Clos Culombu
Vingt-deux cépages sur les granites de Balagne
Trois piliers et un quart du vignoble pour les variétés oubliées
Le Clos Culombu cultive 64 hectares de vignes en bio et en biodynamie à Lumio, en Haute-Corse, dans le golfe de Calvi. Vingt-deux cépages s’y côtoient. Les rouges occupent 60 % des surfaces, les blancs le reste.
Trois variétés portent l’ensemble : le vermentinu en blanc, le niellucciu et le sciaccarellu en rouge. À eux trois, ils couvrent les deux tiers du vignoble. Des cépages méditerranéens, comme la syrah, complètent certaines cuvées sur environ 10 % des surfaces.
Plus d’un quart du domaine revient aux variétés autochtones longtemps délaissées. En rouge, ce sont le minustellu, le carcaghjolu neru, l’aleaticu ou le murescone. En blanc, le biancu gentile, le genovese, le riminese, le brustianu ou le cualtacciu. La famille les a réintroduites par plantation ou par surgreffage de parcelles plus anciennes.
Ce travail s’appuie sur le Centre de recherche viticole de Corse (CRVI). L’organisme identifie et préserve ce patrimoine végétal depuis des années. Au domaine, une parcelle baptisée Collection rassemble à elle seule 17 cépages endémiques.
Vingt-sept zones entre le Fiume Seccu et le Capu Bracaghju
Le vignoble ne forme pas un seul bloc. Il se découpe en 27 zones de production, entre 50 et 150 mètres d’altitude. Des oliveraies, du maquis et des chênaies les séparent. Elles s’étirent de la rive droite du Fiume Seccu, le « fleuve sec », jusqu’aux coteaux du Capu Bracaghju. Les plus vieilles vignes datent de 1973, et le domaine continue de planter.

Des arènes granitiques sous l’abri du Monte Grossu
Les racines plongent dans des arènes monzogranitiques, riches en potassium, en magnésium et en manganèse. Ce socle de granite, vieux de 350 millions d’années, compte parmi les plus anciens de Corse. En se dégradant, la roche a donné des sols sablo-limoneux. Ils sont très sableux sur les contreforts, plus limoneux et parfois argileux en plaine.

S’y ajoutent des alluvions anciennes, argilo-limoneuses, descendues du Monte Grossu. Cette montagne de 1 937 mètres domine la baie de Calvi et protège le golfe. Entre son influence et celle de la mer, le climat reste tempéré. Les gelées de printemps et la grêle y sont rares. Les étés chauds, secs et ventés maintiennent une faible pression des maladies.
Du bio de 2010 au label Demeter
Trois ans de conversion, puis la biodynamie
La famille Suzzoni dit n’avoir jamais employé de désherbant, de pesticide de synthèse ni d’engrais chimique. Elle officialise cette conduite en 2010, en engageant la conversion en agriculture biologique. Trois ans plus tard, Ecocert certifie l’ensemble du vignoble. En 2018, le domaine obtient la certification Demeter, le label de la biodynamie.
Le travail des sols s’adapte à chaque parcelle et aux conditions du millésime. Face au réchauffement climatique, les Suzzoni comptent sur deux leviers : la biodynamie et la replantation des vieux cépages.
Christine, la mule Bianca et huit hectares
Une partie des vignes se travaille encore à l’animal. Christine, la mère de la génération actuelle, a relancé la traction animale avec sa mule, Bianca. À elles deux, elles entretiennent huit hectares, rang après rang. Elles passent dans les vieilles vignes comme dans les jeunes parcelles conduites en gobelet. Le but est concret : limiter le tassement du sol et préserver ce qui vit dessous.
Vignes, oliviers, blé ancien et vaches sur 140 hectares
La propriété couvre près de 140 hectares, où vignes, oliviers, chênaies et prairies se partagent l’espace. Étienne Suzzoni y a ajouté du blé ancien et un élevage bovin. Le domaine produit sa propre huile d’olive. L’ensemble de la propriété est conduit en agriculture biologique et biodynamique.
Trois générations de Suzzoni à Lumio
1973 : Antoine et Paul plantent les premières vignes
L’histoire commence en 1973. Antoine Suzzoni et Paul plantent les premières vignes sur les terres de Lumio et de Montegrosso. Ce sont le grand-père et l’oncle de la génération actuelle. En 1988, Étienne rejoint le domaine. Il agrandit le vignoble, introduit de nouveaux cépages et installe la polyculture qui entoure encore les vignes.
Paul-Antoine aux commandes depuis 2016
Son fils aîné, Paul-Antoine, reprend les rênes en 2016. Son épouse Lola le rejoint, puis son frère cadet Florian. La quatrième génération, écrit la famille, grandit déjà entre les rangs.
En 2019, le domaine reçoit pour la seconde fois le Prix d’excellence du Concours général agricole. Cette distinction récompense les résultats de trois sessions successives. En 2026, il figure dans le Guide vert de La Revue du vin de France et au Bettane+Desseauve.
Une cave par gravité, quatre gammes et quelques raretés
Trois niveaux et cinq matériaux
La cave actuelle date de 2010. En 2018, une extension sur trois niveaux la complète. Tout y circule par gravité, pour ne jamais brusquer les vins. Béton, inox, chêne, grès et verre s’y côtoient. Selon les cuvées, les vins passent en cuve, en œuf béton, en jarre de grès, en fût ou en foudre.


Tribbiera, Culombu, Ribbe Rosse
Tribbiera désigne en corse le battage du blé. La gamme réunit des vins légers et frais en IGP Île de Beauté. Culombu porte l’appellation Corse Calvi dans les trois couleurs. Le blanc est un pur vermentinu. Dans le rouge et le rosé, le sciaccarellu domine le niellucciu. Ces cuvées s’élèvent en cuve inox ou béton.
Ribbe Rosse, « la rive rouge », vient d’anciennes argiles rouges qui surplombent la baie de Calvi. Le domaine la présente comme sa parcelle emblématique et en tire des vins de garde. Le rouge séjourne 14 mois en fûts et en foudres, le blanc 12 mois en foudre sur lies fines.
Storia di, le carnet d’essais du domaine
Chaque année, les cuvées Storia di explorent un cépage ou un micro-terroir, en édition limitée. On y trouve des rouges de pur minustellu ou de pur carcaghjolu neru et un blanc de brustianu. Un autre blanc passe trois semaines en macération pelliculaire. Storia di Signore fermente à la fois en fût, en jarre de grès, en œuf béton et en cuve inox.
Quelques cuvées confidentielles complètent la gamme. Bianca naît d’une complantation de genovese, riminese, carcaghjolu biancu et vermentinu, élevée 14 mois, surtout en œuf béton. Scelta existe en rouge et en blanc. Deux vins doux ferment la marche. Dolce Biancu est un muscat à petits grains. Dolce Rossu, dominé par l’aleaticu, passe plusieurs années en fûts de 500 litres.
Le sciaccarellu en fil rouge
Le sciaccarellu donne le ton des rouges et des rosés. Le domaine le décrit par sa robe peu soutenue et sa structure légère. Poivre, cassis et cerise dominent ses arômes. Le niellucciu apporte ses tanins et son potentiel de garde, le minustellu une couleur soutenue. En blanc, le vermentinu signe des vins floraux, amples et longs en bouche.
Les cuvées parcellaires sont vendangées à la main. Tribbiera et une partie de la gamme Culombu sont récoltées à la machine, tôt le matin. Tous les vins sont certifiés bio par Ecocert. Hors gamme Tribbiera, les fiches techniques précisent que les raisins sont issus de l’agriculture Demeter.

Corse Calvi, une appellation village de Balagne
Dix caves entre Calvi et L’Île-Rousse
L’AOP Corse Calvi s’étend en Balagne, entre Calvi et L’Île-Rousse. C’est l’une des cinq appellations « villages » de l’île, avec Sartène, Figari, Porto-Vecchio et Coteaux du Cap Corse. L’interprofession y recense 262 hectares et dix caves, toutes certifiées bio ou en conversion. Le Clos Culombu y travaille un terroir de granite que la famille tient pour typique de l’appellation.
Des cuvées en IGP et en Vin de France
Une partie de la production sort pourtant de l’appellation, en IGP Île de Beauté ou en Vin de France. L’interprofession des vins de Corse en donne la raison. Certains producteurs choisissent l’IGP pour des cuvées plus personnelles, issues de cépages autochtones absents des cahiers des charges des AOP.
Le Clos Culombu en fournit l’exemple. Le cualtacciu et le brustianu ne figurent pas au catalogue officiel des variétés de vigne. Une étude est en cours en vue de leur inscription. Storia di Brustianu est ainsi étiquetée Vin de France.
Du caveau à la fête du battage
Dégustations, visites et vieux millésimes
Le caveau reçoit toute l’année pour une dégustation des différentes gammes. Enrico, le sommelier du domaine, guide plusieurs formats de visite. Le premier fait découvrir la cave, un autre part de la parcelle Collection, un troisième ouvre de vieux millésimes. Christine emmène aussi les visiteurs en calèche, tirée par Bianca, jusqu’à la parcelle Maiù.
À côté de la salle de dégustation, A Cantina propose les vieux millésimes, l’huile d’olive du domaine et des produits d’artisans corses.
Expositions, Tribbiera et balades dans les vignes
Chaque année, l’espace d’accueil se transforme en lieu d’exposition. L’été, le domaine organise la Tribbiera, une soirée autour du battage du blé. On y bénit les bœufs avant les chants et la musique. Des circuits balisés de 5 à 16 kilomètres se parcourent en fat bike à travers la propriété. Les plus jeunes partent à dos d’âne entre vignes, oliviers et maquis.

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