Château du Cèdre
Sommaire
- Deux sols de Bru, un seul Cèdre
- Les grèzes, un cône d’éboulis calcaire
- Deux croupes de galets sur la terrasse du Mindel
- L’assemblage plutôt que la parcelle
- Un climat qui bascule en juillet
- Trois générations de Verhaeghe, des Flandres à Vire-sur-Lot
- Léon, parti de Moorslede à vélo
- Un premier hectare au milieu des lavandes
- Pascal au chai, Jean-Marc à la vigne
- Jules et Robin, la relève
- Bio depuis 2012, et rien d’ajouté au chai
- Vingt ans de chemin vers la certification
- Des vieux ceps remplacés un par un
- Des vinifications sans intrant ni sulfites ajoutés
- Extra Libre, le Malbec sans soufre du tout
- Cahors, l’appellation du Malbec au fil du Lot
- Une AOC réservée aux rouges depuis 1971
- Des terrasses étagées et des grèzes
- Des blancs en IGP Côtes du Lot
- Des Malbec qui « pinotent »
- La fraîcheur comme fil conducteur
- De Château du Cèdre à Charly, une gamme en paliers
- Deux cuvées nées d’un partenariat
- Des guides fidèles, et un caveau à Bru
- Des coups de cœur dès les années 1990
- Visite et dégustation sur réservation
Deux sols de Bru, un seul Cèdre
Les grèzes, un cône d’éboulis calcaire
À Vire-sur-Lot, le Château du Cèdre cultive 27 hectares de vignes en agriculture biologique, dans l’appellation Cahors. Le vignoble tient en trois parcelles, posées sur deux types de sols. La famille Verhaeghe y a planté sa première vigne en 1958.
La première parcelle occupe les grèzes, un cône d’éboulis calcaire sur les coteaux de Bru. La période glaciaire du Quaternaire a décomposé le calcaire des versants qui l’entourent. Au fil des siècles, ces éboulis de pente ont formé le sol d’aujourd’hui. Ce cône porte aussi le nom de « Tran ».
Le domaine décrit les raisins de ce terroir par leur finesse et leur complexité aromatique. C’est sur ces éboulis que Charles Verhaeghe a planté son premier hectare de Malbec.

Deux croupes de galets sur la terrasse du Mindel
Les deux autres parcelles occupent deux croupes distinctes, de même géologie. Ce sont des hautes terrasses du Mindel, formées il y a 500 000 ans par des alluvions très anciennes du Lot. En surface, des galets roulés se mêlent à un sable ferrugineux rougeâtre. En profondeur, l’argile et la silice dominent.
Ici, les raisins gagnent en richesse et en densité. Le Cèdre ne possède aucune vigne sur le causse, le plateau calcaire qui domine la vallée. Tout se joue sur les troisième et quatrième terrasses de la rivière.
L’assemblage plutôt que la parcelle
Pascal Verhaeghe a d’abord voulu, comme tout le monde, faire des cuvées parcellaires. Il s’est vite rendu compte que l’identité du Cèdre tenait à l’assemblage de ses terroirs. Il estime d’ailleurs que presque personne d’autre ne dispose de ce type de sol.
Son fils Jules, arrivé avec la même envie de parcellaires, s’est rangé à cet avis. Il admire l’art de l’assemblage de son père. Pour lui, les deux terroirs sont des outils pour aller chercher l’identité de chaque cuvée.

Un climat qui bascule en juillet
Le domaine se trouve à distance égale de l’océan Atlantique, des Pyrénées et de la Méditerranée. Le climat y reste océanique jusqu’en juin, puis devient méditerranéen dès juillet. En septembre, le Lot rafraîchit les parcelles, et le vent d’Autan souffle sur les vignes.
Trois générations de Verhaeghe, des Flandres à Vire-sur-Lot
Léon, parti de Moorslede à vélo
L’histoire commence en Flandre. Léon Verhaeghe naît à Moorslede, une petite ville de la région flamande. En 1914, la guerre éclate. Comme un million d’autres Belges, Léon fuit le pays à vélo, et se réfugie dans le Lot.
Son fils Charles, dit Charly, épouse Marie-Thérèse Rives. Sa famille tient une exploitation en polyculture à Vire-sur-Lot. On y distille surtout de la lavande.
Un premier hectare au milieu des lavandes
Charles observe ses voisins transformer leurs raisins, et son projet se précise : il veut vinifier et élever ses propres vins. En 1958, le couple plante un premier hectare de vignes aux côtés des lavandes. Ce Malbec vient de sélections massales prélevées chez les voisins.
En 1973, Charles et Marie-Thérèse, autodidactes, font leur première mise en bouteille. Ils distillent encore de la lavande à cette époque. Au centre de la ferme se dresse un cèdre centenaire.
Pascal au chai, Jean-Marc à la vigne
En 1987, Charles souffre de la maladie de Parkinson et le travail devient trop dur. Ses fils Pascal et Jean-Marc reviennent au domaine pour l’aider. Pascal s’est formé chez Jean-Marie Guffens, puis dans la Napa Valley. Jean-Marc est diplômé de la Tour Blanche, dans le Sauternais.
Les deux frères se partagent le travail. Jean-Marc fait de la vigne sa spécialité. Pascal se consacre à la vinification, à l’élevage et à la vente. La qualité devient leur priorité absolue.
Jules et Robin, la relève
Les deux fils de Pascal, Jules et Robin, ont rejoint le domaine familial. Jules est revenu au Cèdre en 2019, après un BTS viti-œno et un passage chez Élian Da Ros, à Marmande. Il y vinifie sa première vendange avec son père la même année.
En 2025, à 65 ans, Pascal passe la main. Jean-Marc, encore à la vigne, doit bientôt céder à son tour sa place sur le tracteur. Toute l’équipe du Cèdre, soit 20 personnes, est salariée.

Bio depuis 2012, et rien d’ajouté au chai
Vingt ans de chemin vers la certification
La réflexion sur l’agriculture biologique commence au début des années 1990. Les Verhaeghe arrêtent le désherbage chimique en 1992. Dix ans plus tard, ils abandonnent pour de bon les produits phytosanitaires de synthèse. Le domaine s’engage auprès d’Ecocert en 2009, et obtient la certification agriculture biologique en 2012.
Pour préserver la vie des sols et limiter leur tassement, l’inter-rang reste enherbé et le domaine travaille avec des enjambeurs. La taille, l’ébourgeonnage, le relevage, l’effeuillage et la vendange en vert se font encore à la main. Chaque année, l’équipe analyse les sarments et le sol des trois parcelles.
Des vieux ceps remplacés un par un
Les grands vins viennent généralement de vignes âgées. Le premier but du travail à la vigne est donc de garder ces vieux pieds en production. Chaque année, l’équipe remplace les pieds disparus un par un : c’est la complantation.
Les vignes ont ainsi 35 ans pour la cuvée Château du Cèdre et 40 ans pour Le Cèdre. Celles de GC dépassent 50 ans. Charly vient de vignes de plus de soixante ans.

Des vinifications sans intrant ni sulfites ajoutés
Au chai, aucun intrant œnologique n’intervient pendant les vinifications. Elles se font en levures indigènes et sans sulfites ajoutés. Le domaine dit avoir observé depuis des tanins plus fins et une plus grande complexité aromatique.
Cette façon de faire exige des raisins mûrs et sains, et une hygiène rigoureuse. Des pieds de cuve lancent vite les fermentations, sous température contrôlée. Les élevages se passent eux aussi de tout intrant, sur lies totales, en fûts de 500 litres et en foudres. La plupart des cuvées ne reçoivent qu’un léger sulfitage à la mise.


Extra Libre, le Malbec sans soufre du tout
Extra Libre va plus loin : la cuvée est vinifiée et élevée sans soufre ni intrant, puis mise en bouteille sans sulfite ajouté. Créée en 2014 après plusieurs essais, elle passe 12 mois en foudres de 57 hectolitres. Ce 100 % Malbec en AOC Cahors assemble les grèzes et les terrasses du Mindel.
Cahors, l’appellation du Malbec au fil du Lot
Une AOC réservée aux rouges depuis 1971
Créée en 1971, l’AOC Cahors est réservée aux vins rouges élaborés à partir de Malbec. Le cahier des charges autorise deux cépages d’appoint, le Tannat et le Merlot. Le Malbec doit toutefois représenter au moins 70 % de l’assemblage. Au Cèdre, les rouges d’appellation sont tous en 100 % Malbec.
Des terrasses étagées et des grèzes
La vallée du Lot forme des terrasses étagées, que la rivière a modelées durant le Quaternaire. La troisième, la terrasse de Mindel, porte des alluvions très anciennes du Lot. On rencontre aussi, très localement, des grèzes, ces cônes d’éboulis calcaire au pied des versants. Le Cèdre cultive ces deux terroirs.
Des blancs en IGP Côtes du Lot
Faute de blanc en appellation Cahors, le domaine élabore ses blancs en IGP Côtes du Lot, sur les éboulis calcaires. Le Cèdre Blanc est un 100 % Viognier, élevé 8 mois en barriques de 500 litres. Les Grèzes assemble 90 % de Sauvignon blanc et 10 % de Muscadelle.
Des Malbec qui « pinotent »
La fraîcheur comme fil conducteur
Sur les éboulis, des argiles plus ou moins profondes selon la pente donnent à la terre une structure légère. La troisième génération y voit des Malbec qui « pinotent ». Jules le dit à sa façon : à Cahors, on a le Malbec du sol, en Argentine le Malbec « del sol ». Ici, le fil conducteur reste la fraîcheur.
Charly avait choisi un porte-greffe résistant à la sécheresse, et les vignes sont plantées à petite densité. Deux choix qui éclairent la fraîcheur des tanins. Le Guide des meilleurs vins de France voit dans Le Cèdre le style maison : un Malbec profond, aux tanins ciselés.
De Château du Cèdre à Charly, une gamme en paliers
Le domaine présente dix cuvées. Château du Cèdre et Le Cèdre vieillissent en foudres de 57 hectolitres et en barriques de 500 litres, pendant 18 et 24 mois. L’Improbable, en Vin de France, naît d’une saignée et d’un pressurage direct. Le guide y relève de la légèreté et des notes de cerise fraîche.
Au sommet, GC vient des Malbec cinquantenaires du domaine, vinifiés en barriques neuves ouvertes puis élevés 30 mois. Pascal l’a créé en vinification intégrale après avoir goûté la méthode au Clos Mogador, chez René Barbier. Charly, première cuvée de Jules, rend hommage à son grand-père. Elle vient de la parcelle greffée en 1958, pour 1 200 bouteilles.
Deux cuvées nées d’un partenariat
Deux cuvées portent la mention Le Cèdre Diffusion : Juvéniles et le Sweet Malbec. Elles naissent d’un partenariat avec des viticulteurs de Cahors certifiés bio, ou en conversion. Le domaine vinifie leurs raisins et les conseille tout au long de l’année.
Juvéniles, en AOC Cahors, passe une semaine en cuve puis 18 mois en cuve béton. Le Sweet Malbec est un vin de liqueur, muté à l’alcool neutre et élevé sans soufre. La critique y relève la pâte de fruits, le cassis, la confiture de mûre et le nougat.
Des guides fidèles, et un caveau à Bru
Des coups de cœur dès les années 1990
Le Guide Hachette suit le domaine depuis longtemps. Le Cèdre y a été coup de cœur dans les millésimes 1996 et 1998. Dans l’édition 2011, le coup de cœur donné au Cèdre 2007 portait le total du domaine à onze. Le guide le tient pour un pilier de l’appellation Cahors.
L’édition 2026 du Guide Hachette ajoute un coup de cœur au Cèdre Blanc 2023, noté deux étoiles. La même année, le Guide des meilleurs vins de France 2026 attribue deux étoiles au domaine. Il distingue aussi Jules Verhaeghe comme meilleur vigneron du Sud-Ouest.
Visite et dégustation sur réservation
Le domaine reçoit dans son caveau de vente, à Vire-sur-Lot. La visite et la dégustation se font sur réservation. Les vins se trouvent aussi chez des revendeurs, en France comme à l’export.
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