Château La Grâce Fonrazade - Rangs de vigne en pleine végétation à Saint-Émilion

Château La Grâce Fonrazade

Région viticole

Région viticole

Bordeaux

Bio

Un cru de Saint-Émilion sans millésime depuis 1985

Quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’achètent en 2010, le Château La Grâce Fonrazade n’a plus produit de vin depuis 1985. La propriété est abandonnée, alors qu’elle est voisine du Château Angélus, sur la commune de Saint-Émilion. Le couple en fait un Saint-Émilion Grand Cru en agriculture biologique.

De l’Entre-deux-Mers à Saint-Émilion

L’histoire commence ailleurs. En 1970, Mylène et Maurice Bon, publicitaires parisiens, vendent leur agence et reprennent le Château de Lugagnac, dans l’Entre-deux-Mers. Maurice garde un pied dans la publicité : il dirige la communication de Hennessy jusqu’en 1989.

En 1992, sa santé l’oblige à préparer sa succession dans l’urgence. Son fils François-Thomas, alors élève d’une école militaire en Grande-Bretagne, rentre à Bordeaux. Il signe son premier millésime à 18 ans, avec l’équipe de son père, tout en poursuivant ses études.

Sous sa conduite, Lugagnac multiplie par cinq sa surface et sa production. Le domaine dépasse 1,3 million de bouteilles par an, vendues dans plus de 45 pays. Ses rouges 2009 et 2010 décrochent chacun un coup de cœur du Guide Hachette. Maurice Bon disparaît en 2012 et la propriété est vendue. Le projet de Saint-Émilion avait déjà démarré.

Tout reconstruire, les chais et le vignoble

Relancer le cru demande d’acheter de nouvelles parcelles et de reprendre toutes les installations. Le chantier démarre en 2013. Les bâtiments sont refaits en entier. En parallèle, le vignoble est restructuré à 9 000 pieds par hectare.

Les plus vieilles parcelles font l’objet de soins particuliers. Certaines datent des années 1930. Elles entrent toujours dans l’assemblage du premier vin, le Saint-Émilion Grand Cru « Château La Grâce Fonrazade ».

Des parcelles réparties autour du village

La Grâce Fonrazade ne tient pas d’un seul tenant. Ses parcelles sont dispersées sur la commune de Saint-Émilion, autour du village, et la plupart jouxtent des grands crus classés. Cette dispersion a son intérêt : elle permet de jouer sur des maturités décalées et de répartir les risques climatiques.

Château La Grâce Fonrazade - Le vignoble au soleil couchant
Les parcelles du domaine se répartissent autour du village.

Graves fines, sables et argiles calcaires

Les trois grandes familles de sols de Saint-Émilion sont représentées. Les graves fines apportent la structure, l’élégance et la maturité. Les sols argilo-sableux donnent de la finesse et de la souplesse. Les argilo-calcaires fournissent la puissance, la profondeur et la fraîcheur.

Château La Grâce Fonrazade - Galets et graves au pied des vignes
Les graves, l’un des trois types de sols du domaine.

Chaque millésime, l’assemblage se construit à partir de ces trois registres, selon le caractère de l’année et la maturité des raisins. Les vins ne sont assemblés définitivement qu’après 24 mois d’élevage, pour respecter l’identité de chaque parcelle.

Le merlot en tête, les deux cabernets en appoint

Le merlot noir occupe 70 % de l’encépagement, complété par le cabernet sauvignon et le cabernet franc. Pour le millésime 2024, le premier vin assemble 88 % de merlot, 9 % de cabernet sauvignon et 3 % de cabernet franc.

Ce même millésime a mis le vignoble à l’épreuve. Le printemps 2024 a été très pluvieux, sous une forte pression de mildiou. L’équipe a attendu la fin des pluies de septembre pour vendanger les rouges, entre le 30 septembre et le 7 octobre. Les blancs avaient été rentrés du 20 au 22 septembre.

Un chai de 2013 qui ne brûle plus de fioul

Le chai reconstruit en 2013 a été conçu pour réduire son empreinte carbone. Le domaine le présente comme le premier chai de France autonome en chauffage. Il ne consomme plus de pétrole et très peu d’électricité pour chauffer les vins et les bâtiments.

Château La Grâce Fonrazade - Le chai, ses cuves inox et une rangée de barriques
Le chai reconstruit en 2013, autonome en chauffage.

Puits canadiens, source naturelle et eau de pluie

Pour le froid, le domaine mise sur le sol. Des puits canadiens et une source naturelle rafraîchissent les bâtiments en limitant la consommation électrique. L’eau de pluie est captée pour préparer les traitements des vignes, sans prélèvement dans les réserves naturelles.

La propriété est certifiée ISO 14001. Les huiles de vidange des tracteurs sont filtrées et réutilisées. Les déplacements d’engins sont planifiés, et certains outils sont fabriqués sur place. Certains tracteurs sont récupérés plutôt qu’achetés neufs.

Du tri optique à la mise en bouteille à la propriété

À la réception, un tri optique informatisé sélectionne les raisins baie par baie. La vinification se suit par puces RFID et relevés densimétriques électroniques. Le chai travaille avec des cuves tronconiques inversées, présentes dans les propriétés de la famille depuis 1999.

La filtration tangentielle économise l’eau. Aucune étape n’est confiée à un prestataire. Le domaine possède sa propre ligne d’embouteillage et cale ses mises en bouteille sur le calendrier lunaire. Il annonce environ 115 000 bouteilles par an.

Engagé en bio depuis mai 2013

L’exploitation s’est engagée en agriculture biologique le 25 mai 2013, auprès d’Ecocert. Une partie du raisin de cuve est encore déclarée en conversion, le reste est certifié. Le chemin a commencé plus tôt, par des essais sur la vie des sols menés depuis le début des années 2000.

Compost, engrais verts et sol travaillé en surface

Les engrais de synthèse ont laissé la place au compost, au fumier, aux engrais verts et aux résidus de la propriété elle-même. Le sol n’est travaillé qu’en surface, le moins souvent possible. Le non-labour total n’est pas toujours tenable, le domaine le reconnaît.

Pour stimuler la vie microbienne, le domaine utilise des extraits d’algues et des tisanes. Certaines pratiques passées se sont révélées mal adaptées, reconnaît l’équipe, pour qui « le chemin vers l’amélioration continue est infini ».

Des légumes entre les rangs de grand cru

Depuis 2022, des légumes et des plantes aromatiques poussent à l’essai sur les terres de grand cru. L’idée est de renforcer la biodiversité et la santé des sols, tout en produisant des légumes sur les mêmes surfaces.

Le domaine travaille selon les projets avec l’INRAE et l’IFV, et participe au réseau Dephy. Pour l’équipe, avancer avec ses confrères est essentiel.

Trois vins de La Grâce Fonrazade, du pur merlot au sauvignon gris

Les rouges jouent la densité avec finesse : veloutés, au fruit mûr, ils se dégustent dès leur quatrième ou cinquième année. Ils s’élèvent près de deux ans en barriques, le blanc 12 mois.

Le premier vin, mûre sauvage et tanins crémeux

Issu des meilleures parcelles, le Château La Grâce Fonrazade présente une robe sombre. Le nez associe la mûre sauvage, la myrtille, des épices et une note de réglisse. En bouche, il se montre frais et charnu, avec des tanins crémeux et une finale longue.

Persevero, le second vin en pur merlot

Persevero, le second vin, est aussi un Saint-Émilion Grand Cru, mais issu à 100 % de merlot. Il joue sur les fruits rouges mûrs et les épices douces, avec des tanins souples. Son nom est aussi celui de la société qui exploite le domaine.

Un bordeaux blanc de sauvignon gris

Le domaine présente lui-même son Grand Vin Blanc comme inattendu : un bordeaux blanc chez un Saint-Émilion. Il est élaboré à partir d’un seul cépage, le sauvignon gris, en appellation Bordeaux blanc. Son nez mêle les agrumes mûrs, les fruits exotiques, la pêche, le chèvrefeuille et l’acacia. Il se boit en général après deux à trois ans.

Château La Grâce Fonrazade - Grappe de sauvignon gris aux baies roses
Sauvignon gris à la vendange 2025.

Ce qu’en dit le Guide Hachette

Le Guide Hachette a donné un coup de cœur au Château La Grâce Fonrazade 2015, dans son édition 2019, avec deux étoiles. Le millésime 2022 a obtenu deux étoiles dans le Guide 2026, et Persevero 2021 deux étoiles dans le Guide 2025. Pour ce 2022, le guide décrit « un vin plein et fin où le fruit et la densité s’équilibrent parfaitement ».

Saint-Émilion Grand Cru, une appellation exigeante sur l’environnement

Les appellations Saint-Émilion et Saint-Émilion Grand Cru couvrent ensemble environ 5 400 hectares. Elles s’étendent sur les huit communes de la Juridiction de Saint-Émilion et une partie de Libourne. Plus de 800 propriétés s’y partagent le vignoble, pour une surface moyenne de 8 hectares.

Grand cru et grand cru classé, deux choses distinctes

Saint-Émilion Grand Cru est une appellation. Un classement distingue ensuite certains de ses crus en grand cru classé, premier grand cru classé ou premier grand cru classé A. La Grâce Fonrazade revendique l’appellation, sans figurer au classement.

Depuis le 1er janvier 2023, le cahier des charges impose une certification environnementale à tous les viticulteurs de l’appellation. Le niveau 2 ou 3 suffit, l’agriculture biologique aussi. La Grâce Fonrazade avait pris cette voie dix ans plus tôt.

Argemonia, Tour de Val, Gardegan : une famille de crus

Le projet s’est élargi. D’autres parcelles de Saint-Émilion Grand Cru ont rejoint le domaine, ainsi que le Château Argemonia. Ses deux parcelles de Saint-Émilion Grand Cru donnent un vin à parts égales de merlot et de cabernet sauvignon. Le Château Tour de Val, sur la commune de Saint-Émilion, a suivi en 2019.

Hors de Saint-Émilion, la famille a repris en 2013 le Château de Gardegan, en Castillon Côtes de Bordeaux, d’où sort un pur merlot. Plus de 75 % des vins partent à l’export.

Visites du chai et dégustations

Le château reçoit les amateurs dans une salle de dégustation, où les différents crus se goûtent côte à côte. Des visites guidées font aussi le tour des chais. Le domaine est membre du Grand Cercle des Vins de Bordeaux et des Vignerons Indépendants. On le croise aux salons de ces derniers, à Paris, Lyon ou Lille.

La relève se prépare : la fille aînée de François-Thomas Bon termine des études d’agronomie et d’œnologie.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Paloumey

    Le Château Paloumey cultive 37 hectares en Haut-Médoc, sur les graves de Ludon-Médoc et de Cussac-Fort-Médoc. Arraché au XXe siècle, son vignoble a été replanté à partir de 1990 par Martine Cazeneuve, sur une propriété qui n’avait plus un pied de vigne. Son fils Pierre, ingénieur agronome, l’a engagé en bio dès 2016 et y plante des lignes d’arbres depuis 2021. Classé Cru Bourgeois Exceptionnel en février 2025, le château ouvre aussi son chai aux visiteurs.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Bastor-Lamontagne

    Le Château Bastor-Lamontagne cultive 50 hectares de vignes d’un seul tenant à Preignac, dans l’appellation Sauternes, sur la deuxième terrasse de la Garonne. Engagé en bio en 2010, le vignoble est entièrement certifié depuis 2016, planté de 80 % de sémillon et de 20 % de sauvignon. Ancienne propriété royale passée par les Larrieu de Haut-Brion puis par le Crédit Foncier, il appartient depuis 2018 à la famille Helfrich. Ses Sauternes, fermentés en barriques neuves, misent sur le fruit, la fraîcheur et un sucre modéré.

  • Château Fougas

    Le Château Fougas cultive 22 hectares en Côtes de Bourg, sur un plateau de Lansac où des argiles bleues reposent sur la molasse du Fronsadais. Racheté en 1976 par Jean-Yves Béchet, qui le tient avec Michèle Béchet, il est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte le label Demeter. Ses rouges à dominante de merlot, de Maldoror à Forces de Vie, cherchent « la violette plutôt que le goudron ». Premier à pratiquer la location de pieds de vigne, le château invite ses locataires à vendanger leur propre millésime.

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

  • Château de La Dauphine

    Le Château de La Dauphine cultive 66 hectares de merlot et de cabernet franc en appellation Fronsac, en amphithéâtre au-dessus de la Dordogne. Bâti en 1750, il doit son nom à Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France et mère de Louis XVI. Certifié bio depuis le millésime 2015, le vignoble suit des pratiques biodynamiques et accueille des brebis chaque hiver. Le grand vin s’élève un an en barriques, en foudres et en amphores, à côté de Delphis, d’un rosé et d’un blanc.

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