Domaine de Montbourgeau
Montbourgeau, une famille de L’Étoile depuis 1920
Le Domaine de Montbourgeau cultive 11 hectares de vignes à L’Étoile, dans le Jura, à quelques kilomètres de Lons-le-Saunier. Il produit des vins de l’appellation L’Étoile, des Côtes du Jura, du crémant et du macvin. La même famille se transmet le domaine depuis 1920. Engagé en agriculture biologique en novembre 2022, il est contrôlé par Ecocert.
De Victor Gros à Nicole Deriaux
En 1920, Victor Gros achète Montbourgeau et commence à planter le vignoble. Il se lance aussi dans la vente en bouteilles. En 1930, il plante la parcelle de Montangis, qui reste aujourd’hui la plus vieille du domaine.
Son fils Jean prend la suite en 1956. Il construit la cuverie et agrandit le vignoble. En 1970, il plante En Banode, une parcelle où chardonnay et savagnin poussent mêlés. La société qui exploite le domaine porte encore son nom : SCEA Jean Gros.
Nicole Deriaux s’installe en 1986. Elle modernise les caves et poursuit les plantations, ce qui lui permet d’élaborer un vin jaune. Elle développe aussi les ventes à l’export.

César et Baptiste, la quatrième génération
En 2019, César Deriaux, quatrième génération, reprend les rênes. Il arrive avec des projets de nouvelles parcelles et d’une nouvelle cuverie. Celle-ci a été achevée en 2023. César et Baptiste Deriaux sont aujourd’hui gérants de l’exploitation, aux côtés de Nicole.
Le passage de relais s’est accompagné de l’engagement en bio, fin 2022. La jeune génération garde les cuvées habituelles et teste en parallèle de nouvelles cuvées parcellaires. La famille résume sa façon de faire d’un mot, « intergénérations » : « Comme la vigne et le vin, nous allions empirisme et nouveauté, expérience et jeunesse… sans heurt. »

Onze hectares sur les marnes aux petites étoiles
Un sol semé de fossiles
L’appellation L’Étoile, reconnue en 1937, couvre quatre communes : L’Étoile, Plainoiseau, Quintigny et Saint-Didier. Le village se trouve au centre de cinq collines disposées comme les branches d’une étoile. Elles culminent entre 320 et 420 mètres, sur la bordure occidentale du massif du Jura.
Le sous-sol est fait de marnes et de calcaires marneux du Trias et du Lias, couverts de cailloux. La terre regorge de crinoïdes, des fossiles apparentés aux oursins et aux étoiles de mer. Leur forme serait l’une des explications du nom du village et de l’appellation.

À Montbourgeau, chaque cépage a sa terre. Le chardonnay pousse sur un sol calcaire et caillouteux, parsemé de ces petites étoiles. Le savagnin occupe des marnes grises et bleues. Le poulsard est planté en bas de coteaux argilo-calcaires, le trousseau sur des marnes grises et triasiques exposées au sud-sud-est.
Montangis et En Banode, les deux doyennes
Montangis est la parcelle de 1930. Sa terre est couverte de petits cailloux et de fossiles, sur un sous-sol marneux. Elle est plantée serré, à 10 000 pieds par hectare. Le chardonnay y côtoie quelques pieds isolés de poulsard et de savagnin, pour un très petit rendement de raisins mûrs et concentrés.
En Banode date de 1970. Chardonnay et savagnin y sont complantés, et avec l’âge la récolte est devenue petite. Surtout, le savagnin y mûrit en même temps que le chardonnay. Les deux cépages sont vendangés et vinifiés ensemble, puis élevés un an dans un foudre de 25 hectolitres, le volume exact de la récolte.
Des vignes plantées et piquetées maison
Le vignoble compte surtout du chardonnay et du savagnin, avec un peu de trousseau et de poulsard. Le sol est travaillé, en alternance avec l’enherbement ou les engrais verts, et l’herbe est favorisée sur les coteaux. La famille plante elle-même ses nouvelles parcelles et fabrique ses piquets en acacia. Autour des vignes, l’exploitation fait aussi certifier des prairies permanentes.
La date des vendanges se décide à la vigne, en goûtant les raisins. La récolte est manuelle et suit un ordre précis. Viennent d’abord les raisins du crémant et du vin de paille, puis le chardonnay, le poulsard et le trousseau, parcelle par parcelle. Le savagnin ferme la marche. Les vignes sont proches du domaine, et le raisin arrive vite au pressoir.

Sous voile ou ouillés, deux écoles dans la même cave
Le vin jaune, sept ans avant la mise
Le savagnin du vin jaune vient des marnes du Lias. Il est toujours récolté tard. Après la fermentation, le vin passe six mois en foudre de 30 hectolitres, puis rejoint des fûts de 230 litres qui ne seront jamais ouillés. Un voile gris très fin se forme à sa surface, et c’est à travers lui que le vin prend le « goût de jaune ».

Les vins sont analysés par un laboratoire, qui suit leur éthanal, autrement dit leur potentiel de goût de jaune. La famille les goûte deux à trois fois par an. La mise en bouteille a lieu au bout de sept ans, dans le clavelin de 62 centilitres propre au vin jaune.
La cuvée spéciale et le savagnin, l’autre face du voile
La cuvée spéciale suit un chemin voisin. C’est un chardonnay avec un peu de savagnin, fermenté avec ses levures indigènes. Laissé en fût sans intervention, il se couvre peu à peu d’un voile, comme un vin jaune, et y reste quatre, voire cinq ans.
Le savagnin, lui, vient de parcelles distinctes de celle du vin jaune. Il passe par la cuve, puis par le fût ou le foudre, avant d’être assemblé et mis en bouteille au bout de trois à quatre ans.
Le Savagnin 2020 a ainsi passé quatre ans en fût sous voile. Le millésime précédent, celui du passage de flambeau entre les générations, a reçu le coup de cœur du Guide Hachette 2025.
Les vins ouillés de César
César Deriaux s’est aussi essayé aux vins ouillés, dont on complète les fûts au fil de l’élevage pour tenir l’air à distance. Le Chardonnay La Chaux 2018, élevé 18 mois en barrique de 228 litres, était sa deuxième expérience en la matière.
La vinification cherche un équilibre entre technique et respect du raisin. Le débourbage reste statique et léger, les levures sont indigènes. Depuis 2017, les vins rouges ne sont plus filtrés.
Le vin de paille, des grappes qui attendent Noël
Pour le vin de paille, les grappes les plus saines sont cueillies avant la vendange. Elles sèchent sur des claies, dans un grenier ventilé, jusqu’à Noël ou aux premiers jours de janvier. L’assemblage réunit 60 % de chardonnay, 20 % de savagnin et 20 % de poulsard.

Le moût atteint environ 340 grammes de sucre par litre. Il fermente lentement jusqu’à 14 %, en gardant 100 à 120 grammes de sucre, puis vieillit trois à quatre ans en fût. Il faut 130 kilos de raisin pour 20 litres de vin, et le domaine n’en produit que 5 à 6 hectolitres les bonnes années. Le Guide Hachette 2019 lui a décerné son troisième coup de cœur d’affilée.
Dans le verre, de la noisette à la cerise
Des blancs de noix et de noisette
Le blanc de L’Étoile, issu de chardonnay, sent la noisette. Il est fruité et souple, avec du gras et de la rondeur. La cuvée spéciale garde cette rondeur, mais avec une expression du terroir plus marquée, et se destine à la longue garde.
Le vin jaune développe des arômes de noix, d’épices et de vanille. C’est un vin de grande garde, que la famille sert sur un poulet aux morilles ou un morceau de comté. Le vin de paille a une couleur de miel, un nez de noix, de miel et de coing, et une bouche suave, très longue.
Poulsard, trousseau et crémant brut zéro
Les deux rouges sont vinifiés avec très peu de soufre. Le poulsard donne un vin clair, fruité et léger, conservé en cuve inox pour garder sa fraîcheur. Le trousseau, égrappé à moitié, cuve sept à neuf jours. Il offre une robe rubis et des arômes de cerise et de cassis, après un élevage mi-cuve, mi-fût.
Le crémant du Jura est un pur chardonnay, pour lequel les plus jeunes vignes conviennent bien. Il fermente avec ses levures indigènes et vieillit 12 à 18 mois sur lattes. Au dégorgement, la bouteille est complétée avec la même cuvée, sans sucre ajouté : c’est un brut zéro.
Macvin, Secret de Montbourgeau et marc
Le macvin du Jura assemble deux tiers de moût et un tiers de marc du Jura, puis vieillit trois ans en pièces de 230 litres. Il titre 17 % et offre des arômes de fruits confits, d’orange, de vanille et de noisette.
Le Secret de Montbourgeau est une recette de la maison. Le moût de chardonnay est chauffé au feu de bois dans un chaudron, jusqu’à réduire d’un tiers. Ce jus ambré est ensuite assemblé à l’eau-de-vie de marc, pour une liqueur de 18 %. Le marc du domaine, lui, passe quatre ans sous bois.
La famille reçoit au caveau, sur rendez-vous, pour faire déguster ses cuvées et expliquer son travail.
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