Château Fougas - La chartreuse entre les rangs de vigne à l’automne

Château Fougas

Région viticole

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Bordeaux

BioDemeter

Fougas, un cru du Bourgeais tracé au XVIIIe siècle

Le Château Fougas cultive 22 hectares de vignes en appellation Côtes de Bourg, sur la commune de Lansac, en Gironde. Le vignoble est certifié en agriculture biologique et en biodynamie, sous le label Demeter. Ses propriétaires, Jean-Yves et Michèle Béchet, y ont aussi ouvert leurs rangs aux amateurs : on peut louer des pieds de vigne à Fougas et venir vendanger son propre millésime.

L’aquarelle d’arpenteur et le premier Féret

L’implantation du domaine remonte au XVIIIe siècle. Une aquarelle d’arpenteur de l’époque montre déjà le château entouré de ses terres d’un seul tenant, et les vignes y figurent. Cité dans le premier guide Féret, c’est un cru de référence de l’appellation.

Château Fougas - Aquarelle d’arpenteur du XVIIIe siècle, le domaine d’un seul tenant
Plan d’arpenteur du XVIIIe siècle : Fougas et ses terres d’un seul tenant.

Jean-Yves Béchet, fils de négociant, rachète Fougas en 1976. Michèle Béchet et lui sont aujourd’hui les propriétaires de ce domaine familial. Le couple s’est fixé une ligne claire : produire un vin marqué par la minéralité de son terroir, grâce à la culture en bio et en biodynamie.

Entre Libournais et Médoc, de l’autre côté de l’estuaire

Les Côtes de Bourg occupent la rive droite de Bordeaux. Le Bourgeais se situe à mi-chemin entre le Libournais et le Médoc, si l’on traverse l’estuaire à vol d’oiseau. Comme souvent sur ces sols plus froids, le merlot y domine.

Fougas suit cette règle sans s’y enfermer. L’encépagement compte 80 % de merlot et 20 % de cabernet sauvignon, mais chaque cuvée dose les deux cépages à sa façon. La part de cabernet monte jusqu’à 40 % dans certains vins. Les vignes ont 25 ans d’âge moyen, entretenues par complantation régulière, à une densité de 5 000 pieds par hectare.

Des argiles bleues sur la molasse du Fronsadais

Le château occupe un plateau. Deux petits ruisseaux coulent en contrebas, à ses extrémités est et ouest, et assurent un drainage naturel. Le sol se compose de colluvions hydrauliques et éoliennes : des argiles ferrugineuses bleues, mêlées de sables et de graves, posées sur un soubassement calcaire de molasses du Fronsadais.

Château Fougas - Les vignes du plateau vues d’une fenêtre du château
Les vignes du plateau, vues depuis le château.

Le domaine prête à ces argiles fines la fraîcheur, la souplesse et le raffinement des tanins. Le calcaire du sous-sol apporte l’équilibre. Les cuvées suivent ces nuances de sol : Maldoror vient de colluvions argilo-graveleuses, Organic de jeunes vignes sur colluvions argilo-sableuses.

Biodynamie certifiée depuis 2010 : le vignoble au fil des millésimes

Le Château Fougas est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte aujourd’hui le label Demeter. Les Béchet disent avoir constaté depuis un gain de finesse, d’arômes et de minéralité dans leurs vins. Le vignoble reste certifié en bio par Ecocert, condition préalable à toute certification en biodynamie.

Prêle, ortie et bouse de corne

Les fiches de millésime publiées par le domaine détaillent les gestes de la biodynamie. En février 2015, la vigne reçoit deux bouses de corne successives pour faciliter le débourrement. La même année, la floraison est encadrée par des applications de silice sur les feuilles, accompagnées d’une tisane d’ortie.

Château Fougas - Bocaux de plantes séchées pour les tisanes de biodynamie
Les plantes séchées des tisanes, dont l’ortie et la prêle.

Contre le mildiou, le vigneron pulvérise des tisanes de prêle, comme après l’épisode de grêle du 26 mai 2018 ou en avril 2020. Pendant les étés secs de 2018, 2019 et 2020, des pulvérisations de bouse de corne servent à garder la fraîcheur du sol. Le domaine rappelle que la biodynamie limite le cuivre à 3 kg par hectare et par an, contre 5 kg en bio.

« Un labourage vaut deux arrosages »

Le travail du sol tient une place centrale. En août 2016, après des semaines de canicule sans pluie, le domaine travaille les sols tout le mois en suivant ce vieil adage paysan. Le domaine écrit que la vigne n’a souffert ni de la chaleur ni du manque d’eau.

En 2020, un travail mécanique de l’inter-rang permet aux orages violents de s’infiltrer au lieu de raviner. Il protège la couche argilo-humique, que le domaine juge indispensable à la vie des sols. Cette année-là, l’effeuillage se fait côté est seulement : les feuilles laissées à l’ouest protègent les grains du flétrissement.

Gel, canicules et mildiou, de 2021 à 2023

En 2021, deux jours de gel frappent début avril, juste après le débourrement du merlot. Le domaine attribue à ses traitements en biodynamie, qui avaient ralenti la pousse des bourgeons, une récolte épargnée. En 2022, Fougas échappe à la grêle comme au gel, mais affronte des canicules à plus de 42 °C. Les vendanges commencent le 16 septembre, avec quinze jours d’avance.

2023 montre l’écart entre les deux cépages. Le mildiou attaque les grappes de merlot, tandis que le cabernet résiste. Le domaine note une récolte moins abondante sur le merlot, mais qualitative pour les deux.

La violette plutôt que le goudron : les vins de Fougas

Les Béchet résument leur style en une phrase : ils recherchent « la violette plutôt que le goudron et le raffiné plus que le concentré ». Loin de la mode, ils visent des vins fins et élégants, aux arômes d’épices et de fruits. Le domaine produit chaque année entre 90 000 et 120 000 bouteilles.

Un chai parcellaire, entre barriques et amphores

Les vendanges se font à la main ou à la machine, puis passent sur deux tables de tri, l’une avant l’érafloir et l’autre après. La vinification est parcellaire, en cuves inox sous contrôle de température, avec un pigeage à la bourguignonne. Les fermentations se déroulent sans levures exogènes.

Les grands rouges vieillissent ensuite 18 mois en barriques. Depuis le millésime 2018, une partie du vin fait son élevage en amphore. À la mise en bouteille, la dose de soufre ne dépasse pas 60 mg par litre.

Château Fougas - Le chai à barriques des rouges
Le chai à barriques, où les rouges vieillissent 18 mois.

Forces de Vie, Maldoror, Organic et la gamme Ensemble

Trois rouges en Côtes de Bourg structurent la gamme. Forces de Vie est la meilleure sélection du domaine, une cuvée confidentielle née avec la biodynamie : 95 % de merlot, 18 mois en barriques neuves, pour une garde de 15 à 20 ans. Maldoror, l’emblème du vignoble, rend hommage aux Chants de Maldoror de Lautréamont. Il assemble 75 % de merlot et 25 % de cabernet sauvignon.

Organic est le classique de la maison, plus marqué par le cabernet, élevé 12 mois en barriques. La gamme Ensemble sort en IGP Atlantique : un blanc de noirs issu de merlot et de cabernet sauvignon, vinifié en cuve, et un rosé aux arômes d’acacia et de citronnelle. Les deux se servent frais, entre 7 et 10 °C.

Des rouges frais et minéraux, repérés par les guides

Les rouges de Fougas se reconnaissent à leur nez de violette et de fruits noirs, à leurs tanins soyeux et à leur fraîcheur. Forces de Vie joue la minéralité et les arômes complexes de fleurs et de fruits. Maldoror mise sur la finesse de ses tanins et demande quelques années de cave. Organic, plus gourmand, se boit plus jeune.

Le Guide Hachette a décerné son coup de cœur à Maldoror pour les millésimes 1995, 1998, 2001, 2003 et 2011. Plus récemment, Maldoror 2020 a reçu une médaille d’or au Concours Expression Bio des vins d’Aquitaine 2021.

Louer ses pieds de vigne à Fougas

Jean-Yves Béchet est le premier producteur à avoir pratiqué la location de pieds de vigne. Le principe tient toujours : un particulier choisit une cuvée, reçoit un titre de propriété et un diplôme de vigneron, puis suit la naissance de son millésime jusqu’à la mise en bouteille.

Château Fougas - Jean-Yves et Michèle Béchet, propriétaires
Jean-Yves et Michèle Béchet, propriétaires du château.

Du cep à la bouteille à son nom

La location porte sur l’une des cuvées du domaine : Organic, Maldoror, Forces de Vie ou le blanc de noirs Ensemble. Pour Organic, une location de 50 pieds correspond à 72 bouteilles. Le nombre de bouteilles est fixé à l’avance, quels que soient les aléas du climat.

Chaque mois, une lettre d’information raconte l’évolution du millésime. Les bouteilles, marquées au nom du locataire, se retirent au château ou partent par expédition. Un locataire venu de Brest raconte avoir découvert la formule en 1998 dans un hebdomadaire. Il loue des pieds à Fougas depuis 1999.

Une journée de vendanges et la Gerbaude

Le temps fort reste la journée de vendanges, organisée en général un samedi de la seconde quinzaine de septembre. Les locataires coupent eux-mêmes les raisins qui donneront leur vin. Le repas de fin de vendanges, la Gerbaude, les réunit ensuite autour des vins du château.

Château Fougas - Journée de vendanges des locataires de pieds de vigne
Journée de vendanges avec les locataires de pieds de vigne.

À la fin des années 2000, cent cinquante personnes venaient chaque année vendanger « leur vin ». Fougas devient un peu leur vignoble : ils sont les bienvenus à tout moment pour voir leurs vignes et déguster avec leurs amis. Le château reçoit aussi les visiteurs de passage, sur rendez-vous, pour la dégustation et la vente à la propriété.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château La Grâce Fonrazade

    Le Château La Grâce Fonrazade n’avait plus produit de vin depuis 1985 quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’ont racheté en 2010. Ses parcelles de Saint-Émilion Grand Cru, réparties autour du village, mêlent graves fines, sables et argiles calcaires, à dominante de merlot. Engagé en bio depuis 2013, le domaine vinifie dans un chai reconstruit la même année et autonome en chauffage. Il signe aussi un bordeaux blanc de sauvignon gris, et son grand cru 2022 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2026.

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Paloumey

    Le Château Paloumey cultive 37 hectares en Haut-Médoc, sur les graves de Ludon-Médoc et de Cussac-Fort-Médoc. Arraché au XXe siècle, son vignoble a été replanté à partir de 1990 par Martine Cazeneuve, sur une propriété qui n’avait plus un pied de vigne. Son fils Pierre, ingénieur agronome, l’a engagé en bio dès 2016 et y plante des lignes d’arbres depuis 2021. Classé Cru Bourgeois Exceptionnel en février 2025, le château ouvre aussi son chai aux visiteurs.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Bastor-Lamontagne

    Le Château Bastor-Lamontagne cultive 50 hectares de vignes d’un seul tenant à Preignac, dans l’appellation Sauternes, sur la deuxième terrasse de la Garonne. Engagé en bio en 2010, le vignoble est entièrement certifié depuis 2016, planté de 80 % de sémillon et de 20 % de sauvignon. Ancienne propriété royale passée par les Larrieu de Haut-Brion puis par le Crédit Foncier, il appartient depuis 2018 à la famille Helfrich. Ses Sauternes, fermentés en barriques neuves, misent sur le fruit, la fraîcheur et un sucre modéré.

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

  • Château de La Dauphine

    Le Château de La Dauphine cultive 66 hectares de merlot et de cabernet franc en appellation Fronsac, en amphithéâtre au-dessus de la Dordogne. Bâti en 1750, il doit son nom à Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France et mère de Louis XVI. Certifié bio depuis le millésime 2015, le vignoble suit des pratiques biodynamiques et accueille des brebis chaque hiver. Le grand vin s’élève un an en barriques, en foudres et en amphores, à côté de Delphis, d’un rosé et d’un blanc.

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