et en tanins, surtout les années chaudes comme 2015 et 2018.
Argilo-calcaires des Picasses et graviers des Pieds Rôtis
Les argilo-calcaires donnent au domaine ses vins les plus complexes et les plus aptes à la garde. Aux Picasses, les morceaux de tuffeau emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit. Sur tuffeau blanc, comme aux Picasses et à La Diablesse, les vins sortent plus minéraux et précis. Sur tuffeau jaune, au Clos de Turpenay, ils se montrent plus austères et sanguins.
Les graviers argileux portent les blancs des Pieds Rôtis et du Clos de la Cure. Ces sols profonds stockent bien l’eau, mais deviennent durs comme du béton quand ils sèchent. Il faut attendre qu’une pluie s’infiltre pour y passer la charrue à disques et l’intercep, sans quoi les socs rebondissent.
Des Chinon de garde et des chenins aux élevages variés
Des rouges souples aux rouges de garde
La cuvée Château de Coulaine assemble les coteaux et les plateaux voisins du château, sur sables calcaires et limons. Élevée dix mois en cuves béton et en foudres de chêne, elle joue la souplesse et les fruits rouges mûrs. Bonnaventure vient d’une grande parcelle de plateau derrière le château, en plein soleil : sa bouche est ronde, épicée, avec des tanins salins.
Les cuvées parcellaires visent la garde. Les Picasses, sélection des meilleures parcelles de ce lieu-dit exposé plein sud, passe un an en barriques, dont 15 % de neuves. Le Clos de Turpenay, exposé au sud-est, vieillit un an en barriques puis un an en foudre. Le domaine leur prête une quinzaine d’années de garde. La Diablesse, issue de vieilles vignes sur argilo-calcaire, complète ce trio.

Trois chenins, trois élevages
Le chenin tient une place à part sur ce domaine de rouges. Sinople vient du lieu-dit Clos de Coulaine, où les vignes ont une trentaine d’années, sur argiles, limons et tuffeaux. Il fermente et s’élève onze mois en barriques, dont 20 % de neuves, sur ses lies fines.
Les Pieds Rôtis naît d’un coteau de la rive gauche de la Vienne, exposé au sud-est, sur graviers, éponges fossiles, argiles rouges et calcaire blanc. Il passe onze mois sur lies en barriques de plusieurs années, et en garde une bouche minérale et fumée.
Le Clos de la Cure, de jeunes vignes sur une pente nord, s’élève dans une jarre de grès de 1 000 litres. Le lieu-dit appartenait sans doute au curé de Thizay, le village voisin.
Un rosé pressé en grappes entières
Le rosé, Soleil de Coulaine, vient du pressurage de cabernet franc en grappes entières. Il est mis en bouteille très tôt pour garder sa fraîcheur et son fruit. Un dépôt de cristaux peut s’y former : il est naturel.
Un futur refuge pour les oiseaux, du plateau au bocage
Quatre-vingts espèces recensées sur la propriété
Depuis 2020, la Ligue pour la protection des oiseaux mène un recensement sur le domaine, première étape vers le statut de refuge. Il a déjà relevé 80 espèces, dont le bouvreuil pivoine, le faucon crécerelle et le bruant jaune.
La propriété offre une continuité de milieux du nord au sud. On passe des plateaux sableux au parc de 7 hectares et à ses cèdres tricentenaires. Viennent ensuite la zone d’habitat ancien, les champs cultivés en bio avec les vignes, et enfin le bocage près de la Vienne.

Des brebis solognotes et un verger haute-tige
Le bocage est pâturé par des brebis solognotes, une race préservée et peu répandue, qui paissent aussi dans les vignes. La famille prévoit d’adjoindre aux vignes un verger haute-tige de 2 hectares, plus accueillant pour la petite faune. Pommiers et poiriers à cidre, framboisiers, cerisiers et cormiers y remplaceront un champ jusqu’ici conduit en conventionnel, en rotation blé, maïs et tournesol.
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