Château Gadet Terrefort
Une ferme du nord Médoc qui n’a jamais lâché ses vaches
Gadet Ouest et Le Terrefort, deux parcelles devenues un nom
Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc, conduit en agriculture biologique par la famille Bernard à Gaillan-en-Médoc. Son nom remonte à 1921. Cette année-là, Guillaume Bernard baptise ses premières bouteilles d’après les deux parcelles d’où viennent les raisins : Gadet Ouest et Le Terrefort.
C’est alors une ferme comme le Médoc en comptait beaucoup. Autour de 4 hectares de vignes vivent des vaches, des moutons, des cochons, des chevaux et des poules. L’exploitation tourne presque en autarcie : les bêtes nourrissent la famille et donnent le fumier qui fertilise les vignes.
Guillaume a aussi acheté des bois, où il taille lui-même ses piquets de vigne. Pour le travail du sol, c’est un cheval de trait, Coquette, qui tire la charrue et la décavaillonneuse. La famille ne cache pas que la vie était dure, et que le grand-père n’a jamais roulé sur l’or.

Christian Bernard et le chai des années 1980
En 1976, son fils Christian Bernard reprend la propriété. Il garde les forêts, la scierie et l’élevage bovin, mais agrandit le vignoble. Dans les années 1980, il construit un chai isolé, équipé de cuves inox thermorégulées pilotées depuis un tableau de contrôle.
Ses méthodes sont alors innovantes. Il pratique déjà les macérations préfermentaires à froid, brasse le raisin à la neige carbonique et supprime le foulage, source d’oxydation des moûts. De ces méthodes naît un vin souple et fruité, qui reste aujourd’hui le style de la maison.
Avec sa compagne Claudine Gaye, dont le domaine salue les talents commerciaux, il fait de Gadet Terrefort un repère de l’appellation. La propriété revendique cinq médailles d’or, une d’argent et une de bronze au Concours général agricole de Paris. Le Guide Hachette des vins l’a aussi cité à plusieurs reprises.
Anaïs Bernard, la troisième génération
Anaïs Bernard, fille unique de Christian, a grandi à la ferme, où vivait toute la famille, de la grand-mère Henriette aux oncles et tantes. Elle passe d’abord par HEC Paris. En 2009, elle revient à Bordeaux pour une formation d’ingénieur en viticulture et œnologie à Bordeaux Sciences Agro.
Diplômée en 2013, elle rejoint l’exploitation familiale et prend la suite de son père. Les fiches techniques des vins portent aujourd’hui leurs deux noms comme propriétaires. C’est elle qui a fait passer le domaine en bio.
Entre l’océan et l’estuaire, deux Médoc à vingt kilomètres
Sables graveleux à Gaillan, argilo-calcaires à Ordonnac
Le vignoble se trouve à la pointe nord de la presqu’île médocaine, entre l’océan et l’estuaire de la Gironde. Sa particularité tient à sa répartition sur deux communes, aux deux bords de l’appellation Médoc : Gaillan-en-Médoc à l’ouest, Ordonnac à l’est.
À Gaillan, autour de la ferme, les sols sont surtout des sables graveleux. Les achats de vignes à Ordonnac ont apporté des terroirs argilo-calcaires en bord d’estuaire. Une vingtaine de kilomètres sépare les deux secteurs.
Cette double implantation se retrouve dans les vins. Le vin du château assemble des raisins de l’ouest et de l’est de l’appellation. Le domaine estime que c’est ce qui le distingue. La Croix de Gadet, Le Mystère d’Anaïs, vient au contraire tout entière des collines qui bordent l’estuaire.
Cabernet sauvignon en tête, un hectare de blanc
Le domaine cultive les deux grands cépages rouges du Bordelais : le cabernet sauvignon, typique de la rive gauche, et le merlot. Le cabernet tient la tête du vin du château, à 70 %, alors qu’une cuvée de merlot seul vient des vignes de Gaillan.
La propriété possède aussi 1 hectare de raisins blancs, sauvignon et sémillon à parts égales. Il donne un blanc sec que le domaine rapproche d’un entre-deux-mers et conseille avec les crustacés. Partout, les vignes sont plantées à 5 000 pieds par hectare.
Ce que veut dire cru artisan en Médoc
Le domaine se présente comme cru artisan depuis 1991. Le terme existe depuis 1868, mais il s’était perdu au cours du XXe siècle. Christian Bernard fait partie des viticulteurs qui ont décidé de le faire valoir officiellement.
Un cru artisan est un domaine dont le propriétaire intervient lui-même à toutes les étapes, de la vigne au chai, jusqu’à la vente. La vente directe des bouteilles en est une condition.
Le classement est révisé tous les cinq ans. Celui de 2023 retient 33 châteaux pour les millésimes 2022 à 2026, et Gadet Terrefort y figure parmi les crus artisans de l’AOP Médoc.
Limousines et piquets d’acacia, le bio à l’échelle d’une ferme
Neuf hectares et demi en 2019, toute la propriété en 2023
Le virage commence avec la récolte 2018. Il devient officiel en 2019, quand 9,5 hectares de vignes sont engagés en agriculture biologique auprès d’Ecocert. Anaïs Bernard s’appuie sur ce qu’on sait aujourd’hui des maladies de la vigne, de leur prévention et de la prévision des risques.
Ces outils l’ont convaincue qu’elle réussirait là où son grand-père s’était éreinté cinquante ans plus tôt. Depuis 2023, toute la propriété est conduite en bio, soit 30 hectares de vignes. Un rang sur deux est enherbé sur l’ensemble du vignoble, pour mettre l’herbe en concurrence avec la vigne et gagner en maturité. Les vendanges sont mécaniques.
Le fumier d’une cinquantaine de Limousines
À côté des vignes, la ferme compte environ 75 hectares de prairies. Une cinquantaine de vaches limousines y pâturent toute l’année avec un taureau, Fanfan, en stabulation libre.
Le troupeau a sa place dans le travail de la vigne. Grâce à une rotation des parcelles, il fournit chaque année le fumier qui entretient les terres viticoles, comme les bêtes de Guillaume Bernard avant lui. Les vaches sont élevées quatre à cinq ans pour une viande persillée. L’Agence Bio recense aussi sur l’exploitation des brebis, des pommes, des coings et des cerises certifiés.
Une scierie pour les piquets de vigne
La scierie est la troisième activité du domaine. Elle travaille l’acacia des forêts familiales, comme le faisait déjà Guillaume Bernard. Les piquets sont façonnés à la main, avec du bois local.
En bio, ils comptent dès la plantation : le palissage protège les jeunes pieds des outils de travail du sol. La propriété en fournit aussi de nombreux domaines voisins. Selon elle, un piquet d’acacia français dure une quarantaine d’années, contre une vingtaine au mieux pour un acacia de culture poussée.
Des médocs souples, une sélection sur argile
Levures indigènes et pas de foulage
Au chai, on retrouve les choix de Christian Bernard. Les raisins passent en cuves inox, sans foulage, avec une macération préfermentaire à froid sur certaines sélections. Les fermentations partent sur levures indigènes.

Pour le vin du château, la cuvaison dure deux mois. Suit un élevage de 12 mois en barriques de chêne, dont 20 % de neuves, puis une filtration avant la mise en bouteille. Le rosé et le blanc fermentent à basse température, pour garder leur fruit.
Du cru artisan au Mystère d’Anaïs
Le Château Gadet Terrefort Cru Artisan est le vin d’origine de la propriété. Il assemble 70 % de cabernet sauvignon et 30 % de merlot, issus de 16 hectares de vignes de 35 ans en moyenne. Le domaine le veut souple, fruité et équilibré.
Le Guide Hachette des vins 2026 lui accorde une étoile pour le millésime 2022. Le jury y trouve une robe rubis, des fruits rouges mûrs, du cuir et de la vanille. La bouche est ronde et fraîche, et il salue « un médoc classique, bien fait ».
La Croix de Gadet, Le Mystère d’Anaïs existe depuis 2000. Cette sélection de 2 hectares sur argilo-calcaires assemble 60 % de cabernet sauvignon et 40 % de merlot, élevés 12 mois en barriques neuves. Son millésime 2003 a reçu un coup de cœur du Guide Hachette 2007, et le 2010 une étoile dans l’édition 2014.

L’Élémentaire, enfin, est un merlot seul, tiré de 2 hectares à Gaillan et élevé six mois.
Un rosé sans millésime et un blanc d’un hectare
L’Imprévu de Gadet Terrefort est un rosé sec de merlot et de cabernet sauvignon à parts égales, sans millésime, issu de sables graveleux. Le domaine le veut léger et frais, pour l’apéritif, les salades, la charcuterie ou les grillades.
L’Impatient de Gadet Terrefort est le blanc sec du domaine, en appellation Bordeaux, tiré de l’hectare de sauvignon et de sémillon planté sur argile. Les trois couleurs existent aussi en cubitainer.
Une maison d’hôtes au milieu du troupeau
Au caveau, sur rendez-vous
Le domaine fait déguster et vend ses vins à la propriété. Les visites guidées se font sur rendez-vous, pour des groupes de 5 à 40 personnes.

Gîte et chambres d’hôtes chez Anaïs Bernard
À 800 mètres de la propriété, une maison récente accolée à une maison de pierre plus ancienne reçoit jusqu’à 12 personnes. Elle donne sur les vignes et sur une partie du troupeau. Elle se loue à la nuit, toute l’année.
C’est aussi la maison d’Anaïs, qui y propose des chambres d’hôtes. Au petit déjeuner, Gisèle, la sœur aînée de Christian, raconte volontiers les débuts de l’aventure Gadet Terrefort.

Vous avez repéré une erreur ou une information manquante ? Parce que nous souhaitons présenter des informations fiables et à jour sur chaque domaine, n'hésitez pas à nous le signaler via le formulaire de contact.
Les autres domaines de la région Bordeaux
Référencez gratuitement votre domaine viticole sur Vignerons Bio
Inscrivez-vous pour présenter votre domaine sur l'annuaire national et la cartographie interactive.

