Vue aérienne du Château Viella

Château Viella

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Un château de marquis relevé par une famille venue d’Italie

1763, un château « à la mode de France »

Le Château Viella domine un coteau de la commune de Viella, dans le Gers. Au loin se dressent les Pyrénées. En 1763, le marquis de Viella, Jacob Joachim de Labaye, fait reconstruire le château. Il suit les plans d’un officier d’état-major, son ami.

D’une demeure sans doute modeste, il tire un château à hautes toitures d’ardoise. On dit alors « à la mode de France ». De belles voûtes couvrent le rez-de-chaussée. En 1789, la Révolution pousse le marquis à se cacher à l’étranger. À peine revenu d’émigration, il rachète le château, où il ne séjournera que rarement.

Sa nièce, Thérèse-Louise-Charlotte-Monique d’Aure, dite Mlle de Montastruc, y vit ensuite plus de soixante ans. Elle meurt en novembre 1867. Ses cousins vendent alors la terre et le château, qui passe entre plusieurs mains jusqu’au milieu du XXe siècle.

1952, une ruine achetée pour ses vignes

Le 27 décembre 1952, Pierre Bortolussi achète le Château de Viella. Originaire du nord de l’Italie, il exploite déjà la propriété depuis une vingtaine d’années. La demeure est alors à l’abandon, envahie par la végétation. Sa façade arrière s’est effondrée sur un étage.

Ce que Pierre achète d’abord, ce sont les vignes et leur excellente exposition. Son fils Paul fait ensuite prospérer l’exploitation agricole. En 1991, le petit-fils, Alain, reprend les 9 hectares du domaine familial. Leur vin part alors chez les négociants.

De père en filles depuis 2016

En 2016, Claire et Marion Bortolussi reviennent aux côtés de leur père. Elles deviennent la quatrième génération de vignerons. Marion, diplômée en viticulture-œnologie, reprend la culture de la vigne et l’élaboration des vins. Claire se charge de la gestion, de l’accueil et de la commercialisation.

En 2020, les deux sœurs refondent l’habillage des bouteilles. Elles veulent garder l’identité historique du domaine et y poser leur propre définition des cuvées. La famille conduit aussi un second vignoble sur la commune, le Domaine Berthoumieu. Ses cuvées se dégustent au château lors des portes ouvertes.

Vigneronnes du Château Viella

Vingt-cinq hectares replantés sur la deuxième crête du Madiran

1991, arracher pour replanter

Alain juge les vignes héritées de qualité moyenne. Il les arrache progressivement et replante près de 25 hectares sur des sols de grands terroirs. Le site des appellations décrit aujourd’hui 25 ha d’un seul tenant, sur des pentes et des coteaux exposés au sud.

La commune de Viella en donne la répartition : 20 ha classés en Madiran et 5 ha en Pacherenc du Vic-Bilh. Le chai s’équipe dans la foulée. Arrivent une chaîne d’embouteillage en 1995, du matériel de maîtrise des températures en 1996, puis la micro-oxygénation en 1998.

En 1999, le domaine adhère à la SICA Altema. Ce groupement réunit 20 vignerons de l’appellation, décidés à mettre en commun leur savoir-faire.

De l’argile et des galets venus des Pyrénées

L’appellation s’organise autour de quatre lignes de crêtes. Les vignerons les ont conquises en s’éloignant peu à peu du village de Madiran. Le château se tient sur la deuxième, orienté sud-sud-est.

Le domaine décrit son terroir en trois éléments. Un sol argileux régule l’alimentation en eau toute l’année. Des galets roulés et de la gravette, apportés par les Pyrénées, entretiennent un microclimat au niveau des ceps. Ils aident le Tannat à atteindre sa maturité.

Le troisième élément, c’est l’exposition, choisie selon le vin. La cuvée Prestige pousse face aux Pyrénées. Le blanc sec, lui, fait face au soleil levant pour garder son potentiel aromatique.

Des grappes comptées pied par pied

Les vignes sont conduites en guyot simple. En juillet, l’équipe effeuille à la main pour que toutes les grappes voient le soleil. Elle les compte au passage, pour fixer le rendement en grappes par pied. Le Madiran Tradition en garde 7, le Prestige 5.

Aux vendanges, 15 personnes formées au préalable trient directement sur la vigne. Le raisin évite ainsi l’oxydation sur les tables de tri. Entre la coupe et l’encuvage, il s’écoule 20 minutes au plus.

De la HVE à l’agriculture biologique

Le domaine obtient la certification Haute Valeur Environnementale de niveau 3 en 2017. Alain veillait déjà aux sols, sans aucun engrais chimique. Si besoin, il apportait un compost de fumier de vache. Travail du sol et enherbement alternaient selon l’humidité des parcelles.

Il ne manquait que l’impulsion de Marion. La conversion du vignoble en agriculture biologique démarre en août 2020. L’Agence Bio recense la SCEA Château de Viella, engagée le 20 août 2020 auprès de Bureau Veritas. Son raisin de cuve y figure en bio.

En 2018, Marion plante à l’entrée des Jardins d’Aure un conservatoire de 8 cépages, habituellement cultivés à l’étranger ou presque oubliés. Ses voyages et ses questions sur le changement climatique l’y ont menée. Le domaine cite aussi une parcelle d’initiation de neuf cépages, du Tannat au Nebbiolo, au Sangiovese et au Carménère.

Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, un vignoble de pèlerins

Des Romains à l’AOC de 1948

Les Romains ont introduit tôt la vigne dans le Vic-Bilh. Les premiers écrits sur ce vignoble datent du XIe siècle et le rattachent aux congrégations religieuses. Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui faisaient étape à l’abbaye de Madiran fondée en 1030, ont propagé sa renommée.

Le vin descendait ensuite l’Adour jusqu’à Bayonne, puis partait vers l’Europe du Nord. Après le phylloxéra, les vignerons replantent et se regroupent en syndicat en 1906. Ils obtiennent une première délimitation en 1910. Le 10 juillet 1948, le Madiran et le Pacherenc du Vic-Bilh deviennent des AOC.

Une même aire, deux couleurs

Les deux appellations partagent la même aire, à cheval sur les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et le Gers. Le Madiran donne des rouges, surtout de Tannat, de Cabernet Franc et de Cabernet Sauvignon. Le Pacherenc du Vic-Bilh est réservé aux blancs, secs ou moelleux.

Ces blancs reposent sur le Petit Manseng, le Gros Manseng, le Petit Courbu et l’Arrufiac. Le Château Viella en tire un sec et deux moelleux. Au chai, le schéma de vinification change à chaque millésime et pour chaque cuvée. Le domaine y cherche d’abord l’identité de ces cépages autochtones.

Neuf cuvées, du Madiran sans sulfites au Tannat élevé au soleil

Trois Madiran, trois façons de lire le Tannat

Le Madiran Tradition assemble 60 % de Tannat et 40 % de Cabernet Franc. Il vient de 15 ha de vignes de 30 ans d’âge moyen, sur un sol argilo-limoneux à cailloux. Après une vingtaine de jours de macération, il s’élève en cuve béton et, pour 10 %, en barriques de chêne français.

Le Symbiose, 100 % Tannat, vient d’un terroir oublié replanté en 2001 face aux Pyrénées, sur une forte pente à gros cailloux. Il est vinifié et élevé sans sulfite ajouté, en cuve béton, après une macération d’environ 28 jours.

Le Prestige sort des plus vieilles vignes du domaine, elles aussi face aux Pyrénées. Ce pur Tannat mûrit jusqu’aux alentours du 15 octobre. Il passe ensuite 12 à 16 mois en fût neuf de chêne français, sous les voûtes du château.

Trois Pacherenc, du sec au moelleux de novembre

Séraphin, le Pacherenc sec, assemble 60 % de Gros Manseng, 30 % de Petit Manseng et 10 % de Petit Courbu. Il s’élève 6 à 8 mois, avec un bâtonnage chaque semaine. Le domaine lui trouve des notes d’agrumes et de pêche blanche.

Louise d’Aure, moelleux vendangé fin octobre, marie 60 % de Petit Manseng et 40 % de Gros Manseng, élevés en cuve inox. Éminence, plus confidentiel, vient d’un hectare de Petit Manseng de 40 ans d’âge moyen. On le vendange vers la mi-novembre, sur des raisins surmûris naturellement.

Un rosé, un pétillant et un vin de liqueur

Primo d’Amour est un rosé de 100 % Merlot, en Vin de France, élevé 4 à 6 mois en cuve inox. Perla, un pétillant de raisin, associe le Gros Manseng et le Floréal. Sa fermentation s’arrête dès que le jus atteint 5 % d’alcool.

Vinosolis est la cuvée la plus inattendue. Ce vin de liqueur de pur Tannat, muté, vieillit en partie dans des dames-jeannes posées en plein soleil, au contact de l’air. Il y subit les écarts de température pendant plus d’un an, jusqu’à développer un arôme de rancio.

Ce qu’en disent les guides et les concours

Le Guide Hachette des Vins 2027 accorde deux étoiles au Madiran Tradition 2024 et une étoile au Louise d’Aure 2025. L’édition 2026 avait donné une étoile au Symbiose, et l’édition 2024 deux étoiles à son millésime 2021.

Au Concours général agricole de Paris, le Prestige a reçu l’or pour les millésimes 2014, 2015, 2016, 2020 et 2023. La Revue du Vin de France a noté le Symbiose 2021 89/100. Le magazine américain Wine Enthusiast a donné 90 points au Madiran Tradition 2019.

Visiter le château, des Jardins d’Aure au chai voûté

Un chai à barriques sous les voûtes du XVIIIe

De 2003 à 2005, Alain relève le vieux château du marquis. Il confie les travaux à une entreprise spécialisée dans les monuments historiques. Elle reprend les techniques du bâti ancien. Les moellons sont hourdés à la chaux, les badigeons passés au mortier de chaux grasse.

Le rez-de-chaussée voûté devient un chai de vieillissement pour les barriques de Madiran, à température et hygrométrie constantes. Les salles du premier étage servent aux réceptions autour du vin.

Les Jardins d’Aure, un sentier à travers les vignes

Alain aménage en même temps un parcours pédestre qui traverse les vignes et aboutit au pied du château : les Jardins d’Aure. En chemin, on croise la tonnelle, la cabane dans l’arbre, la pergola ou le jardin des senteurs. La balade se fait en autonomie et dure une trentaine de minutes.

Un parcours d’orientation y cache 12 cartes balises, chacune portant une question sur le vin ou l’histoire du château. Au bout, le parc du château s’ouvre sur les coteaux gersois.

Ateliers, soirées et nuits au vignoble

Depuis 2014, le château propose des ateliers autour de ses cuvées. À l’atelier d’assemblage « Mon Madiran à moi », chacun compose sa propre cuvée à partir des cépages du domaine. L’été, les soirées Viniscène associent une dégustation commentée et des musiciens. Les dimanches « Le Vin au fil des Sens », la visite s’achève par un repas.

Quatre journées, « Un jour, un secret dans ma vigne », initient à la taille, au relevage, à l’effeuillage et aux vendanges. Pour rester, la famille a rénové une partie des dépendances en 2015 : elles abritent un gîte classé 4 épis. Une chambre d’hôte occupe aussi l’étage de la maison familiale.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Château Lafitte

    Le Château Lafitte cultive 5 hectares de petit manseng et de gros manseng à Monein, dans le vignoble du Jurançon, en biodynamie certifiée Demeter. Depuis 2012, Antoine Arraou y vinifie des vins naturels, sans aucun produit œnologique ni sulfites ajoutés, élevés en jarre de grès, en amphore ou en solera. Son chai de 2018, enterré et équipé de panneaux solaires, fait circuler les vins par gravité. Le Sec 2013 du domaine a reçu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2016.

  • Château Barouillet

    Le Château Barouillet appartient à la famille Alexis depuis huit générations, à Pomport, au milieu de l’aire du Monbazillac. Revenu en 2010, Vincent Alexis a quitté le vrac, converti le vignoble en bio puis obtenu la certification Demeter en 2021. Ses 40 hectares, répartis entre Pomport, Mescoules et Lembras, portent plus de vingt-cinq cépages en Bergerac et en Pécharmant. Levures indigènes, amphores et soufre minimal donnent des blancs macérés, des rouges souvent sans sulfites et un liquoreux déclassé en Vin de France.

  • Château Feely

    Le Château Feely cultive 7 hectares de vignes à Saussignac, en Dordogne, repris en 2005 par Caro et Sean Feely. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2007, le vignoble suit aussi des pratiques biodynamiques et n’utilise en moyenne que 1,5 kg de cuivre par hectare. La plupart des vins sortent en Vin de France sous des noms en « ité », dont le Silex, né d’un sémillon planté en 1945. Les rouges sont des vins naturels depuis 2014, et un parcours biodynamique balisé fait découvrir les vignes.

  • Château de Mayragues

    Le Château de Mayragues cultive 12 hectares de vigne en biodynamie depuis 1999 dans l’appellation Gaillac, près de la forêt de la Grésigne. Premier domaine du Gaillacois labellisé en biodynamie, il porte aujourd’hui le label Demeter. Ses vins reposent sur les cépages locaux, duras et braucol en rouge, mauzac et loin de l’œil en blanc, du sec jusqu’au vin de voile. La famille Geddes restaure depuis 1980 cette maison forte du XIIe siècle, inscrite aux Monuments historiques.

  • Domaine des Rouillats

    Le Domaine des Rouillats cultive environ 3 hectares à Saint-Antoine-de-Breuilh, dans l’aire du Montravel, en Dordogne. Danièle et Benoît Coq ont repris ce domaine familial en 2008, certifié bio par Ecocert depuis 2010 et labellisé Demeter depuis le millésime 2025. Plantées à 7 000 pieds par hectare parmi des arbres fruitiers, leurs vignes mêlent merlot, chenin et abouriou, un vieux cépage local qui a failli disparaître. Le rouge Élévation porte l’AOC Montravel, et les autres cuvées sortent en IGP Périgord ou en vin de France.

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Domaine de Beyssac

    Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares d’un seul tenant sur un coteau plein sud de Marmande, en AOP Côtes du Marmandais. Créé en 2009 sur une terre familiale, il est conduit en bio depuis l’origine et en biodynamie Demeter depuis 2016. Le cépage local, l’abouriou, y signe l’Essentiel, élevé en fût, et Le Monde d’Après, vinifié seul. Pauline Broutet, arrivée en 2017, a repris le domaine fondé par ses parents, Véronique et Frédéric.

  • Vigne de Signols

    La Vigne de Signols cultive 3 hectares de mansois en terrasses sur le grès rouge de Conques-en-Rouergue, dans l’appellation Marcillac. Yvan-Marie Rufié, qui a fondé l’orchestre aveyronnais Obsession en 1975, l’a plantée entre 2008 et 2014 sur la colline de son enfance. Engagé en bio en 2011 et certifié Demeter, il nourrit sa vigne de compost de sous-bois et d’engrais verts, sans chimie ni engrais. Ses rouges de goutte, de presse et d’assemblage naissent sans aucun intrant ni sulfite ajouté, avec des levures indigènes.

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