Domaine Benastra - Dégustation en terrasse face aux reliefs du Fenouillèdes

Domaine Benastra

Région viticole

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Languedoc-Roussillon

Bio
Sommaire

À Saint-Paul-de-Fenouillet, dans les Pyrénées-Orientales, le Domaine Benastra conduit 12 hectares de vignes en agriculture biologique depuis sa création en 2015. Il est né d’une envie partagée par trois amis, puis de leur rencontre avec un vigneron venu de Loire.

Ses parcelles grimpent entre 250 et 500 mètres d’altitude, sur des schistes noirs et des roches granitiques. De là sortent des vins de fruit en IGP Côtes Catalanes, un Côtes du Roussillon Villages et un Maury tuilé hors d’âge.

Un mot occitan pour point de départ

Benastrar, porter bonheur

Le nom du domaine vient du verbe occitan benastrar, qui signifie porter bonheur. Le choix dit déjà quelque chose du projet. Il ne renvoie ni à un lieu-dit, ni à un patronyme, ni à une date de fondation.

Ce parti pris se retrouve jusque dans les noms des cuvées. La Petite Sœur, La Garrigue, Le Gneiss, Le Carignan, Le Flamant Rose qui Pète : aucune ne cherche la solennité. Le domaine assume un registre direct, et revendique de faire des vins de plaisir partagé plutôt que des vins de démonstration.

Trois amis, puis un quatrième

L’histoire commence avec trois amis attachés au Roussillon, décidés à redonner vie à un domaine viticole. Il leur manquait l’essentiel : un vigneron qui partage leur idée du métier.

Ils rencontrent Joseph Paillé, jeune vigneron formé dans le Val de Loire. Le projet le séduit, le cadre aussi. Il prend la conduite du domaine et s’installe à Saint-Paul-de-Fenouillet. Ce parcours ligérien compte : il arrive avec une autre culture du vin, celle des blancs tendus et des rouges digestes, dans une région réputée pour ses vins puissants.

Domaine Benastra - Joseph Paillé, vigneron, dégustant un vin blanc dans les vignes
Joseph Paillé, arrivé du Val de Loire, conduit le domaine depuis sa création.

Douze hectares au-dessus de la vallée de l’Agly

Des parcelles entre 250 et 500 mètres

Le vignoble occupe 12 hectares dans le Fenouillèdes, ce couloir qui referme la vallée de l’Agly à l’ouest de Perpignan. Les parcelles s’échelonnent entre 250 et 500 mètres d’altitude, ce qui n’a rien d’anodin en Roussillon.

Cette altitude rafraîchit les nuits d’été. Elle ralentit la maturation et préserve l’acidité des raisins, quand la plaine littorale cuit sous le soleil. C’est la condition première des vins frais que cherche le domaine.

Le Fenouillèdes forme une charnière. Le climat y reste méditerranéen, mais les premiers reliefs des Corbières et du Canigou en modifient déjà le régime. Les écarts entre le jour et la nuit s’y creusent davantage que sur la côte.

Le secteur est sec, et la tramontane y souffle souvent. Ce vent du nord-ouest assèche le feuillage après la pluie. Il limite mécaniquement la pression du mildiou et de l’oïdium, ce qui compte lourdement pour un domaine en bio, privé des fongicides de synthèse.

Douze hectares, c’est une petite surface. Le domaine produit entre six et dix cuvées sur cette base, ce qui suppose des parcelles travaillées séparément plutôt que fondues dans un assemblage unique. Le découpage du vignoble devient alors la matière première de la gamme.

Les vignes n’ont pas toutes le même âge. Les plus anciennes approchent les 70 ans, les autres tournent autour de 25 ans. Cet écart compte dans le verre : une vieille souche produit peu, mais concentre, et supporte mieux la sécheresse. C’est elle qui donne aux cuvées parcellaires leur matière.

Schistes noirs d’un côté, granite de l’autre

Deux familles de roches se partagent le vignoble : des schistes noirs et des roches granitiques. Le domaine décrit des sols où les racines s’infiltrent en profondeur, faute de réserve en surface.

Cette contrainte devient un atout les années sèches. La vigne va chercher l’eau plus bas et souffre moins vite du stress hydrique. Le domaine attribue à ces échanges racinaires la richesse aromatique de ses vins. Une de ses cuvées porte d’ailleurs le nom de la roche qui la porte, Le Gneiss.

Le bio dès la première vendange

Une conversion qui n’en est pas une

La plupart des domaines bio racontent une bascule : des années conventionnelles, puis une décision, puis trois ans de conversion. Benastra n’a pas cette histoire à raconter. Création en 2015, passage en bio en 2015 : les deux dates se confondent.

Le domaine n’a donc jamais été conduit autrement. Ce n’est pas un détail de calendrier. Les sols n’ont pas eu à se remettre d’un héritage chimique, et l’équipe n’a pas eu à désapprendre des réflexes. Le choix était posé avant la première vendange.

Ce qui ne rentre pas dans les vignes

Le domaine résume sa conduite en trois refus et trois engagements. Pas de molécules organiques de synthèse. À la place, la lutte naturelle entre les espèces, la vie des sols, et le maintien des écosystèmes présents sur les parcelles.

La vendange se fait entièrement à la main, chaque année. Deux raisons à cela au domaine : protéger la souche, qu’une machine malmène, et trier les grappes au moment même où on les coupe.

Ce tri à la parcelle pèse lourd en bio. Sans correction chimique en cave, la qualité de la vendange détermine presque tout ce qui suivra. Une grappe abîmée écartée dans le rang ne se rattrape pas au pressoir. Sur des parcelles en pente et morcelées, la cueillette manuelle relève par ailleurs du simple bon sens.

Le style des vins Benastra

Des rouges de fruit, des blancs tendus

L’encépagement est celui du Roussillon : carignan, grenache, syrah et mourvèdre pour les rouges, grenache blanc, grenache gris et macabeu pour les blancs. Des cépages de chaleur, qui donnent ici des vins moins massifs qu’attendu.

L’altitude et la fraîcheur nocturne expliquent en partie ce profil. Le domaine oriente ses rouges vers le fruit et la buvabilité, et présente son blanc sec comme frais, fruité et minéral. Le carignan, longtemps déprécié, a droit à sa cuvée parcellaire, ce qui en dit long sur la confiance accordée aux vieux cépages du secteur.

Un effervescent et un vin doux naturel

La gamme ne s’arrête pas aux vins tranquilles. Le domaine produit un effervescent, Le Flamant Rose qui Pète, et un Maury tuilé hors d’âge en 50 cl.

Ces deux vins tirent la gamme vers ses extrêmes. L’un se boit frais, à l’apéritif, sans cérémonie. L’autre relève d’une tradition bien plus ancienne.

Un vin doux naturel se fabrique par mutage : on arrête la fermentation en ajoutant de l’alcool, et le sucre du raisin reste dans le vin. La mention tuilé désigne ensuite un élevage mené au contact de l’air, pendant des années. Le vin perd sa couleur vive, prend des notes de fruits secs et de cacao.

Le Roussillon reste l’un des derniers bastions de cette pratique en France. Les volumes de vins doux naturels y ont fortement reculé en trente ans. Qu’un domaine créé en 2015 en produise encore relève d’un choix, pas d’un héritage subi. Entre ces deux extrêmes, huit à dix cuvées couvrent le reste de la table.

Domaine Benastra - Quatre cuvées du domaine au coucher du soleil
Quatre cuvées du domaine, des rouges de l’IGP Côtes Catalanes au blanc sec.

Deux appellations et une IGP

Côtes du Roussillon Villages et Maury

Le domaine revendique deux appellations. Côtes du Roussillon Villages ne s’applique qu’aux vins rouges, et couvre une bande de communes du nord du département, autour de l’Agly. Elle impose l’assemblage : un seul cépage en bouteille en sort d’office. C’est elle qui porte la cuvée La Garrigue.

Maury est l’appellation des vins doux naturels du secteur. Elle est née sur les schistes noirs qui courent de Maury jusqu’à Saint-Paul-de-Fenouillet, la commune du domaine. C’est la même roche que sous une partie des vignes de Benastra.

Ces deux appellations situent le domaine dans un voisinage exigeant. Le nord du Roussillon concentre une densité rare de vignerons en bio, et l’Agly s’est imposée en une vingtaine d’années comme l’un des secteurs les plus suivis du Sud de la France.

L’IGP Côtes Catalanes, le terrain de liberté

L’essentiel de la gamme sort pourtant en IGP Côtes Catalanes. Le choix est fréquent dans le secteur, et il est rarement subi.

L’IGP autorise ce que le cahier des charges des appellations n’admet pas : un cépage seul en bouteille, un assemblage inhabituel, un vin blanc là où l’appellation n’en prévoit pas. C’est là que le domaine loge son carignan parcellaire, son Gneiss et sa Petite Sœur. Autrement dit, l’appellation pour la tradition, l’IGP pour tout le reste.

Pousser la porte du domaine

Une visite sur rendez-vous

Le domaine reçoit uniquement sur rendez-vous. La visite couvre les vignes, le chai et une dégustation. L’anglais est parlé sur place, ce qui facilite l’accueil des visiteurs de passage dans les gorges de Galamus et sur la route des châteaux cathares, à quelques kilomètres.

Le rendez-vous n’est pas une barrière. Sur une structure de cette taille, c’est surtout la garantie que quelqu’un sera disponible pour ouvrir les bouteilles et répondre aux questions.

Commander et se faire livrer

Benastra vend en direct aux particuliers et expédie ses bouteilles. Les vins ne sont pas réservés aux professionnels, et la gamme reste accessible sans passer par un intermédiaire.

Le domaine est adhérent des Vignerons Indépendants. Le réseau regroupe ceux qui conduisent leurs vignes, vinifient et commercialisent eux-mêmes leur production, par opposition aux apporteurs en cave coopérative. En Roussillon, où la coopération a longtemps dominé, l’adhésion dit quelque chose du positionnement.

Sur douze hectares, cela se traduit très concrètement. La même équipe taille en hiver, vendange en septembre, colle les étiquettes et répond au téléphone le reste de l’année. C’est aussi pour cela que la visite se cale sur un rendez-vous.

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Les autres domaines de la région Languedoc-Roussillon

  • Château Lancyre

    Au hameau de Lancyre, à Valflaunès, la famille Durand-Valentin cultive 80 hectares en Pic Saint-Loup, sur les premiers contreforts des Cévennes. Elle compte parmi la poignée de vignerons à l’origine de l’appellation, et ses premières bouteilles sont sorties en 1984. Engagé en bio en 2019, le domaine a vu ses rouges certifiés dès le millésime 2022, ses blancs et ses rosés en 2024. Ses vignes se partagent entre trois îlots, Clapassous, Les Couronnes et Valflaunès, et plusieurs cuvées portent le nom d’une parcelle.

  • Domaine Terre des Âmes

    Au Bosc, dans l’Hérault, Benjamin Lureau a repris en famille le domaine du Vieux Clocher après une carrière dans les ONG et un tour du monde à vélo. Ses 10 hectares, partagés entre les argilo-calcaires de Loiras et les ruffes de Saint-Alban, ne sont jamais irrigués. Engagé en conversion bio depuis 2024, le Domaine Terre des Âmes travaille à la main et vinifie avec un minimum d’interventions. Ses cinq cuvées, en Terrasses du Larzac et en IGP Saint-Guilhem-le-Désert, portent des noms tirés de cultures animistes.

  • Le Clos Rivieral

    Créé en 2008 par Olivier Bellet, fils de coopérateur, Le Clos Rivieral est aujourd’hui mené avec Célia Bellet à Loiras du Bosc, dans l’Hérault. Ses 7 hectares se répartissent sur une vingtaine de parcelles de schistes et de grès rouges. Engagé en agriculture biologique depuis 2008, le domaine signe des rouges en AOC Terrasses du Larzac et un blanc de chenin et de grenache blanc. Le Roc des Cistes a reçu un coup de cœur du Guide Hachette pour le millésime 2017.

  • Mas Llossanes

    Créé en 2016 par Solenn et Dominique Génot, le Mas Llossanes cultive 11 hectares entre 600 et 700 mètres d’altitude, à Tarerach et Arboussols, face au Canigou. Ses vignes, plantées à partir des années 1940, poussent sur des arènes granitiques et des schistes. Conduit en agriculture biologique depuis 2016 et en biodynamie depuis 2020, le domaine est membre de Biodyvin. Il a déclassé ses vins en IGP Côtes Catalanes pour travailler librement deux cépages rares, le chasan et le chenanson.

  • Domaine du Traginer

    Fondé en 1975 à Banyuls-sur-Mer par Jean-François Deu, le Domaine du Traginer doit son nom au muletier catalan, en hommage à son oncle Anicet. Ses plus de 18 hectares de vignes, entre mer et montagne, sont encore en grande partie labourés au mulet. Engagé en bio en 1998 et certifié Demeter depuis 2013, le domaine est membre de la Renaissance des Appellations. Il élabore des Banyuls, dont un grand cru, des Collioure et un vin orange.

  • Domaine du Petit Chaumont

    À Aigues-Mortes, le Domaine du Petit Chaumont cultive 120 hectares de vignes sur les sables de Petite Camargue, à un mètre au-dessus de la mer. Déminé au début des années 1970 par Alain Bruel, il est mené aujourd’hui par Nathalie et Laurent, de la famille Bruel. Engagé en bio depuis 2008, il diffuse aussi de la musique dans une partie de ses vignes contre l’esca. Ses gris d’AOP Sable de Camargue, dont la cuvée Elles, côtoient des rouges élevés en fût.

  • Domaine Les 3 Mazets

    Créé en 2016 par Luc Fonta, ancien technicien du traitement de l’eau, le Domaine Les 3 Mazets cultive 6 hectares à Villeveyrac, au bord de l’étang de Thau. Certifié en agriculture biologique depuis sa création, il ne traite plus ses vignes depuis 2019, ni cuivre ni soufre. Luc Fonta les pilote selon l’approche pH/redox du chercheur Olivier Husson, en agroécologie et en agroforesterie. Vendangées à la main, ses parcelles donnent cinq cuvées, dont trois rouges nature sans sulfites ajoutés.

  • Domaine La Limbardière

    Créé en 2018 par Vincent Rivemale, le Domaine La Limbardière prolonge à Abeilhan une histoire familiale de cinq générations, commencée par un maréchal-ferrant compagnon du devoir. Ses vignes et ses grenadiers sont conduits en agriculture biologique depuis 2009, avec des oliviers et des jachères dans le vignoble. La gamme compte huit vins en IGP Côtes de Thongue, quatre rouges, trois blancs et un rosé, plus un pur jus de grenade bio. Le domaine propose une balade dans les vignes suivie d’une dégustation et accueille les camping-cars.

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