Vigne de Signols - Rangs de mansois au printemps, entre herbes fleuries et arbres en fleur

Vigne de Signols

Région viticole

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Sud-Ouest

BioDemeter

De la scène à la colline de Signols

La Vigne de Signols est une micro-exploitation de l’appellation Marcillac, dans l’Aveyron. Sur la commune de Conques-en-Rouergue, Yvan-Marie Rufié cultive 3 hectares de vignes en terrasses, plantées en mansois, le nom local du fer servadou. Le domaine est engagé en bio depuis 2011 et certifié Demeter pour sa biodynamie. Il produit des vins nature, sans aucun sulfite ajouté.

Un fils de mineur revenu sur la colline de son enfance

Yvan-Marie Rufié est né ici, fils de mineur du bassin de Decazeville. Enfant, il gardait les vaches de son grand-père sur la colline de Signols : des pâtures libres, des bois-taillis, des chemins creux. Ce grand-père cultivait, comme beaucoup dans les campagnes, quelques pieds de vigne pour la table familiale. Rien de plus.

La Vigne de Signols n’est donc pas un héritage. C’est une reconversion, menée bien après une première vie consacrée à la musique et au spectacle.

Obsession, un orchestre aveyronnais fondé en 1975

En 1969, il renonce à l’enseignement de l’histoire pour une vie de saltimbanque. En 1975, il crée l’orchestre aveyronnais Obsession, dont les spectacles mêlent danse, chant et comédie avec une vingtaine de personnes sur scène. La troupe monte aussi un opéra populaire, Les Frères du Silence, sur les cathares et les templiers, à Sainte-Eulalie-de-Cernon, cité templière du Larzac.

Suivent des rétrospectives musicales, une relecture de Starmania, puis en 2017 un hommage à Johnny Hallyday. Le vigneron résume son tempérament d’une formule : « L’envie, c’est l’impulsion, pas la réflexion ! » C’est avec cet état d’esprit qu’il s’est lancé dans la vigne.

Vigne de Signols - L’orchestre aveyronnais Obsession, fondé par Yvan-Marie Rufié, en concert
L’orchestre Obsession, créé par Yvan-Marie Rufié en 1975.

Une vigne plantée de 2008 à 2014

Tout en haut de la colline, il plante sa vigne entre 2008 et 2014. Elle occupe 3 hectares de terrasses au milieu d’une propriété de 12 hectares, restée en prairies et en bois-taillis. Le domaine est parti de rien, et le métier s’apprend en chemin. Lui-même dit avancer « pas à pas, avec détermination et humilité ».

L’association Vendanges Solidaires l’a accompagné pour rénover et isoler la grange dans le respect des matériaux traditionnels, et pour aménager la cave sur plusieurs niveaux.

Le mansois sur les rougiers du vallon de Marcillac

Un vignoble né autour de l’abbaye de Conques

Le vignoble de Marcillac s’est développé au Xe siècle sous l’impulsion des moines de l’abbaye de Conques. Le cartulaire de l’abbaye mentionne des vignes dans le vallon dès 918. Reconnu en vin délimité de qualité supérieure en 1965, Marcillac devient appellation d’origine contrôlée en 1990. Saint-Cyprien-sur-Dourdou, l’ancienne commune où se trouve Signols, fait partie de son aire.

L’appellation produit des rouges et des rosés. Son cahier des charges impose au moins 90 % de fer servadou dans l’encépagement, un cépage du Sud-Ouest que l’on appelle ici mansois, de l’occitan. La Vigne de Signols n’en plante pas d’autre : elle est entièrement en mansois.

Des terrasses de grès rouge entre 350 et 400 mètres

Les terrasses de Signols sont taillées dans le rougier, un grès permien dont la couleur rouge violacé vient des oxydes de fer. C’est la pierre qui a servi à bâtir les villages du vallon et l’abbatiale de Conques. Les vignes s’étagent entre 350 et 400 mètres d’altitude, exposées du sud-est au sud-ouest, sur des pentes fortes.

Vigne de Signols - Empreinte d’un animal sauvage dans la terre rouge de la colline
La terre rouge de Signols, marquée par le passage d’un animal sauvage.

Ce sol d’origine est très acide et compact. Il lui faut du gravier calcaire pour équilibrer sa teneur en chaux assimilable. C’est pour éviter la chimie, explique le vigneron, qu’il a choisi de travailler en bio et en biodynamie. Le climat, longtemps océanique, devient selon lui plus méditerranéen et plus continental.

Une biodynamie certifiée Demeter, faite à la main

Compost de sous-bois, engrais verts et tisanes

Engagé en agriculture biologique en 2011 avec Ecocert, le domaine est aussi certifié en biodynamie par Demeter. La vigne ne reçoit ni chimie ni engrais. Elle est nourrie par 5 tonnes de compost par hectare et par an, et par un paillage de compost de sous-bois qui aide aussi à contenir les herbes.

Deux fois par an, Yvan-Marie Rufié sème des engrais verts, légumineuses et graminées, qu’il enfouit après leur floraison. Ils apportent azote, potasse, phosphore et oligo-éléments, que les micro-organismes du sol digèrent ensuite. Sur les jeunes plants, il emploie au besoin du purin d’ortie dilué à 10 %.

Vigne de Signols - Yvan-Marie Rufié sème des engrais verts à la main entre les rangs
Semis d’engrais verts à la main entre les rangs.

Les deux préparations de base, bouse de corne et silice, passent une à trois fois par an. Du débourrement aux vendanges, des décoctions de plantes locales sont pulvérisées tous les quinze jours. Elles sont dynamisées dans de l’eau de pluie conservée à l’abri de la lumière et de l’air, et appliquées selon le calendrier des planètes.

63 espèces recensées autour des rangs

Contre les maladies, le domaine s’en tient au soufre, 2 kg par hectare et par an, et au cuivre mêlé aux macérations de plantes, entre 250 et 500 g par hectare et par an. Le vigneron conduit une vigne aérée, « plus ramure qu’arbre », qu’il fait modérément souffrir pour affaiblir les champignons parasites et favoriser arômes et saveurs.

La présence au vignoble est quotidienne, et le travail du sol se fait souvent à la main. Autour de Signols, le domaine a recensé 63 espèces d’oiseaux, d’insectes et de papillons. Les herbes spontanées sont envahissantes et les animaux sauvages font quelques dégâts, mais ils favorisent, selon lui, les équilibres naturels.

Il le dit à sa façon : « Le biotope est en place, les vers de terre chient noir ! »

Des vins sans aucun intrant ni sulfite

Un pied de cuve pour lancer la fermentation

Le domaine résume sa démarche d’un sigle : des vins S.A.I.N.S, sans aucun intrant ni sulfite, à aucun moment de la vinification ni de la mise en bouteille. Les rendements restent modestes, de 15 à 20 hectolitres par hectare, quand le cahier des charges de l’appellation en autorise 55.

La vendange est manuelle, triée grain à grain puis égrappée. Trois jours avant la récolte, quelques kilos de raisin sont prélevés et placés au fond de la cuve : ce pied de cuve démarre la fermentation avec les seules levures indigènes. La fermentation alcoolique dure de 12 à 14 jours, avec un pigeage quotidien du chapeau de marc, dosé selon l’aspect, les parfums et l’intensité des gaz.

Le froid de l’hiver comme seul filtre

Une fois la fermentation finie, les cuvées passent, à l’abri de l’air, dans de vieilles barriques de chêne de la forêt de Tronçais, lavées uniquement à l’eau bouillante. Elles ne marquent pas le vin du goût du bois, mais lui apportent une légère micro-oxygénation. L’élevage dure environ six mois.

Vigne de Signols - Dégustation de raisin dans le chai de pierre, devant le pressoir vertical
Le chai de pierre et son pressoir vertical.

Le vin n’est ni collé ni filtré mécaniquement : le froid de l’hiver fait déposer ses lies. Au printemps, une fois le vin tranquille, la mise en bouteille se fait sans sulfites ajoutés, aux jours favorables du calendrier lunaire. Le domaine tient ses résultats d’analyses à disposition de ses clients.

Une cave rafraîchie par l’eau et le carton

Sans sulfites, la fermentation malolactique est une étape critique. La cave doit rester vers 18 °C pendant deux à trois mois. Sur le conseil d’un Californien de passage dans sa vigne, Yvan-Marie Rufié a installé un système de pad cooling, après deux ans d’efforts et de recherche.

Une turbine aspire l’air à travers une cloison de carton en nid d’abeilles, gorgée d’eau qui circule en circuit fermé. L’air ressort rafraîchi, entre 15 et 18 °C.

Goutte, presse et assemblage : les vins de Signols

Trois rouges tirés d’une même cuve

À l’écoulage, le premier jus part en barrique et le reste est pressé. De ce partage naissent les rouges du domaine. Le Petit Couillut est la cuvée de goutte, Le Pépé Léon celle des presses, et Kâzimodo assemble les deux. Tous trois affichent 11 % d’alcool. Un rosé, Rose Bonbon, complète la gamme.

Selon son degré d’alcool, un vin sort en AOC Marcillac ou en IGP Aveyron. Le Pépé Léon a reçu la note de 89/100 dans La Revue du vin de France. Le domaine figure aussi dans l’édition 2026 de Biodynamiquement vôtre, la revue annuelle des vins en biodynamie.

Des rouges légers, à la finale de griotte

Les rouges de Signols sont légers en alcool, de couleur pourpre violacé. Le nez est franc et épicé, la bouche souple et ronde, avec un grain de tanin soyeux. La finale passe de la cerise griotte à la noisette et au cacao.

Vigne de Signols - Grappe de mansois mûr tenue dans des mains d’enfant
Le mansois, seul cépage planté à Signols.

Chaque cuvée a son caractère. Le Petit Couillut va du fruité au floral, puis au poivré, et se veut un vin de soif. Le Pépé Léon est plus épicé, avec une note de laurier. Kâzimodo est réglissé et poivré en bouche, avec des tanins délicats et tendus. Rose Bonbon, désaltérant, joue entre sucrosité et légèreté.

Une halte sur la route des vins de Marcillac

À 28 km de Rodez, sur la route de Conques

La Vigne de Signols se trouve sur la route des vins de Marcillac, en direction de Conques, à 28 km de Rodez. Le village de Conques et son abbatiale romane, bâtie dans le même grès rouge que les terrasses du domaine, sont sur la même route.

Vigne de Signols - Panneau indiquant le domaine sur la route de Conques
Le panneau qui guide les visiteurs jusqu’à la vigne.

Dégustations sur rendez-vous, avec les produits du pays

Le domaine reçoit sur rendez-vous, y compris des groupes de 5 à 20 personnes. Sur demande, la dégustation s’accompagne de produits du terroir. On y parle vigne, biodynamie et géologie du vallon. « La vigne est notre jardin qui vous invite à un détour ! », écrit le vigneron.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Domaine des Rouillats

    Le Domaine des Rouillats cultive environ 3 hectares à Saint-Antoine-de-Breuilh, dans l’aire du Montravel, en Dordogne. Danièle et Benoît Coq ont repris ce domaine familial en 2008, certifié bio par Ecocert depuis 2010 et labellisé Demeter depuis le millésime 2025. Plantées à 7 000 pieds par hectare parmi des arbres fruitiers, leurs vignes mêlent merlot, chenin et abouriou, un vieux cépage local qui a failli disparaître. Le rouge Élévation porte l’AOC Montravel, et les autres cuvées sortent en IGP Périgord ou en vin de France.

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Domaine de Beyssac

    Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares d’un seul tenant sur un coteau plein sud de Marmande, en AOP Côtes du Marmandais. Créé en 2009 sur une terre familiale, il est conduit en bio depuis l’origine et en biodynamie Demeter depuis 2016. Le cépage local, l’abouriou, y signe l’Essentiel, élevé en fût, et Le Monde d’Après, vinifié seul. Pauline Broutet, arrivée en 2017, a repris le domaine fondé par ses parents, Véronique et Frédéric.

  • Domaine de Brin

    Le Domaine de Brin cultive 14 hectares de vignes en AOC Gaillac à Castanet, dans une ferme familiale où poussent aussi lentilles, pois chiches et orge brassicole. Damien Bonnet y met les vins en bouteille depuis 2008, en bio dès le départ, avec une certification engagée en 2011. Mauzac, loin de l’œil, braucol, duras et prunelart s’élèvent en jarre de grès, en amphore, en foudre ou en béton. Ses quinze cuvées vont du pétillant naturel au vin de voile, en passant par l’orange et les doux.

  • Château du Grand Roc

    Le Château du Grand Roc cultive 7 hectares de vignes bio à Lamothe-Montravel, sur des coteaux argilo-calcaires tournés au sud, au bord de la Dordogne. Ingénieur agronome passé par le conseil viticole, Edouard Barkhausen l’a repris en 2023 à Henri-Paul Guillot, qui le conduisait en bio depuis près de trente ans. Il vinifie en cuves béton, en amphore, en œuf ou en demi-muids, de l’AOC Bergerac aux cuvées en IGP Périgord. Autour des vignes, des vaches highland entretiennent les prairies, entre les bois et les haies du domaine.

  • Domaine La Valette

    Le Domaine La Valette cultive 3 hectares en bio à Villaudric, dans l’AOP Fronton, au nord de Toulouse. Issu d’une famille de vignerons du Val de Loire, Antoine Rouiller y a planté une partie des vignes en 2019 et 2021. La négrette y côtoie la syrah, le cabernet franc, le mauzac et le chardonnay, vendangés à la main pour des vins soufrés au tiers de la dose autorisée. Le Guide Hachette 2027 accorde deux étoiles à l’Arlequin rouge 2024 et à la Négrette Only 2025.

  • Domaine Damiens

    Le Domaine Damiens cultive 16 hectares à Aydie, en appellations Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, engagés en bio depuis 2011. Son nom vient d’un aïeul trouvé sous un porche d’église le jour de la Saint-Côme-et-Damien, et les Beheity tiennent la propriété depuis 1950. Pierre-Michel Beheity restructure le vignoble à partir de 2008 en faveur du tannat, tout en gardant un capital de vieilles vignes. Du tannat de printemps sans sulfites ajoutés aux Madiran de garde, la gamme compte aussi des Pacherenc secs et doux de petit et gros manseng.

  • Causse Marines

    Causse Marines cultive à peine 10 hectares sur un causse calcaire de Vieux, dans le vignoble de Gaillac, repris par Patrice Lescarret en 1993. Le domaine y conduit plus de quinze cépages, dont le mauzac, l’ondenc, le verdanel et le prunelart, tous issus de sélection massale. Certifiées bio depuis 2006 et travaillées en partie au cheval, les vignes donnent des vins nature, sortis pour la plupart en Vin de France. Les cuvées jouent du verlan, de Zacmau à Rasdu, et refusent les fiches techniques trop sérieuses.

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