Domaine du Pourra
Sommaire
- Un médecin vigneron sur les hauteurs des Dentelles de Montmirail
- Une bouteille de 32 ans pour déclic
- De Marseille à Sablet, le rachat de 1998
- Les « pourras », ces ravines creusées par l’eau des Dentelles
- Trois lieux-dits en altitude, entre Séguret et Gigondas
- La Combe et Mont-Bayon, face à face sur Séguret
- Le Pourra, sur le versant nord des Dentelles
- Gigondas et Séguret, deux appellations au pied du même massif
- Une vigne sans chimie depuis 1999
- Du bio certifié aux préparations biodynamiques
- 9 à 12 hectolitres par hectare sur des coteaux caillouteux
- Au chai de Sablet, le béton et le temps
- Levures indigènes et longues cuvaisons
- De trente mois à cinq ans sur lies fines
- Des millésimes de plus de vingt ans à la boutique
- Des rouges de garde, du Gigondas au Vin de France
- La Réserve et Antipode, les Gigondas du Pourra
- Mont Bayon et les cuvées hors appellation
Un médecin vigneron sur les hauteurs des Dentelles de Montmirail
Une bouteille de 32 ans pour déclic
Le Domaine du Pourra produit des vins bio de la vallée du Rhône méridionale, en Gigondas et en Séguret. Il appartient à Jean-Christian Mayordome, médecin devenu vigneron. Rien ne l’y préparait : son parcours professionnel n’avait aucun lien avec le monde agricole.
Tout est parti d’une dégustation. Il se souvient d’une bouteille qui avait une histoire, une vie, et 32 ans. Ce fut une révélation, et le début d’une envie qu’il qualifie lui-même d’utopie : en faire une comme celle-là.
De Marseille à Sablet, le rachat de 1998
Franco-gabonais, Jean-Christian Mayordome a grandi et fait ses études à Marseille. Au début de l’année 1998, il rachète le Domaine du Pourra. La propriété avait appartenu à la famille Chassagne, bien connue dans la région. Au lieu-dit du Pourra, les vignes sont plantées depuis 1962.
Il n’a pas lâché la médecine pour autant. Pendant des années, il a mené de front ses consultations et le travail du domaine. Dès la prise en main, sa ligne était fixée : des raisins sans intrant chimique, des vins sans intrant œnologique. « Et, bien sûr, de faire de vrais vins de garde », ajoute-t-il.
Les « pourras », ces ravines creusées par l’eau des Dentelles
Le nom du domaine vient du paysage. Sur les pentes des Dentelles, on appelle « pourras » les ravines que l’eau creuse à flanc de rocaille. Ce sont de grands fossés taillés dans le calcaire par les trombes d’eau qui dévalent la montagne certains jours. La végétation les envahit au point qu’on en distingue rarement le fond.
Ces ravines ont donné son nom au domaine, et sa devise au vigneron : « Laisser parler la terre et advienne que Pourra ».
Trois lieux-dits en altitude, entre Séguret et Gigondas
La Combe et Mont-Bayon, face à face sur Séguret
Tout le vignoble est planté en altitude, dans les Côtes du Rhône méridionales. Il se partage entre trois lieux-dits. Deux d’entre eux se font face sur la commune de Séguret, en AOP Côtes du Rhône Villages.
La Combe couvre 6,5 hectares à 380 mètres, sur de la roche calcaire et de l’argile rouge ferrugineuse. Mont-Bayon culmine à 440 mètres. Ses 8,8 hectares de vignes y sont plantés depuis plus de 50 ans. Le terroir y est chaud, sec et pauvre, fait d’argile rouge ferrique et de roche calcaire éclatée.
Sur Mont-Bayon, le paysage viticole paraît presque lunaire tant les cailloux dominent. Les vieilles vignes, surtout du grenache, poussent au milieu de la pierraille. Marcher entre les rangs demande de garder l’équilibre.
Le Pourra, sur le versant nord des Dentelles
Le troisième lieu-dit porte le même nom que le domaine. Le Pourra se trouve à Gigondas, au nord des Dentelles de Montmirail, tout en coteaux et en terrasses. Sa parcelle de 11 hectares s’étage entre 340 et 450 mètres d’altitude, au pied du Pas de l’Aigle.
Les sols y sont argilo-calcaires, mêlés de roche, de graviers et de marnes grises. Le vigneron leur attribue la fraîcheur, la structure et la délicatesse de ses cuvées. Le domaine compte ce lieu-dit parmi les terroirs les plus élevés de l’appellation Gigondas.

Gigondas et Séguret, deux appellations au pied du même massif
L’AOC Gigondas tient tout entière sur la commune du même nom. Son vignoble couvre 1 230 hectares, entre la ligne des Dentelles à l’est et l’Ouvèze à l’ouest. L’appellation a obtenu l’AOP en rouge et en rosé en 1971. Elle s’est ouverte aux blancs à partir du millésime 2023.
Le grenache y domine largement les assemblages. En limitant l’ensoleillement du matin, les Dentelles allongent sa maturation. Il donne aux vins de Gigondas leurs tanins, leur corps et leur aptitude au vieillissement. La syrah l’accompagne en quantités modérées, et le mourvèdre rehausse les notes épicées du Gigondas.
De son côté, Séguret a été consacré en Côtes du Rhône Villages en 1967. L’appellation s’étend sur toute la commune, et certaines vignes grimpent jusque dans les Dentelles. Ce terroir de montagne apporte de la fraîcheur aux assemblages. Les rouges comptent au moins 66 % de grenache, syrah et mourvèdre.
Une vigne sans chimie depuis 1999
Du bio certifié aux préparations biodynamiques
Depuis 1999, le domaine travaille la vigne sans intrant chimique. Il s’engage auprès d’un organisme certificateur en 2009, et ses vins sont certifiés en agriculture biologique depuis 2012. L’Agence Bio les recense toujours comme certifiés pour l’année de contrôle 2026.
La biodynamie est venue ensuite. Le Mont Bayon 2018 était encore en conversion. Pour le millésime 2019, les fiches de Mont Bayon et d’Antipode mentionnent des pulvérisations de préparations biodynamiques. Le domaine présente désormais tout son vignoble comme travaillé en biodynamie.
9 à 12 hectolitres par hectare sur des coteaux caillouteux
Sur ces pentes, la vigne donne très peu. Au Pourra, le rendement moyen se situe entre 9 et 12 hectolitres par hectare. Sur Mont-Bayon, il atteint en moyenne 12 hectolitres. Les ceps ont souvent de l’âge : de 17 à 65 ans pour la Réserve 2018, de 45 à 60 ans pour le Mont Bayon.
L’enherbement naturel limite l’érosion et évite d’exposer au soleil d’été des sols nus. Le soufre est poudré légèrement, en préventif. Les vendanges se font à la main, fin septembre ou début octobre selon les années, avec un tri directement sur pied.



Au chai de Sablet, le béton et le temps
Levures indigènes et longues cuvaisons
La cave se trouve à Sablet. Ses cuves en béton traditionnelles permettent des cuvaisons longues. Les raisins y fermentent sans levures ajoutées et sans intrant chimique. La cuvaison dure 26 à 30 jours, avec des remontages quotidiens et des températures tenues assez basses.
La plupart des fiches techniques du domaine indiquent une vinification sans sulfites ajoutés. Le Mont Bayon 2019 affiche ainsi moins de 20 mg/l de SO2 total. Il a été mis en bouteille sans collage ni filtration. Le domaine reçoit ses visiteurs sur rendez-vous.
De trente mois à cinq ans sur lies fines
Le domaine prend son temps à l’élevage. Les rouges restent de longs mois sur lies fines, le plus souvent en cuve béton. La durée change avec le millésime : 30 mois pour la Réserve 2016, 40 mois pour la 2015, cinq ans pour la 2018, mise en bouteille en mars 2024.
Le Mont Bayon suit la même logique, avec quatre ans pour le 2018 et 48 mois pour le 2019. Quelques cuvées passent par le bois. In Fine 2012 a vieilli 47 mois dans un seul demi-muid, soit 490 bouteilles. Le Gigondas 2001 a passé plus de trois ans en vieux foudres de chêne.
Des millésimes de plus de vingt ans à la boutique
La boutique du domaine propose encore des vins anciens à côté des millésimes récents. On y trouve le Mont Bayon 1999 et 2004, le Gigondas 2001 Le Pourra et le Gigondas 2003 In Fine. Ce dernier a connu 44 mois en barrique, puis 10 années sur lies fines en cuve béton.
Mix…Terres puise aussi dans les vins anciens. La cuvée est née d’une longue dégustation des vins encore en élevage. Elle assemble les deux terroirs sur d’anciens millésimes, 2003, 2004 et 2008, avec 10 à 20 ans d’élevage en moyenne. Elle sort en Vin de France.
Des rouges de garde, du Gigondas au Vin de France
La Réserve et Antipode, les Gigondas du Pourra
Le Gigondas La Réserve assemble 70 % de grenache, 15 % de syrah et 15 % de mourvèdre. Le millésime 2016 sent la réglisse, les fruits noirs, la truffe et le cuir. En bouche, quelques notes minérales allient puissance et fraîcheur. Le domaine conseille de le garder 10 à 15 ans.
La cuvée a reçu une médaille d’or au Concours international des vins biologiques de Paris 2017, le concours Amphore, pour le millésime 2014. Le millésime 2017 a obtenu une médaille d’argent au Challenge Millésime Bio 2022.
Antipode donne plus de place à la syrah : 60 % de grenache, 25 % de syrah et 15 % de mourvèdre. Le 2019 déploie des notes de fruits noirs, de cuir, d’épices et de réglisse. Le vigneron le destine à la garde, sans interdire de l’ouvrir dès maintenant à qui aime la puissance.
Mont Bayon et les cuvées hors appellation
Côté Séguret, le Mont Bayon repose sur 85 % de grenache, complété à parts égales de syrah, de cinsault et de mourvèdre. Le 2019 offre une bouche épicée, sur les fruits rouges, intense et onctueuse. Ses tanins restent présents mais affinés, avec quelques touches minérales.
D’autres cuvées sortent en Vin de France. L’Exclu 2015 vient des lieux-dits Lacombe et Mont-Bayon, avec 95 % de grenache. Récolté fin septembre 2015, il n’a été mis en bouteille qu’en avril 2019. Ma P’tite Pause, un vin de copains, a valu au vigneron la reconnaissance des amateurs de vins naturels au début des années 2010.
La gamme compte aussi un rosé de Séguret, B…Attitude, et un blanc, Résurgence.



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