Château du Cèdre - Le vignoble et la vallée du Lot

Château du Cèdre

Région viticole

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Sommaire

Deux sols de Bru, un seul Cèdre

Les grèzes, un cône d’éboulis calcaire

À Vire-sur-Lot, le Château du Cèdre cultive 27 hectares de vignes en agriculture biologique, dans l’appellation Cahors. Le vignoble tient en trois parcelles, posées sur deux types de sols. La famille Verhaeghe y a planté sa première vigne en 1958.

La première parcelle occupe les grèzes, un cône d’éboulis calcaire sur les coteaux de Bru. La période glaciaire du Quaternaire a décomposé le calcaire des versants qui l’entourent. Au fil des siècles, ces éboulis de pente ont formé le sol d’aujourd’hui. Ce cône porte aussi le nom de « Tran ».

Le domaine décrit les raisins de ce terroir par leur finesse et leur complexité aromatique. C’est sur ces éboulis que Charles Verhaeghe a planté son premier hectare de Malbec.

Château du Cèdre - Éboulis calcaires des grèzes tenus en main
Les grèzes, ces cônes d’éboulis calcaires qui font la moitié du vignoble.

Deux croupes de galets sur la terrasse du Mindel

Les deux autres parcelles occupent deux croupes distinctes, de même géologie. Ce sont des hautes terrasses du Mindel, formées il y a 500 000 ans par des alluvions très anciennes du Lot. En surface, des galets roulés se mêlent à un sable ferrugineux rougeâtre. En profondeur, l’argile et la silice dominent.

Ici, les raisins gagnent en richesse et en densité. Le Cèdre ne possède aucune vigne sur le causse, le plateau calcaire qui domine la vallée. Tout se joue sur les troisième et quatrième terrasses de la rivière.

L’assemblage plutôt que la parcelle

Pascal Verhaeghe a d’abord voulu, comme tout le monde, faire des cuvées parcellaires. Il s’est vite rendu compte que l’identité du Cèdre tenait à l’assemblage de ses terroirs. Il estime d’ailleurs que presque personne d’autre ne dispose de ce type de sol.

Son fils Jules, arrivé avec la même envie de parcellaires, s’est rangé à cet avis. Il admire l’art de l’assemblage de son père. Pour lui, les deux terroirs sont des outils pour aller chercher l’identité de chaque cuvée.

Château du Cèdre - Dégustation devant un foudre
Chaque contenant est dégusté avant les assemblages.

Un climat qui bascule en juillet

Le domaine se trouve à distance égale de l’océan Atlantique, des Pyrénées et de la Méditerranée. Le climat y reste océanique jusqu’en juin, puis devient méditerranéen dès juillet. En septembre, le Lot rafraîchit les parcelles, et le vent d’Autan souffle sur les vignes.

Trois générations de Verhaeghe, des Flandres à Vire-sur-Lot

Léon, parti de Moorslede à vélo

L’histoire commence en Flandre. Léon Verhaeghe naît à Moorslede, une petite ville de la région flamande. En 1914, la guerre éclate. Comme un million d’autres Belges, Léon fuit le pays à vélo, et se réfugie dans le Lot.

Son fils Charles, dit Charly, épouse Marie-Thérèse Rives. Sa famille tient une exploitation en polyculture à Vire-sur-Lot. On y distille surtout de la lavande.

Un premier hectare au milieu des lavandes

Charles observe ses voisins transformer leurs raisins, et son projet se précise : il veut vinifier et élever ses propres vins. En 1958, le couple plante un premier hectare de vignes aux côtés des lavandes. Ce Malbec vient de sélections massales prélevées chez les voisins.

En 1973, Charles et Marie-Thérèse, autodidactes, font leur première mise en bouteille. Ils distillent encore de la lavande à cette époque. Au centre de la ferme se dresse un cèdre centenaire.

Pascal au chai, Jean-Marc à la vigne

En 1987, Charles souffre de la maladie de Parkinson et le travail devient trop dur. Ses fils Pascal et Jean-Marc reviennent au domaine pour l’aider. Pascal s’est formé chez Jean-Marie Guffens, puis dans la Napa Valley. Jean-Marc est diplômé de la Tour Blanche, dans le Sauternais.

Les deux frères se partagent le travail. Jean-Marc fait de la vigne sa spécialité. Pascal se consacre à la vinification, à l’élevage et à la vente. La qualité devient leur priorité absolue.

Jules et Robin, la relève

Les deux fils de Pascal, Jules et Robin, ont rejoint le domaine familial. Jules est revenu au Cèdre en 2019, après un BTS viti-œno et un passage chez Élian Da Ros, à Marmande. Il y vinifie sa première vendange avec son père la même année.

En 2025, à 65 ans, Pascal passe la main. Jean-Marc, encore à la vigne, doit bientôt céder à son tour sa place sur le tracteur. Toute l’équipe du Cèdre, soit 20 personnes, est salariée.

Château du Cèdre - Portrait d’un vigneron du domaine sous la treille
La famille Verhaeghe conduit le domaine depuis la première mise en bouteille, en 1973.

Bio depuis 2012, et rien d’ajouté au chai

Vingt ans de chemin vers la certification

La réflexion sur l’agriculture biologique commence au début des années 1990. Les Verhaeghe arrêtent le désherbage chimique en 1992. Dix ans plus tard, ils abandonnent pour de bon les produits phytosanitaires de synthèse. Le domaine s’engage auprès d’Ecocert en 2009, et obtient la certification agriculture biologique en 2012.

Pour préserver la vie des sols et limiter leur tassement, l’inter-rang reste enherbé et le domaine travaille avec des enjambeurs. La taille, l’ébourgeonnage, le relevage, l’effeuillage et la vendange en vert se font encore à la main. Chaque année, l’équipe analyse les sarments et le sol des trois parcelles.

Des vieux ceps remplacés un par un

Les grands vins viennent généralement de vignes âgées. Le premier but du travail à la vigne est donc de garder ces vieux pieds en production. Chaque année, l’équipe remplace les pieds disparus un par un : c’est la complantation.

Les vignes ont ainsi 35 ans pour la cuvée Château du Cèdre et 40 ans pour Le Cèdre. Celles de GC dépassent 50 ans. Charly vient de vignes de plus de soixante ans.

Château du Cèdre - Vieux cep de Malbec en hiver
Les vieux pieds sont remplacés un par un, par complantation.

Des vinifications sans intrant ni sulfites ajoutés

Au chai, aucun intrant œnologique n’intervient pendant les vinifications. Elles se font en levures indigènes et sans sulfites ajoutés. Le domaine dit avoir observé depuis des tanins plus fins et une plus grande complexité aromatique.

Cette façon de faire exige des raisins mûrs et sains, et une hygiène rigoureuse. Des pieds de cuve lancent vite les fermentations, sous température contrôlée. Les élevages se passent eux aussi de tout intrant, sur lies totales, en fûts de 500 litres et en foudres. La plupart des cuvées ne reçoivent qu’un léger sulfitage à la mise.

Extra Libre, le Malbec sans soufre du tout

Extra Libre va plus loin : la cuvée est vinifiée et élevée sans soufre ni intrant, puis mise en bouteille sans sulfite ajouté. Créée en 2014 après plusieurs essais, elle passe 12 mois en foudres de 57 hectolitres. Ce 100 % Malbec en AOC Cahors assemble les grèzes et les terrasses du Mindel.

Cahors, l’appellation du Malbec au fil du Lot

Une AOC réservée aux rouges depuis 1971

Créée en 1971, l’AOC Cahors est réservée aux vins rouges élaborés à partir de Malbec. Le cahier des charges autorise deux cépages d’appoint, le Tannat et le Merlot. Le Malbec doit toutefois représenter au moins 70 % de l’assemblage. Au Cèdre, les rouges d’appellation sont tous en 100 % Malbec.

Des terrasses étagées et des grèzes

La vallée du Lot forme des terrasses étagées, que la rivière a modelées durant le Quaternaire. La troisième, la terrasse de Mindel, porte des alluvions très anciennes du Lot. On rencontre aussi, très localement, des grèzes, ces cônes d’éboulis calcaire au pied des versants. Le Cèdre cultive ces deux terroirs.

Des blancs en IGP Côtes du Lot

Faute de blanc en appellation Cahors, le domaine élabore ses blancs en IGP Côtes du Lot, sur les éboulis calcaires. Le Cèdre Blanc est un 100 % Viognier, élevé 8 mois en barriques de 500 litres. Les Grèzes assemble 90 % de Sauvignon blanc et 10 % de Muscadelle.

Des Malbec qui « pinotent »

La fraîcheur comme fil conducteur

Sur les éboulis, des argiles plus ou moins profondes selon la pente donnent à la terre une structure légère. La troisième génération y voit des Malbec qui « pinotent ». Jules le dit à sa façon : à Cahors, on a le Malbec du sol, en Argentine le Malbec « del sol ». Ici, le fil conducteur reste la fraîcheur.

Charly avait choisi un porte-greffe résistant à la sécheresse, et les vignes sont plantées à petite densité. Deux choix qui éclairent la fraîcheur des tanins. Le Guide des meilleurs vins de France voit dans Le Cèdre le style maison : un Malbec profond, aux tanins ciselés.

De Château du Cèdre à Charly, une gamme en paliers

Le domaine présente dix cuvées. Château du Cèdre et Le Cèdre vieillissent en foudres de 57 hectolitres et en barriques de 500 litres, pendant 18 et 24 mois. L’Improbable, en Vin de France, naît d’une saignée et d’un pressurage direct. Le guide y relève de la légèreté et des notes de cerise fraîche.

Au sommet, GC vient des Malbec cinquantenaires du domaine, vinifiés en barriques neuves ouvertes puis élevés 30 mois. Pascal l’a créé en vinification intégrale après avoir goûté la méthode au Clos Mogador, chez René Barbier. Charly, première cuvée de Jules, rend hommage à son grand-père. Elle vient de la parcelle greffée en 1958, pour 1 200 bouteilles.

Deux cuvées nées d’un partenariat

Deux cuvées portent la mention Le Cèdre Diffusion : Juvéniles et le Sweet Malbec. Elles naissent d’un partenariat avec des viticulteurs de Cahors certifiés bio, ou en conversion. Le domaine vinifie leurs raisins et les conseille tout au long de l’année.

Juvéniles, en AOC Cahors, passe une semaine en cuve puis 18 mois en cuve béton. Le Sweet Malbec est un vin de liqueur, muté à l’alcool neutre et élevé sans soufre. La critique y relève la pâte de fruits, le cassis, la confiture de mûre et le nougat.

Des guides fidèles, et un caveau à Bru

Des coups de cœur dès les années 1990

Le Guide Hachette suit le domaine depuis longtemps. Le Cèdre y a été coup de cœur dans les millésimes 1996 et 1998. Dans l’édition 2011, le coup de cœur donné au Cèdre 2007 portait le total du domaine à onze. Le guide le tient pour un pilier de l’appellation Cahors.

L’édition 2026 du Guide Hachette ajoute un coup de cœur au Cèdre Blanc 2023, noté deux étoiles. La même année, le Guide des meilleurs vins de France 2026 attribue deux étoiles au domaine. Il distingue aussi Jules Verhaeghe comme meilleur vigneron du Sud-Ouest.

Visite et dégustation sur réservation

Le domaine reçoit dans son caveau de vente, à Vire-sur-Lot. La visite et la dégustation se font sur réservation. Les vins se trouvent aussi chez des revendeurs, en France comme à l’export.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Château Lafitte

    Le Château Lafitte cultive 5 hectares de petit manseng et de gros manseng à Monein, dans le vignoble du Jurançon, en biodynamie certifiée Demeter. Depuis 2012, Antoine Arraou y vinifie des vins naturels, sans aucun produit œnologique ni sulfites ajoutés, élevés en jarre de grès, en amphore ou en solera. Son chai de 2018, enterré et équipé de panneaux solaires, fait circuler les vins par gravité. Le Sec 2013 du domaine a reçu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2016.

  • Château Barouillet

    Le Château Barouillet appartient à la famille Alexis depuis huit générations, à Pomport, au milieu de l’aire du Monbazillac. Revenu en 2010, Vincent Alexis a quitté le vrac, converti le vignoble en bio puis obtenu la certification Demeter en 2021. Ses 40 hectares, répartis entre Pomport, Mescoules et Lembras, portent plus de vingt-cinq cépages en Bergerac et en Pécharmant. Levures indigènes, amphores et soufre minimal donnent des blancs macérés, des rouges souvent sans sulfites et un liquoreux déclassé en Vin de France.

  • Château Feely

    Le Château Feely cultive 7 hectares de vignes à Saussignac, en Dordogne, repris en 2005 par Caro et Sean Feely. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2007, le vignoble suit aussi des pratiques biodynamiques et n’utilise en moyenne que 1,5 kg de cuivre par hectare. La plupart des vins sortent en Vin de France sous des noms en « ité », dont le Silex, né d’un sémillon planté en 1945. Les rouges sont des vins naturels depuis 2014, et un parcours biodynamique balisé fait découvrir les vignes.

  • Château de Mayragues

    Le Château de Mayragues cultive 12 hectares de vigne en biodynamie depuis 1999 dans l’appellation Gaillac, près de la forêt de la Grésigne. Premier domaine du Gaillacois labellisé en biodynamie, il porte aujourd’hui le label Demeter. Ses vins reposent sur les cépages locaux, duras et braucol en rouge, mauzac et loin de l’œil en blanc, du sec jusqu’au vin de voile. La famille Geddes restaure depuis 1980 cette maison forte du XIIe siècle, inscrite aux Monuments historiques.

  • Domaine des Rouillats

    Le Domaine des Rouillats cultive environ 3 hectares à Saint-Antoine-de-Breuilh, dans l’aire du Montravel, en Dordogne. Danièle et Benoît Coq ont repris ce domaine familial en 2008, certifié bio par Ecocert depuis 2010 et labellisé Demeter depuis le millésime 2025. Plantées à 7 000 pieds par hectare parmi des arbres fruitiers, leurs vignes mêlent merlot, chenin et abouriou, un vieux cépage local qui a failli disparaître. Le rouge Élévation porte l’AOC Montravel, et les autres cuvées sortent en IGP Périgord ou en vin de France.

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Domaine de Beyssac

    Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares d’un seul tenant sur un coteau plein sud de Marmande, en AOP Côtes du Marmandais. Créé en 2009 sur une terre familiale, il est conduit en bio depuis l’origine et en biodynamie Demeter depuis 2016. Le cépage local, l’abouriou, y signe l’Essentiel, élevé en fût, et Le Monde d’Après, vinifié seul. Pauline Broutet, arrivée en 2017, a repris le domaine fondé par ses parents, Véronique et Frédéric.

  • Vigne de Signols

    La Vigne de Signols cultive 3 hectares de mansois en terrasses sur le grès rouge de Conques-en-Rouergue, dans l’appellation Marcillac. Yvan-Marie Rufié, qui a fondé l’orchestre aveyronnais Obsession en 1975, l’a plantée entre 2008 et 2014 sur la colline de son enfance. Engagé en bio en 2011 et certifié Demeter, il nourrit sa vigne de compost de sous-bois et d’engrais verts, sans chimie ni engrais. Ses rouges de goutte, de presse et d’assemblage naissent sans aucun intrant ni sulfite ajouté, avec des levures indigènes.

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