Domaine Camille Braun
Une famille d’Orschwihr qui range ses vins par climats
Le Domaine Camille Braun cultive 15 hectares de vignes à Orschwihr, dans le Haut-Rhin. Le village se trouve dans la partie sud de la Route des vins d’Alsace. Il est certifié en agriculture biologique et conduit en biodynamie, sous les labels Demeter et Biodyvin. Sa gamme se lit par lieu plutôt que par cépage. Elle monte des vins de fruit, à la colline du Bollenberg, aux lieux-dits, puis aux grands crus Pfingstberg et Kaefferkopf.
1593, une famille venue de Suisse
La famille franchit les montagnes depuis la Suisse en 1593 et s’installe à Orschwihr. Pendant des générations, elle vit de polyculture, comme tout le village. On y élève des bêtes pour se nourrir et travailler la terre, on cultive champs, vergers et vignes.
Le tournant vient d’une rencontre. Camille Braun est né à Orschwihr, Marguerite Noll à Katzenthal, une trentaine de kilomètres plus au nord. Tous deux grandissent dans des familles attachées à la vigne. Ensemble, ils renoncent aux champs et aux bêtes pour ne garder qu’elle. Dès les années 1960, ils mettent eux-mêmes leur vin en bouteille. La vente à la coopérative restait alors la norme.
De Christophe à Annabelle, la relève de 2023
Leur fils Christophe revient au domaine en 1987, après ses études. Il l’ouvre à de nouveaux terroirs et, avec sa compagne Chantal, l’agrandit peu à peu jusqu’à 15 hectares. Le vignoble forme aujourd’hui un patchwork de parcelles tout autour du village.
Fin 2023, leur fille Annabelle Braun prend la tête du domaine. Elle est titulaire d’un master en management du vin. Elle s’est formée chez Zind-Humbrecht, puis en Bourgogne, chez Cécile Tremblay et Christophe Roumier. Son conjoint Quentin la rejoint en 2024. La passation se fait en douceur, les deux générations travaillant côte à côte.

Huit climats autour d’Orschwihr, et un grand cru à Katzenthal
Orschwihr se niche dans un vallon entouré de collines, où les vignes s’étagent en amphithéâtre et où rien n’est plat. Le domaine décrit son vignoble parcelle par parcelle, avec la surface, l’année de plantation et l’exposition de chaque vigne. D’un versant à l’autre, le sol et le vent changent, et le vin avec eux.
Le Bollenberg, une colline calcaire parmi les plus sèches de France
La plus grande part du vignoble, 5,75 hectares, se trouve sur la colline du Bollenberg. Ce relief calcaire, veiné d’argiles et de marnes, culmine à 363 mètres. Le Grand et le Petit Ballon l’abritent des pluies d’ouest : il ne reçoit que 400 à 500 mm d’eau par an.
Ses landes et ses pierriers abritent plus de 270 espèces végétales, dont une quinzaine d’orchidées sauvages. Le lézard vert et la huppe fasciée y vivent aussi. Le site est protégé au titre de Natura 2000 depuis 2008. À son sommet se dresse la chapelle Sainte-Croix, que l’on surnomme aussi la chapelle aux sorcières.

Sur ses flancs, le domaine distingue plusieurs lieux-dits. Face à l’est, le Neuberg (0,50 ha) pose une mince couche d’argiles ferrugineuses sur un calcaire jurassique qui affleure à nu. Le Sonnenglanz (0,30 ha), qui le prolonge vers le centre de la colline, allie calcaire et argiles fines.
Sur la face ouest, le Luft (2,45 ha) change tout. Sous la surface, 2,5 mètres d’argiles et de marnes bleues du Keuper retiennent l’eau pour les années sèches. L’après-midi, un vent régulier descend de la combe de la Vallée Noble et rafraîchit la pente.
Le Pfingstberg, grand cru sur Muschelkalk et grès
En face du Luft, le coteau du Pfingstberg s’ouvre au sud-est, entre 275 et 370 mètres. Le domaine y exploite 2,15 hectares en appellation Alsace grand cru. Le sol superpose le Muschelkalk, un calcaire coquillier, le grès micacé et le grès des Vosges. L’eau s’y infiltre sans excès, la chaleur s’y emmagasine sans violence.

Le nom apparaît en 1282 dans un acte d’achat, sous la forme Phinisberge, et signifie la colline de la Pentecôte. Des murets et des terrasses tiennent la pente. Une vigne de gewurztraminer en terrasses, plantée en 1953 sur 33,49 ares, donne la cuvée Les Terrasses.
Au pied du grand cru, le Lippelsberg (0,40 ha) adoucit la pente sur des marnes profondes mêlées de grès. Tout au bout du coteau, le Buchrod (0,10 ha) touche presque la plaine. Un souffle venu du nord par la vallée de Soultzmatt le ventile. Posé sur la crête, face au Bollenberg, le Meissenberg (0,30 ha) marque le dernier rang avant la forêt.
Le Kaefferkopf, le granit hérité de la famille Noll
Le second grand cru se trouve sur les coteaux d’Ammerschwihr, au Kaefferkopf. Les parcelles du domaine en occupent la partie sud, sur Katzenthal, tournées vers l’est. Elles viennent de la famille de Marguerite, longtemps gardienne de ce coteau.
Le socle y est double : un granite de Turckheim à deux micas, poreux, et plus bas un calcaire qui retient l’eau. Protégé des vents d’ouest par les Vosges, le coteau reçoit parfois le foehn, chaud et sec. Cité dès 1338, le nom signifie « tête de coléoptère », pour la forme bombée de la colline.
Tresser plutôt que rogner, une biodynamie certifiée
Une conversion engagée au début des années 2000
À la fin des années 1990, Christophe Braun découvre la biodynamie chez quelques vignerons alsaciens. Il lance la conversion du domaine au bio et à la biodynamie dès le début des années 2000. L’engagement officiel en agriculture biologique date de 2005.
Le domaine est aujourd’hui certifié Demeter. Il a rejoint en 2022 le syndicat international des vignerons en culture biodynamique, qui lui a attribué le label Biodyvin. Ses adhérents s’engagent à cultiver l’ensemble de leur domaine en biodynamie.
De la taille Guyot-Poussard au tressage des rameaux
L’année commence par la taille Guyot-Poussard, pensée pour suivre le trajet naturel de la sève. Viennent ensuite un ou deux passages d’ébourgeonnage. De mai à juillet, le palissage aère le feuillage et évite les poches d’humidité.
Sur les grands crus et les parcellaires, l’équipe ne rogne pas et n’écime pas : elle tresse les rameaux. L’extrémité de la pousse, l’apex, reste intacte. La vigne termine ainsi sa croissance d’elle-même, puis reporte ses forces sur le raisin.
Un sol couvert de l’automne au printemps
Entre les rangs, la terre n’est jamais laissée nue. De l’automne au printemps, une végétation la couvre, retient l’humidité et limite l’érosion. Au réveil de la vigne, un passage léger travaille un rang sur deux, sans mettre le sol à nu.
À la fin de l’été, le domaine sème des couverts choisis, qui donnent au sol sa structure et sa diversité. L’enherbement d’un rang sur deux évolue peu à peu vers une simple tonte.

Vendanges à la main, levures indigènes et soufre mesuré
Une trentaine de vendangeurs, fidèles d’une année sur l’autre, récoltent tout à la main. Les raisins sont triés à la vigne, puis sur table. Au chai, les pressurages sont lents. Le jus se clarifie de lui-même, puis rejoint un foudre, une cuve ou une barrique.


Les fermentations partent sur levures indigènes, et l’élevage dure de 12 à 18 mois selon les cuvées. Seule une touche légère de soufre est ajoutée, quand le vin en a besoin. Pour les pinots noirs, les barriques sont ensuite réunies et passent six mois de repos en commun.
Une gamme rangée par degrés, du vin de fruit au grand cru
Vins de fruit et vins de la colline
La gamme part des vins de fruit, issus de terroirs plus discrets. On y trouve l’assemblage Melting Potes, un sylvaner de vignes plantées en 1963 et le pinot noir Camille, né de ceps de 1961 et de 2018. Viennent ensuite les vins du Bollenberg, un par cépage : pinot blanc, muscat, riesling, pinot gris, gewurztraminer et pinot noir.
Le domaine les décrit comme des vins de tension, tenus par le calcaire. Le riesling y cherche la longueur plutôt que la largeur, et le muscat reste sec malgré un nez très expressif. La Revue du vin de France a noté 92/100 le pinot noir Bollenberg 2023, dans son numéro d’octobre 2025.
Lieux-dits et grands crus, des vins de ligne
Neuf cuvées de lieux-dits suivent la carte du village : Meissenberg, Prima, Lippelsberg, Buchrod, Sonnenglanz, Neuberg et trois vins du Luft. Le Neuberg donne les pinots noirs les plus verticaux du domaine, le Luft un riesling ample et un pinot noir de garde. Prima vient d’une seule parcelle plantée en 2008, au seuil du Pfingstberg. Son nom joue sur l’alsacien (« c’est bon ») et sur le latin.
Au sommet de la gamme se tiennent six vins de grand cru. Quatre viennent du Pfingstberg (riesling, pinot gris, deux gewurztraminers), deux du Kaefferkopf. Le calcaire et le grès du premier donnent des vins droits et salins, dont un pinot gris vinifié sec. Sur le granit du second, le riesling se fait plus tranchant. Le gewurztraminer y garde une acidité plus marquée que la moyenne du cépage.
Crémants de longue garde sur lattes et vins de macération
Quatre crémants d’Alsace complètent la gamme : Origine, Origine Rosé, La Colline et Cœur de Grès. Ce dernier vient d’une parcelle de grès pur, à la lisière du Pfingstberg. Il n’est élaboré que dans les grands millésimes (2011, 2013, 2014 et 2018) et passe 60 mois sur lattes.
Trois vins de macération fermentent sur leurs peaux : Lune Rousse (gewurztraminer), Nébuleuse (pinot gris) et Quasar (muscat). M, le magazine du Monde, a retenu Quasar 2023 dans un hors-série consacré aux vins de macération d’Alsace, en mai 2025.
Déguster au caveau d’Orschwihr
Le domaine reçoit au caveau, à Orschwihr, pour la dégustation et la vente directe, et accueille les groupes sur réservation. Il organise aussi ses portes ouvertes traditionnelles. La cour s’anime alors de conversations au milieu des fûts.
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