Château de Rey
Sommaire
- Une tour au lieu de quatre, l’histoire d’un château inachevé
- Le rêve de Monsieur Rey
- Joseph Sisqueille reprend les terres en 1875
- Alexandre, Georges et Zette
- Philippe et Cathy, la quatrième génération
- Quarante hectares entre les étangs et le Canigou
- Les derniers vallons des Aspres, à 15 mètres d’altitude
- La tramontane, alliée de toujours
- Côtes du Roussillon, Côtes Catalanes et Rivesaltes
- Le bio, un passage de relais
- Rémi Sisqueille, cinquième génération
- Orange, prêle et ortie
- Noues, haies sèches et mille arbres
- Une parcelle plantée selon les courbes de niveau
- Plus de vingt cépages, une vingtaine de vins
- Tester, assembler, recommencer
- Galets Roulés, Sisquò et Mine de Rey
- Les Oh, les monocépages et les Appartés
- Muscat, ambré et grenat
- Pousser la porte du mas
- Une dégustation parmi les foudres centenaires
- Deux gîtes au-dessus des vignes
Une tour au lieu de quatre, l’histoire d’un château inachevé
Le rêve de Monsieur Rey
Le Château de Rey est un domaine viticole bio du Roussillon, installé à Canet-en-Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales. Il doit son nom à un notable du XIXe siècle que l’on appelait « de Rey ». Pour bâtir sa demeure, cet homme avait fait venir du Danemark l’architecte Petersen.
Les plans prévoyaient quatre tours, des salons et des étages, avec la mer d’un côté et le Canigou de l’autre. Rey n’a achevé qu’un quart de ce projet. Le domaine revendique aujourd’hui encore cette « architecture très particulière ».

Joseph Sisqueille reprend les terres en 1875
Le récit familial commence en 1875. Joseph Sisqueille, vigneron de cœur et négociant à Rivesaltes, repère cette terre qui domine la mer. Il la rachète à Rey, se contente d’une tour et reprend les terres. Il plante, construit des caves et fait sertir des foudres. Son vignoble atteint 150 hectares.
Alexandre, Georges et Zette
Son fils Alexandre reçoit le château et agrandit le domaine. Il le lègue à ses deux fils, Henri et Georges, qui n’a que 17 ans lors de ce premier partage. En 1971, à la fin de la vie de Georges, le domaine compte 120 hectares de Carignan, de Grenache et de Muscat.
Sa femme, Marie-Thérèse Coche, dite « Zette », est originaire de Banyuls. Le couple s’est rencontré sur une piste de bobsleigh à Font-Romeu, et Zette a gagné la course. Après Georges, elle développe le domaine pendant plus de trente ans. Ses premières bouteilles sont étiquetées en 1973, alors que la Syrah pousse déjà dans ses vignes.
Philippe et Cathy, la quatrième génération
Philippe Sisqueille, arrière-petit-fils de Joseph, a commencé par des études de pharmacie. Il a ensuite laissé la pharmacie pour racheter la propriété de ses ancêtres. Le domaine date de 1997 le début de son travail avec sa femme Cathy.
Cathy était professeure de gymnastique à Toulouse. Elle a obtenu un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole, puis s’est formée à l’œnologie et au marketing du vin. On la trouve de la vigne à la cave comme sur les salons. Elle fait partie des Vinifilles, l’association de vigneronnes d’Occitanie.
Le couple a passé 25 ans à remettre le domaine en état de marche. Selon Cathy, il fallait combiner « le savoir-faire séculaire, l’héritage familial, le cadre strict de l’appellation » avec l’envie de tester et de « bousculer certains codes ».
Quarante hectares entre les étangs et le Canigou
Les derniers vallons des Aspres, à 15 mètres d’altitude
Le vignoble s’étend sur 40 hectares d’un seul tenant, à une dizaine de kilomètres à l’est de Perpignan. Il domine les étangs littoraux de la Méditerranée à une altitude moyenne de 15 mètres et fait face à la mer. Adossé au Canigou, il occupe des vallons caillouteux qui marquent la fin du massif des Aspres.
Les vignes poussent sur des terrasses de galets. Ce sol filtrant et rude pousse les racines à chercher loin leurs éléments nutritifs. Le domaine le travaille par des labours, pour que la vigne s’enracine en profondeur et résiste mieux aux sécheresses de l’été. Sa gamme Les Galets Roulés porte le nom de ce terroir.
La tramontane, alliée de toujours
Dans le Roussillon, la tramontane souffle un jour sur deux. Ce vent sec du nord maintient un bon état sanitaire et permet de réduire les traitements. Le domaine la présente comme son « principal allié » : elle sèche et assainit feuillage et fruits, et les protège des maladies que favorise l’humidité.
Cathy résume ce terroir en trois apports. Les cépages méditerranéens donnent le caractère, le sol caillouteux la minéralité, et les influences maritimes la fraîcheur.
Côtes du Roussillon, Côtes Catalanes et Rivesaltes
Le domaine travaille sous plusieurs appellations. L’AOP Côtes du Roussillon couvre 102 communes des Pyrénées-Orientales. Son vaste amphithéâtre est fermé par la Méditerranée, les Albères, les contreforts du Canigou et les Corbières. L’Agly, la Têt et le Tech y ont modelé des terrasses étagées, dont des terrasses caillouteuses le long des fleuves.
En rouge, l’appellation repose sur le Grenache noir, le Carignan, la Syrah et le Mourvèdre, entre autres. En blanc, elle retient notamment le Grenache blanc, le Macabeu, la Roussanne et le Vermentino. L’IGP Côtes Catalanes s’étend sur tout le vignoble du département et admet une palette plus large, dont le Muscat d’Alexandrie.
Les vins doux naturels du domaine sortent en AOP Rivesaltes et en Muscat de Rivesaltes. Le domaine adhère par ailleurs aux Vignerons Indépendants.
Le bio, un passage de relais
Rémi Sisqueille, cinquième génération
« Le passage au bio est en fait un passage de relai », confie Cathy. Le virage a été amorcé il y a plus de dix ans sous l’impulsion de leur fils Rémi, cinquième génération sur le domaine. L’engagement officiel en agriculture biologique date de 2019, sous le contrôle de Bureau Veritas. Le premier millésime converti est le 2022.
Rémi dit avoir énormément appris lors de ses voyages en Amérique latine. Il y a vu une agriculture de survie, pétrie du respect de la terre et du soin aux plantes et aux animaux. Il en a tiré sa ligne de conduite : « Ne pas produire contre la nature, mais bien avec elle. »
Orange, prêle et ortie
Les traitements reposent sur le cuivre et le soufre de l’agriculture biologique. Le domaine y ajoute des pulvérisations d’huile essentielle d’orange, de purin de prêle et d’ortie pour fortifier la vigne. Des diffuseurs de phéromones contrôlent les insectes nuisibles sans nuire au reste de l’écosystème.
Entre les rangs, un couvert végétal permanent protège le sol de la déshydratation et favorise la vie microbienne. Un travail mécanique précis maintient des rangs sains. « Nous voulons créer un vignoble qui s’adapte, mais aussi qui se régénère », annonce le domaine.
Noues, haies sèches et mille arbres
L’eau se fait rare, et le domaine en tient compte. Avec un technicien, la famille a cartographié les écoulements, puis aménagé des noues, des drains et des haies sèches. L’objectif : retenir l’eau, limiter l’érosion et favoriser la recharge naturelle des sols.
Des nichoirs accueillent les oiseaux, prédateurs naturels des insectes nuisibles. Pour faire revenir les oiseaux et les chauves-souris, les talus et les haies de bordure ont été taillés et entretenus. Le domaine a aussi planté 1000 arbres et arbustes d’essences locales, adaptées au climat.
Une parcelle plantée selon les courbes de niveau
Une parcelle a été plantée en suivant les courbes de niveau. Elle réunit des cépages blancs : Terret blanc, Carignan blanc, Grenache blanc, Tourbat (ou Malvoisie du Roussillon) et Xarello. Le domaine y voit une plantation modèle, tournée vers le vin blanc de demain.




Plus de vingt cépages, une vingtaine de vins
Tester, assembler, recommencer
Le domaine cultive plus de 20 cépages méditerranéens. Pour la famille, cette variété nourrit l’innovation : elle permet d’essayer de nouvelles vinifications et de nouveaux assemblages. Chaque année naissent deux nouvelles cuvées de monocépage, et une partie des vins est élaborée sans sulfites ajoutés.
En cave, la priorité est d’exprimer le cépage et le millésime. Les intrants sont réduits et les levures indigènes s’imposent. L’élevage passe par divers contenants, dont des amphores en grès et de petits foudres. La cave historique garde ses foudres centenaires.
Galets Roulés, Sisquò et Mine de Rey
Les Côtes du Roussillon se déclinent en trois gammes. Les Galets Roulés existent en rouge, en rosé et en blanc. Le rouge, puissant, évoque le chocolat noir, la griotte et le girofle. Le blanc part sur le thé vert, le gingembre et le silex. Dès juillet, des vendanges en vert allègent certaines vignes et concentrent les baies promises aux têtes de cuvée, dont Les Galets Roulés.
Sisquò se décline aussi en trois couleurs : fleurs blanches pour le blanc, pamplemousse rose pour le rosé, rose séchée et cassis pour le rouge. Mine de Rey existe en rouge et en blanc. Le rouge joue sur la gelée de fruits noirs, le ciste et le romarin. Le blanc doit à son élevage des notes de gousse de vanille, avec une bouche briochée.
Les Oh, les monocépages et les Appartés
La gamme Oh propose un rouge, un rosé et un blanc en IGP Côtes Catalanes. Le blanc assemble Macabeu et Roussanne, le rosé Cinsault et Mourvèdre. Les monocépages comptent un 100 % Syrah, un 100 % Macabeu et Reycré, un Muscat d’Alexandrie demi-sec.
Les Appartés réunissent trois vins sans sulfites ajoutés. Le Banc, pur Muscat d’Alexandrie, naît d’une macération carbonique sur levures indigènes, sans filtration. Petrichor est un pur Grenache blanc. Le Petit Roure, pur Grenache noir, se montre frais et droit, avec une finale crayeuse.
Muscat, ambré et grenat
Trois vins doux naturels complètent la gamme. Le Muscat de Rivesaltes mise sur la légèreté et une fraîcheur acidulée. L’Amb Rey, un Rivesaltes ambré, évoque l’acacia, le miel frais et la cosse d’amande. Le Muté sur Grain, un Rivesaltes grenat, joue sur la mûre, le cassis et la myrtille.
Pousser la porte du mas
Une dégustation parmi les foudres centenaires
La dégustation découverte dure de 30 à 45 minutes. Elle passe par la cave historique et ses foudres centenaires, puis par les cuvées phares du domaine. Elle se fait sans réservation, pendant les heures d’ouverture, pour les groupes de moins de 10 personnes.
L’Incursion en coulisse va plus loin : environ deux heures en petit comité, avec la visite de lieux habituellement fermés au public et une dégustation privée. Le domaine ouvre aussi ses portes lors de sa journée à cuves ouvertes, qui en était à sa 38e édition en décembre 2021.
Le Château de Rey porte les marques Qualité Tourisme Occitanie Sud de France, Vignobles & Découvertes et Accueil Vélo. On peut d’ailleurs y venir à vélo par la véloroute EuroVelo 8.
Deux gîtes au-dessus des vignes
La famille loue deux gîtes, à deux encablures de la mer. Les Vendangeurs, maison de pierre indépendante de 150 m², accueille 10 personnes et surplombe les vignes et les pins centenaires.
Le Jardin des Vignes, gîte contemporain de 135 m² pour 7 personnes, est perché au-dessus des chais. Les grands pins le protègent du soleil et de la tramontane. Il fait face à la mer, adossé aux vignes.
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