Yves Leccia - Vignes au pied d’un massif calcaire

Yves Leccia

Région viticole

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Corse

Bio

Quitter pour rester : le parcours d’Yves Leccia à Patrimonio

Œnologue en 1980, de retour sur l’île

Yves Leccia, vigneron bio à Poggio-d’Oletta, en Haute-Corse, est fils, petit-fils et arrière-petit-fils de vignerons. Son grand-père Napoléon, puis son père Pierre-Joseph, ont fait de l’exploitation familiale un domaine purement viticole. Les cépages de l’île y poussaient alors mêlés à d’autres, plus productifs, comme l’ugni blanc ou le cinsault.

Diplômé d’œnologie en 1980, il hésite entre parcourir le monde et rentrer travailler avec son père. Il rentre. Il en parle comme d’« un objectif, un devoir et un acte militant ». Il veut montrer qu’on peut vivre et travailler dignement en Corse, et y produire de bons vins.

Cet engagement déborde vite la cave. Yves Leccia devient secrétaire général du Syndicat des vins de pays, puis préside l’intersyndicale des AOC de Corse. Il chante aussi dans le groupe polyphonique A Filetta, dont il enregistre les premiers albums. En 1989, il doit choisir, et arrête la scène pour la vigne.

2004 : un domaine à son nom, avec Sandrine

Pendant près de vingt-cinq ans, il exploite le domaine familial avec sa sœur. En 2004, il le quitte pour fonder le sien avec son épouse Sandrine, issue de la viticulture alsacienne. Le vignoble compte alors 8 hectares : 6 au lieu-dit E Croce, 2 à Partinelone.

Le Guide Hachette des Vins l’a élu vigneron de l’année 2021 en Corse, avec un coup de cœur pour son Patrimonio E Croce 2017.

Yves Leccia - Portrait en noir et blanc du couple de vignerons, bouteille en main
Le domaine se présente à deux, une bouteille en main.

Un programme de restructuration, fondé sur la réintroduction d’anciens cépages, porte ensuite la surface à 15 hectares, dont 9 à Partinelone. Dès le départ, le couple mène deux gammes de front. D’un côté les appellations : Patrimonio dans les trois couleurs et Muscat du Cap Corse. De l’autre les cuvées YL, en vin de pays, où Yves Leccia assemble hors du cadre de l’AOC.

2023 : la sortie de l’appellation Patrimonio

En février 2023, Sandrine Leccia annonce que le domaine quitte l’AOC Patrimonio pour l’IGP Île de Beauté. La famille comptait pourtant parmi les fondateurs de cette appellation, reconnue en 1968, la première de Corse.

Elle avance deux raisons. La charge administrative d’abord, qui éloigne de la vigne et du chai. Le cahier des charges ensuite : il limite les blancs au vermentinu et impose au moins 90 % de niellucciu dans les rouges. Or, dit-elle, « aujourd’hui les gens ne veulent plus de vins aussi durs et structurés ».

La porte reste ouverte. « On ne crache pas sur l’AOP Patrimonio. Et rien n’empêche d’y revenir », précise Sandrine Leccia.

Les fiches techniques du domaine en gardent la trace. E Croce rouge 2022 et E Croce rosé 2023 sortent en IGP Île de Beauté. Le blanc 2025 et la cuvée Era Ora ! 2019 portent, eux, le nom de Patrimonio. Quant au Muscat du Cap Corse, il reste en AOC.

E Croce et Partinelone, deux lieux-dits sur socle de schistes

Des coteaux argilo-calcaires tournés vers le sud-ouest

Les vignes se répartissent entre deux lieux-dits. E Croce donne son nom à la gamme née de ses plus belles parcelles. Le sol y est argilo-calcaire sur socle de schistes, les coteaux regardent le sud-ouest. Partinelone, à Patrimonio, repose sur la même assise. Les cuvées YL et la plupart des cuvées patrimoniales en viennent.

Yves Leccia - Vallée de vignes et de maquis descendant vers la mer
Vignes et maquis, avec la mer au bout de la vallée.

Partout, la densité est de 4 000 pieds par hectare. La vendange se fait à la main, avec un tri des grappes. Les sols sont travaillés et reçoivent des amendements organiques. Le calendrier, lui, suit la sécheresse : en 2017, la récolte a commencé le 21 août, un record pour le vigneron.

Yves Leccia - Vendangeurs dans les rangs, un seau levé vers la benne
La vendange à la main : les seaux rejoignent la benne.

Biancu gentile, minustellu, sciaccarellu : les cépages replantés

En 2006, Yves Leccia plante du biancu gentile, un cépage blanc endémique. Le centre de recherche viticole de Corse venait de le tester sur de petites parcelles. Il poursuit avec deux rouges que cultivait son père, le minustellu et le sciaccarellu.

Ces variétés avaient été délaissées pour leur sensibilité aux maladies et leurs faibles rendements. Le vigneron retourne l’argument : elles sont adaptées au climat local, et il ne cherche plus les gros volumes. En 2011 sort la première cuvée patrimoniale, un pur biancu gentile devenu depuis L’Altru Biancu, « l’autre blanc ».

En 2021, il détaillait son encépagement sur 16 hectares. En rouge, 6 hectares de niellucciu, 3 de grenache, 1 de sciaccarellu et 1 de minustellu. En blanc, 3,5 hectares de vermentinu, 1 de biancu gentile et un demi-hectare de muscat à petits grains.

Le grenache, appelé ici « Alicante corse » ou « Elegante », a été replanté en mai 2018 sur une parcelle de Partinelone. Le domaine l’apprécie pour sa tolérance au manque d’eau. Les ceps ont été mis en terre à la main plutôt qu’à la machine, pour ne pas tasser le sol.

La recherche continue. Le domaine entretient une collection de cépages dans ses vignes et regarde désormais du côté du genovese, en blanc.

Bio depuis 2014, en conversion chez Biodyvin

Le domaine s’est engagé en agriculture biologique en 2014, sous le contrôle d’Ecocert. Après trois ans de conversion, il annonce sa certification en janvier 2018. « Un passage plus administratif que technique », résume Yves Leccia, pour qui le vignoble et la cave étaient déjà « dans les clous ».

L’étape suivante est en cours. Le domaine a rejoint en 2022 le syndicat Biodyvin, qui le classe encore « en conversion ». Il n’est donc pas certifié à ce jour : ses pratiques biodynamiques attendent la reconnaissance de l’organisme.

Des vins de cuve inox, et une seule exception en barrique

Douze cuvées en trois gammes

Le domaine range ses vins bio en trois familles, toutes issues de ses deux lieux-dits.

  • E Croce : un rouge (90 % niellucciu, 10 % grenache), un blanc de pur vermentinu, un rosé (80 % niellucciu, 20 % grenache) et le Muscat du Cap Corse
  • YL, en IGP Île de Beauté : un rouge porté par le grenache (80 %), un blanc de vermentinu et de biancu gentile, un rosé de niellucciu en pressurage direct
  • Cuvées patrimoniales : L’Altru Biancu, Biancu Marinu, O Bà !, Sciaccaremu et Era Ora !

O Bà ! veut dire « papa » en corse. Yves Leccia a dédié à son père cet assemblage à parts égales de minustellu, de niellucciu et de grenache. Son premier millésime est le 2015. Biancu Marinu marie le muscat à petits grains, vinifié en sec, au vermentinu. Sciaccaremu est un pur sciaccarellu, à macération très courte.

Levures indigènes, inox et élevages de six à douze mois

Blancs et rosés sont pressés dès la récolte, puis débourbés au froid pendant 24 heures. Ils fermentent en cuve inox à 18 °C, avec leurs levures indigènes. Ils ne font pas leur fermentation malolactique, ce qui conserve l’acidité du vin. L’élevage dure six mois, toujours en cuve.

Yves Leccia - Raisin blanc étalé à la main à la réception de la vendange
Le raisin blanc étalé à la main, à son arrivée à la cave.

Les rouges sont égrappés puis foulés. La cuvaison dure 12 à 15 jours entre 25 et 30 °C, avec un remontage par jour. Une fois la fermentation malolactique faite, ils passent douze mois en cuve inox.

Yves Leccia - Cuves inox alignées dans la cave
La cuverie inox, où se font fermentations et élevages.

Le Muscat du Cap Corse suit sa propre voie. Après une macération pelliculaire de 48 heures, un mutage à l’alcool neutre arrête la fermentation et garde une partie des sucres du raisin. Le domaine n’en élabore pas tous les ans.

Era Ora !, quand un Leccia se met au chêne

« Leccia » signifie « chêne » en corse, et le projet d’un vin élevé sous bois a pourtant longtemps été différé. Era Ora !, « il était temps », y met fin. La cuvée reprend les parcelles et l’assemblage d’E Croce rouge. Elle passe en revanche 18 mois en barriques de 500 litres, des fûts de chêne déjà utilisés. Le premier millésime est le 2014.

Yves Leccia reste prudent sur le sujet. « En matière d’élevage sous bois, j’ai encore beaucoup à apprendre, d’autant que ce n’est pas dans la tradition de notre région », disait-il en 2021.

Structure du niellucciu, droiture du vermentinu

Le vigneron décrit lui-même ses vins. Le rouge d’E Croce s’appuie sur le niellucciu « pour sa structure, sa profondeur, son potentiel ». Le domaine lui donne plus de vingt ans de garde. Le blanc de vermentinu joue « la pureté, le côté minéral, la droiture », avec un bouquet floral.

Les cépages replantés élargissent la palette. Le biancu gentile donne un blanc « plus gras, ample, miellé ». Le minustellu apporte de la couleur, peu de tanins et de la rondeur, ce qui l’accorde au niellucciu, plus austère. Les YL, eux, se veulent précis et gourmands, plus immédiats.

Avec les années, son goût a bougé. « Je vais vers des vins plus épurés », dit Yves Leccia. Ses cuvées se goûtent sur place, au domaine de Poggio-d’Oletta.

Yves Leccia - Le vigneron goûte un vin rouge
La dégustation d’un rouge, bouteille de la gamme YL au premier plan.

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Les autres domaines de la région Corse

  • Domaine Leccia

    Le Domaine Leccia cultive en bio 15 hectares de coteaux à Poggio-d’Oletta, dans l’appellation Patrimonio, à trois kilomètres du golfe de Saint-Florent. Fondé en 1900, il est passé d’Annette Leccia à son neveu Lisandru, qui l’a rejoint en 2015, et s’est engagé en bio dès 2008. Le niellucciu, le vermentinu et le muscat à petits grains y donnent trois gammes, du Patrimonio à l’IGP Île de Beauté. Son Muscat du Cap Corse 2019 a reçu un coup de cœur du Guide Hachette des Vins 2021.

  • Domaine de Granajolo

    Le Domaine de Granajolo cultive 20 hectares de vignes sur les coteaux d’arène granitique de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, en appellation Corse Porto-Vecchio. André et Monika Boucher les ont plantés en 1974 et conduits en bio dès l’origine, avec une première certification en 1987. Leur fille Gwenaële Boucher, œnologue, a replanté le vignoble et vinifie au domaine depuis 2003. Ses onze vins mettent en avant niellucciu, sciaccarellu, vermentinu et minustellu, le plus souvent vinifiés seuls.

  • Domaine Maestracci

    Le Domaine Maestracci s’étend sur une trentaine d’hectares à Feliceto, dans la haute vallée du Reginu, en appellation Corse Calvi. La propriété familiale remonte à 1893, et Camille-Anaïs Raoust, cinquième génération, la dirige depuis 2014. Engagé en bio en 2016, le vignoble est certifié Demeter à partir du millésime 2019. Niellucciu, sciaccarellu, grenache et vermentinu y donnent cinq gammes, des vins de fruit de Clos Reginu aux rouges de garde de Villa Maestracci.

  • Clos Signadore

    Le Clos Signadore est un domaine bio de Patrimonio, créé en 2001 à Poggio-d’Oletta par Christophe Ferrandis, Marseillais passé par le Château de Pibarnon. Une dizaine d’hectares de vigne sont plantés uniquement en cépages corses, le niellucciu et le vermentinu dominant sur les marno-calcaires du clos. Depuis 2016, un second vignoble à Borgo, sur la côte orientale, donne les cuvées Inizia, issues de cépages complantés qui fermentent ensemble. Converti en bio en 2010, le domaine vendange à la main et vinifie sans levures sélectionnées.

  • Sant’Armettu

    Sant’Armettu cultive 40 hectares de vignes en bio entre la vallée du Baracci et Tizzano, dans le secteur nord de l’appellation Corse Sartène. La famille Seroin y est installée depuis 1964 : Gilles a créé la cave en 1996, puis ses enfants Guillaume et Jeanne l’ont rejoint. Le sciaccarellu et le vermentinu y côtoient des cépages corses longtemps délaissés, vinifiés un par un dans la gamme Vinifera. Engagé en bio en 2018, le domaine élève ses cuvées hautes en foudres et en demi-muids, et produit aussi de l’huile d’olive.

  • Clos Culombu

    Le Clos Culombu cultive 64 hectares de vignes à Lumio, en Balagne, sur les arènes granitiques de l’appellation Corse Calvi. La famille Suzzoni y plante ses premières vignes en 1973, et Paul-Antoine conduit le domaine depuis 2016. Certifié bio par Ecocert après une conversion engagée en 2010, le vignoble porte le label Demeter depuis 2018. Ses 22 cépages, dont plus d’un quart de variétés corses longtemps délaissées, nourrissent quatre gammes, de Tribbiera aux éditions limitées Storia di.

  • Clos Canarelli

    Le Clos Canarelli cultive ses vignes en biodynamie à Figari, à la pointe sud de la Corse, au pied de l’Omu di Cagna. Yves Canarelli y a réintroduit des cépages corses devenus rares, minustellu, carcagholu neru et genovèse, aux côtés du sciaccarellu, du niellucciu et du vermentinu. Certifié bio depuis 2002 et labellisé Biodyvin, le domaine travaille et vendange à la main sur le granite et l’argilo-calcaire. Il élabore quinze cuvées, assemblages ou parcellaires, et presse l’huile de ses oliviers dans son propre moulin.

  • Domaine Comte Abbatucci

    Le Domaine Comte Abbatucci cultive 21 hectares d’arènes granitiques dans la vallée du Taravo, à Casalabriva, en Corse-du-Sud. Jean-Charles Abbatucci y travaille en biodynamie depuis 2000, et le domaine est certifié Demeter et adhérent de Biodyvin. Le vignoble garde les 18 cépages corses que son père Antoine avait commencé à rassembler en 1965, du carcajolo nero au barbarossa. Pour les assembler librement, le domaine a quitté l’AOC Ajaccio et sort tous ses vins en Vin de France, de la gamme Faustine aux cuvées Collection.

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