Domaine de Granajolo - Vignes et chemin de terre au pied d’une colline couverte de maquis à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio

Domaine de Granajolo

Région viticole

Région viticole

Corse

Bio

Vingt hectares de vigne plantés en 1974 par un Brestois

André Boucher, des mandariniers au niellucciu

Le Domaine de Granajolo, vignoble bio de l’appellation Corse Porto-Vecchio, commence avec un Brestois. André Boucher cultive d’abord des agrumes au Maroc. Dans les années 1960, il choisit le sud de la Corse, près de Porto-Vecchio, et y plante 30 hectares de mandariniers. La vigne vient ensuite. En 1974, avec sa femme Monika, il plante 20 hectares à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, sur la commune de Zonza, en Corse-du-Sud.

Il retient surtout le niellucciu et le vermentinu. Il n’est pas vigneron de métier et apprend au fil du temps, raconte sa fille. Sa ligne, elle, est fixée dès le départ : le vignoble a toujours été conduit en agriculture biologique. La première certification date de 1987. André Boucher compte ainsi parmi les pionniers du vin bio en Corse.

Un vigneron bio longtemps sans cave

Pendant des années, le domaine ne vinifie pas lui-même. André Boucher livre d’abord ses raisins à des caves coopératives. Il finit par trouver une cave qui accepte de les vinifier à façon, avec les contraintes du bio. Sa fille cite la coopérative de La Marana, qui suivait le cahier des charges d’un label bio suisse.

Les premières bouteilles étiquetées Granajolo sortent en 1992. Le vin se fait encore ailleurs. Il faudra attendre la génération suivante pour que les raisins de La Testa soient vinifiés sur place.

Gwenaële Boucher, une œnologue venue de la géologie

Six mois en Australie, pour savoir quoi éviter

Gwenaële Boucher, la fille d’André et de Monika, voulait être archéologue. Elle étudie finalement la géologie, qui la conduit à l’œnologie, et obtient son diplôme d’œnologue à Bordeaux. Elle part ensuite six mois en Australie, dans une winery de l’État de Victoria.

Elle dit y avoir appris tout ce qu’elle ne voulait pas faire : beaucoup de chimie, et un additif pour chaque vin à corriger. Elle en retient aussi la simplicité des gens et leur sens de l’entraide. Le domaine date de 2000 son retour sur l’exploitation familiale. Après la disparition de son père, elle en reprend la gestion avec sa mère, en 2002.

Tout replanter, puis vinifier dans un ancien hangar

Le vignoble qu’elle retrouve n’est plus rentable. Elle parle de ronces, de pieds manquants et de rendements tombés à 10 ou 15 hl/ha. Sa réponse tient en trois mots : « J’ai tout replanté. » Elle introduit le sciaccarellu, pour le rosé, puis le minustellu.

Les fiches techniques du domaine en gardent la trace. Le vermentinu de la cuvée Monika blanc, planté en 1988, y fait figure de doyen. Les autres parcelles citées datent de 2007 à 2018.

Restait la cave. La banque refuse le prêt qui aurait financé celle dont elle rêvait. En 2003, avec sa mère, elle aménage donc une cuverie et un chai dans un ancien hangar. Le millésime 2003 est le premier vinifié au domaine.

Corse Porto-Vecchio : du granit, du vent et peu de pluie

Une dénomination de 85 hectares, à la pointe sud-est de l’île

Le domaine produit en Corse Porto-Vecchio, l’une des cinq appellations « villages » de l’île. Son aire couvre huit communes de Corse-du-Sud, parmi lesquelles Bonifacio, Porto-Vecchio, Lecci et Zonza. L’interprofession y recense 85 hectares et quatre caves.

Le cahier des charges décrit une terre granitique et aride, battue par des vents d’est parfois violents, qui plonge vers la mer Tyrrhénienne. Il compte 300 jours de vent par an et de faibles pluies : la zone est l’une des plus sèches de Corse. Rouges et rosés y reposent sur le niellucciu, le sciaccarellu et le grenache, les blancs sur le vermentinu.

Gwenaële Boucher en mesure les effets. En 2021, elle évoquait des vendanges en août depuis cinq ans, des sécheresses estivales liées au sirocco, qui grille le sciaccarellu, et des attaques de pyrales.

Arène granitique, cordon de Royat et désherbage mécanique

Les vignes occupent des coteaux d’arène granitique, ce sable né de la décomposition du granit. Elles sont exposées nord-nord-est et sud-sud-ouest. La densité de plantation est de 3 300 ou 4 000 pieds par hectare, et la taille se fait en cordon de Royat.

L’ébourgeonnage est manuel et le désherbage mécanique, sans désherbant. La protection de la vigne repose sur le soufre mouillable et le cuivre. Le domaine n’apporte aucun engrais chimique. Les rendements annoncés vont de 20 hl/ha pour le minustellu à 40 hl/ha pour les rosés. Raisins et vins sont certifiés par Ecocert.

Onze vins, le plus souvent d’un seul cépage

Rocca, Monika, J et trois rouges à part

La gamme réunit onze vins. Rocca et Monika existent en rouge, en rosé et en blanc, J en rouge et en blanc. Trois rouges s’y ajoutent : Sciaccarellu, Minustellu et Confidentiel. Les trois blancs sont de purs vermentinu. En 2021, Gwenaële Boucher situait sa production à 40 % de rouges, 30 % de rosés et 30 % de blancs.

Domaine de Granajolo - Grappes de raisin rouge sur la souche, entre les feuilles
Raisins rouges sur pied, pendant les vendanges 2021.

Des rouges de longue cuvaison, élevés en cuve

Le niellucciu donne des vins parfois durs dans leur jeunesse. La vigneronne lui applique donc de longues cuvaisons, « à la bordelaise », pour obtenir d’emblée de la souplesse. La vendange est égrappée et foulée. Elle fermente en cuves inox, de 20 °C à la réception jusqu’à 28 °C en fin de cuvaison, avec des délestages. La cuvaison dure trois semaines.

Domaine de Granajolo - Raisins noirs fraîchement vendangés, dans un voile de brume
Raisins noirs de la récolte 2021.

L’élevage se fait le plus souvent en cuve inox, pendant un à deux ans. Rocca rouge, pur niellucciu, joue les petits fruits rouges et les épices. Monika rouge assemble niellucciu et sciaccarellu, sur la cerise noire et une pointe mentholée. La cuvée Sciaccarellu sent la framboise. Le domaine leur donne dix à quinze ans de garde.

Deux rouges passent par le bois. J rouge reste douze mois en barriques d’un à trois ans, sans fût neuf. Confidentiel, un autre sciaccarellu, séjourne cinq à six mois en fûts de châtaignier, d’où ses notes de noisette et de châtaigne.

Le Minustellu, enfin, isole un cépage que le cahier des charges de l’appellation range parmi les accessoires. Ses vignes datent de 2012, et le vin sent le maquis, le cassis et la myrte.

Vermentinu et rosés : pressurage direct et élevage sur lies

Blancs et rosés suivent la même méthode. Les raisins sont triés sur un tapis, puis pressés directement. Le moût est débourbé à 8 °C et fermente entre 16 et 18 °C, sans fermentation malolactique. Les vins restent trois mois en cuve inox, sur lies, avec deux semaines de bâtonnages.

Domaine de Granajolo - Grappe de raisin blanc tenue dans la main d’un vendangeur
Une grappe de raisin blanc, aux vendanges 2021.

La vigneronne trouve à ses blancs un caractère minéral et iodé, qu’elle attribue au granit. Rocca blanc mise sur la fraîcheur, les agrumes et les fleurs. Monika blanc, issu des plus vieux ceps, est plus gras. J blanc fermente puis s’élève huit mois en barriques de 300 litres, dont un tiers de neuves. Le domaine le présente comme un vin de garde.

Côté rosés, Rocca est un pur sciaccarellu, sur le pamplemousse et la pêche. Monika associe niellucciu et sciaccarellu, avec plus de matière. Sur toute la gamme, le sulfitage reste à faibles doses. Le domaine pratique une filtration tangentielle, qui lui permet de garder peu de soufre, et met en bouteille avec sa propre machine.

Vigneronne de l’année 2022 du Guide Hachette

Le Guide Hachette des Vins a élu Gwenaële Boucher vigneronne de l’année 2022 pour la Corse. Il a ensuite décerné un coup de cœur au rosé Monika 2023, noté trois étoiles dans l’édition 2025, puis au blanc Rocca 2024, deux étoiles dans l’édition 2026.

À La Testa, une boutique et une cave attendue dans les vignes

Visite de la cave et dégustation sur réservation

Le domaine vend ses vins sur place, dans sa boutique. Sur réservation, il propose une visite du domaine et de la cave, suivie d’une dégustation. Des balades dans les vignes complètent l’accueil.

Domaine de Granajolo - Chemin de terre entre les vignes, face aux collines
Le chemin de terre qui traverse les vignes.

Une nouvelle cave pour la génération suivante

Le hangar aménagé en 2003 n’était pas la cave rêvée. En 2021, Gwenaële Boucher annonçait enfin la construction d’une cave au milieu des vignes. Elle y voyait de quoi encourager ses fils jumeaux à suivre la même voie. Sur les fiches techniques du domaine, une photo porte d’ailleurs cette légende : « Monika & Gwenaële Boucher et la nouvelle génération ».

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Les autres domaines de la région Corse

  • Domaine Leccia

    Le Domaine Leccia cultive en bio 15 hectares de coteaux à Poggio-d’Oletta, dans l’appellation Patrimonio, à trois kilomètres du golfe de Saint-Florent. Fondé en 1900, il est passé d’Annette Leccia à son neveu Lisandru, qui l’a rejoint en 2015, et s’est engagé en bio dès 2008. Le niellucciu, le vermentinu et le muscat à petits grains y donnent trois gammes, du Patrimonio à l’IGP Île de Beauté. Son Muscat du Cap Corse 2019 a reçu un coup de cœur du Guide Hachette des Vins 2021.

  • Domaine Maestracci

    Le Domaine Maestracci s’étend sur une trentaine d’hectares à Feliceto, dans la haute vallée du Reginu, en appellation Corse Calvi. La propriété familiale remonte à 1893, et Camille-Anaïs Raoust, cinquième génération, la dirige depuis 2014. Engagé en bio en 2016, le vignoble est certifié Demeter à partir du millésime 2019. Niellucciu, sciaccarellu, grenache et vermentinu y donnent cinq gammes, des vins de fruit de Clos Reginu aux rouges de garde de Villa Maestracci.

  • Clos Signadore

    Le Clos Signadore est un domaine bio de Patrimonio, créé en 2001 à Poggio-d’Oletta par Christophe Ferrandis, Marseillais passé par le Château de Pibarnon. Une dizaine d’hectares de vigne sont plantés uniquement en cépages corses, le niellucciu et le vermentinu dominant sur les marno-calcaires du clos. Depuis 2016, un second vignoble à Borgo, sur la côte orientale, donne les cuvées Inizia, issues de cépages complantés qui fermentent ensemble. Converti en bio en 2010, le domaine vendange à la main et vinifie sans levures sélectionnées.

  • Sant’Armettu

    Sant’Armettu cultive 40 hectares de vignes en bio entre la vallée du Baracci et Tizzano, dans le secteur nord de l’appellation Corse Sartène. La famille Seroin y est installée depuis 1964 : Gilles a créé la cave en 1996, puis ses enfants Guillaume et Jeanne l’ont rejoint. Le sciaccarellu et le vermentinu y côtoient des cépages corses longtemps délaissés, vinifiés un par un dans la gamme Vinifera. Engagé en bio en 2018, le domaine élève ses cuvées hautes en foudres et en demi-muids, et produit aussi de l’huile d’olive.

  • Yves Leccia

    Yves Leccia cultive 15 hectares en bio à Poggio-d’Oletta, sur les lieux-dits E Croce et Partinelone, deux sols argilo-calcaires posés sur un socle de schistes. Œnologue, il a quitté le domaine familial en 2004 pour fonder le sien avec son épouse Sandrine. Il y a replanté des cépages corses délaissés, le biancu gentile, le minustellu et le sciaccarellu, aux côtés du niellucciu et du vermentinu. Engagé en bio en 2014, le domaine signe douze cuvées entre IGP Île de Beauté, Patrimonio et Muscat du Cap Corse.

  • Clos Culombu

    Le Clos Culombu cultive 64 hectares de vignes à Lumio, en Balagne, sur les arènes granitiques de l’appellation Corse Calvi. La famille Suzzoni y plante ses premières vignes en 1973, et Paul-Antoine conduit le domaine depuis 2016. Certifié bio par Ecocert après une conversion engagée en 2010, le vignoble porte le label Demeter depuis 2018. Ses 22 cépages, dont plus d’un quart de variétés corses longtemps délaissées, nourrissent quatre gammes, de Tribbiera aux éditions limitées Storia di.

  • Clos Canarelli

    Le Clos Canarelli cultive ses vignes en biodynamie à Figari, à la pointe sud de la Corse, au pied de l’Omu di Cagna. Yves Canarelli y a réintroduit des cépages corses devenus rares, minustellu, carcagholu neru et genovèse, aux côtés du sciaccarellu, du niellucciu et du vermentinu. Certifié bio depuis 2002 et labellisé Biodyvin, le domaine travaille et vendange à la main sur le granite et l’argilo-calcaire. Il élabore quinze cuvées, assemblages ou parcellaires, et presse l’huile de ses oliviers dans son propre moulin.

  • Domaine Comte Abbatucci

    Le Domaine Comte Abbatucci cultive 21 hectares d’arènes granitiques dans la vallée du Taravo, à Casalabriva, en Corse-du-Sud. Jean-Charles Abbatucci y travaille en biodynamie depuis 2000, et le domaine est certifié Demeter et adhérent de Biodyvin. Le vignoble garde les 18 cépages corses que son père Antoine avait commencé à rassembler en 1965, du carcajolo nero au barbarossa. Pour les assembler librement, le domaine a quitté l’AOC Ajaccio et sort tous ses vins en Vin de France, de la gamme Faustine aux cuvées Collection.

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