Domaine Alain Voge
Un domaine de la rive droite, entre Cornas et Saint-Péray
Le Domaine Alain Voge cultive 13 hectares de vignes sur la rive droite du Rhône, en Ardèche. Sa cave se trouve à Cornas, et ses vins couvrent quatre appellations de la Vallée du Rhône : Cornas, Saint-Péray, Saint-Joseph et Côtes du Rhône. Le domaine s’est engagé en bio auprès d’Ecocert en 2006, et l’ensemble du vignoble est certifié depuis le millésime 2016.
Son histoire tient en deux gestes. Alain Voge a remis en culture des coteaux de granit tombés en friche, puis il a fermenté un Saint-Péray en barrique quand l’appellation se vendait mal. Depuis 2018, c’est Lionel Fraisse qui gère le domaine.
Syrah à Cornas, marsanne à Saint-Péray
Les deux appellations ne donnent pas les mêmes vins. Cornas, reconnue en 1938, couvre 162 hectares, et le domaine n’y produit que du rouge, de syrah seule. Saint-Péray, appellation depuis 1936, compte 110 hectares, et le domaine n’y cultive que de la marsanne.
Saint-Péray a fait sa réputation dès les années 1830 avec ses vins effervescents, élaborés selon la méthode traditionnelle. L’appellation a fêté ses 90 ans en 2025. Le domaine complète sa gamme par un Saint-Joseph, appellation de 1 330 hectares, et par un Côtes du Rhône.

La cave n’a jamais quitté l’impasse de l’Équerre
Depuis sa création, le domaine est installé impasse de l’Équerre, à Cornas. Une nouvelle cave de vinification y voit le jour en 1999.
En 2011, un caveau ouvre pour recevoir la clientèle et les visiteurs. Depuis août 2025, Marion Couchet y assure l’accueil, aux côtés de Lionel Fraisse.
Quatre générations de Voge, et des coteaux remis en culture
1905, un grainetier traverse le Rhône
Henri Voge, arrière-grand-père d’Alain, traverse le Rhône en 1905 pour s’installer rive droite, à Cornas. Grainetier dans la plaine, il y achète ses premiers terrains agricoles. Avec le grand-père d’Alain, lui aussi prénommé Henri, il agrandit le domaine familial. Les deux hommes sont marchands de fruits et viticulteurs.
Jusqu’au milieu des années 1950, le vin part en barriques de 225 litres, chez les cafetiers et les négociants. En 1957-1958, Louis Voge et son fils Alain mettent eux-mêmes en bouteille une petite partie de leur vin, et en vendent 1 500 bouteilles.
Le tournant vient en 1965. Louis meurt prématurément, et un négociant refuse une avance de trésorerie à Alain. Alain, aidé par sa mère, reprend la ferme et les vignes. Il décide de mettre davantage de vin en bouteille, et cette vente connaît un bel essor.
Des pelles mécaniques sur les murets de granit
Dans les années 1960 et 1970, l’urbanisation gagne Cornas. La valeur des terrains monte, celle des vignes baisse. En 1972, Alain Voge s’oppose au nouveau plan d’occupation des sols, qui privilégie les zones de pavillons. Rares sont les vignerons qui le suivent, et il perd la bataille.
Il mise pourtant sur les coteaux. Il rénove des terres en friche à plus de 250 mètres d’altitude, d’abord à la pioche avec son père. À partir de 1975, une pelle mécanique emprunte des chemins créés pour l’occasion, ce qui évite aux murets de granit de s’effondrer. Les lieux-dits Chaillot et La Côte sont ainsi préparés pour la vigne.
Dans les années 1990, il plante les hauts coteaux à 350 mètres. En 1999, le domaine démarre une plantation au lieu-dit Saint-Pierre, à 380 mètres, autour de la chapelle Saint-Pierre-aux-Liens. Alain Voge est l’un des premiers à planter la vigne sur les hauteurs de l’appellation.
Une barrique bourguignonne pour relancer le Saint-Péray
Dans les années 1980, le Saint-Péray tranquille se vend mal. Alain Voge achète cinq barriques neuves à un tonnelier de Bourgogne. Il y fermente son vin, puis l’y élève, à rebours des usages locaux où tout passait en cuve.
Des clients et des collègues lui reprochent de nuire à l’appellation. La Cuvée Boisée qui en naît, rebaptisée depuis Ongrie, devient pourtant un classique de Saint-Péray. Le domaine se tourne aussi très tôt vers la restauration : à partir de 1977, Alain Voge se rend tous les quinze jours à Lyon pour rencontrer chefs et sommeliers, et Jacques Pic le soutient.
Après Alain Voge, Albéric Mazoyer puis Lionel Fraisse
2004, Albéric Mazoyer devient directeur et associé
En 2004, la SARL Alain Voge est créée, avec à sa tête Albéric Mazoyer, directeur et associé. Fils d’agriculteur, c’est un Ardéchois de la montagne cévenole.
La même année, Laurent Martin arrive comme chef de culture. Il a déjà travaillé avec Albéric Mazoyer, et ne reste au domaine qu’à une condition : le faire évoluer vers le bio et la biodynamie. Aujourd’hui, il mène aussi les vinifications, les élevages et les mises en bouteille.
Depuis 2018, Lionel Fraisse à la gérance
Lionel Fraisse, originaire de Saint-Péray, rejoint le domaine en 2012 après une reconversion. Il est le neveu de Robert Fraisse, vigneron et ami de toujours d’Alain Voge. En 1995 déjà, Alain Voge avait pris en fermage les vignes du domaine Fraisse.
En 2018, Albéric Mazoyer prend sa retraite et lui passe le relais. En 2019, Lionel Fraisse et Laurent Martin vinifient ensemble leur premier millésime. Alain Voge s’éteint en 2020, à 81 ans. Lionel Fraisse est élu président de l’appellation Saint-Péray en 2024.
Autour d’eux, l’équipe compte des fidèles. Éric Bouvet, tractoriste spécialiste des coteaux, est employé au domaine depuis 1996.

Le bio d’abord, puis les gestes de la vigne
De Saint-Péray en 2006 à tout le vignoble en 2016
Albéric Mazoyer engage la conversion en 2006, en commençant par les vignes de Saint-Péray. Les marsannes sont certifiées dès le millésime 2009. À Cornas, les rouges reçoivent les mêmes traitements agréés en bio, et l’ensemble des 13 hectares est certifié à partir du millésime 2016.
Le domaine conduit aussi ses vignes selon des pratiques biodynamiques, qu’il intègre à son itinéraire depuis 2016. Selon l’équipe, ces choix agronomiques n’ont pas changé la signature des vins. Ils ont révélé avec plus de précision leur fraîcheur et leur finesse.
Sols étudiés, ceps sélectionnés dans les vieilles vignes
En 2011, Claude Bourguignon étudie les sols du domaine et hiérarchise ses terroirs. Les vignes de Cornas se placent parmi les meilleurs terroirs de l’appellation, celles de Saint-Péray parmi les beaux terroirs.

Les syrahs et les marsannes sont conduites en gobelet sur échalas, sauf la syrah de la Chapelle Saint-Pierre, palissée sur fils. Les vendanges se font à la main. En 2022 et 2023, le domaine a lancé une sélection massale avec le pépiniériste Lilian Bérillon, à partir de ses propres vignes de Cornas et de Saint-Péray.
Il réalise aussi lui-même ses greffes, avec l’aide de Robert Michel, conscrit d’Alain Voge. Les deux hommes ont greffé ensemble pendant des années, notamment la syrah des Vieilles Fontaines, la parcelle qu’Alain avait reçue de son père pour ses 18 ans.
Gel, eau et moutons
Le 8 avril 2021, un gel historique frappe les pieds de coteaux, avec 50 % de pertes à Saint-Péray. En 2025, le domaine lance des travaux d’hydrologie régénérative selon la méthode KeyLine Design, au lieu-dit Reynard à Cornas, avec la communauté de communes Rhône Crussol. Des moutons pâturent désormais les vignes en hiver.
Cornas épicés, saint-péray de marsanne : le profil des vins
Quatre cornas, des pieds de coteau à la chapelle Saint-Pierre
L’équipe décrit ses cornas comme épicés et mordants dans leur jeunesse, intenses et charnus ensuite, parfumés et subtils une fois adultes. Les robes sont sombres, les nez complexes. Les quatre cuvées sont issues de syrah seule, fermentée en levures indigènes puis élevée en fûts de 228 litres.
Les Chailles assemble des pieds de coteaux plantés de syrahs d’une quarantaine d’années, sur 3,2 hectares. Son nom vient des chailles, des concrétions siliceuses du Trias, présentes ici à cause du massif calcaire des Arlettes, tout proche au nord. C’est le cornas qui demande le moins de garde.
Les Vieilles Vignes, la plus ancienne cuvée du domaine, est née dans les années 1970 pour mettre en valeur le vieux vignoble familial. Ses vignes ont 60 ans d’âge moyen et s’enracinent dans le gore, un granit très dégradé, vers 200 mètres d’altitude, face au sud et au sud-est.
Les Vieilles Fontaines vient du lieu-dit La Fontaine : 0,9 hectare de syrahs de 80 ans sur granit, produit seulement les grandes années. Robert Parker a noté son millésime 2010 100/100 dans le Wine Advocate. Chapelle Saint-Pierre, la dernière née, sort des 0,5 hectare plantés en altitude, elle aussi les seules années jugées à la hauteur.
La marsanne seule, du vin tranquille aux bulles
Depuis l’origine, le domaine fait ses Saint-Péray avec la seule marsanne. L’équipe aime son nez floral, sa solidité et sa fine amertume en finale.
Harmonie, premier millésime en 2001, assemble trois lieux-dits et s’élève en cuves béton. Ongrie naît de vignes d’une cinquantaine d’années au lieu-dit historique de Hongrie, sur de très vieilles alluvions du Rhône. Elle fermente et s’élève en fûts de chêne, sur lies fines.
Fleur de Crussol vient des vignes les plus anciennes du domaine, âgées de 80 ans, au lieu-dit La Côte, au-dessus du village. Alain Voge l’a imaginée en 1999 avec le sommelier lyonnais Daniel Denis. Le coteau de granit, mêlé de colluvions calcaires, fait face au château de Crussol.
Les Bulles d’Alain prolonge la tradition effervescente de Saint-Péray. Les raisins sont vendangés tôt, début septembre, puis le vin prend mousse en bouteille et vieillit quatre ans sur lattes. Il sort en brut nature, sans liqueur ajoutée.

Surveiller plutôt qu’intervenir
En cave, le domaine travaille avec le microbiologiste Christophe Gerland sur les fermentations en levures indigènes et la prise de mousse. En 2008, le consultant bourguignon Pierre Millemann l’a aidé à mieux définir ses blancs. Les vinifications se font sur lies et en petites cuves.
Le choix des tonneliers est devenu plus exigeant, sur la qualité du bois comme sur la chauffe. Les fûts de 228 litres restent la règle à Cornas, avec peu ou pas de bois neuf selon les cuvées.

Saint-Joseph et Côtes du Rhône, les deux cuvées de complément
Les Côtes, le Saint-Joseph, vient d’un coteau granitique à très forte pente, exposé au sud, à Mauves. Ses syrahs ont été replantées à partir de 1999 et gagnent en expression à mesure qu’elles vieillissent.

Les Peyrouses, en Côtes du Rhône, accueille les raisins des vignes de moins de dix ans et des terroirs plus fragiles les années difficiles. Le domaine y ajoute un vin bio acheté sur un terroir aussi proche que possible de Cornas.
À table, le domaine marie volontiers le gibier à ses cornas, les poissons et les fromages à ses saint-péray. Ses vins ont figuré tôt sur les cartes de Bocuse, de Chapel, de Pic et de Point.
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