Domaine Damiens
Un saint, une épicerie et un coteau en friche
Le Domaine Damiens cultive 16 hectares de vignes à Aydie, dans les Pyrénées-Atlantiques, dans le vignoble du Madiran et du Pacherenc du Vic-Bilh. La famille Beheity a engagé l’ensemble de ses vignes en agriculture biologique en 2011. Pierre-Michel Beheity conduit aujourd’hui le domaine avec sa sœur cadette Marie.
Un enfant trouvé le jour de la Saint-Côme-et-Damien
Le nom du domaine vient de loin. Au début du XXe siècle, la maison de la famille Damiens est l’épicerie du village. Elle doit ce patronyme à un trisaïeul trouvé sous un porche d’église le jour de la Saint-Côme-et-Damien.
En 1950, Jean Beheity épouse Gisèle Damiens. Un nouveau nom arrive à la tête de la propriété. L’épicerie devient une ferme de polyculture, d’élevage et de vigne.

André plante, puis met en bouteilles sous le nom de Damiens
Dans les années 1970, leur fils André, jeune agriculteur, achète un coteau en friche. Il le défriche et le plante avec son père, jusqu’à atteindre 12 hectares en 1980. La première mise en bouteilles date de 1971, et c’est le nom de Damiens qui baptise le domaine.
Les années 1980 sont celles du développement. André investit dans le vignoble et dans le matériel de vinification. Il fait partie des vignerons qui, durant cette décennie, ont donné au Madiran ses lettres de noblesse.
Pierre-Michel restructure et convertit les 16 hectares
Après des études de viticulture et d’œnologie, Pierre-Michel rejoint ses parents en 1993 et s’associe avec eux. Il achève en 2000 la plantation du coteau d’origine, à des densités plus élevées. Le vignoble atteint alors 16 hectares.
À partir de 2008, il restructure les vignes anciennes à forte densité en donnant la priorité au tannat. Il achète un nouveau coteau et loue des vignes dans un village voisin. Tout n’est pas replanté : le domaine garde un capital de vieilles vignes, que le Guide Hachette chiffre à 6 hectares.
La conversion bio suit en 2011, sur l’ensemble des 16 hectares. Pour la famille, l’agriculture biologique est un gage d’avenir plus qu’un retour aux sources.
Trois sols glanés sur les crêtes du Madiran
L’appellation Madiran s’organise en quatre lignes de crêtes orientées nord-sud, entre 180 et 300 mètres d’altitude. Les glaciers de l’Adour ont modelé ces coteaux et laissé des sols très variés. Le domaine retrouve cette diversité sur chacun des îlots de vignes réunis au fil de son histoire.

Limons et graviers sur le coteau d’origine
Le coteau planté par André repose sur des sols limono-graveleux. Sa partie haute donne le Madiran Tradition, sur des limons siliceux semés de galets, exposés au sud et au sud-est. Les pieds de coteau, plus frais, sur ces boulbènes limoneuses, fournissent les cuvées Ostara, rosé et rouge.
Argiles graveleuses et grès calcaire pour le Saint Jean
Le dernier coteau planté repose sur des argiles graveleuses. Il donne une partie des tannats du Saint Jean et les raisins du Pacherenc doux. Le coteau voisin, aux sols argileux à grès calcaire, complète le Saint Jean et les assemblages du Tradition.
Le Saint Jean réunit les hauts de coteaux et une parcelle de vieilles vignes de 70 ans, conduite en sélection massale. La cuvée porte le nom de l’aïeul qui l’a plantée, et celui de l’église voisine.
Une parcelle d’argiles blanches pour le Pacherenc sec
Sur le coteau d’origine, une parcelle exposée au nord-est associe limons et « argiles blanches ». C’est elle qui donne sa singularité au Pacherenc sec.
La région profite d’un climat océanique, aux hivers doux et aux automnes chauds et secs.
Le tannat en deux saisons, d’Ostara à Yule
Le lièvre, animal emblème du domaine, accompagne la déesse du printemps. Elle donne son nom à Ostara, et la fête du solstice d’hiver à Yule : deux vins aux profils particuliers, créés pour casser la saisonnalité des récoltes.
Un tannat de printemps sans sulfites ajoutés
Ostara rouge est un pur tannat des pieds de coteau, vinifié sans sulfites ajoutés. La vendange est totalement éraflée et l’écoulage rapide, puis le vin s’élève 4 à 6 mois. La mise en bouteilles a lieu au printemps et fige les arômes du cépage.
Le domaine le décrit comme un vin noir, au fruit et à la chair du tannat, aux tanins discrets. Il se boit dans ses deux premières années.
Le même vin, un an plus tard, devient Madiran
Yule part du même vin qu’Ostara. Après un an d’élevage, il devient un Madiran pur tannat, mis en bouteille juste avant le solstice d’hiver. Le velours y remplace le croquant du cépage, avec des arômes de menthol et d’épices grillées. Le millésime 2023 a reçu une médaille d’or au Mondial des Vins Biologiques 2025.
La famille compte aussi un rosé de cabernet franc, obtenu par égouttage, qui contient 0,08 g/L de sulfites au plus. S’y ajoute un pétillant naturel rosé à 9 % vol., les Bulles d’Ostara.
Tradition et Saint Jean, les Madiran de garde
Le Madiran Tradition assemble 90 % de tannat et 10 % de cabernet sauvignon et cabernet franc, cuvés séparément. Il s’élève 18 mois en cuves enterrées. Son millésime 2021 a obtenu une médaille d’or au Concours général agricole 2023.
Le Saint Jean, pur tannat, macère 30 jours en petites cuves avec pigeage, parcelle par parcelle. Il s’élève 24 mois, dont 12 en barriques la première année, et se garde dix ans et plus. Son millésime 2018 a remporté l’or au Challenge Millésime Bio 2021.

Le domaine décrit ce Madiran comme une rencontre entre la fraîcheur océanique et la densité méridionale, deux influences que chevauche l’appellation.
Pacherenc et douceurs, l’autre versant de la cave
Les blancs du domaine viennent de deux cépages pyrénéens, le petit manseng et le gros manseng, en appellation Pacherenc du Vic-Bilh.
Le sec, les deux mansengs à parts égales
Le Pacherenc sec assemble 50 % de gros manseng et 50 % de petit manseng, issus de la parcelle d’argiles blanches. Les bourbes fines reposent 8 jours à froid avant la fermentation. 30 % du vin fermente en barriques, le reste en cuve inox.
Il s’élève ensuite sur lies, sans soufre, avec bâtonnage jusqu’en mars. Le domaine y trouve des arômes d’agrumes et de fleur blanche, sur une bouche onctueuse et vive.
Le doux, des raisins passerillés vendangés en novembre
Le Pacherenc doux réunit 80 % de petit manseng et 20 % de gros manseng, celui-ci venu d’une vieille parcelle. Sur ces sols de gravettes, les raisins passerillent et se vendangent en novembre. Le vin s’élève sur lies avec bâtonnage pendant 7 à 10 mois. La bouche est à la fois moelleuse et vive.
Taheïty, le tannat muté
Le Taheïty est un vin de type « vintage ». Le domaine y mute à l’alcool un tannat surmûri, en pleine fermentation et macération. Le mutage fige les arômes et le sucre du moût. Il le sert entre 12 et 14 °C, en apéritif peu commun ou en vin de dessert, sur le chocolat amer. Un jus de raisin bio 100 % tannat complète la gamme.
Une vigne observée plutôt qu’une recette
Le domaine ne revendique ni secret ni magie. Ses pratiques partent de l’observation des sols et du climat, pour ajuster le profil de chaque cuvée.
Travail du sol ou enherbement selon l’année
Les vignes sont labourées ou enherbées selon le climat de l’année. La taille douce et l’ébourgeonnage règlent la croissance et limitent les stress. Les vignes gardent une surface de feuillage optimale pour profiter de la lumière.

L’objectif tient en peu de mots : maintenir l’équilibre végétatif qui mène les raisins à la meilleure maturité.
Le tannat face au réchauffement
Pierre-Michel défend une viticulture en remise en question permanente. Il veut préserver le style des cépages pyrénéens et le potentiel naturel des sols.
Le domaine observe en particulier le comportement du tannat face au réchauffement climatique, et adapte ses pratiques en conséquence.
Recevoir au chai, à Aydie
Le domaine reçoit au caveau. La dégustation couvre toute la gamme, vins sans sulfites compris, dans le chai à barriques.

Dégustations, apéros vignerons et soirées au chai
Les groupes de 15 à 50 personnes trouvent plusieurs formules. Sur réservation, des apéros vignerons réunissent les visiteurs autour des barriques, avec des planches de charcuterie locale.
Au fil de l’année, le domaine organise ses propres rendez-vous. Les Printemps d’Ostara fêtent la sortie des cuvées de printemps par une soirée musicale dans le chai. À l’automne, le Banquet Vagabond fête la fin des vendanges : une table qui se déplace au rythme du paysage, puis un bal. Le domaine prend part aussi aux Portes ouvertes en Madiran.

Un sentier qui part en face du domaine
Le sentier « Aydie au cœur du vignoble » démarre en face du domaine, à pied ou à VTT. Il fait partie du plan local de randonnée de Tourisme en Coteaux Béarn Madiran. L’association Saint-Jean-des-Vignes en a fait une balade pédagogique, la promenade Joseph-Peyré. Huit panneaux la jalonnent, sur la nature, le vignoble et le patrimoine d’Aydie.
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