Domaine de Sarros
Un clos de Gelos rendu à la vigne par deux amateurs
Le Domaine de Sarros se trouve à Gelos, dans les Pyrénées-Atlantiques, à dix minutes de Pau. C’est le plus oriental des vignobles du Jurançon. Sur 2,12 hectares conduits en agriculture biologique, il produit des vins blancs : des Jurançon secs, des Jurançon moelleux et un blanc sec en Vin de France.
Une propriété du XIXe siècle sans vigne depuis la guerre
Le domaine est implanté sur les coteaux béarnais du piémont pyrénéen depuis le début du XIXe siècle. Sa vocation viticole a pourtant été abandonnée à la Seconde Guerre mondiale, et elle n’est revenue qu’au milieu des années 2000.
La propriété est restaurée en 2004, puis replantée en 2005 pour retrouver sa première fonction. Depuis cette replantation, la totalité du domaine est conduite en agriculture biologique. Le chai de vieillissement a été aménagé sous la maison d’habitation, qui date elle aussi du XIXe siècle.
2017, la seconde vie de Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal
Depuis 2017, le domaine appartient à deux associés, Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal. Leur société s’appelle Chapal & Ducasse Vignerons, et le domaine a gardé son nom de Sarros.
Pour Jean-Luc Ducasse, la vigne est une seconde vie, choisie et mûrie. Les deux hommes aimaient le vin depuis longtemps et fréquentaient les clubs de dégustation avant de franchir le pas. Ils ont repris un domaine que l’ancien propriétaire leur a cédé déjà converti en bio, au-dessus de la Vallée Heureuse, dont le nom sert aujourd’hui d’adresse et de cuvée.

Deux hectares de poudingue au bout est de l’appellation
Des coteaux tournés vers la chaîne des Pyrénées
Les vignes de Sarros regardent le sud et le sud-est, face à la chaîne des Pyrénées. Elles sont plantées entre 250 et 270 mètres d’altitude, sur les coteaux du piémont. Le vignoble est particulièrement proche de Pau, à cinq kilomètres seulement.

Le sous-sol est fait de poudingue et de débris siliceux. Le poudingue de Jurançon, roche dominante dans la partie nord-est du vignoble, est un conglomérat de galets pris dans un ciment calcaire. Là où il affleure, il s’altère en une argile caillouteuse.
Petit manseng, gros manseng et lauzet à 5 000 pieds par hectare
Trois cépages emblématiques du Jurançon poussent sur le domaine : le petit manseng, le gros manseng et le lauzet. Ils sont plantés à une densité de 5 000 pieds par hectare.
Le petit manseng tient le premier rôle. Les quatre cuvées proposées aujourd’hui à la vente en sont issues, seul ou associé au lauzet. Ce cépage béarnais, au goût relevé de poivre ou de cannelle, apporte des notes épicées aux mansengs quand on l’assemble.

Une certification bio portée par la société depuis 2018
Le domaine est cultivé en bio depuis sa replantation de 2005. La société Chapal & Ducasse, créée fin 2017, s’est engagée auprès de son organisme certificateur en mai 2018, et ses vins portent le logo AB et l’Eurofeuille. Le domaine rappelle que ce mode de production exclut les OGM et les produits chimiques de synthèse.
Des blancs vendangés à la main et élevés en barrique
Deux mois de vendanges, de fin septembre à fin novembre
Toutes les vendanges se font à la main. Elles s’étalent en général de la fin septembre pour les blancs secs à la fin novembre pour les moelleux, selon la maturité des raisins. Les raisins des moelleux restent ainsi sur pied bien après ceux des secs.
Cette récolte tardive est la règle dans l’appellation. Le foehn, un vent du sud, y passerille les grappes : les baies sèchent sur la souche et concentrent leurs sucres. Le petit manseng, lui, conserve son acidité.
Levures indigènes et chêne français pour toutes les cuvées
Les fermentations partent sur levures indigènes. Les vins sont ensuite élevés dans les caves du domaine, en fûts de chêne français, pendant 10 à 14 mois selon les cuvées. Les fiches techniques des Jurançon récents indiquent dix mois sur lies en barrique.

La mise en bouteille se fait à la propriété. La production se partage à parts égales entre les deux styles : 50 % de secs et 50 % de moelleux.

Gaïa, un petit manseng sec sans intrant
Gaïa sort de l’appellation et se vend en Vin de France. Ce blanc sec de petit manseng suit le cahier des charges du label Vin Méthode Nature : vendanges manuelles, levures indigènes, aucun intrant et aucun sulfite ajouté avant ou pendant les fermentations. Il affiche 0,8 gramme de sucre par litre.
Sans conservateur, ce vin est plus fragile que les autres. Le domaine conseille de le boire dans les deux ans et de le garder couché, au frais et à l’abri de la lumière.
Du sec tendu au moelleux d’ananas, le style de Sarros
La Vallée Heureuse et le Coteau enchanté, deux Jurançon secs
La Vallée Heureuse est un Jurançon sec de 100 % petit manseng. Son nez ample s’ouvre sur les fruits, la bouche éclate de fruits exotiques et d’ananas grillé, et la finale reste longue. Le domaine lui donne 7 à 10 ans de garde.
Le Coteau enchanté assemble petit manseng et lauzet. Plus pâle, il associe fruits mûrs, pêche et pomme, à des notes minérales et légèrement torréfiées, portées par une tension marquée jusqu’en finale. La gamme compte aussi La Contrée, un autre Jurançon sec, et Singulier, en Vin de France.
Saunéy de SÓ et Saunéy, les moelleux de petit manseng
Saunéy de SÓ est un Jurançon moelleux de petit manseng. Son nez mêle fruits confits, écorce d’orange et cédrat. En bouche, l’acidité équilibre le sucre, et l’ananas domine les fruits exotiques. Le domaine annonce 10 à 15 ans de garde. Le Saunéy, autre moelleux, complète la gamme.
Quatre vins retenus par le Guide Hachette
Le Guide Hachette des Vins a retenu le domaine à plusieurs reprises. L’édition 2019 donne une étoile au Jurançon sec 2016 et cite le Saunéy 2016. La Vallée Heureuse obtient une étoile dans le guide 2021 pour le millésime 2018, puis de nouveau dans le guide 2025 pour le millésime 2022.
Le quotidien Sud Ouest réunit chaque hiver un jury pour sa traditionnelle dégustation de Noël. En 2023, ce jury a retenu La Contrée 2021. Selon le domaine, c’était la quatrième fois, après 2020, 2021 et 2022, que les dégustateurs plébiscitaient un de ses Jurançon secs.
Gelos dans l’AOC Jurançon, entre les gaves
1936 pour le moelleux, 1975 pour le sec
Le vignoble du Jurançon s’étire sur une quarantaine de kilomètres d’est en ouest, entre les gaves de Pau et d’Oloron. L’appellation Jurançon naît en 1936, d’abord pour le seul blanc moelleux. Le Jurançon sec n’obtient la sienne qu’en 1975.
Le climat mêle rigueur montagnarde, douceur océanique et chaleur méridionale. L’Atlantique répartit les pluies sur l’année, et l’été indien béarnais donne au Jurançon des vendanges parmi les plus tardives de France.
Cinq cépages autochtones, dont trois à Sarros
Cinq cépages autochtones composent l’encépagement du Jurançon : gros manseng, petit manseng, courbu, camaralet et lauzet. Sarros en cultive trois, les deux mansengs et le lauzet. Le courbu, précoce, signale souvent le début des vendanges dans l’appellation, et le camaralet, originaire de Lasseube, reste très peu cultivé.
Une visite sur rendez-vous au-dessus de la Vallée Heureuse
Le domaine reçoit pour une visite et une dégustation, uniquement sur rendez-vous. Les groupes sont accueillis jusqu’à dix personnes. Le domaine porte le label Vignobles & Découvertes, et les vins se vendent aussi sur place.
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