Domaine de Tremica
Le Domaine de Tremica cultive 6,5 hectares de vignes en agriculture biologique à Casaglione, en Cinarca, en Corse-du-Sud. Angelica et Richard Arnaud Le Foulon n’y plantent que des cépages corses, du Sciaccarellu au Carcaghjolu Neru. Leurs vins s’élèvent en jarres, en amphores et en foudres. Ils ont choisi de les produire en Vin de France.
Un vignoble planté sur le plateau archéologique de Tremica
Une œnologue et un viticulteur en Cinarca
Le domaine est né d’une rencontre. Angelica sortait tout juste de ses études d’œnologie, Richard avait son BTS viticole en poche. Le vin a été leur premier sujet de conversation, puis leur projet commun : devenir vignerons à Casaglione.
C’est en 2011 qu’ils décident de créer leur exploitation à Casaglione. Dans ce petit village de Cinarca, les sols et les expositions leur paraissent propices. Ils s’installent sur des terres vierges de toute activité agricole, une rareté qu’ils voient comme une chance. Le couple vit sur place, au lieu-dit A Palaghja, où tout se fait de la vigne jusqu’à la mise en carton.
L’exploitation ne vit pas que de la vigne. Une quarantaine d’arbres fruitiers et une parcelle d’oliviers complètent les cultures, et les olives sont elles aussi certifiées en agriculture biologique.
Des vignes au milieu du dolmen et des petre scritte
Le domaine porte le nom d’un site préhistorique voisin. Ses premières parcelles ont été plantées sur le plateau archéologique de Tremica, entre Casaglione et Ambiegna. On y voit un dolmen et des petre scritte, les « pierres écrites » en langue corse. Les hommes fréquentaient déjà ce lieu il y a plusieurs milliers d’années.

L’une des cuvées du domaine s’appelle d’ailleurs Petra Scritta.
Six cépages corses à 300 mètres d’altitude
Du Sciaccarellu au Carcaghjolu Neru
L’encépagement est exclusivement corse. On y trouve les trois cépages les plus connus de l’île, le Sciaccarellu, le Niellucciu et le Vermentinu. S’y ajoutent trois variétés anciennes, plantées au fil de l’agrandissement du domaine : le Minustellu, le Carcaghjolu Neru et le Biancu Gentile.

D’autres cépages endémiques sont en terre mais ne produisent pas encore : l’Aleatico, le Genovese, le Moresconu et l’Elegante. Le Carcaghjolu Neru ferme la marche des vendanges, avec une récolte qui intervient début octobre.
Entre vent de mer et air frais du Cruzzinu
Les parcelles se trouvent à environ 300 mètres d’altitude. Cette hauteur laisse le raisin mûrir lentement, sans subir trop durement le climat sec et chaud de l’île.
Deux vents se relaient sur le vignoble. Le jour, les vents marins assèchent l’air. La nuit, des vents de terre frais et humides descendent de la vallée du Cruzzinu. Le couple y voit la source de la fraîcheur de ses vins, qui gardent pourtant tout leur potentiel aromatique.

6,5 hectares travaillés à la main
Les vignes sont plantées serré, à 5 500 et 6 000 pieds par hectare, un choix fait pour concentrer les raisins. Tout le domaine est conduit en enherbement total, qui retient les sols dans les terrains en pente et améliore la biomasse.
La surface reste à taille humaine. Presque tout se fait à la main, au rythme du calendrier lunaire : la taille, l’entretien sous le rang, l’ébourgeonnage, l’effeuillage, l’écimage, les vendanges en vert puis les vendanges. Seuls les traitements et le broyage passent par un chenillard.
À la récolte, les raisins partent en petites caissettes, parfois dès le lever du jour. Ils sont refroidis avant d’entrer au chai.

Bio certifié, et Vin de France par choix
De l’engagement de 2020 aux pratiques biodynamiques
Le domaine s’est engagé en agriculture biologique en avril 2020, sous le contrôle d’Ecocert. Après la période de conversion, il est certifié depuis mars 2023. Ses vins portent la certification AB à partir du millésime 2023.
Le couple ne s’arrête pas là. Il annonce une conversion à la biodynamie engagée en mars 2024. C’est la suite logique du calendrier lunaire, qui règle déjà le travail à la vigne comme à la cave.
Pourquoi Tremica renonce à l’AOP Ajaccio
Les parcelles sont situées dans l’aire de l’AOP Ajaccio. Le domaine a pourtant choisi de produire ses vins en Vin de France, pour garder sa liberté dans les assemblages.
Le couple l’explique par la place des vieux cépages corses, que l’appellation limite selon lui à 10 %.
Un chai souterrain où l’argile côtoie le bois
Des levures prélevées sur les raisins du domaine
À la cave, le fil conducteur tient en une phrase du couple : accompagner et non orienter. Les intrants œnologiques et les sulfites sont réduits au minimum. Le chai s’appuie sur un matériel qui maîtrise finement la température des raisins et des vins, et sur une hygiène stricte.
Pour les fermentations, le domaine utilise sa flore indigène. Chaque année, des levures sont sélectionnées sur ses propres raisins, puis mises en culture et multipliées par un laboratoire. Cette « crème de levure » laisse s’exprimer les cépages autochtones et l’effet millésime. Le calendrier lunaire fixe aussi les jours d’assemblage et de mise en bouteille.
Pour les rosés et certains blancs, le raisin est pressé en grappes entières dans un pressoir pneumatique à basse pression. Pour les rouges, la vendange est éraflée sans être foulée.
Tava, kvevri, dolium : les contenants d’élevage
Le domaine a diversifié ses contenants d’élevage. On y trouve des amphores Tava et des jarres en terre cuite de 160 litres façonnées à la main. Viennent ensuite un dolium, des dolia en béton, un foudre et des demi-muids de 500 litres de différentes chauffes. Les vins vieillissent ensuite dans le chai souterrain.
Le couple donne ses raisons pour l’argile. La terre cuite n’impose pas sa palette aromatique, contrairement au bois. Sa porosité fait évoluer le vin plus vite, vers la finesse plutôt que l’exubérance du fruit. La forme ovoïde des jarres crée un mouvement naturel qui garde les lies en suspension.

Le kvevri pousse la logique plus loin. Ce nom géorgien désigne une amphore en terre cuite, ici de 500 litres et tournée à la main. Le domaine y reprend la méthode géorgienne : vendange éraflée à la main, longue cuvaison, fermentation malolactique sous le marc.

Des micro-cuvées sans soufre
Trois cuvées confidentielles sont tirées à quelques centaines de bouteilles. Le rouge Kvevri assemble Sciaccarellu, Niellucciu et Minustellu. Il ne reçoit aucun intrant ni soufre, de la cuve à la bouteille, après 20 mois passés en kvevri.
La cuvée Tava, en Sciaccarellu seul, se passe elle aussi d’intrants et de sulfites. Elle fermente dans une amphore mêlant terre cuite, grès et porcelaine, pour un élevage de 30 mois. Le blanc Dolium, en Vermentinu et Biancu Gentile, fermente sur les grains comme un rouge, pendant un mois et demi de cuvaison.
Des vins entre fruit, sel et sous-bois
Trois familles, huit cuvées
Le domaine range sa gamme en trois familles. Les Ambassadrices réunissent le rosé gris Petra Scritta, le blanc Abbramante et le rouge Dolia Rossa, tirés chacun à 6 000 bouteilles. Les Passions comptent le rouge Donu di Cinarca et le blanc Tarra d’Alma. Les Confidentielles rassemblent Tava, Kvevri et Dolium.
Deux noms sont des clins d’œil de famille. Tarra d’Alma a été inspirée par leur fille, Alma Dea, et Donu di Cinarca salue leur fils, Don Ghjacumu.
Le Vermentinu, de la pierre à fusil à la finale saline
Les blancs reposent sur le Vermentinu, dont le domaine souligne l’amertume typique en finale. Élevé six mois en jarres, Tarra d’Alma s’ouvre sur la pierre à fusil, puis la pêche blanche, avant une finale saline. Abbramante, fermenté et élevé en demi-muids, joue la rondeur, les fruits jaunes mûrs et les notes briochées.
Le rosé gris Petra Scritta, surtout du Sciaccarellu avec une pointe de Vermentinu, sort d’un élevage de quatre mois sur lies fines. Sa robe saumonée très pâle annonce un vin de fruit et de fleurs, tenu par la fraîcheur.
Sciaccarellu et Carcaghjolu Neru pour les rouges
Le Sciaccarellu porte la plupart des rouges. Dolia Rossa l’assemble à une pointe de Niellucciu et passe au moins 24 mois entre foudre et amphore en béton. On y trouve la garrigue, la fraise des bois, la griotte et le poivre. La cuvée Tava en tire un rouge plus iodé, où le domaine décrit des notes d’embruns et d’oursins.
Donu di Cinarca est un Carcaghjolu Neru pur. Il s’élève 30 mois au minimum, pour deux tiers en demi-muids et pour un tiers en jarres. Sa robe est violine. Au nez viennent les fruits noirs, les épices et le sous-bois, puis la mûre, le fumé et une finale cacaotée en bouche.
Déguster à Casaglione
Le domaine se trouve à environ 45 minutes d’Ajaccio. Il pratique la vente à la propriété. À la belle saison, le couple reçoit pour des dégustations sur place, en français, en corse, en italien ou en anglais.
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