Château du Grand Roc
Un ingénieur agronome reprend un coteau bio du Montravel
Le Château du Grand Roc est une propriété viticole en agriculture biologique de Lamothe-Montravel, en Dordogne. Il se trouve tout à l’ouest du Bergeracois, dans la zone de l’appellation Montravel, à 5 km de Castillon et 15 km de Saint-Émilion. Depuis 2023, Edouard Barkhausen y conduit seul 7 hectares de vignes, certifiées bio depuis 2003.
Douze ans à conseiller les vignerons des autres
Edouard Barkhausen n’est pas né dans une famille de vignerons. Ingénieur agronome, il passe d’abord par l’agroalimentaire, puis par le conseil agricole. Pendant une douzaine d’années, il accompagne des viticulteurs en Gironde et dans le grand Sud-Ouest, comme consultant indépendant et pour la chambre d’agriculture.
Ces années de terrain lui donnent envie de faire lui-même : conduire une vigne selon le millésime, puis vinifier. Il enchaîne les stages et les formations en viticulture et en œnologie, sans lâcher son activité de conseil, et cherche une propriété à reprendre.

Les vendanges 2022 aux côtés d’Henri-Paul Guillot
Le Grand Roc était alors exploité par Henri-Paul Guillot. Il avait pris la suite de ses parents et tenait le domaine depuis plus de quarante ans. À l’âge de la retraite, il n’avait pas de repreneur.
Edouard Barkhausen visite la propriété à l’été 2022. Le coteau le séduit, le courant passe avec son propriétaire. Il commence à travailler sur le domaine dès les vendanges 2022, dans une logique de transmission, et s’installe au début de l’année 2023. L’ancien vigneron lui transmet son savoir-faire, et le nouveau le décrit comme son « ange gardien ».
Pour financer les premiers aménagements, le vigneron lance en 2023 une collecte participative sur Miimosa. Elle réunit 131 contributeurs et 20 360 €. L’argent sert aux amphores et aux œufs de vinification, à deux vaches et à la remise en état du gîte.
Argile et calcaire plein sud, au bord de la Dordogne
Le Montravel, pointe ouest du Bergeracois
Les vignes du Grand Roc occupent des coteaux argilo-calcaires exposés au sud, en bord de Dordogne. Ils s’inscrivent dans la continuité des coteaux de Castillon. Au-dessus du domaine s’étend le plateau de Saint-Michel-de-Montaigne, et une forêt d’acacias surplombe la propriété.

Les vins sortent sous deux étiquettes officielles : l’AOC Bergerac pour la gamme qui porte le nom du château, l’IGP Périgord pour la plupart des autres cuvées. Le domaine se présente lui-même sous trois noms : Montravel, Bergerac et Périgord.
Merlot et malbec en tête, trois blancs pour la fraîcheur
Le merlot domine l’encépagement, devant le malbec et un peu de cabernet-sauvignon. Côté blanc, le domaine cultive la muscadelle, le sauvignon gris et le sauvignon blanc. Les vignes ont entre 20 et 50 ans.
Toutes les vignes sont enherbées naturellement, pour la biodiversité comme pour la concentration des vins. Ce mode de conduite donne des rendements autour de 30 hectolitres par hectare, et des raisins concentrés. Il restructure le vignoble par étapes et renouvelle le matériel. Il prévoit aussi de planter des cépages plus originaux, adaptés au terroir et à un climat qui change.
Pour la vigne, il s’appuie sur Camille Delamotte, conseillère viticole à la chambre d’agriculture de la Dordogne.
Un vignoble bio entouré de bois, de prairies et de vaches
Trente ans de bio, sans chimie de synthèse
Henri-Paul Guillot fait partie des pionniers de la viticulture biologique. Il a conduit le domaine en bio pendant près de trente ans. Il y ajoutait des pratiques empruntées à la biodynamie : tisanes de plantes, travail sur la vie du sol et sur les défenses naturelles de la vigne. L’exploitation est certifiée en agriculture biologique depuis 2003.
Edouard Barkhausen poursuit dans cette voie. Aucun intrant chimique de synthèse n’entre dans les vignes, seulement des produits de contact comme le cuivre et le soufre.
Des highland pour entretenir les prairies
Les vignes ne couvrent qu’une partie de la propriété. Elles sont enchâssées entre 2 hectares de forêt et 5 hectares de prairies, avec des haies et des arbres fruitiers entre les parcelles. Cet équilibre entre ravageurs et prédateurs permet au vigneron de se passer d’insecticides.
Pour entretenir les prairies, il a installé des vaches highland, aux longs poils roux et aux cornes en lyre, venues d’un élevage du Gers. L’hiver, elles peuvent pâturer dans les vignes et y laisser de la matière organique. Lui-même roux, il dit retrouver dans ces bêtes « sa fratrie ».

Le vigneron prévoit aussi des haies arbustives, pour attirer chauves-souris et oiseaux, prédateurs des ravageurs de la vigne. Une source alimente le domaine en continu.
Du béton brut aux amphores, trois gammes de vins
Un chai semi-enterré dans le flanc du coteau
Le chai est semi-enterré à flanc de coteau, ce qui régule mieux la température. Les vinifications se font en cuves béton non revêtues, par sélections parcellaires. Les jus de presse restent à part, puis rejoignent les assemblages selon le profil recherché.

En cave, le vigneron travaille avec Caroline Fleur, œnologue conseil et directrice du groupe Oenocentres. Il vise des vins proches des méthodes traditionnelles. Il cherche aussi des cuvées qui sortent de l’ordinaire : élevage en amphore, en œuf, en barrique d’acacia, vinification intégrale en demi-muids. Un nouveau chai, pour les microvinifications et l’élevage, est en projet.
De la cuvée du château à L’Intégrale
La gamme Château du Grand Roc, en AOC Bergerac, garde l’esprit de la propriété. Le rouge assemble merlot, malbec et cabernets, avec un élevage partiel en barrique, pour un profil souple et fruité. Le blanc sec réunit muscadelle et sauvignons gris et blanc, sur un registre gourmand.
La Belle Colline vise la table. Le rouge marie malbec et merlot des meilleures parcelles, élevés en amphore. Le blanc sec, muscadelle et sauvignon gris, fermente directement en barrique d’acacia et reste douze mois sur lies, avec des bâtonnages réguliers.
Avec L’Intégrale, le vigneron assemble de vieilles vignes de merlot et de malbec, vinifiées entièrement en demi-muids de 500 litres. Le vin passe ensuite douze mois en barriques neuves. Le domaine lui prête une structure puissante et élégante.
Les Rouquins, des vins pour partager
La gamme des Rouquins, en IGP Périgord, rassemble ce que le vigneron appelle ses « vins des copains ». Le P’tit Rouquin est un malbec pur, fruité et frais. Le Rouquin Blanc, 100 % sauvignon blanc, joue la vivacité et les agrumes. Roux Doudou, un sauvignon gris moelleux à 38 grammes de sucres résiduels, garde de la fraîcheur.
Deux rosés complètent la famille. Roux Cool est un rosé fruité et aromatique. Roux Pet’, 100 % merlot, est un pétillant naturel. Mis en bouteille avant la fin de sa fermentation, il fait lui-même ses bulles.
2022 et 2023, deux premiers millésimes contrastés
Le millésime 2022, solaire et sec, a profité du cocon de forêts du Grand Roc, qui a protégé les vignes du gel de printemps. Les vendanges se sont étalées du 8 septembre pour les blancs au 5 octobre pour les cabernets.

L’année 2023, chaude et très humide, a obligé à composer avec le mildiou. Les blancs ont été récoltés dans la première quinzaine de septembre, les rouges vers le 20. Il a fallu trier pour ne garder que les baies intactes, puis jouer sur des cuvaisons courtes ou des macérations longues selon le profil voulu.
Passer au Grand Roc, sur rendez-vous
Visites et ateliers avec le vigneron
Edouard Barkhausen reçoit toute l’année, sur rendez-vous, pour une visite et une dégustation. Seul sur l’exploitation, il demande qu’on le prévienne avant de passer. Il accueille aussi les groupes sur mesure, et peut recevoir en anglais.
Plusieurs ateliers sont proposés. L’atelier Vendanges, en septembre, fait vivre une journée de vigneron : récolte à la main, vinification, repas des vendangeurs. L’atelier Assemblage permet de composer son propre vin et de repartir avec ses bouteilles. Le « Tupperwine » est une dégustation organisée à domicile. Le domaine accueille aussi des guinguettes et des concerts.
Un gîte entre les vignes, près de la tour de Montaigne
Un gîte de deux chambres, de 4 à 8 couchages, est aménagé au milieu des vignes, avec un jardin privatif. Les alentours se prêtent à la balade, dans les vignes et les bois, ou en canoë sur la Dordogne.

À proximité, on visite la tour de Montaigne, la villa gallo-romaine de Montcaret, les jardins de Sardy et le site de la bataille de Castillon. Saint-Émilion se trouve à un quart d’heure de route.
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