Domaine Belargus
Sommaire
- Un domaine réuni en quelques mois autour du Coteau des Treilles
- Février 2018, un coup de foudre sous la neige
- Le quart des Quarts, puis Savennières
- Un nom emprunté à un papillon bleu
- Trois îlots de schistes entre Loire et Layon
- L’Anjou Noir, par opposition à l’Anjou Blanc
- Dix hectares d’un seul tenant en Quarts-de-Chaume
- Des grands secs qui s’appellent Anjou
- Savennières, sur les schistes pourpres
- Vigneron dans une réserve naturelle
- Le coteau que Jo Pithon a ressuscité
- La réserve des coteaux du Pont-Barré
- Certifié bio, adhérent Biodyvin, moutons en hiver
- Au chai, un élevage long pour des chenins de garde
- Pressoir pneumatique et vieux pressoir vertical
- Levures indigènes et lies totales
- Des secs de lieu, des liquoreux les grandes années
- Une collection de chenins secs, parcelle par parcelle
- Botrytis et passerillage, seulement quand l’année le permet
- Ivan Massonnat, de la Paulée d’Anjou au Closel
- La Paulée d’Anjou et le syndicat du grand cru
- Beauséjour et le Closel, deux domaines à part
- Des visites sur rendez-vous
Un domaine réuni en quelques mois autour du Coteau des Treilles
Février 2018, un coup de foudre sous la neige
Le Domaine Belargus cultive 24 hectares de chenin en Anjou Noir, dans le Maine-et-Loire. Il a été créé de toutes pièces en 2018. Son fondateur, Ivan Massonnat, était alors investisseur à Paris. Grand amateur de vin, il avait parcouru le vignoble français pendant plus de vingt ans avant de franchir le pas.
Le déclic date de février 2018. Au Salon des Vins de Loire, il fait la connaissance de Jo Pithon, qui s’apprête à passer la main. Le lendemain matin, sous la neige, les deux hommes se retrouvent au pied du Coteau des Treilles. Ivan Massonnat y voit d’abord « un choc esthétique ».
Il cherchait depuis des années. En 2016, il avait failli reprendre un domaine à Chinon. C’est en élargissant ses recherches qu’il s’est intéressé au chenin et à l’Anjou.
Le quart des Quarts, puis Savennières
Tout s’enchaîne ensuite. Au printemps 2018, il acquiert 10 hectares d’un seul tenant en Quarts-de-Chaume, soit « le quart des Quarts ». À l’été, il s’implante à Savennières et rachète notamment le Clos des Ruchères. Belargus naît ainsi du rachat du domaine de Jo Pithon et de 10 hectares cédés par Pascal Laffourcade.
Le premier millésime, 2018, se montre exceptionnel : le plus productif des dix dernières années, vendangé au soleil jusqu’à la fin octobre. Dès le départ, l’équipe suit un protocole précis de contrôle des maturités. Chaque parcelle est vendangée à son optimum, selon le millésime.
Un nom emprunté à un papillon bleu
Le nom s’est imposé comme une évidence. Le Belargus, ou azuré bleu céleste, est un papillon bleu, habitant historique du Coteau des Treilles. Pour le domaine, il incarne la beauté et la fragilité de la nature. L’espèce figure sur la liste des espèces déterminantes des Pays de la Loire.



Trois îlots de schistes entre Loire et Layon
L’Anjou Noir, par opposition à l’Anjou Blanc
L’Anjou Noir désigne la partie ouest du vignoble angevin. Il doit son nom à son sous-sol, les schistes du Massif Armoricain, là où l’Anjou Blanc saumurois repose sur les calcaires. Ces terres sombres ont plus de 500 millions d’années.
Les vignes du domaine se répartissent en trois îlots : le village de Savennières, le hameau de Chaume et les bords du Layon. Presque toutes sont en coteaux. Le sous-sol change d’une parcelle à l’autre : schistes pourpres ou noirs, grès poudingues, roches magmatiques, galets roulés, argiles fines et sables éoliens.
Dix hectares d’un seul tenant en Quarts-de-Chaume
L’appellation Quarts-de-Chaume couvre une quarantaine d’hectares. C’est le seul grand cru du Val de Loire, et le domaine en détient 10 hectares. Son nom renvoie à l’abbaye du Ronceray, propriétaire du tènement de Chaume dès le XIᵉ siècle. Ses locataires, les seigneurs de la Haute-Guerche, payaient les moniales avec « les meilleurs quarts de la récolte ».
Le domaine possède des vignes sur les trois lieux-dits inscrits au décret d’origine. Les Quarts, plein sud, reposent sur des schistes du Précambrien. Les Rouères, près de 3 hectares au sud-est, s’étendent sur des poudingues qui rendent la nuit la chaleur du jour. Le Veau, 1,68 hectare en forme de petit vallon, couvre une langue de schistes affleurants.
Des grands secs qui s’appellent Anjou
L’appellation Quarts-de-Chaume est celle des vins liquoreux. Son coteau, ensoleillé plein sud, reçoit les brumes matinales du Layon et reste aéré par des vents constants. Le botrytis y atteint une rare concentration. Un vin sec issu de ces parcelles sort donc en AOC Anjou. Jo Pithon produisait déjà des secs sur ces vignes, une hérésie que Belargus a poursuivie et étendue.
Le Coteau des Treilles connaît le même partage. Son vin sec est un AOC Anjou, et son moelleux, produit certaines années seulement, un Coteaux du Layon. Au bord du Layon, le domaine cultive aussi des parcelles sur trois villages : Beaulieu-sur-Layon, Saint-Lambert-du-Lattay et Saint-Aubin-de-Luigné.
Savennières, sur les schistes pourpres
À Savennières, le Clos des Ruchères est un monopole situé en bas de la Côte des Forges. Il repose sur des schistes pourpres, rares dans l’appellation, sous une couche de sol d’une vingtaine de centimètres. Les racines plongent entre les feuillets de schiste. Cette petite parcelle abrupte se travaille comme un jardin.
Plus haut, au-dessus du village, Les Gaudrets occupent un plateau de sables éoliens. C’est le profil de terroir le plus courant de l’appellation. Non loin du Moulin de Beaupréau, la petite parcelle du Clos Pourri reçoit les brumes d’automne venues de la Loire.
Vigneron dans une réserve naturelle
Le coteau que Jo Pithon a ressuscité
Le Coteau des Treilles avait été abandonné après-guerre, à cause de pentes de 30 à 70 %. Jo Pithon l’a ressuscité à la fin des années 1990. Il a racheté 70 parcelles à 25 propriétaires, défriché le coteau, puis planté la vigne à partir de 2000.
Exposé plein sud au-dessus du Layon, le coteau repose sur un chaos géologique de spilites, de schistes, de grès et de conglomérats. Cette terre n’a jamais connu la chimie. Un tracteur à chenilles, arrivé en 2020, est la seule machine capable d’y grimper, par exemple pour descendre les caisses de vendange.
Au lancement du domaine, en 2020, Jo Pithon en était le conseiller principal. L’équipe bénéficiait aussi de l’accompagnement de Guy Bossard, pionnier de la biodynamie en France.
La réserve des coteaux du Pont-Barré
Le coteau se trouve dans la réserve naturelle régionale des coteaux du Pont-Barré, classée en 2009. Le site appartient pour partie au domaine, à la LPO Anjou et à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Angers. La LPO Anjou en assure la gestion. En 2023, la réserve est passée de 8,52 à 27,40 hectares.
Les naturalistes y ont observé 420 espèces de plantes, dont 50 vulnérables. Neuf sont protégées, comme la gagée de Bohême ou la tulipe sauvage. On y a aussi recensé 87 espèces de papillons, azuré bleu céleste compris. L’équipe du domaine parle d’un microclimat méditerranéen, avec une flore et une faune inhabituelles.

Certifié bio, adhérent Biodyvin, moutons en hiver
Le domaine s’est engagé en agriculture biologique le 4 septembre 2018, sous le contrôle d’Ecocert. Ses vins sont aujourd’hui certifiés AB. Dès 2020, ses 24 hectares étaient en conversion vers la biodynamie. Il adhère désormais à Biodyvin, le syndicat international des vignerons en culture biodynamique.
Le domaine garde des haies et des arbres dans ses parcelles. Les chauves-souris et les insectes y sont vus comme des auxiliaires de culture. L’hiver, des moutons pâturent les vignes. En 2020, le berger Béranger Arnould a confié au domaine son troupeau de 130 « rouges des Ardennes », déplacé de coteau en coteau.
Le gel a durement frappé le domaine. Dans la nuit du 4 avril 2019, il a emporté 80 % de la récolte. L’hiver suivant, l’équipe a étalé la taille sur plusieurs mois, en gardant pour la fin les terroirs les plus exposés au gel.



Au chai, un élevage long pour des chenins de garde
Pressoir pneumatique et vieux pressoir vertical
Pour les secs, les raisins passent au pressoir pneumatique. Le jus y reste exposé à l’oxydation, puis la fermentation démarre. Adrien Moreau, chef de cave au lancement du domaine, l’expliquait en 2022 : le chenin résiste très bien à l’oxydation.
Pour les liquoreux des Rouères en 2020, l’équipe a remis en service le vieux pressoir vertical de Jo Pithon, prêté par son fils Jules. Le jus traverse tout le gâteau de grappes et sort très clair. Les rendements restent bas : 12 hectolitres par hectare en 2019, contre 25 à 30 une bonne année.
Levures indigènes et lies totales
Le domaine fermente en barriques, sur levures indigènes. Selon la parcelle et le millésime, une fermentation dure de moins d’un mois à plus d’un an. La vinification se veut aussi naturelle que possible, avec un minimum d’intervention.
Les élevages durent d’un à trois ans. Pendant au moins 13 mois en fûts, les vins restent sur lies totales, sans bâtonnage ni soutirage. Le parc de contenants mêle barriques de 228 et 400 litres, demi-muids et foudres. L’Anjou Noir s’élève, lui, en cuve et en barriques.
Des secs de lieu, des liquoreux les grandes années
Une collection de chenins secs, parcelle par parcelle
Chaque année, le domaine sort une collection de vins blancs secs, tous 100 % chenin. L’Anjou Noir, produit pour la première fois en 2019, sert de porte d’entrée. Cet assemblage de parcelles, élevé un an, vise la quintessence du chenin sur schistes. Ronceray réunit, lui, les parcelles de la croupe de Quarts-de-Chaume.
Les cuvées parcellaires suivent leur terroir. Les Rouères donnent des vins ronds et démonstratifs, le Veau une tension minérale taillée pour la garde. Les Bonnes Blanches, sur une pente orientée nord, livrent des notes de menthol et de fenouil. La Gordone se montre fruitée, avec de beaux amers en finale.
Deux secs demandent plus de temps. Le Clos des Ruchères passe deux ans en élevage et y gagne en allonge. Treilles, élevé trois ans, exprime une puissance minérale plutôt que solaire. JamesSuckling.com a attribué 96 points à Treilles 2020.
Botrytis et passerillage, seulement quand l’année le permet
Dans les années exceptionnelles, le domaine laisse agir le botrytis et produit quelques liquoreux. Le Layon assemble les parcelles des bords du Layon, sur un profil frais et acidulé. Écharderie, en Coteaux du Layon Chaume 1er cru, vient des parcelles qui entourent ce lieu-dit. Jusqu’à la Révolution, c’était le chai des seigneurs de la Haute-Guerche.
En Quarts-de-Chaume Grand Cru, les Quarts et les Rouères sont aussi vinifiés en liquoreux dans les millésimes exceptionnels. En 2022, un passerillage intense a donné un moelleux au Clos Pourri, en Savennières. Le moelleux des Treilles tient en général dans une seule barrique.
Reste Ultra, tiré du dernier passage de vendange en haut de la croupe de Quarts-de-Chaume. En 2018, les raisins étaient si concentrés qu’il a fallu attendre de longues minutes la première goutte au pressoir. Une seule barrique en est sortie, qui a fermenté deux ans.
Ivan Massonnat, de la Paulée d’Anjou au Closel
La Paulée d’Anjou et le syndicat du grand cru
En 2019, Ivan Massonnat prend la présidence de la Paulée d’Anjou, créée en 2012 par les vignerons de l’Anjou Noir. En 2020, il est élu coprésident du syndicat de Quarts-de-Chaume, en binôme avec Marie Guégniard, du Domaine de la Bergerie. Il veut alors faire connaître les blancs secs de ce terroir. Le domaine le présente aujourd’hui à la présidence de ce syndicat.
Beauséjour et le Closel, deux domaines à part
Ivan Massonnat possède aussi le Domaine de Beauséjour, 27 hectares de cabernet franc en AOC Chinon. En mai 2026, le tribunal judiciaire d’Angers lui a confié la reprise du Domaine du Closel, à Savennières. Ces deux domaines restent distincts de Belargus.
Des visites sur rendez-vous
Le domaine reçoit volontiers à Saint-Lambert-du-Lattay, à condition de prendre rendez-vous à l’avance. En 2022, il prévoyait de bâtir un nouveau chai dans une clairière voisine, réservé à la vinification et à l’élevage.
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