Domaine de l’Agapè
Sommaire
- De la Saint-Christol à l’Agapè, un siècle à Tulette
- 1921, un financier voit le Fuji-Yama dans le Ventoux
- Les grenaches plantés par Kakuji Kanéko en 1930
- 2021, Sabrina et Xavier reprennent la maison vide
- 10,60 hectares d’un seul tenant dans la plaine de Tulette
- Galets, marne calcaire et mistral
- Des Côtes du Rhône au pied des crus méridionaux
- Un cheval dans les rangs de 1930
- En bio certifié depuis 2024
- Le vieux chai des Kanéko remis en service
- Douze hectolitres pour un premier millésime en 2022
- Œuf en béton, amphore et barriques de pomerol
- Vendanger à l’aurore, garder le raisin au frais
- Six cuvées signées par une sommelière
- Philia, Horla et Invictus, trois rouges du grenache à la syrah
- L’Ingénu(e), Jade et le rosé Éphémère
- Premières notes dans les guides
- Séjourner dans la villa et déguster au caveau
- La villa Frézet, gîte de groupe de 350 m²
- Des ateliers entre les vignes et le chai
De la Saint-Christol à l’Agapè, un siècle à Tulette
1921, un financier voit le Fuji-Yama dans le Ventoux
Le Domaine de l’Agapè est un vignoble bio de Tulette, dans la Drôme provençale, en appellation Côtes du Rhône. Son histoire commence bien avant son nom. En 1921, le financier Gustave Carpentier cherche une maison de campagne dans la vallée du Rhône. Sa fille a la tuberculose.
Il avait rencontré son épouse, Sakou Kanéko, à Yokohama en 1901. En visitant une propriété au lieu-dit Saint-Christol, il aperçoit le mont Ventoux et s’exclame : « Mais c’est le Fuji-Yama, c’est là que je veux habiter ! » Il l’achète le 10 octobre 1921, avec treize hectares à exploiter.
Les grenaches plantés par Kakuji Kanéko en 1930
Pour cultiver les terres, Gustave fait venir le frère de sa femme, Kakuji Kanéko. C’est lui qui plante en 1930 les premiers pieds de Grenache noir et de Carignan. Ces vignes sont toujours en production. Après sa mort en 1945, sa veuve Fuji et leurs enfants continuent de travailler les vignes.
Dans les années 1950, la famille Kanéko construit un chai avec huit cuves en béton de 80 hectolitres et fait son propre vin. Le raisin part ensuite à la cave coopérative de Costebelle, et le chai est abandonné. Jusqu’en 2020, Jacques Kanéko, petit-fils de Kakuji, exploite encore les terres des descendants Carpentier.
La villa, elle, change de visage avec Félix Frézet, médecin né à Tulette, qui épouse Renée, la fille de Gustave. Il y installe son cabinet, agrandit la maison et construit un bassin. En 1949, il achète les droits sur la source de Saint-Jean, qui rend le domaine autonome en eau.
2021, Sabrina et Xavier reprennent la maison vide
Après le décès de Renée Frézet en décembre 2017, la propriété reste inhabitée. Aucun héritier ne veut la reprendre. Sabrina et Xavier Pichon la visitent à l’automne 2020. Ils cherchent un lieu de vie à mi-chemin entre la Provence et l’Auvergne, et décident de relever le défi.
Ils s’installent en avril 2021 et baptisent le lieu « Agapè », un mot grec qui signifie « amour inconditionnel ». La villa Frézet devient un gîte de groupe, qui reçoit ses premiers clients le 31 juillet 2021. Le couple rénove en parallèle l’ancienne maison des Kanéko pour y vivre.
Sabrina Pichon-Thuillier a d’abord travaillé dans la gastronomie, puis dans l’enseignement. Elle a ensuite collaboré avec des chefs étoilés comme sommelière, avant de reprendre ses études et d’obtenir un BTSA viticulture-œnologie. Au domaine, elle conduit le vignoble, vinifie, anime les ateliers et vend les vins.
Xavier Pichon a évolué dans deux milieux : la gastronomie et l’hôtellerie internationale d’un côté, la construction et l’aménagement du territoire de l’autre. Il exerce en profession libérale depuis près de vingt ans. Il gère l’administration, la location de la villa et l’entretien des bâtiments.
10,60 hectares d’un seul tenant dans la plaine de Tulette

Galets, marne calcaire et mistral
La propriété couvre 13,60 hectares, dont 10,60 hectares de vignes d’un seul tenant, avec des prairies, des jardins et des chemins. Le vignoble occupe une plaine et s’oriente surtout est-ouest. Hors les vieux grenaches de 1930, les vignes ont 25 ans en moyenne.
Le sol est argilo-calcaire, plus ou moins caillouteux. Le galet, mêlé à la marne calcaire, restitue la nuit la chaleur captée le jour. Le mistral souffle souvent sur les rangs et aide à les préserver des maladies cryptogamiques.
Tulette se trouve au centre du secteur méridional des Côtes du Rhône. Son microclimat méditerranéen compte parmi les plus chauds de l’appellation, avec 2 800 heures de soleil par an et une température moyenne de 14 °C. On y arrive par des routes bordées de vignes, d’oliviers et de lavandin.
Des Côtes du Rhône au pied des crus méridionaux
Le vignoble se situe dans l’aire des appellations Côtes du Rhône et Côtes du Rhône Villages. L’AOC Côtes du Rhône, consacrée en 1937, s’étend de Vienne à Avignon. Elle couvre 172 communes réparties sur six départements, pour environ 30 000 hectares.
Dans la partie méridionale, les rouges et les rosés assemblent au moins deux cépages principaux, parmi le Grenache, la Syrah et le Mourvèdre. Le Grenache y est obligatoire. Il apporte le fruit, la chaleur et la rondeur, quand la Syrah donne des arômes épicés, de la couleur et de la structure.
À l’Agapè, l’encépagement réunit la Syrah, le Grenache noir, le Carignan, le Viognier, la Roussanne et la Marsanne. Les crus méridionaux sont proches : Gigondas, Vacqueyras, Cairanne, Sablet ou Rasteau. Les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux ne sont pas loin non plus.
Un cheval dans les rangs de 1930
À leur arrivée, le couple confie les vignes à Justin Roussin, viticulteur à Tulette. Puis il décide de les travailler lui-même, de la taille à la vendange. Sabrina prend en main l’exploitation, et le domaine s’équipe de machines agricoles adaptées.
La vieille vigne de Grenache plantée en 1930 a droit à un traitement à part. Ses rangs sont plus étroits que ceux des parcelles récentes, et ses ceps fragiles supportent mal le moindre choc. Le domaine y est revenu au travail du sol par traction animale, comme à l’époque de la plantation.
Deux fois par an, Noémie intervient avec Nichka pour labourer entre les ceps. Le passage est plus minutieux et moins brutal qu’un intercep hydraulique tiré par un tracteur. Il se montre tout aussi efficace.



En bio certifié depuis 2024
Dès leur arrivée en 2021, Sabrina et Xavier engagent le vignoble en conversion à l’agriculture biologique, sous le contrôle d’Ecocert. Depuis 2024, leur raisin est certifié bio. Les vins, portés par la structure Les Vins de l’Agapè, le sont aussi.
Le travail de la vigne repose sur une réflexion agronomique. Les apports organiques viennent de l’agropastoralisme. Des couverts végétaux sont choisis selon les besoins des sols et de la vigne, et la taille s’adapte au cépage et au vin recherché. Les rendements restent entre 25 et 40 hl/ha selon les parcelles.
Le vieux chai des Kanéko remis en service
Douze hectolitres pour un premier millésime en 2022
Le couple ne pensait pas faire de vin avant 2025. Mais 2022, année de sécheresse, s’annonce prometteuse. À l’été, ils se lancent. En quatre semaines, ils aménagent un petit local pour une production de 12 hectolitres, répartie en trois cuvées.
Ces premiers raisins viennent d’une sélection parcellaire, vendangés à la main avec un tri des meilleures grappes. Au printemps 2023, le couple restaure l’ancien chai du domaine, à l’abandon depuis des décennies. Pour ce deuxième millésime, seules 1 000 bouteilles sont produites, et le reste de la récolte part à la cave coopérative voisine.
Œuf en béton, amphore et barriques de pomerol
Xavier conçoit et réalise le chai en misant sur l’écoconstruction et la maîtrise de son impact environnemental. Le bâtiment est semi-enterré et profite d’une bonne inertie thermique. Les travaux durent quatre mois. Sabrina l’équipe d’un pressoir pneumatique et de cuves inox thermorégulées.
Pour l’élevage, elle dispose d’une cuve ovoïde en béton, d’une amphore en terre cuite et de fûts de chêne. Pour sa Syrah Horla, elle a acheté dix barriques d’occasion de 225 litres, qui avaient contenu du pomerol pendant deux ans. Elle en a même choisi les chauffes, l’une traditionnelle, l’autre longue.
Vendanger à l’aurore, garder le raisin au frais
Les grappes sont sélectionnées et ramassées à la main dès l’aurore. En cave, un second tri a lieu avant que le raisin soit conservé au frais. Le froid est primordial pour préserver les thiols et les anthocyanes.
Le chai est pensé pour maîtriser les températures de la vendange à l’élevage. Les pressurages, les extractions et les durées de cuvaison s’ajustent au potentiel aromatique de chaque cuvée, tout comme la durée d’élevage en barrique, en amphore ou en cuve ovoïde. Sabrina cherche des vins précis, sans maquillage œnologique.
Six cuvées signées par une sommelière
Philia, Horla et Invictus, trois rouges du grenache à la syrah
Depuis 2023, le domaine propose six cuvées : trois rouges, deux blancs et un rosé. Philia assemble les vieilles vignes de Grenache, à 70 %, et la Syrah. Le domaine le décrit comme un vin de fruit gourmand, d’une belle fraîcheur tonique.
Horla, cuvée haut de gamme en 100 % Syrah, passe par les barriques de pomerol : du velours, avec une finale toastée. Invictus est issu des vieilles vignes de grenache. Son élevage en béton et en amphore préserve le fruit, qui glisse vers une note chocolatée.
L’Ingénu(e), Jade et le rosé Éphémère
L’Ingénu(e) est un 100 % Viognier, aux fruits jaunes et blancs, avec une bouche fraîche. Le domaine lui trouve un beau volume fruité. Jade se distingue par une longueur ample et gourmande.
Le rosé Éphémère, suave et équilibré, joue sur la rondeur et la salinité. Il mêle des notes de fleurs et d’agrumes, avec de jolies amertumes.
Premières notes dans les guides
Les jeunes cuvées ont vite attiré l’attention. Invictus a obtenu 90/100 dans le Guide des Vins de France 2024, qui le qualifie de « beau vin charnel et élégant ». L’Ingénu(e) a reçu une médaille d’argent au Prix Plaisir 2024 de Bettane & Desseauve.
En juin 2024, le magazine Terre de vins a consacré un article au domaine. Il y relevait la détermination de la vigneronne et des premières cuvées prometteuses. Philia y est décrit comme un rouge au ton engageant de fruits rouges.
Séjourner dans la villa et déguster au caveau
La villa Frézet, gîte de groupe de 350 m²
La villa du Domaine de l’Agapè mesure environ 350 m². Elle reçoit de 10 à 23 personnes, pour un week-end, une semaine, un mariage ou une sortie d’entreprise. Elle est classée Gîtes de France 3 épis. Ses chambres portent les noms de peintres : Van Gogh, Picasso, Monet, Cézanne.
On y trouve une salle de billard, une salle de projection, une salle de sport et plusieurs salons. Le bassin de 15 mètres sur 7 est alimenté par la source de Saint-Jean, celle dont Félix Frézet avait acheté les droits. Certaines chambres donnent sur les vignes, et le mont Ventoux veille sur le paysage.
Des ateliers entre les vignes et le chai
Les vins se dégustent directement au caveau du domaine. Sabrina propose aussi des ateliers œnologiques, sur réservation et à partir de six participants. La promenade dans les vignes raconte l’histoire du domaine et de son terroir.
La visite du chai explique les méthodes de vinification et d’élevage, avec une dégustation des vins en cours d’élaboration. Une formule d’initiation à la dégustation détaille la vinification des rouges, des blancs et des rosés, les arômes du vin et leurs origines. Un plateau de charcuterie et de fromages peut accompagner la dégustation.
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