Domaine de Prapin
Six générations de paysans sur les coteaux de Taluyers
Le Domaine de Prapin occupe un lieu-dit de Taluyers, dans le Rhône, à moins de vingt-cinq minutes de Lyon. La famille Jullian y cultive la vigne depuis 1890, et ses 10 hectares relèvent de l’appellation Coteaux du Lyonnais. Le vignoble est engagé en bio depuis 2009 et conduit en biodynamie depuis 2012, avec le label Demeter obtenu en 2024.
Du gamay livré en charrette au premier vin en bouteille
Les premières vignes sont plantées en 1890, au sortir de la crise du phylloxéra. La famille ajoute ensuite des arbres fruitiers, comme dans toute ferme des coteaux. Dans les années 1950, Charles et François Jullian, l’arrière-grand-père et le grand-père de Lucie, récoltent 5 hectares de gamay. Ils livrent leurs fûts de chêne en charrette aux bistrots de Givors.
Henri Jullian s’installe en 1976 sur une ferme de 9 hectares en polyculture, dont 5 de vignes. Il choisit de tout miser sur la vigne. Il en double presque la surface, avec 7 hectares de gamay et 2 hectares de chardonnay. Il met aussi son premier vin en bouteille cette année-là : jusqu’alors, le vin partait en fût.
Son épouse Sylvie, qui a grandi à Lyon, le rejoint en 1989. Ensemble, ils bâtissent le caveau de dégustation, qui ouvre la voie à la vente directe. Sylvie crée la clientèle, tient l’administratif et, à l’époque, étiquette et capsule chaque bouteille à la main.
Lucie et Pierre Riviere, une vigneronne et un œnologue
Leur fille Lucie revient au domaine en 2016. Elle a suivi un BTS viticulture-œnologie, puis une licence de commerce à l’Université du Vin de Suze-la-Rousse. Avant de s’installer, elle a voyagé en Australie et en Nouvelle-Zélande. Elle a ensuite fait le tour des caves de France pour mûrir son projet.
Son mari Pierre Riviere vient d’une famille de vignerons du Beaujolais, à Lachassagne. Il a étudié dans le Mâconnais, obtenu son diplôme d’œnologue à Toulouse, puis travaillé quelques années sur le domaine de ses parents. Il est cogérant de Prapin depuis 2020. Lucie mène l’accueil, l’œnotourisme et la gestion, Pierre la vigne et la cave.

Henri, parti à la retraite, reste présent pour donner un coup de main. Bricoleur, il a fabriqué des outils du domaine lors d’ateliers paysans.
Dix hectares de gneiss entre Lyon, Vienne et Rive-de-Gier
Trois communes et une surface volontairement plafonnée
Les vignes s’étendent sur les coteaux de Taluyers, de Saint-Laurent-d’Agny et de Mornant. La famille a choisi de s’en tenir à 10 hectares, pour pouvoir suivre chaque parcelle de près. Le sol est un gneiss granitique sablo-limoneux, et la syrah pousse sur un granite rose.

Les parcelles se situent entre 300 et 350 mètres d’altitude. Les gamays de la cuvée Entre Ciel & Terre ont en moyenne 30 ans. Les rendements vont de 25 à 40 hectolitres par hectare selon les cuvées. Le plus faible revient au chardonnay élevé en amphore.
Les Coteaux du Lyonnais, une appellation discrète aux portes de Lyon
L’appellation Coteaux du Lyonnais couvre 49 communes à l’ouest et au nord de l’agglomération, entre la plaine de la Saône et les monts du Lyonnais. Reconnue en 1952, elle a été confirmée en appellation d’origine contrôlée en 1984. Ses plateaux et ses collines sont entaillés de vallées ouvertes sur la Saône et le Rhône.
Le gamay y règne en rouge et en rosé, le chardonnay en blanc. Prapin cultive les deux dans l’appellation. Il plante à côté du pinot gris, du viognier, du gamaret, de la syrah et de la marsanne, vendus en Vin de France. Le domaine revendique une petite appellation portée par de jeunes vignerons, qu’il défend sur les salons professionnels comme Millésime Bio.
De la bio en 2009 au label Demeter en 2024
Sortir des herbicides, puis passer à la biodynamie
Henri veut d’abord supprimer les herbicides. La conversion à l’agriculture biologique suit en 2009, avec Ecocert, et tout le vignoble est certifié en 2012. Sans désherbant, l’herbe concurrence la vigne pour l’eau lors des étés secs, et il faut la reprendre à la pioche, de longues matinées durant.
La biodynamie commence aussi en 2012, avec l’appui du Mouvement de l’agriculture bio-dynamique. Le domaine emploie des préparations naturelles dynamisées, en très faibles doses. Il cite trois préparations de la biodynamie : la silice de corne pour renforcer la plante, la valériane pour l’aider à se remettre d’un gel ou d’une grêle, la prêle contre les maladies par temps humide. Le label Demeter est obtenu en 2024.
Le calendrier lunaire règle les travaux de la vigne, mais aussi la vinification, l’élevage et la mise en bouteille. L’ambition affichée est de récolter des raisins sains, à pleine maturité, pour réduire au minimum les intrants à la cave.
Hirondelles, alouettes et milans sur les étiquettes
Autour des vignes, la famille a planté des haies et des arbres fruitiers. Elle a installé des nichoirs et des ruches, et aménagé des mares et des étangs. L’enherbement naturel et les engrais verts nourrissent le sol. Les oiseaux qui profitent de ce décor ont donné leur nom à plusieurs cuvées.
L’hirondelle est l’emblème de la famille Jullian Riviere : plusieurs couples nichent chaque année dans le cuvage. L’alouette chante dans les rangs de mars à septembre. Le milan noir tourne au-dessus de l’étang à la saison des moissons, et le faucon crécerelle niche dans les toits du domaine.
Des vignerons restés paysans
Prapin se présente comme un domaine de « vignerons paysans », et le mot n’est pas une image. L’exploitation cultive toujours en bio du seigle, de l’avoine, du triticale, de la luzerne et des prairies à côté de ses vignes. Le miel du domaine se vend au caveau.

La même logique vaut pour la vente. Le domaine travaille avec des fournisseurs pour la plupart locaux et s’est associé à Rebooteille pour le réemploi de ses bouteilles. Le label Demeter engage aussi le domaine sur la réduction des emballages et sur des conditions de travail équitables.
Des amphores nées d’une villa gallo-romaine
Vendanges à la main et levures du raisin
La date de vendange se décide en goûtant les baies, pour trouver l’équilibre entre sucre, acidité, couleur et tanins. Les raisins sont coupés à la main et triés à la parcelle par une équipe de vendangeurs formés. Un second tri a lieu à la cave.

Les fermentations partent avec les levures indigènes, présentes sur la peau du raisin. Les rouges macèrent de deux à trois semaines, le plus souvent en cuve béton. Pour Les Chênes, le gamay est encore pigé aux pieds, à l’ancienne. Les blancs de cuve fermentent lentement à basse température, parfois plus d’un mois.

Des tessons gallo-romains aux jarres de 2015
En labourant une parcelle, Henri découvre des fragments de céramique gallo-romaine. Tout près, à Saint-Laurent-d’Agny, les archéologues ont mis au jour la villa viticole gallo-romaine de Goiffieux. Le domaine se trouve d’ailleurs au-dessus de l’aqueduc romain. Henri veut alors essayer la plus ancienne technique d’élevage.
Les premières amphores de terre cuite arrivent à Prapin en 2015. Pour la cuvée Amphore rouge, les plus vieux gamays de Taluyers sont égrappés et triés baie par baie. Ils macèrent un mois en jarre, pigés chaque jour à la main. Le vin vieillit ensuite 10 mois en amphore de 500 litres, sans collage ni filtration.

Le chardonnay suit le même chemin, en version plus longue. Les baies égrappées passent en jarre de 750 litres et y macèrent avec leurs peaux pendant 7 mois, avant trois mois d’élevage. La famille voit dans ces amphores l’aboutissement de son travail en biodynamie.
Le gamay lyonnais sous toutes ses formes
Du béton à la barrique, trois façons de lire le gneiss
Le gamay reste le cépage phare du domaine. Élevé six mois en cuve béton, Entre Ciel & Terre joue le fruit rouge, le poivre et la fraîcheur. Les Chênes, du nom des vieux arbres de sa parcelle, passe dix mois en barrique et gagne des notes de cerise noire, de réglisse et d’épices. L’Amphore, elle, mise sur la finesse et le tanin soyeux.
Les Charmes prend le contre-pied du rosé de soif. Ce rosé de gamay fermente et s’élève six mois en fût, et le domaine le destine à la table. En janvier 2015, à Lyon, la cinquième édition de L’International des Gamay a sacré meilleur gamay du monde l’Antica Vieilles Vignes 2014 du domaine.
Des blancs, du chardonnay « bourguignon » au viognier
Le premier millésime de blanc du domaine date de 1990. Il s’appelait alors Antica, en hommage au passé gallo-romain des lieux. Rebaptisée Les Cerisiers, la cuvée est un chardonnay de Taluyers fermenté et élevé dix mois en fût, dans un style que la famille dit bourguignon.
Entre Ciel & Terre blanc assemble 90 % de chardonnay et 10 % d’aligoté, élevés cinq mois en cuve inox sur lies fines. Hors appellation, Le Secret des Alouettes est un pinot gris rond et gourmand. Le Printemps des Hirondelles, un viognier de Saint-Laurent-d’Agny, mêle fleurs blanches, pêche blanche et notes fumées.
Gamaret et syrah, deux rouges hors appellation
Le gamaret est un croisement suisse du gamay et du reichensteiner. Il demande très peu de traitements et s’est bien acclimaté au granite de Mornant et de Taluyers. L’Envol du Milan Noir en tire un rouge de fruits noirs, d’épices et de cacao, aux tanins souples.
La Parade des Faucons est une syrah vinifiée sans intrant, macérée quinze jours puis élevée un an en fût. Elle livre des notes de violette et de griotte. Le domaine produit aussi un effervescent rosé, Prapin la Bulle, et un jus de raisin.
Le caveau de Prapin, une ferme ouverte aux Lyonnais
Dégustations et épicerie fine
Le caveau construit en 1989 reçoit toujours les visiteurs pour goûter la gamme. Il abrite aussi une épicerie fine de produits bio ou locaux : terrines, tartinades, cidres, bières, et le miel de Prapin. La visite du chai peut se prolonger autour d’une planche de produits du coin.
Mâchons, tablées et fête des vendanges
Lucie a fait de l’œnotourisme un second métier. Le domaine propose un mâchon lyonnais avec des fermes voisines et un repas bio avec un traiteur de Taluyers. Une sommelière y anime des cours d’œnologie. L’été, des soirées de dégustation ludique cassent l’image élitiste du vin.
La Tablée de Prapin réunit les convives pour un dîner d’accords mets et vins dans le chai. Chaque fin septembre, la fête des vendanges ouvre la cave au public avec un atelier de pressurage. Les portes ouvertes de fin d’année accueillent un marché de producteurs.
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