Le Clos des Nines
Sommaire
- Les Nines, trois filles et une reconversion
- Une vigneronne venue d’ailleurs
- Deux ans et demi pour trouver le vignoble
- Nines, Niño, Obladie : la famille sur les étiquettes
- Dix hectares d’un seul tenant sur les Collines de la Moure
- Entre Villeveyrac, Montbazin et Poussan
- Fossiles d’huîtres, sables et bauxite
- Languedoc, Grés de Montpellier et Collines de la Moure
- Restructurer le vignoble, puis passer en bio
- La moitié des vignes arrachée
- Engagé en bio en 2013, certifié en 2016
- Des vendanges à la main, le matin
- Neuf vins et deux huiles d’olive
- Pulp et Niño, à boire sur le fruit
- Obladie, L’Orée et O du Clos en appellation
- Le Mour, Cinso Loco et Ouate, les pas de côté
- Lucques et Picholine, rescapées du gel de 1956
- Un chai en bois à Fabrègues
- Un caveau au bord de la départementale
- Déguster au caveau, trouver les vins ailleurs
Les Nines, trois filles et une reconversion
Une vigneronne venue d’ailleurs
Le Clos des Nines, domaine bio de l’Hérault, est né d’une reconversion. Isabelle Mangeart n’est pas née en Languedoc et ne vient pas du milieu viticole. Elle s’installe dans la région en famille à la fin des années 1990. Elle y est séduite par la lumière, les paysages et la culture viticole.
Elle suit alors une formation en viticulture et œnologie à Montpellier. Sur le terrain, auprès de vignerons expérimentés, elle apprend la taille, les travaux du cycle végétatif et la vinification. Avant de trouver ses vignes, elle travaille pour l’Abbaye de Valmagne, le Mas Mortiès et le Domaine de la Prose.
Elle a rencontré son mari, Christian Marbler, à la London Business School. Lui a fait carrière dans le commerce du vin. Il est passé par Bouchard Père et Fils en Bourgogne, puis par Skalli et Gérard Bertrand en Languedoc.
Deux ans et demi pour trouver le vignoble
Le couple part à la recherche d’un vignoble. Isabelle s’est fixé des critères stricts : des vignes d’un seul tenant, en appellation et près d’une grande ville. Elle aurait aimé le Pic Saint-Loup, mais s’y faire une place en venant d’ailleurs n’avait rien de simple. La recherche dure deux ans et demi.
Fin 2002, elle achète une petite exploitation d’environ 10 hectares entre Montpellier et Sète. Les vignes appartenaient à un coopérateur qui partait à la retraite. Sa première saison de taille commence aussitôt, et le premier millésime du domaine est le 2003.
Nines, Niño, Obladie : la famille sur les étiquettes
Le domaine trouve son nom lors de sa première vendange. En langue d’Oc, les « nines » sont les filles : c’est un clin d’œil aux trois filles du couple. Elles sont nées à Paris, à Beaune puis à Montpellier, au fil du chemin de la famille vers le sud.
Le dernier enfant est un garçon, d’où le nom du rosé, Niño. Le blanc Obladie doit le sien à une chanson des Beatles. Quant à Ouate, il se lit comme l’anglais « What! ».
Dix hectares d’un seul tenant sur les Collines de la Moure
Entre Villeveyrac, Montbazin et Poussan
Le vignoble forme un seul bloc de 10 hectares, dans un triangle entre Villeveyrac, Montbazin et Poussan. Il compte 8 hectares de vignes et 2 hectares d’oliviers, au milieu de la garrigue des Collines de la Moure. Des murets en pierres sèches l’entourent, et une capitelle le domine.
La mer est à environ 7 kilomètres à vol d’oiseau, face à l’étang de Thau. À l’horizon, on aperçoit la Méditerranée et le mont Saint-Clair de Sète. Le vignoble s’étend à 70 mètres d’altitude, le long d’un couloir venteux.
Isabelle n’a pas de voisins, seulement de la garrigue. Elle y décrit oliviers, chênes, fenouil, laurier et thym. Selon elle, cet ensemble donne aux raisins des arômes particuliers.




Fossiles d’huîtres, sables et bauxite
Les sols reposent sur un bassin kimméridgien. Ils sont parsemés d’huîtres fossilisées et de galets calcaires, et deux parcelles se trouvent sur des grès rouges. Isabelle dit avoir appris à connaître ses sols saison après saison.
Chaque couleur a sa place. Les rouges poussent sur des sols argilo-calcaires, qui préservent l’acidité potentielle des raisins. Les blancs sont plantés sur des sols limono-sableux, qui drainent bien l’eau. En 2016, sur la radio locale, Isabelle précisait : le grenache sur les sables, le cinsault sur la bauxite, la syrah sur l’argilo-calcaire.

Languedoc, Grés de Montpellier et Collines de la Moure
Le terroir est classé en AOP Languedoc et Grés de Montpellier. Les Grés de Montpellier ont été reconnus en 2003 comme dénomination de l’AOC Coteaux du Languedoc, devenue AOC Languedoc en 2007. En occitan, les « grés » désignent les terres de coteaux pauvres et caillouteuses.
Cette appellation est réservée aux vins rouges. Elle repose sur le grenache, le mourvèdre et la syrah, avec le carignan, le cinsault et le morrastel en appoint. Poussan, Montbazin et Villeveyrac font partie de son aire. Fabrègues, où se trouve le chai, figure dans l’aire de proximité immédiate, où la vinification est permise.
Plusieurs cuvées sortent en vin de pays. Les Collines de la Moure sont l’une des unités géographiques de l’IGP Pays d’Hérault. Cette unité couvre entre autres Poussan, Villeveyrac, Montbazin et Fabrègues.
Restructurer le vignoble, puis passer en bio
La moitié des vignes arrachée
Le domaine hérite de carignan, d’alicante, de cinsault, de grenache et de syrah. Durant les trois premières années, Isabelle arrache la moitié des vignes pour restructurer le vignoble. Elle laisse les parcelles fatiguées en jachère quatre ans avant de replanter.
Sur ces parcelles arrivent le mourvèdre et les cépages blancs : grenache blanc, roussanne, vermentino et viognier. Elle installe aussi un palissage, pour une meilleure maturation des baies. Le domaine cultive aujourd’hui dix cépages méridionaux, muscat à petits grains compris. Ses vieux carignans, eux, dépassaient déjà 80 ans en 2016.
Engagé en bio en 2013, certifié en 2016
Isabelle abandonne l’historique « chimique » du domaine. Elle commence en agriculture raisonnée, puis passe en bio. Son engagement auprès d’Ecocert date d’août 2013, et la certification Agriculture biologique est acquise le 2 novembre 2016. Les oliviers sont eux aussi conduits en bio.
Aucun produit de synthèse n’entre dans le sol ni sur la plante. Les traitements se limitent au soufre, au cuivre et à un peu d’essence d’écorces d’orange, pour ses vertus antifongiques. Chaque automne, les sols reçoivent du compost bio. Le travail du sol reste limité au strict nécessaire : les vers de terre font le reste.
Des vendanges à la main, le matin
Le travail se fait à la main, de la taille à la récolte, et les rendements sont naturellement faibles. Les vendanges s’étalent sur cinq à six semaines, selon la maturité des cépages. Elles ont lieu de préférence le matin, pour préserver la fraîcheur des baies.
Si nécessaire, les raisins sont triés à la vigne. En cave, une hygiène stricte permet de limiter l’utilisation des sulfites. Isabelle privilégie une intervention minimale et une extraction légère.
Neuf vins et deux huiles d’olive
Pulp et Niño, à boire sur le fruit
Les deux Pulp sortent en vin de pays des Collines de la Moure. Leur nom évoque la pulpe d’un fruit frais dans lequel on croque. Le blanc assemble vermentino, viognier et muscat. Le rouge repose sur 80 % de carignan, complété de syrah et de grenache. Ce sont les cuvées des copains, à boire jeunes.
Niño, rosé en AOP Languedoc, assemble 80 % de cinsault et 20 % de grenache noir. Les raisins sont pressés en direct, comme pour un vin blanc. Le cinsault y apporte la délicatesse des petites fraises des bois. Le domaine le conseille de l’apéritif aux grillades.
Obladie, L’Orée et O du Clos en appellation
Obladie est le blanc en AOP Languedoc, dont le premier millésime date de 2008. Il assemble 40 % de grenache blanc, 30 % de roussanne, 20 % de vermentino et 10 % de viognier. Une partie est élevée 8 mois en barriques neuves. Le domaine le décrit frais en attaque, intense en bouche, avec une finale épicée.
L’Orée, en AOP Languedoc, est le vin de terroir du domaine. Il réunit 50 % de grenache, 25 % de syrah et 25 % de cinsault. Isabelle y retrouve la garrigue environnante, des notes fumées et chocolatées, et une bouche souple.
O du Clos, en AOP Grés de Montpellier, est la grande cuvée. Il assemble 80 % de syrah et 20 % de grenache, élevés 18 mois en barriques.
Le Mour, Cinso Loco et Ouate, les pas de côté
Le Mour assemble 70 % de mourvèdre et 30 % de vieux carignan. Isabelle avait planté le mourvèdre pour poivrer ses assemblages, sans penser en tirer un vin à part. Le résultat l’a fait changer d’avis.
Cinso Loco, 100 % cinsault, vient de vignes de 40 ans. Fruits rouges et soupçon de poivre : le domaine en parle comme de son « pinot » languedocien. Ouate, lui, naît de raisins surmûris, vinifiés longtemps après la fin des vendanges. Ce vin doux, en bouteille de 50 cl, accompagne le chocolat ou le foie gras.
Lucques et Picholine, rescapées du gel de 1956
Les 2 hectares d’oliviers comptent quatre variétés. La lucques et la picholine, en production, viennent de vieux arbres rescapés du terrible gel de l’hiver 1956. Au début de l’aventure, Christian a planté deux anciennes variétés locales, la rougette de Pignan et la violette de Montpellier. Il faudra encore patienter avant leur première récolte.
Les deux huiles monovariétales sont obtenues par pressurage direct à froid. Elles sont conditionnées en bouteilles de grès, à l’abri de la lumière. La picholine est ardente et poivrée, sur des arômes d’herbes fraîches. La lucques, ronde et douce, évoque l’amande, l’artichaut et le foin. Après une récolte insuffisante, elles peuvent manquer à la vente.
Un chai en bois à Fabrègues
Un caveau au bord de la départementale
Isabelle n’a pas obtenu de permis de construire près de ses vignes. Le chai s’est donc installé à Fabrègues, au bord de la départementale 613, entre Sète et Montpellier. Le vignoble n’est qu’à vingt minutes de tracteur. Construit vers 2014, le bâtiment est en bois dehors, et marie verre, métal et bois dedans.
À l’entrée, le comptoir est fait de douelles d’anciennes barriques. Il a été réalisé par le créateur Bopalett, à Saint-Rémy-de-Provence.
Déguster au caveau, trouver les vins ailleurs
Isabelle et Christian reçoivent au caveau. Les horaires varient selon la saison, et le domaine invite à prendre rendez-vous. L’accueil se fait en français, en anglais et en allemand, pour des visites individuelles ou de groupe, libres ou guidées.
Les vins se trouvent aussi chez des cavistes et des restaurateurs, en France et à l’étranger. Le domaine indique volontiers l’adresse la plus proche de chez soi. Isabelle Mangeart fait partie des Vinifilles, l’association de femmes vigneronnes d’Occitanie, et le domaine figure à l’annuaire des Vignerons Indépendants.
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