Domaine de Beyssac - Vignes d’automne sur le coteau, face à la vallée de la Garonne

Domaine de Beyssac

Région viticole

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Sud-Ouest

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Un vignoble né de rien sur le coteau de Beyssac

Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares de vignes en bio et en biodynamie sur le coteau de Beyssac, à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. Le vignoble occupe la rive droite de la Garonne, orienté plein sud, dans l’AOP Côtes du Marmandais. Il se distingue par un cépage local, l’abouriou, et par une histoire récente, racontée presque au jour le jour.

Une terre de famille et deux Parisiens en bottes

Au départ, il y a Véronique et Frédéric Broutet, deux Parisiens aux attaches provinciales, installés à Meudon. Ils disposent à Marmande d’un terrain familial, hérité de leurs grands-parents et parents. En 2006, ils décident d’y planter un vignoble. Ils se décrivent eux-mêmes comme des élèves consciencieux, qui apprennent la vigne et le vin chaque jour un peu plus.

La première parcelle, celle de Beyssac, reçoit 9 311 plants sur 2 hectares au printemps 2006, à 5 000 pieds par hectare. Merlot, cabernet franc et abouriou se partagent les rangs. Le couple ouvre un blog dès les premiers mois : plantation, palissage, premiers hivers, coût des travaux, tout y est consigné.

Le nom vient du lieu-dit. La maison familiale s’appelait La Colombette, mais un Domaine de La Colombette existait déjà près de Béziers. Le vignoble a donc pris en 2010 le nom de Domaine de Beyssac, qui se prononce « bé-i-sac ».

De deux à vingt hectares d’un seul tenant

Le chai sort de terre au printemps 2009, à temps pour une première vinification sur ce millésime. C’est l’année que le domaine retient pour sa création. En 2010, des parcelles voisines menacées d’arrachage se libèrent sur le même coteau. La famille les reprend, et le vignoble passe de 2 à près de 11 hectares.

Aujourd’hui, le domaine compte 20 hectares d’un seul tenant sur le premier coteau de la Garonne, au-dessus de la ville de Marmande. Environ 7 hectares sont vinifiés au chai. Les 13 hectares restants, conduits eux aussi en bio et en biodynamie, sont cultivés pour la cave coopérative Les Marmandais.

Domaine de Beyssac - Rangs de vigne descendant vers le chai, Marmande en contrebas
Les rangs descendent vers le chai, Marmande en contrebas.

Une affaire de famille passée à la génération suivante

En 2017, leur fille Pauline Broutet rejoint le domaine. Son compagnon, Fabien Charlou, prend part à son tour au travail minutieux de la vigne. Depuis 2025, l’exploitation est au nom de Pauline, et le couple est désormais l’interlocuteur des visiteurs comme des professionnels.

La vigne n’a jamais été une affaire solitaire à Beyssac. Bernard et Corinne ont pris en charge le vignoble au fil de son agrandissement. Un œnologue accompagne les assemblages depuis les premiers millésimes. Et une équipe de saisonniers bêche, taille, attache et vendange chaque année.

L’abouriou, le cépage que le Marmandais garde pour lui

Une appellation entre Bordelais et Sud-Ouest

Reconnue en appellation d’origine contrôlée en 1990, l’AOP Côtes du Marmandais s’étend de part et d’autre de la Garonne. Sur la rive droite, celle de Beyssac, le relief aligne des collines argilo-calcaires dans le prolongement de l’Entre-deux-Mers. Ces sols calcaires ou argilo-calcaires conviennent tout particulièrement au merlot, à l’abouriou et au côt.

Les rouges de l’appellation associent les trois cépages aquitains, merlot, cabernet franc et cabernet-sauvignon, à des cépages complémentaires. L’abouriou est le plus singulier d’entre eux. Rare, propre au Marmandais, il apporte du fruit, une belle structure et des nuances épicées.

Le domaine résume sa situation en quatre cépages. Le merlot le relie au Bordelais tout proche, le malbec et le gros manseng au Sud-Ouest. L’abouriou, typique du Marmandais, reste son cépage emblématique, celui qu’il appelle son « cépage chéri ».

Domaine de Beyssac - Grappes d’abouriou mûres sur le cep
Grappes d’abouriou à maturité sur le coteau de Beyssac.

Un raisin précoce et capricieux

Dès la plantation de 2006, l’abouriou occupe un quart de la parcelle de Beyssac. Ses grappes sont serrées et nombreuses, ce qui le rend sensible au botrytis. Le domaine en a fait l’expérience dès ses premières vendanges, avec une attaque généralisée de botrytis sur l’abouriou.

C’est aussi le plus précoce des cépages du domaine. Chaque automne, la récolte commence par les abourious de Beyssac, une parcelle elle-même plus hâtive que les autres, juste à côté du chai. Les merlots suivent dans la foulée.

Domaine de Beyssac - Cagettes d’abouriou vendangé à la main
Les premières cagettes d’abouriou, cueillies à la main.

Le domaine en tire trois rouges : en assemblage avec le merlot dans l’Essentiel, avec le merlot et le malbec dans Iniciau, et seul dans Le Monde d’Après Abouriou.

Bio dès 2009, biodynamie Demeter depuis 2016

La lune, la bouse de corne et la silice

Le vignoble est engagé en agriculture biologique depuis mai 2009, sous le contrôle de Qualisud. Il passe en biodynamie en 2016, avec la certification Demeter. Les vins portent la mention bio depuis le millésime 2013, et la mention biodynamique Demeter à partir du millésime 2017.

Les travaux suivent le calendrier lunaire. Les pulvérisations de bouse de corne favorisent la vie microbienne du sol, la silice aide la vigne dans sa photosynthèse. Contre l’oïdium et le mildiou, seuls le soufre et le cuivre entrent dans les parcelles, à moins de 3 kg de cuivre par hectare et par an.

Le rang est désherbé mécaniquement, l’inter-rang enherbé. Épamprage, ébourgeonnage, dédoublage et effeuillage se font à la main. La taille limite les rendements sous les 40 hectolitres par hectare, sur des vignes plantées à 4 000 et 5 000 pieds par hectare. Des haies et des arbres entourent les parcelles, à la manière d’un bocage.

Un chai construit pour économiser l’eau et l’énergie

Bâti de zéro, le chai a intégré dès 2009 des choix d’économie. Les eaux de pluie des toitures sont récupérées pour les traitements de la vigne. Les effluents, eaux de lavage du pulvérisateur et du chai comprises, sont épurés sur un lit de sable planté de roseaux.

Un puits provençal régule la température du chai à barriques. Une pompe à chaleur fournit l’eau chaude ou froide qui thermorégule les cuves, en circuit fermé. Côté emballages, les bouteilles sont allégées et en verre recyclé, les bouchons en liège naturel, les étiquettes et les cartons certifiés FSC.

Du raisin entier à la barrique marmandaise

Une chaîne de réception qui ménage les baies

Toutes les cuvées sont vendangées à la main, en petites cagettes qui évitent d’écraser le raisin. Au chai, un tapis élève les grappes jusqu’à l’égrappoir à cage tournante. Une table de tri automatique à lame d’air écarte ensuite les baies sèches ou botrytisées, les bouts de feuilles et les pétioles.

Une pompe péristaltique conduit enfin les baies entières jusqu’aux cuves, sans foulage. Le cuvier compte dix cuves inox de 10 à 80 hectolitres, assez pour vinifier séparément chaque cépage et chaque parcelle. Le pressoir pneumatique, lui, tient 8 hectolitres.

Domaine de Beyssac - Le cuvier et ses cuves inox thermorégulées
Le cuvier et ses cuves inox, une par cépage et par parcelle.

Levures indigènes et sulfites au compte-gouttes

Les fermentations partent sur levures indigènes, à 26 °C pour les rouges et 18 °C pour le blanc et le rosé. La fermentation malolactique se fait naturellement. Les sulfites n’interviennent qu’une fois les malolactiques terminées, et les rouges ne sont ni collés ni filtrés.

Le vin descend vers les barriques par gravité, sans pompe. Les fûts de chêne français viennent d’un artisan tonnelier de Marmande, Francis Miquel, à partir de bois issu de forêts FSC. Le blanc, lui, s’élève en œuf de grès fabriqué à Limoges.

Domaine de Beyssac - Chauffe des barriques chez le tonnelier marmandais
Chauffe des barriques du domaine chez le tonnelier marmandais.

Sept vins, de l’œuf de grès au fût de chêne

Iniciau et Essentiel, les rouges historiques

Iniciau, « initial » en occitan gascon, est le tout premier rouge vinifié au domaine. Il assemble merlot, malbec et abouriou, élevés environ onze mois en cuve inox pour garder le fruit intact. Sa robe est profonde, son nez porte les fruits noirs compotés, le pruneau et la figue, sa bouche est ronde et dense.

L’Essentiel est la cuvée la plus élaborée. L’abouriou et le merlot y passent six mois en cuve, puis seize mois en fûts de chêne français. Le bois patine les tanins de l’abouriou tout en préservant son fruit et ses épices. Le nez mêle la réglisse, le cacao, la mûre et le cassis.

Le Monde d’Après et Roule Guinguette, des rouges à partager

Le Monde d’Après est né pendant le premier confinement, d’une réflexion sur ce « monde d’après » promis à tous. La cuvée existe en 100 % abouriou et, depuis 2020, en 100 % malbec, toutes deux élevées en cuve. La version malbec est certifiée Vin Méthode Nature.

L’abouriou y montre son côté brut de terroir : griotte, mûre et réglisse, tanins enrobés, finale fraîche et épicée. Le malbec joue la carte des petits fruits rouges et de la vivacité. Roule Guinguette, assemblage de merlot et de malbec, cherche la même gourmandise, avec une bouche fluide et désaltérante.

Domaine de Beyssac - La gamme des vins sur une table au milieu des vignes
La gamme du domaine, posée au milieu des vignes à l’automne.

Folle Odyssée et Escapade, le blanc et le rosé

Folle Odyssée est un blanc sec de gros manseng, élevé cinq mois en œuf de grès. Il sort en Vin de France, le gros manseng ne figurant pas parmi les cépages de l’appellation. Le nez évoque la pomme et les fruits exotiques, la bouche les agrumes, avec de la vivacité et une belle salinité.

L’Escapade est un rosé de pressée, à parts égales de merlot et de malbec, fermenté à basse température pour garder ses arômes. La fraise domine en bouche. Le domaine le boit en toutes saisons et le conseille avec les fruits de mer, les huîtres en particulier.

Des guides et des concours qui suivent le domaine

L’Essentiel 2014 a reçu une médaille d’or et la note de 95/100 aux Decanter World Wine Awards 2016. L’Essentiel 2015 a obtenu deux étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2019. L’Initial, devenu Iniciau, a décroché la même distinction au Guide Hachette 2023 pour son millésime 2020.

L’Initial 2022 a ensuite remporté une médaille d’or au concours des Vignerons Indépendants 2024. Les vins voyagent aussi loin de Marmande : ils sont distribués aux États-Unis, au Canada, en Belgique, en Irlande et en Corée du Sud.

Visiter Beyssac, de la vigne au chai

Une visite en trois temps

Le domaine reçoit les visiteurs pour partager le métier de vigneron en biodynamie. La visite commence à la vigne, continue au chai et se termine par une dégustation des vins. Elle dure de 45 minutes à 1 h 15 selon le nombre de participants, sur réservation.

Un coteau au-dessus de la vallée de la Garonne

Depuis les rangs, la vue porte sur la vallée de la Garonne et sur Marmande. Chaque année, le vol migratoire des grues cendrées passe à la verticale du coteau. Chevreuils, faisans, lièvres et écureuils fréquentent aussi le vignoble.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Vigne de Signols

    La Vigne de Signols cultive 3 hectares de mansois en terrasses sur le grès rouge de Conques-en-Rouergue, dans l’appellation Marcillac. Yvan-Marie Rufié, qui a fondé l’orchestre aveyronnais Obsession en 1975, l’a plantée entre 2008 et 2014 sur la colline de son enfance. Engagé en bio en 2011 et certifié Demeter, il nourrit sa vigne de compost de sous-bois et d’engrais verts, sans chimie ni engrais. Ses rouges de goutte, de presse et d’assemblage naissent sans aucun intrant ni sulfite ajouté, avec des levures indigènes.

  • Domaine de Brin

    Le Domaine de Brin cultive 14 hectares de vignes en AOC Gaillac à Castanet, dans une ferme familiale où poussent aussi lentilles, pois chiches et orge brassicole. Damien Bonnet y met les vins en bouteille depuis 2008, en bio dès le départ, avec une certification engagée en 2011. Mauzac, loin de l’œil, braucol, duras et prunelart s’élèvent en jarre de grès, en amphore, en foudre ou en béton. Ses quinze cuvées vont du pétillant naturel au vin de voile, en passant par l’orange et les doux.

  • Château du Grand Roc

    Le Château du Grand Roc cultive 7 hectares de vignes bio à Lamothe-Montravel, sur des coteaux argilo-calcaires tournés au sud, au bord de la Dordogne. Ingénieur agronome passé par le conseil viticole, Edouard Barkhausen l’a repris en 2023 à Henri-Paul Guillot, qui le conduisait en bio depuis près de trente ans. Il vinifie en cuves béton, en amphore, en œuf ou en demi-muids, de l’AOC Bergerac aux cuvées en IGP Périgord. Autour des vignes, des vaches highland entretiennent les prairies, entre les bois et les haies du domaine.

  • Domaine La Valette

    Le Domaine La Valette cultive 3 hectares en bio à Villaudric, dans l’AOP Fronton, au nord de Toulouse. Issu d’une famille de vignerons du Val de Loire, Antoine Rouiller y a planté une partie des vignes en 2019 et 2021. La négrette y côtoie la syrah, le cabernet franc, le mauzac et le chardonnay, vendangés à la main pour des vins soufrés au tiers de la dose autorisée. Le Guide Hachette 2027 accorde deux étoiles à l’Arlequin rouge 2024 et à la Négrette Only 2025.

  • Domaine Damiens

    Le Domaine Damiens cultive 16 hectares à Aydie, en appellations Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, engagés en bio depuis 2011. Son nom vient d’un aïeul trouvé sous un porche d’église le jour de la Saint-Côme-et-Damien, et les Beheity tiennent la propriété depuis 1950. Pierre-Michel Beheity restructure le vignoble à partir de 2008 en faveur du tannat, tout en gardant un capital de vieilles vignes. Du tannat de printemps sans sulfites ajoutés aux Madiran de garde, la gamme compte aussi des Pacherenc secs et doux de petit et gros manseng.

  • Causse Marines

    Causse Marines cultive à peine 10 hectares sur un causse calcaire de Vieux, dans le vignoble de Gaillac, repris par Patrice Lescarret en 1993. Le domaine y conduit plus de quinze cépages, dont le mauzac, l’ondenc, le verdanel et le prunelart, tous issus de sélection massale. Certifiées bio depuis 2006 et travaillées en partie au cheval, les vignes donnent des vins nature, sortis pour la plupart en Vin de France. Les cuvées jouent du verlan, de Zacmau à Rasdu, et refusent les fiches techniques trop sérieuses.

  • Domaine Rotier

    Le Domaine Rotier cultive 35 hectares en bio sur les graves du Tarn, à Cadalen, dans l’appellation Gaillac. Alain Rotier et son beau-frère Francis Marre y bâtissent leurs vins sur deux cépages locaux, le duras en rouge et le len de l’el en blanc. Le vignoble est certifié bio depuis le millésime 2012, et ses nouvelles plantations atteignent 6 170 pieds par hectare depuis 2001. Les deux associés ont été désignés vignerons de l’année du Guide Hachette 2024 pour le Sud-Ouest, avec un neuvième coup de cœur dans l’appellation.

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