Domaine Loberger
Huit hectares éclatés sur les coteaux de Guebwiller
Le Domaine Loberger travaille 8 hectares de vignes en biodynamie à Bergholtz, dans le Haut-Rhin, à 5 kilomètres de Guebwiller et à 20 kilomètres au sud de Colmar. Le vignoble ne forme pas un seul tenant. Il se disperse en parcelles sur les coteaux de Guebwiller, Bergholtz, Bergholtz-Zell et Buhl.

Aux extrêmes, ses terroirs sont distants de 5 kilomètres. Sur une si petite surface, le domaine réunit pourtant trois grands crus d’Alsace et cinq lieux-dits, aux sols très différents les uns des autres.
De 250 à 480 mètres, des pentes à 60 %
Les vignes s’étagent de 250 à 480 mètres d’altitude, exposées au sud-est, au sud et au sud-ouest. Sur certaines parcelles, la pente atteint 60 %.
Le domaine y remplace la machine par la main autant qu’il le peut. Le sol se travaille à la bêche, l’herbe se coupe à la débroussailleuse, et certains traitements biodynamiques se passent à la pompe à dos. La famille y voit un moyen de sentir vivre la vigne au quotidien et de répondre à ses besoins.
Weingarten, Meissenberg, Schwarzberg, Trottberg et Neuberg
Autour des grands crus, le domaine cultive cinq lieux-dits : le Weingarten, le Meissenberg, le Schwarzberg, le Trottberg et le Neuberg. Ce dernier, la famille l’appelle « notre coin de paradis ».
Plusieurs donnent leur nom à un vin. Le Weingarten signe un gewurztraminer et un pinot gris, le Meissenberg un pinot blanc, le Schwarzberg un pinot noir et le Neuberg un pinot gris.
Kitterlé, Saering, Spiegel : trois grands crus pour un petit domaine
L’Alsace compte 51 grands crus. Le Domaine Loberger en revendique trois, tous autour de Guebwiller : le Kitterlé, le Saering et le Spiegel. Leurs sous-sols ne se ressemblent guère.
Le sommelier Romain Iltis, meilleur sommelier de France 2012 et meilleur ouvrier de France 2015, a décrit pour le domaine ce que chacun donne au verre.
Le Kitterlé, du grès retenu par la pierre sèche
À la sortie de la vallée de la Lauch, au nord de Guebwiller, le Kitterlé dessine un éperon sur le massif de l’Unterlinger. Ses parcelles regardent le sud, le sud-est et le sud-ouest, entre 270 et 360 mètres, bien abritées des vents du nord.
Le sous-sol mêle grès vosgien grossier et conglomérat de quartzite du Buntsandstein. À l’extrémité ouest, le terroir passe aux grauwackes volcaniques du Carbonifère. Ce sol léger et sablonneux tient grâce à d’immenses murs de pierres sèches, et ne donne que des rendements très limités.

Le riesling s’y plaît. Romain Iltis y relève la tension des vins, la finesse des arômes et une touche fumée, à marier avec le turbot, la sole ou les huîtres.
Le Saering, marnes et cailloutis tournés vers l’est
Contigu au Kitterlé, au nord-est de Guebwiller, le Saering se tourne vers l’est et le sud-est, entre 260 et 300 mètres. Ses conglomérats à galets de grès et ses marnes recouvrent un sous-sol calcaire qui affleure par endroits. Le sol est lourd, marno-sableux, chargé de cailloutis.
Le domaine y cultive le pinot gris et le gewurztraminer. Romain Iltis décrit des vins droits et salivants, avec « une remarquable note marine sensible en finale ». Le gewurztraminer y reste frais et digeste.
Le Spiegel, à cheval sur Guebwiller et Bergholtz
Le Spiegel s’étire à mi-coteau sur les bans de Guebwiller et de Bergholtz, orienté à l’est, entre 260 et 315 mètres. Ses conglomérats et ses marnes disparaissent en partie sous les éboulis du Trias gréseux. Il en naît un sol argilo-sableux qui garde assez d’eau pour la vigne.
Le gewurztraminer y pousse souvent jusqu’à la surmaturité, vers les fruits secs et la pâte de fruits. Le riesling occupe le versant méridional, avec des arômes de fleurs blanches et d’infusion. Le domaine en tire un riesling et un gewurztraminer grand cru.
De la polyculture à la vigne seule, une famille de Bergholtz
1984, Jean-Jacques Loberger choisit la vigne
La famille Loberger travaille le vin depuis 1617. Elle a d’abord vécu de polyculture et d’élevage.
En 1984, Jean-Jacques Loberger prend la tête de l’entreprise familiale et décide de se consacrer entièrement à la vigne. Le domaine fait aujourd’hui partie des vignerons-récoltants exclusifs : il ne vend que sa propre production.
Céline Loberger, la relève de 2019
En 2019, sa fille Céline Loberger s’installe au domaine. Le père et la fille conduisent désormais ensemble les huit hectares. La famille résume le passage à sa manière : vignerons « de père en fils et maintenant de père en fille ».
Depuis le millésime 2020, de nouveaux noms figurent parmi les vins labellisés du domaine : Imagine, Horizon, A Capella, puis Horigine en 2021. Ils côtoient les vins de cépage, de lieu-dit et de grand cru qui forment l’essentiel de la gamme.
Prêles, orties et compost : une biodynamie labellisée Demeter et Biodyvin
De la bio des premiers millésimes à la double certification
Dès ses premiers millésimes, Jean-Jacques Loberger se tourne vers l’agriculture biologique, par souci de préserver son environnement. Il découvre rapidement la biodynamie et s’y retrouve pleinement.
Le domaine s’engage auprès d’Ecocert en 2009 et obtient sa certification bio en 2012. Ses vins portent aujourd’hui deux labels de biodynamie, Demeter et Biodyvin, le syndicat international de vignerons en culture biodynamique qu’il a rejoint en 2017.
Des tisanes de plantes à la place de la chimie
Aucun intrant chimique ni produit de synthèse n’entre dans les vignes. Le domaine les remplace par des « tisanes de plantes », de prêle, d’osier ou d’ortie, et par différentes préparations qui dynamisent le sol et la vigne.


Chaque année, il composte ses fumiers selon la méthode biodynamique, en y ajoutant des préparations à base de plantes médicinales. Le compost qui en sort est plus équilibré, et plus fécond pour les sols.
La famille en voit l’effet dans ses parcelles : une faune et une flore riches, des vignes capables de résister aux maladies. Selon elle, les vins y ont gagné en équilibre, en structure et en profondeur.

Vendanges à la main et tri jusqu’au pressoir
Les vendanges se font exclusivement à la main. Le domaine soigne le tri, puis l’acheminement du raisin du cep jusqu’au pressoir. Il limite volontairement sa production, avec des rendements inférieurs à la moyenne.
Levures indigènes et grains nobles, le style des vins Loberger
Une cave qui laisse faire
En cave, la règle tient en une phrase : laisser faire les choses le plus naturellement possible. Les fermentations partent sur levures indigènes, et le domaine intervient le moins possible. Il le dit à sa façon : « nous ne fabriquons pas, nous élevons des vins ».
Six cépages, du crémant d’auxerrois au pinot noir
Le domaine vinifie six des sept cépages alsaciens : riesling, muscat, pinot blanc, pinot gris, gewurztraminer et pinot noir. Ses vins sortent en AOC Alsace, Alsace grand cru et crémant d’Alsace.
Le crémant d’Alsace vient de l’auxerrois, qui lui donne délicatesse et souplesse. Le pinot blanc se veut sec, frais et désaltérant. Le muscat, sec lui aussi, donne l’impression de croquer le raisin frais.
Le domaine présente le pinot gris comme le cépage au meilleur potentiel de vieillissement. Le pinot noir, souple et fruité, se décline aussi en cuvée Nuances.
Vendanges tardives et sélections de grains nobles
Seuls les meilleurs terroirs et les meilleurs millésimes donnent des vendanges tardives, de raisins surmûris récoltés bien après les vendanges classiques. Les sélections de grains nobles viennent de baies touchées par la pourriture noble.

Le Guide Hachette a donné un coup de cœur, dans son édition 2005, au Gewurztraminer grand cru Spiegel 2002. Au Concours Pinot Gris du Monde 2011, le Pinot Gris Sélection de Grains Nobles 2009 a reçu une médaille d’or.
Bergholtz, dans l’ombre pluviométrique des Vosges
Le sud du vignoble alsacien
Bergholtz se trouve à l’extrémité méridionale de la Route des Vins, au creux des collines sous-vosgiennes. Comme tout le piémont, ses coteaux profitent de l’« ombre pluviométrique » des Vosges : il y tombe en moyenne 500 à 700 millimètres de pluie par an, parmi les plus faibles cumuls de France.
En automne, les journées chaudes alternent avec des nuits fraîches. La maturation s’étire, les arômes se développent et l’acidité se conserve.
Visites et dégustations à Bergholtz
La famille ouvre le domaine aux visites guidées, en individuel ou en groupe jusqu’à 25 personnes, et fait déguster ses vins sur place.
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