Domaine Pignier - Vignes à l’automne, face aux collines et aux prés du Jura

Domaine Pignier

Région viticole

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Jura

BioDemeter

Les Pignier, vignerons de Montaigu depuis 1794

Un cellier bâti par les Chartreux

Le Domaine Pignier cultive 12 hectares de vignes en AOC Côtes du Jura à Montaigu, aux portes de Lons-le-Saunier. C’est la seule exploitation viticole professionnelle encore en activité sur la commune. Bio depuis 2002, le vignoble est conduit en biodynamie et certifié Demeter depuis 2003.

L’histoire commence avec les moines chartreux. Au XIIIe siècle, ils sont les premiers à cultiver la vigne sur ces coteaux du Revermont. Ils y construisent aussi des caves gothiques. Leur souvenir reste attaché au caveau historique du domaine, la cave des Chartreux.

À la Révolution, les moines partent en exil et le domaine est vendu comme bien national. La famille Pignier l’achète en 1794. Depuis, les mêmes terres passent d’une génération à l’autre sans changer de lignée.

Du grand-père Léandre à la huitième génération

Le XXe siècle a bien failli emporter la vigne. Les deux guerres mondiales et le phylloxéra ruinent le vignoble jurassien. Le grand-père, Léandre Pignier, se replie sur la polyculture et ne garde que 2 hectares de vignes. En 1970, Paulette et François Pignier laissent la polyculture, replantent 5 hectares et refont de la famille des vignerons à part entière.

Leurs trois enfants s’installent entre 1984 et 1995, et partagent la gestion du domaine depuis 1991. Marie-Florence tient l’accueil, les commandes et l’administratif. Antoine veille sur la vigne et sur l’élevage des vins. Jean-Étienne fait le lien entre les rangs de vigne et le service commercial.

Thibaut, le fils d’Antoine, a grandi dans les vignes. Après l’école viticole et quelques essais dans d’autres vignobles, il a rejoint ses parents. Il représente la huitième génération et reprend leur règle : ne vendre que le vin de leurs propres raisins.

Domaine Pignier - Thibaut Pignier, huitième génération de la famille, dans les rangs de vigne
Thibaut Pignier, fils d’Antoine, huitième génération au domaine.

Douze hectares sur les marnes de deux reculées

Montaigu se tient sur un piton rocheux, au bord du premier plateau du Jura. Le village sépare deux reculées, ces vallées qui s’enfoncent dans la montagne. Le val de Sorne s’ouvre au sud, le val de Vallière côté soleil levant. Toutes les vignes du domaine sont sur la commune, près des caves, entre 250 et 400 mètres d’altitude.

Les sols changent du haut en bas des pentes : marnes du lias et du trias, keuper, calcaires à gryphées, éboulis. Autour des parcelles, la famille garde les talus, les bosquets, les vergers et les pâturages. Le vignoble se répartit sur trois lieux-dits principaux.

Les Gauthières, un coteau rendu à la vigne

Au sud du village, dans le val de Sorne, Les Gauthières regardent le sud-est, le sud et le sud-ouest. Au sommet affleurent des calcaires gréseux à gryphées du sinémurien, riches en fossiles. À mi-pente viennent les grès et les marnes noires du rhétien, puis en bas les marnes irisées du keuper.

Ancienne propriété des moines, le coteau était abandonné depuis la Première Guerre mondiale, et ses sols n’ont jamais reçu d’intrants chimiques. Les Pignier l’ont racheté parcelle après parcelle. Le savagnin et le trousseau occupent le milieu et le haut. Le chardonnay, en bas, sert à une partie des crémants.

Ils y recréent les parcelles d’autrefois, rouvrent les anciens drains et remontent les murs en pierre sèche. Arbres fruitiers, osiers et nichoirs pour les oiseaux et les chauves-souris accompagnent les 6 hectares de vignes. Les terres voisines, achetées pour tenir à l’écart toute exploitation polluante, sont louées à des éleveurs de vaches montbéliardes et de chevaux.

Domaine Pignier - Mur en pierre sèche restauré sous un coteau de vignes à Montaigu
Un mur en pierre sèche remonté au pied des vignes.

Le sentier de grande randonnée GR59 traverse la parcelle le long d’un mur restauré. Il passe près d’un ancien lavoir du XIIIe siècle, alimenté par une source qui coule même dans les périodes les plus sèches.

Derrière la ville et En Boivin

Sous les remparts sud du village, Derrière la ville ne couvre que 55 ares. C’est la plus petite parcelle du domaine, et une parcelle historique pour la famille. Calcaires marneux en haut, colluvions limoneuses en bas, débris calcaires partout : le trousseau y mûrit à l’abri des vents du nord.

De l’autre côté, En Boivin s’ouvre à l’est et au nord-est sur le val de Vallière. Ses 5,5 hectares de vignes sont entourés de parcs pour les bovins, les ânes et les chèvres, de bosquets et de trois mares. Le haut, sur calcaires marneux et éboulis du bajocien, donne le crémant. Le bas, argilo-limoneux, porte le chardonnay et le gamay blanc.

C’est là que pousse la vigne la plus ancienne du domaine, sur des marnes micacées du lias si lourdes qu’elles épuisent à la pioche. Les Chartreux y avaient planté du chardonnay. Elle donne aujourd’hui la cuvée emblématique de la maison, le Cellier des Chartreux.

De la chimie des années 1970 à la biodynamie

Des premiers préparats à la certification Demeter

Dans les années 1970, les parents avaient suivi la règle de l’époque : désherbants et produits de synthèse. Devenus adultes, leurs enfants constatent que ces produits ne font pas de bons vins. À la reprise du domaine, contre l’avis de leur père, ils reviennent aux méthodes de Léandre : désherbage thermique, travail des sols, baisse progressive des traitements chimiques.

Deux rencontres orientent la suite, celle du géologue Yves Hérody, puis celle de Pierre Masson, formateur en biodynamie. En 1998, les premiers préparats arrivent sur la parcelle En Boivin. En 2002, tout le vignoble passe en biodynamie, et le premier contrôle Demeter a lieu en 2003. L’engagement en agriculture biologique auprès d’Ecocert date lui aussi de 2002.

Pour la famille, le plus dur n’a pas été de libérer les terres des résidus chimiques. Il a fallu changer de repères : revoir la lutte contre les maladies, l’organisation du vignoble et la vinification. Il a fallu aussi accepter un surcoût de production et des rendements plutôt modérés.

Bouse de corne, tisanes et calendrier lunaire

Le vignoble reçoit régulièrement la bouse de corne (500P) et la silice (501). S’y ajoutent des tisanes de prêle, de bardane, de reine-des-prés ou d’ortie, parfois accompagnées de petit-lait. Avec les années, la famille constate des vignes plus résistantes et des récoltes de qualité plus régulière.

Domaine Pignier - Feuilles de bardane suspendues pour le séchage, avant les tisanes de la vigne
La bardane mise à sécher avant de servir aux tisanes.

Le sol garde un couvert herbacé en permanence. Le fumier s’épand à l’automne, quelques griffages et roulages suivent, mais il n’y a pas de labour : seul le piochage manuel autour des ceps demeure. Des engrais verts (seigle, féverole, pois fourrager, trèfle blanc et trèfle incarnat) couvrent les rangs.

Tous les travaux suivent le calendrier lunaire. Cela vaut à la vigne comme en cave, où soutirages et mises en bouteille tombent un jour fruit, fleur ou racine selon la cuvée.

Une pépinière de vieux cépages jurassiens

Depuis 25 ans, les Pignier sélectionnent leurs propres plants et recherchent les cépages francs-comtois d’avant le phylloxéra. Toutes leurs plantations se font en sélection massale, avec des plants issus de leur pépinière privée. Les vignes sont de plus en plus complantées.

Le trousseau compte quatre sélections : trousseau noir, gros trousseau, trousseau à la dame et une sélection maison. Le chardonnay garde sa vieille souche locale, le « gamay blanc », et une sélection appelée « melon à queue rouge ». Les rouges s’appuient sur une collection de huit vieux cépages antérieurs aux AOC, dont l’enfariné, qui apporte de l’acidité.

Domaine Pignier - Grappes d’enfariné, vieux cépage noir du Jura conservé en complantation
L’enfariné, un des vieux cépages rouges gardés par la famille.

La taille se fait surtout en guyot simple, et quelques parcelles plantées à 10 000 pieds par hectare sont taillées très court. Effeuillage et éjetonnage se font à la main. Une dizaine de collaborateurs travaillent la vigne de la fin de l’hiver au début de l’été. Puis plus de vingt vendangeurs récoltent à la main, avec un tri dans les rangs.

Des vins de voile aux jarres de terre cuite

Savagnin, vin jaune et Cellier des Chartreux

Les vins de voile restent la signature de la maison. Ils vieillissent sans ouillage dans les caves du XIIIe siècle, à 13 °C. Un voile se forme à la surface du vin, le protège de l’air et lui donne ses arômes de noix et de noisette.

Domaine Pignier - Fûts de chêne alignés sous les voûtes d’ogives de la cave
Les fûts sous les voûtes d’ogives, où s’élèvent les vins de voile.

Le Cellier des Chartreux, chardonnay d’En Boivin, passe 36 mois sous voile en pièces de chêne. Le savagnin y reste 60 mois, et le vin jaune sept ans avant sa mise en bouteille de 62 cl. Le domaine annonce une trentaine d’années de garde pour le Cellier des Chartreux comme pour le savagnin.

À côté, des blancs ouillés montrent le fruit des cépages. Le Chardonnay de la Reculée joue sur les fleurs blanches, le Gamay blanc vient du lieu-dit En Tappe, le Sauvageon est un savagnin élevé en œuf. Le GPS réunit gamay blanc, poulsard, savagnin et vieux cépages complantés, vinifiés ensemble sans soufre ajouté.

Des œufs, des jarres et les levures du lieu

La cave suit la même ligne que la vigne : ni chaptalisation, ni levurage. Les vignes étant toutes proches, le raisin arrive vite au chai et fermente avec les levures indigènes. La famille vise des vins sans soufre et n’en ajoute parfois que d’infimes doses à la mise en bouteille.

Pour vinifier à l’aise, elle a acquis en 1986 la cave de Lacuzon, en plein village. Aux foudres et aux pièces de chêne se sont ajoutées en 2012 des cuves œufs en béton, puis une cuve « diamanté » italienne. En 2014 sont arrivées les premières jarres en terre cuite, suivies de dolias, d’amphores et d’œufs en grès.

Domaine Pignier - Jarres en terre cuite installées au chai
Des jarres en terre cuite, utilisées au chai depuis 2014.

Rouges parfumés, crémants non dosés et vin de paille

Les rouges viennent des Gauthières et de Derrière la ville. Le poulsard, peu coloré et très parfumé, n’est pas produit tous les ans. Le gel, une floraison difficile ou la sécheresse privent parfois la famille de récolte. Le trousseau, autour de 28 hl/ha, donne un vin fruité et poivré, et une cuvée parcellaire porte le nom des Gauthières.

Les crémants du Jura sortent sans aucun dosage. Le brut nature assemble chardonnay et pinot noir après au moins 18 mois sur lattes. « L’autre », pur chardonnay, y reste plus de trois ans dans les vieilles caves fraîches.

Le vin de paille réunit chardonnay, savagnin, poulsard, trousseau et quelques vieux cépages des Gauthières. Les raisins sèchent sur la paille ou suspendus tout l’hiver, et 100 kilos donnent environ 15 litres de jus. Deux macvins du Jura, blanc et rouge, une fine et un marc complètent la gamme.

Côtes du Jura, au-dessus de Lons-le-Saunier

Le village de Rouget de Lisle et de Lacuzon

Montaigu offre une vue plongeante sur Lons-le-Saunier. Le village a vu grandir Rouget de Lisle, le compositeur de La Marseillaise. Le capitaine Lacuzon, héros de l’indépendance comtoise au XVIIe siècle, y a résidé. Le domaine a son siège sur la place qui porte le nom du compositeur, et sa cave de vinification celui du capitaine.

L’essentiel des vins relève de l’AOC Côtes du Jura, complétée par le Crémant du Jura et le Macvin du Jura. Sur les pentes des reculées, les marnes du lias et du trias leur donnent la typicité du terroir jurassien. Les Pignier cherchent à l’exprimer lieu-dit par lieu-dit.

Vignerons exclusifs, ouverts aux autres bios

La famille se dit « vignerons exclusifs ». Elle refuse d’ajouter à sa récolte le travail d’un confrère, même les années de manque. Tout ce qu’elle met en bouteille vient de ses propres vignes.

Depuis 2007, le domaine est membre du groupe Renaissance des appellations. Il fait aussi partie du collectif des vignerons bios jurassiens, qui organise chaque printemps le salon Le Nez dans le Vert. Au domaine, le caveau reçoit les visiteurs pour la vente directe.

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Les autres domaines de la région Jura

  • Domaine du Château d’Arlay

    Le Domaine du Château d’Arlay cultive 22 hectares de vieilles vignes en AOC Côtes du Jura, d’un seul tenant et plein sud, sur la colline de son ancienne forteresse. Les cinq cépages du Jura y poussent sur des marnes grises du Lias, du pinot noir au savagnin. Engagé en bio chez Ecocert depuis 2021, le domaine pratique toutes les vinifications jurassiennes, sauf la champagnisation. Sa gamme va du vin jaune au vin de paille, en passant par le Corail, les Macvins et deux eaux-de-vie.

  • Domaine de Montbourgeau

    Le Domaine de Montbourgeau cultive 11 hectares à L’Étoile, dans le Jura, où la même famille se transmet les vignes depuis 1920. César et Baptiste Deriaux, quatrième génération, l’ont engagé en bio fin 2022. Sur des marnes semées de fossiles en étoile, chardonnay et savagnin donnent des blancs sous voile ou ouillés, et un vin jaune mis en bouteille après sept ans. Le vin de paille, séché sur claies jusqu’à Noël, a reçu trois coups de cœur d’affilée au Guide Hachette.

  • Domaine des Pentacrines

    Clarisse Nunez et Jean-Marie Grandvaux ont créé le Domaine des Pentacrines en 2022 à Pannessières, près de Lons-le-Saunier. Le couple cultive en agriculture biologique 6 hectares de Côtes du Jura, surtout en chardonnay et en savagnin, sur des vignes de 40 à près de 100 ans. Tisanes de plantes et préparations biodynamiques y limitent le cuivre et le soufre, et les vins fermentent en levures indigènes avant une mise sans filtration. Les élevages durent jusqu’à plus de 24 mois en fûts anciens, et le poulsard 2022 a reçu 92/100 chez Gault&Millau.

  • Domaine de la Bougarde

    Seul domaine viticole d’Offlanges, dans le nord du Jura, le Domaine de la Bougarde y fait revivre la vigne depuis 1974. Maxime Guelle a repris en 2023 les 11 hectares familiaux et les a engagés la même année en agriculture biologique. Ses vins sortent en IGP Franche-Comté, sur les sols acides du massif de la Serre, hors de l’AOC du Jura. La gamme mêle Chardonnay, Pinot gris, Savagnin ouillé, rouges légers de Pinot noir et de Gamay, et perlants élaborés en méthode traditionnelle.

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