Sant’Armettu
De l’ermite guérisseur aux quatre générations Seroin
Un lieu nommé d’après un soigneur par les plantes
Le domaine Sant’Armettu cultive ses vignes en bio dans le sud-ouest de la Corse, sur des coteaux qui dominent le golfe de Propriano. Il doit son nom à un ermite qui connaissait les plantes et avait le don de guérir. On venait le voir de loin. Le parler corse en a fait un saint, « Sant Armettu », et le lieu a gardé ce nom.
La famille Seroin s’y établit en 1964. Lucien Seroin et son fils Paul fondent la propriété. Paul choisit cette terre pour son calme, et plus encore pour ce qu’il pressent de ses sols. Le raisin part alors à la cave coopérative.
1996 : un ancien caviste crée la cave
Gilles Seroin, le fils de Paul, a d’abord été caviste, au contact de vignerons de France et d’ailleurs. Il rejoint l’exploitation en 1996, quand la coopérative qui achetait les raisins de son père s’apprête à fermer. Il crée alors sa propre cave. Tout ou presque reste à faire.
Le vignoble couvre à l’origine 11 hectares. Gilles Seroin le porte peu à peu à 40 hectares, en privilégiant les vieux cépages corses. Pendant près de trente ans, il pilote le domaine de la production jusqu’à l’export.

Guillaume et Jeanne, frère et sœur au domaine
La relève est là. Guillaume Seroin, ingénieur agronome et œnologue, a rejoint son père en 2020, après plusieurs expériences viticoles à travers le monde. Sa sœur Jeanne, ingénieure agronome elle aussi, est arrivée en 2025. Tous trois se réclament d’une même ligne : intervenir le moins possible.

Quarante hectares entre la vallée du Baracci et Tizzano
Des terrasses de granite face au golfe
Les vignes surplombent la haute vallée du Baracci, à quelques kilomètres en retrait de Propriano. Le vignoble est aménagé en terrasses, sur des coteaux d’arènes granitiques. Les embruns montent de la mer, et les montagnes voisines préservent les parcelles de la sécheresse. Prosper Mérimée a donné ces paysages pour décor à Colomba.

Le domaine travaille deux secteurs. Près des montagnes, le granite donne des vins que la famille décrit comme aériens, juteux et expressifs. Du côté de Tizzano, le sous-sol devient argileux : les vins y prennent de la chair et des arômes, avec une énergie inattendue.
Certaines vignes ont l’âge de la propriété. Le grenache de la cuvée Elegante a été planté en 1964. Le sciaccarellu de L’Ermite rouge et une parcelle de syrah datent de 1973.
En bio depuis 2018, certifié en 2021
Le domaine s’est engagé en agriculture biologique en 2018, sous le contrôle d’Ecocert. La certification est effective depuis 2021. Elle porte sur le raisin et le vin, et aussi sur les olives. La famille décrit un lieu riche en faune et en flore, et dit le travailler comme un équilibre fragile.
Le secteur nord de l’appellation Corse Sartène
Olmeto, Fozzano et Propriano comptent parmi les communes de la dénomination Corse Sartène. Le domaine en occupe le secteur nord. Reconnu dès 1968, le vin de Sartène est devenu en 1976 une dénomination de l’appellation Corse. Les sols y sont en majorité granitiques. Le sciaccarello, le nielluccio et le grenache en sont les cépages principaux en rouge et en rosé, le vermentino en blanc.
Au domaine, Rosumarinu et L’Ermite portent cette appellation. Minò, Myrtus, Burghese et Sensa Zolfu sortent en IGP Île de Beauté, une indication qui couvre toute l’île.
Les cépages corses, cuvée après cuvée
Cinq étages, de Minò à L’Ermite
La gamme monte par paliers. Minò, « le petit » en corse, l’ouvre dans les trois couleurs. Rosumarinu, le romarin, vient ensuite, puis Myrtus, la cuvée emblème de la maison. Burghese tient son nom des bourgeois de Sartène. L’Ermite, que la famille présente comme sa signature, renvoie à l’histoire du lieu.
Le sciaccarellu en fil rouge
Le sciaccarellu tient la première place. Il fait seul le Rosumarinu rouge, L’Ermite rouge et les rosés de la maison. Il compose 80 % du Myrtus rouge, complété par le minustellu et l’elegante, le nom corse du grenache. Burghese rouge y ajoute un peu de carcaghjolu neru. Dans Minò rouge, il partage l’assemblage avec le niellucciu et la syrah.
En blanc, le vermentinu domine partout. Il est seul dans Minò et dans L’Ermite blanc, une sélection parcellaire des hauts coteaux de Tizzano. Ailleurs, le genovese ou le biancu ghjentile le complètent, à hauteur de 10 à 20 %.
Vinifera, un vin par cépage
La famille parle d’un devoir de mémoire envers ces cépages longtemps délaissés. La gamme Vinifera le met en pratique : chaque cuvée y vient d’un seul cépage.
- Biancu ghjentile et genovese, en blanc
- Carcaghjolu neru, minustellu et elegante, en rouge
- Syrah, sur les arènes granitiques de Tizzano
Le minustellu y est décrit comme un cépage rustique, longtemps oublié. Le domaine cultive aussi le rimenese et l’aleaticu, deux autres variétés de l’île.
Solis, six cépages complantés et des amphores
Solis est le premier vin nature du domaine. Six cépages blancs y sont complantés sur une arène granitique : vermentinu, genovese, rimenese, paga debiti, carcaghjolu biancu et codivarta. Le raisin est récolté et pressé à la main. Il macère avec ses peaux, puis fermente en amphore, sans intrant ni contrôle de température. Le vin n’est pas filtré.

Au chai : foudres, demi-muids et peu d’intrants
Un double tri et des levures indigènes
Pour vinifier, Gilles Seroin et ses enfants disent s’être souvent inspirés du modèle bourguignon. La vendange est égrappée, puis triée deux fois, à la vigne et en cave. Myrtus rouge et L’Ermite fermentent en foudre avec leurs levures indigènes, sans intrants, et ne sont pas filtrés. Rosumarinu rouge et Sensa Zolfu, une syrah, sont vinifiés sans sulfites ajoutés.
Des élevages qui s’allongent avec la gamme
Les trois Minò et les Rosumarinu restent en cuve inox. Les cuvées supérieures passent en demi-muids ou en foudres : le domaine y cherche des arômes purs et des tanins affinés. Myrtus rouge y séjourne 12 mois, Burghese blanc 24 mois sur lies, Burghese rouge 30 mois.

Dans la gamme Vinifera, le minustellu et la syrah restent 24 mois en demi-muid, le carcaghjolu neru trois ans. L’elegante fait exception : neuf mois de cuve inox, pour garder le cépage intact.
Fruits rouges, poivre blanc et amers : le profil des vins
Les rouges de sciaccarellu jouent le fruit rouge et le poivre blanc. Rosumarinu en donne la version gourmande et soyeuse. Myrtus va plus loin dans les épices, avec une structure plus puissante que soutient le minustellu. L’Ermite montre un fruit plus mûr, fraise ou framboise, et s’épice à l’aération.
Les blancs s’appuient sur les fleurs blanches, les fruits à chair blanche et une tension que le domaine relie à la proximité de la mer. Burghese blanc finit sur des amers. Le rosé Myrtus, tiré par saignée après 48 heures d’infusion du rouge, est pensé pour la table.
Côté guides, le domaine fait état de quatre étoiles chez Bettane+Desseauve depuis 2019, et d’une deuxième étoile à La Revue du vin de France en 2024.
Huile d’olive, visites et dégustations
Trois variétés d’olives corses depuis 2008
Le domaine produit aussi de l’huile d’olive depuis 2008. Trois variétés y entrent : la zinzalla, la niellaghia et la ghjermana, cette dernière plantée du côté de Tizzano. Deux huiles en sortent. Spuma est un fruité vert, ardent, aux arômes d’amande et d’artichaut. Olealta, un fruité mûr, vient d’oliviers centenaires et tire vers la noisette.

Des vignes au chai, un domaine qui se visite
Sant’Armettu reçoit sur place, dans un point de vente ouvert toute l’année. La visite du domaine se réserve. Elle commence par une balade dans les vignes, passe par le chai de vinification et d’élevage, et s’achève par la dégustation de sept cuvées. Des ateliers vont plus loin, autour de la gamme Vinifera ou de vieux millésimes.
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