Château Feely - Vignes d’automne et brume sur la vallée

Château Feely

Région viticole

Région viticole

Sud-Ouest

Bio

Sept hectares repris en 2005 à Saussignac

De Johannesburg aux coteaux de Dordogne

Le Château Feely cultive 7 hectares de vignes en bio à Saussignac, en Dordogne, à un quart d’heure de Bergerac. Caro et Sean Feely l’ont acheté en 2005. C’était alors une ferme en liquidation, dont ils voyaient surtout le potentiel.

Leur histoire commence à Johannesburg, où ils se rencontrent en 1993. Le grand-père de Sean cultivait la vigne près de Stellenbosch, dans la région du Cap, et l’enfant l’aidait aux vendanges dès l’école. Caro, elle, partageait une maison avec un Master of Wine. Le couple s’installe d’abord au Cap, au milieu des vignobles.

Une occasion les conduit ensuite en Irlande, terre de leurs racines. Ils vivent à Dublin de 1997 à 2005, où naissent leurs deux filles. Un premier voyage dans les vignobles français les décide. Il leur faudra encore huit ans de travail et d’épargne avant d’acheter leur propre ferme.

Château Feely - La famille Feely dans ses vignes en 2006
La famille Feely dans ses vignes en 2006, un an après l’achat.

Château Haut Garrigue devient Château Feely

La propriété s’appelait Château Haut Garrigue. Pour le prononcer, s’amusent-ils, il fallait un doctorat de phonétique française. Les Feely l’ont remplacé par leur nom de famille, un patronyme irlandais que l’on traduit volontiers par « joueur d’échecs ».

Leur logo reprend le triskèle, trois spirales celtiques que l’on trouve à Newgrange, en Irlande, sur un site daté d’environ 3500 avant notre ère. Pour le couple, ce signe dit à la fois la nature, les forces de vie et leurs racines irlandaises.

Du bio de 2007 aux préparations biodynamiques

Le mildiou comme point de départ

Le domaine s’engage en agriculture biologique auprès d’Ecocert en janvier 2007. À l’achat, en 2005, 1 % seulement du vignoble français était conduit en bio, et la démarche passait encore pour marginale.

Les Feely constatent vite que les solutions du bio ne viennent pas à bout des maladies fongiques, surtout du mildiou. Ils se tournent alors vers la biodynamie et la trouvent efficace. Ils découvrent aussi qu’elle va bien au-delà de la lutte contre une maladie. Le vignoble suit des pratiques biodynamiques depuis 2007.

Caro Feely ne cache pas ses doutes de départ : « On dirait danser avec les fées ? J’étais sceptique jusqu’à ce que je voie à quel point cela avait changé notre vignoble et nos vins. »

Ortie, saule et prêle pour limiter le cuivre

Le couple fait lui-même le travail de la vigne et du chai. Sean pulvérise les préparations dynamisées 500 et 501. Le compost se fait sur place, avec du fumier de vache et le marc des raisins pressés. Le travail du sol suit de près le calendrier lunaire.

Château Feely - Dynamisation de la préparation biodynamique 500
La préparation 500 se dynamise avant d’être pulvérisée.

À chaque traitement contre le mildiou et l’oïdium, les Feely utilisent des infusions d’ortie, de saule et de prêle. Le domaine utilise en moyenne 1,5 kg de cuivre par hectare, quand le bio en autorise 6 kg. Des essais à la sauge visent à s’en passer un jour.

Toute la récolte se fait à la main depuis 2014. Au chai, les Feely placent autant que possible les étapes clés de la vinification et la mise en bouteille les jours fruits du calendrier. Ils gardent des doses de soufre faibles, pour ne pas masquer le goût propre de leurs vignes.

Des orchidées revenues entre les rangs

En 2008, après trois ans de travail en bio, des orchidées rares apparaissent pour la première fois dans les vignes. Les Feely cueillent aussi entre les rangs du fenouil sauvage, de l’ail et des salades. Leur idée est simple : si l’on boit le vin de ces vignes, on doit pouvoir manger ce qui pousse dessous.

Château Feely - Orchidée sauvage dans l’herbe du vignoble
Orchidée sauvage photographiée dans le vignoble.

Coccinelles, typhlodromes et chrysopes tiennent pucerons et acariens à distance, et le domaine se passe d’insecticides. Les chauves-souris s’attaquent au papillon dont la chenille ronge les grappes. Le domaine prévoit de planter des centaines d’arbres et des centaines de mètres de haies, pour relier la ferme par des corridors de biodiversité.

Des vins nommés en « ité », hors appellation pour la plupart

« Terroir Feely » plutôt que l’appellation

La plupart des vins sortent en Vin de France, sous la mention « Terroir Feely ». Le mot château étant réservé aux vins d’appellation, il ne figure pas sur ces étiquettes. Le rouge Vivacité, presque entièrement en cabernet sauvignon, est revendiqué en AOP Bergerac.

Chaque cuvée porte un nom français qui parle aussi aux anglophones, le plus souvent terminé en « ité ». Les Feely veulent mettre en avant l’émotion du vin plutôt que son cépage. Le nom Vérité est même sorti d’un concours ouvert à leurs clients.

Depuis le millésime 2014, la plupart des vins répondent à la norme de vin naturel de l’association SAINS. Ils sont élaborés sans produit d’origine animale et conviennent donc aux végans. Depuis mai 2025, les bouteilles sortent sans capsule, pour supprimer un emballage qui ne sert à rien.

Un sémillon planté en 1945 sur silex

Les blancs viennent de sols argilo-calcaires mêlés de silex, exposés à l’est. Le Silex est issu d’un sémillon planté en 1945, par sélection massale, bien avant les clones. Il mêle épices douces, pêche, fleurs d’acacia et une touche fumée qui grandit avec l’âge.

Château Feely - Cep noueux d’une vieille vigne
Vieux cep au printemps, au Château Feely.

Sa dernière mise ne porte pas de millésime. Elle assemble surtout du 2021 et un peu de 2022, deux récoltes amputées par le gel puis par la grêle, ce qui lui interdit d’afficher une année. Le vin a passé quatre ans en cuve inox et en barrique avant sa mise en bouteille, en avril 2026.

Sincérité, pur sauvignon blanc, doit son nom à un clin d’œil à Sancerre : un vin direct, vif, aux arômes de citron. Mille Fleurs est un vin orange à 90 % sémillon de vieilles vignes, fermenté sur ses peaux puis élevé en inox. On y trouve fleur d’oranger, marmelade et pêche jaune.

Des rouges naturels, du merlot au cabernet

Depuis le millésime 2014, tous les rouges sont des vins naturels, faits de raisin et de rien d’autre. La Source, assemblage de merlot et de cabernet sauvignon sans sulfites ajoutés, tient son nom du puits gallo-romain de la propriété. Résonance, à base de merlot, vient de vignes d’une trentaine d’années exposées au nord.

Vérité est un pur cabernet sauvignon élevé trente mois en barrique, sur les fruits rouges et noirs. Grâce, assemblage de merlot et de cabernet sauvignon élevé en fût, est née en 2008. Cette année-là, le gel puis la pourriture ont emporté chacun un tiers de la récolte.

Côté rosé, Sensualité assemble merlot et cabernet sauvignon dans un vin pâle et sec, aux notes de coing et de fruits rouges.

Saussignac, petite appellation du Bergeracois

Un liquoreux sur quatre communes

Saussignac appartient au grand vignoble de Bergerac, à une quarantaine de minutes de route de Saint-Émilion. La commune donne son nom à une appellation de vin blanc liquoreux, reconnue en AOC en 1982.

Cette AOC couvre quatre communes : Gageac-et-Rouillac, Monestier, Razac-de-Saussignac et Saussignac. Les vignerons de la commune élaborent aussi des blancs, des rosés et des rouges sous les appellations de Bergerac. Le Château Feely, lui, propose surtout des vins secs, en Vin de France pour l’essentiel.

Gel et grêle sur les derniers millésimes

Les dernières années ont été rudes pour le vignoble. Le domaine a perdu de gros volumes au gel de 2021, puis à la grêle de 2022 et de 2024. Les Feely y voient la marque des extrêmes de la crise climatique.

Château Feely - Le vignoble sous la neige en janvier 2023
Le vignoble sous la neige, en janvier 2023.

Les cuvées restent de petites séries, de 1 200 à 2 900 bouteilles selon les vins et les millésimes. Plusieurs ne sont produites qu’en un peu plus d’un millier de bouteilles.

Un vignoble qui se visite et se raconte

Un parcours dédié à Pierre Masson

Le domaine a balisé dans ses vignes un parcours bio et biodynamique, avec des panneaux et des QR codes. Il est dédié à la mémoire de Pierre Masson, pionnier de la recherche et de la formation en biodynamie. Celui-ci a offert au domaine une corne de vache et une pierre de silice, exposées dans la salle de dégustation.

Château Feely - Panneau d’accueil du parcours biodynamique
Le parcours, bilingue, mêle panneaux et QR codes.

Un sentier nature de 1,5 km permet aussi une balade libre dans le vignoble. La dégustation se tient dans un caveau écologique bâti en bois, pierre, craie et chanvre. Le Château Feely a reçu le trophée d’or national de l’éducation et de la valorisation des pratiques écologiques, au premier Concours français de l’œnotourisme.

Caro Feely, vigneronne et autrice

Caro Feely est formatrice en vin certifiée par le WSET, et professeure de yoga. Elle a raconté les années de la ferme dans une série de livres en anglais, dont Grape Expectations, Saving our Skins et Glass Half Full. Elle a aussi signé un guide d’initiation, WINE: the Essential Guide.

L’école du domaine, French Wine Adventures, organise des cours et des séjours œnologiques entre Bordeaux et Bergerac. Le domaine propose enfin des parts de vigne et un week-end de vendanges, qu’une émission de la télévision irlandaise RTÉ a suivis en 2009.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Château Lafitte

    Le Château Lafitte cultive 5 hectares de petit manseng et de gros manseng à Monein, dans le vignoble du Jurançon, en biodynamie certifiée Demeter. Depuis 2012, Antoine Arraou y vinifie des vins naturels, sans aucun produit œnologique ni sulfites ajoutés, élevés en jarre de grès, en amphore ou en solera. Son chai de 2018, enterré et équipé de panneaux solaires, fait circuler les vins par gravité. Le Sec 2013 du domaine a reçu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2016.

  • Château Barouillet

    Le Château Barouillet appartient à la famille Alexis depuis huit générations, à Pomport, au milieu de l’aire du Monbazillac. Revenu en 2010, Vincent Alexis a quitté le vrac, converti le vignoble en bio puis obtenu la certification Demeter en 2021. Ses 40 hectares, répartis entre Pomport, Mescoules et Lembras, portent plus de vingt-cinq cépages en Bergerac et en Pécharmant. Levures indigènes, amphores et soufre minimal donnent des blancs macérés, des rouges souvent sans sulfites et un liquoreux déclassé en Vin de France.

  • Château de Mayragues

    Le Château de Mayragues cultive 12 hectares de vigne en biodynamie depuis 1999 dans l’appellation Gaillac, près de la forêt de la Grésigne. Premier domaine du Gaillacois labellisé en biodynamie, il porte aujourd’hui le label Demeter. Ses vins reposent sur les cépages locaux, duras et braucol en rouge, mauzac et loin de l’œil en blanc, du sec jusqu’au vin de voile. La famille Geddes restaure depuis 1980 cette maison forte du XIIe siècle, inscrite aux Monuments historiques.

  • Domaine des Rouillats

    Le Domaine des Rouillats cultive environ 3 hectares à Saint-Antoine-de-Breuilh, dans l’aire du Montravel, en Dordogne. Danièle et Benoît Coq ont repris ce domaine familial en 2008, certifié bio par Ecocert depuis 2010 et labellisé Demeter depuis le millésime 2025. Plantées à 7 000 pieds par hectare parmi des arbres fruitiers, leurs vignes mêlent merlot, chenin et abouriou, un vieux cépage local qui a failli disparaître. Le rouge Élévation porte l’AOC Montravel, et les autres cuvées sortent en IGP Périgord ou en vin de France.

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Domaine de Beyssac

    Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares d’un seul tenant sur un coteau plein sud de Marmande, en AOP Côtes du Marmandais. Créé en 2009 sur une terre familiale, il est conduit en bio depuis l’origine et en biodynamie Demeter depuis 2016. Le cépage local, l’abouriou, y signe l’Essentiel, élevé en fût, et Le Monde d’Après, vinifié seul. Pauline Broutet, arrivée en 2017, a repris le domaine fondé par ses parents, Véronique et Frédéric.

  • Vigne de Signols

    La Vigne de Signols cultive 3 hectares de mansois en terrasses sur le grès rouge de Conques-en-Rouergue, dans l’appellation Marcillac. Yvan-Marie Rufié, qui a fondé l’orchestre aveyronnais Obsession en 1975, l’a plantée entre 2008 et 2014 sur la colline de son enfance. Engagé en bio en 2011 et certifié Demeter, il nourrit sa vigne de compost de sous-bois et d’engrais verts, sans chimie ni engrais. Ses rouges de goutte, de presse et d’assemblage naissent sans aucun intrant ni sulfite ajouté, avec des levures indigènes.

  • Domaine de Brin

    Le Domaine de Brin cultive 14 hectares de vignes en AOC Gaillac à Castanet, dans une ferme familiale où poussent aussi lentilles, pois chiches et orge brassicole. Damien Bonnet y met les vins en bouteille depuis 2008, en bio dès le départ, avec une certification engagée en 2011. Mauzac, loin de l’œil, braucol, duras et prunelart s’élèvent en jarre de grès, en amphore, en foudre ou en béton. Ses quinze cuvées vont du pétillant naturel au vin de voile, en passant par l’orange et les doux.

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