Château Paloumey - La façade de la maison bourgeoise au bout de sa pelouse

Château Paloumey

Région viticole

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Bordeaux

Bio

Un cru bourgeois du Haut-Médoc replanté sur une page blanche

Le Château Paloumey cultive 37 hectares de vignes en appellation Haut-Médoc, à Ludon-Médoc et à Cussac-Fort-Médoc. Engagé en agriculture biologique en 2016, il est certifié depuis le millésime 2019. En février 2025, il a été classé Cru Bourgeois Exceptionnel. Son nom vient du gascon : Paloumey, c’est le lieu où passent les palombes lors de leur migration d’automne.

Octave Dupuy et la réputation du XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, Paloumey couvre 35 hectares et appartient au marchand de vins Octave Dupuy. Le domaine a pour voisins Cantemerle et La Lagune, deux grands crus classés en 1855. En 1868, le guide Féret, Bordeaux et ses vins, atteste déjà la bonne réputation de ses vins.

Château Paloumey - Gravure ancienne du château au temps d’Octave Dupuy
Paloumey au temps d’Octave Dupuy, sur une gravure ancienne.

Le phylloxéra, deux guerres et un vignoble arraché

La crise du phylloxéra frappe d’abord, puis les deux guerres mondiales. Au milieu du XXe siècle, le vignoble est arraché et la propriété laissée à l’abandon. Il ne reste alors ni vigne ni chai. Seule la maison bourgeoise témoigne encore du passé du domaine.

1989 : Martine Cazeneuve achète une maison sans vigne

Les Cazeneuve possédaient une petite propriété en Côtes de Blaye, le Château Mayne-Gazin, vendue en 1988. Deux ans sans vignoble suffisent à Martine Cazeneuve pour vouloir en racheter un, de préférence dans le sud du Médoc. Son mari, Bernard, trouve Paloumey. Le seul problème, raconte-t-elle, c’est qu’il n’y reste plus un pied de vigne.

Associée à la famille Savare, propriétaire du Château Franc Mayne à Saint-Émilion, elle part d’une feuille blanche. Des coupes de sol et de sous-sol décident du cépage de chaque parcelle. Les plantations démarrent en 1990 : 14 hectares sont replantés en deux ans, avec l’appui de Daniel Llose.

Un chai conçu pour la vinification parcellaire sort de terre en 1993, complété en 1997 par un chai d’élevage en barriques. La salle de dégustation suit en 2004. La même équipe conduit aussi deux autres vignobles, à Margaux et à Moulis-en-Médoc, dont les vins portent leur propre nom. Cette fiche s’en tient aux vins de Paloumey.

Ludon et Cussac, deux graves garonnaises dans un même assemblage

Le château se trouve au sud de l’appellation Haut-Médoc, mais son vin assemble les raisins de deux entités distantes, posées sur deux types de graves.

Vingt-sept hectares de petites graves à Ludon-Médoc

La première entité couvre 27 hectares à Ludon-Médoc. Ce sont des croupes de graves garonnaises de l’ère quaternaire : une matrice de sable et de petites graves, sans argile, qui draine naturellement les eaux de pluie. Ce sol convient au cabernet sauvignon, plus tardif que le merlot. Le domaine lui attribue la gourmandise et la délicatesse de ses vins.

Château Paloumey - Rang de vigne sur les graves sableuses de Ludon-Médoc
Les graves sableuses de Ludon-Médoc, sans argile.

Dix hectares à Cussac-Fort-Médoc, des graves plus grosses

La seconde entité se trouve plus au nord, à Cussac-Fort-Médoc, toujours en Haut-Médoc. Ses 10 hectares reposent sur des graves garonnaises plus anciennes, un peu plus grosses, avec un peu d’argile. Cette partie apporte la structure et la complexité de l’assemblage. Le 21 septembre 2024, c’est elle qu’un orage de grêle a frappée en pleines vendanges.

Un encépagement mené par le cabernet sauvignon

Un peu plus de la moitié du vignoble est plantée en cabernet sauvignon, le cépage roi du Médoc. Le merlot en occupe un peu plus de 40 %. Le cabernet franc et le petit verdot se partagent le reste, quelques pour cent chacun. L’orientation des rangs a été choisie parcelle par parcelle dès les plantations de 1990.

Pierre Cazeneuve, l’agronome qui a converti Paloumey

De Purpan à Madagascar, puis le retour au jardin d’enfance

Le fils de Martine, Pierre Cazeneuve, a grandi à Paloumey à partir de ses douze ans. Ingénieur agronome formé à Purpan, à Toulouse, il ne choisit pas la vigne tout de suite. Sa carrière le mène aux États-Unis, au Mexique et à Madagascar. De retour à Paris, il développe avec son frère une activité de dépollution des sols, ainsi qu’un cabinet qui évalue l’empreinte carbone des entreprises agricoles.

En 2013, il revient donner un coup de main aux vendanges. En 2015, il s’installe à Paloumey avec toute sa famille et reprend la direction de la propriété.

Château Paloumey - Portrait de Pierre Cazeneuve dans le feuillage des vignes
Pierre Cazeneuve dirige la propriété depuis 2015.

Trois ans pour passer toute la propriété en bio

Pierre engage la conversion à l’agriculture biologique dès 2016, sous le contrôle d’Ecocert. Sa mère savait que ce serait difficile, vu le nombre de parcelles et leur éloignement. Le passage s’est pourtant fait en trois ans sur toute la propriété, et le millésime 2019 est le premier certifié. Depuis 2023, tous les vins de l’équipe portent le label AB.

Contre le mildiou et l’oïdium, le domaine s’en tient aux produits de contact, soufre et cuivre, à faibles doses. Le reste repose sur la réactivité face à la météo et sur le travail mécanique des sols. Le domaine ne cache pas que ce choix est exigeant, et parfois incertain.

Une ligne d’arbres tous les vingt-sept rangs

En 2021, Paloumey lance un projet d’agroforesterie dans une jeune parcelle de 4 hectares à Ludon-Médoc. Tous les 27 rangs, deux rangs restent libres pour accueillir une ligne d’arbres, et le travail au tracteur continue entre eux. Érables, tilleuls, chênes verts et mûriers ont été sélectionnés avec soin.

Château Paloumey - Jeunes arbres protégés plantés en ligne entre les rangs de vigne
Une ligne de jeunes arbres entre les rangs de vigne.

Ces arbres doivent amortir les excès du climat sur la parcelle, abriter la faune et nourrir la vie du sol. Ils aident aussi à garder l’eau et à fixer le carbone. Le domaine accepte d’y perdre 7 % de surface de vigne, un investissement qu’il juge nécessaire pour la longévité du vignoble.

Porte-greffes, petit verdot et panneaux solaires

Le manque d’eau oblige l’équipe à repenser le matériel végétal. Sur certaines parcelles de Ludon, de nouveaux porte-greffes plus résistants à la sécheresse ont été plantés, accompagnés d’essais d’enherbement. Une vieille parcelle de merlot de 35 à 40 ans a laissé place au petit verdot, en trois variétés, dont une sélection massale venue d’un vigneron voisin.

Chaque clone y est testé sur plusieurs porte-greffes. L’équipe réfléchit aussi à l’encépagement de demain : d’ici vingt ans, la part du merlot pourrait reculer au profit du cabernet sauvignon et du petit verdot.

Château Paloumey - Mains d’un vigneron taillant les racines d’un jeune plant
Les racines d’un jeune plant taillées avant la mise en terre.

Le bâtiment du domaine, exposé plein sud, porte des panneaux solaires. Ils couvrent la totalité de la consommation électrique de la propriété, qui met aussi des bornes de recharge à disposition des visiteurs.

Des rouges plus souples dans leur jeunesse

Moins d’extraction et une part de rafles

Les millésimes chauffent et les raisins arrivent plus mûrs. Pierre Cazeneuve a donc fait appel à Axel Marchal, professeur et chercheur en œnologie à l’université de Bordeaux, pour revoir le travail d’extraction. Le but : des vins plus souples, plus veloutés, accessibles plus tôt.

Dans la même logique, il introduit de 5 à 15 % de rafles dans les fermentations. Il en attend de la densité et de la sapidité en milieu de bouche, et une fraîcheur aromatique plus nette.

Le grand vin et ses cadets

Le vin qui porte le nom du château assemble les deux terroirs, avec une majorité de cabernet sauvignon et des proportions qui varient chaque année. Le domaine le décrit fin de tanins, d’une puissance contenue, avec un fruit pur dès sa jeunesse. Il passe 12 mois en barriques, dont un tiers de bois neuf.

Château Paloumey - Allée du chai à barriques sous un plafond lumineux
Le chai à barriques du domaine.

Autour de lui, la gamme reste en Haut-Médoc :

  • Ailes de Paloumey, le second vin, joue la fraîcheur et la gourmandise
  • Belle Amie de Paloumey, certifiée bio depuis le millésime 2021, est élevée un an en barriques et réservée aux partenaires commerciaux du domaine
  • Plume de Paloumey, une sélection parcellaire sans soufre ajouté, rend hommage à la palombe

Le domaine produit aussi le Blanc de Paloumey, un blanc de noirs tiré des raisins noirs destinés d’ordinaire aux rouges. Le millésime 2025 est issu de cabernet sauvignon seul, avec un nez d’agrumes et de fleurs blanches.

Cru Bourgeois Exceptionnel, et chai ouvert aux visiteurs

Le classement de février 2025

Paloumey appartient à la famille des Crus Bourgeois du Médoc depuis le XIXe siècle, et s’investit dans la vie de son syndicat. Longtemps Cru Bourgeois Supérieur, il est classé Cru Bourgeois Exceptionnel depuis le 10 février 2025. Ce classement de 2025 retient 170 châteaux, dont 14 seulement au niveau Exceptionnel, et cinq en Haut-Médoc.

Le classement est révisé tous les cinq ans. Il juge les vins à l’aveugle sur plusieurs millésimes, complète la dégustation par un audit de la propriété et tient compte de ses engagements environnementaux. Pour Pierre Cazeneuve, c’est la reconnaissance d’un travail de longue haleine.

Ateliers, verticales et cocktails au vin rouge

Les visites guidées passent par le vignoble, les chais de vinification et d’élevage, puis la salle de dégustation. Le château lui-même ne se visite pas : la famille y habite toujours. Les visites se font en français, en anglais ou en espagnol, et la réservation est conseillée.

Plusieurs formats existent : atelier d’assemblage, verticale à l’aveugle, initiation à la dégustation, visite « Nature et Futur » centrée sur les engagements du domaine. L’atelier Vins & Cocktails, où l’on compose deux cocktails à partir des rouges de Paloumey, a reçu un Trophée Coup de cœur aux Trophées de l’Œnotourisme 2025 de Terre de Vins.

Former les vignerons du Médoc

Avec d’autres propriétés du Médoc, Paloumey participe au collectif des Vignerons du Vivant, monté avec la fondation Apprentis d’Auteuil. Le programme forme des jeunes du territoire à la viticulture, agroforesterie comprise. Trois personnes ont été formées au château, qui y a trouvé une partie de son équipe à la vigne. Chaque année, les voisins sont aussi invités à la fête des voisins de Paloumey.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château La Grâce Fonrazade

    Le Château La Grâce Fonrazade n’avait plus produit de vin depuis 1985 quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’ont racheté en 2010. Ses parcelles de Saint-Émilion Grand Cru, réparties autour du village, mêlent graves fines, sables et argiles calcaires, à dominante de merlot. Engagé en bio depuis 2013, le domaine vinifie dans un chai reconstruit la même année et autonome en chauffage. Il signe aussi un bordeaux blanc de sauvignon gris, et son grand cru 2022 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2026.

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Bastor-Lamontagne

    Le Château Bastor-Lamontagne cultive 50 hectares de vignes d’un seul tenant à Preignac, dans l’appellation Sauternes, sur la deuxième terrasse de la Garonne. Engagé en bio en 2010, le vignoble est entièrement certifié depuis 2016, planté de 80 % de sémillon et de 20 % de sauvignon. Ancienne propriété royale passée par les Larrieu de Haut-Brion puis par le Crédit Foncier, il appartient depuis 2018 à la famille Helfrich. Ses Sauternes, fermentés en barriques neuves, misent sur le fruit, la fraîcheur et un sucre modéré.

  • Château Fougas

    Le Château Fougas cultive 22 hectares en Côtes de Bourg, sur un plateau de Lansac où des argiles bleues reposent sur la molasse du Fronsadais. Racheté en 1976 par Jean-Yves Béchet, qui le tient avec Michèle Béchet, il est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte le label Demeter. Ses rouges à dominante de merlot, de Maldoror à Forces de Vie, cherchent « la violette plutôt que le goudron ». Premier à pratiquer la location de pieds de vigne, le château invite ses locataires à vendanger leur propre millésime.

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

  • Château de La Dauphine

    Le Château de La Dauphine cultive 66 hectares de merlot et de cabernet franc en appellation Fronsac, en amphithéâtre au-dessus de la Dordogne. Bâti en 1750, il doit son nom à Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France et mère de Louis XVI. Certifié bio depuis le millésime 2015, le vignoble suit des pratiques biodynamiques et accueille des brebis chaque hiver. Le grand vin s’élève un an en barriques, en foudres et en amphores, à côté de Delphis, d’un rosé et d’un blanc.

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