Domaine Jean Becker
Sommaire
- Quatre siècles de Becker sur la butte de Zellenberg
- 1610, un chef de milice devenu vigneron
- Du négoce vers Berlin à la maison Nicolas
- Martine, Jean-Philippe et Jean-François aux commandes
- Le bio en 1999, malgré les mises en garde
- Toute l’exploitation convertie d’un coup
- Compost maison, engrais verts et taille Guyot Poussard
- Une charte alsacienne pour vinifier en bio
- Cinq grands crus autour d’une butte de grès calcaire
- Une vingtaine d’hectares de Ribeauvillé à Kaysersberg
- Le Froehn, sur les flancs de la butte
- Schoenenbourg, Sonnenglanz, Mandelberg et Schlossberg
- 51 grands crus et des lieux-dits candidats
- Du Riesling de garde au Gewurztraminer orange
- Levain maison et pas de soufre au pressoir
- Des blancs de terroir aux vendanges tardives
- Vins orange, pétillant naturel et Syrah à l’essai
- Pousser la porte du caveau de Zellenberg
- Balades dans le Froehn et visites sur l’histoire familiale
- Un gîte au village et une halte pour camping-cars
Quatre siècles de Becker sur la butte de Zellenberg
1610, un chef de milice devenu vigneron
Le Domaine Jean Becker est un domaine viticole bio d’Alsace, installé à Zellenberg dans le Haut-Rhin. La famille y est établie depuis 1610. Avec douze générations, elle compte parmi les plus anciennes familles de vignerons alsaciens. Son histoire se confond avec celle du village, fondé sur une butte par des moines au IXe siècle.
Le premier nom connu est celui de Georg Beckher (1590-1666). Bourgeois de Zellenberg, il garde les chemins de ronde du village. Il est nommé chef de la milice de Ribeaupierre. On sait peu de chose de ses descendants avant 1848. Ils sont toujours mentionnés comme propriétaires de vignes et se succèdent de père en fils.
Du négoce vers Berlin à la maison Nicolas
En 1848, François-Joseph crée un commerce de vins d’Alsace. Faute de place dans l’enceinte du village, il s’installe en contrebas du Schlossberg et y construit l’actuelle maison verte. Son successeur Jean-Ernest, ingénieur diplômé de Geisenheim et maire du village, exporte le vin en fûts vers Berlin : l’Alsace est allemande depuis 1870.
Le phylloxéra l’oblige à replanter toutes ses vignes. En 1918, le retour de l’Alsace à la France lui fait perdre ses clients berlinois. Il se tourne vers Paris et y trouve un client de taille, la maison Nicolas.
Son fils Joseph, maire à son tour, élève le premier ouvrage en béton armé du village. C’est toujours le plus grand bâtiment de l’exploitation, avec le chai et le vendangeoir. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Jacques (1926-2004) replante les vignes endommagées. Il complète la cuverie et modernise l’exploitation.
Martine, Jean-Philippe et Jean-François aux commandes
Vers 1980, ses trois enfants lui succèdent. L’Alsace vit alors un tournant : le premier grand cru a été nommé en 1975, les premières vendanges tardives datent de 1983. La fratrie en profite pour revoir les principes de la maison. Elle réduit nettement les rendements et mise sur les vins de terroir, les grands crus et les vendanges tardives.
Chacun a son rôle. Martine accueille les visiteurs, les initie à la dégustation et représente les vins Becker dans les salons, en France et à l’étranger. Jean-Philippe, œnologue et distillateur, officie au chai et s’intéresse de près à la géologie. Jean-François assure l’embouteillage et les expéditions, et pilote les pressoirs pendant les vendanges.



Le bio en 1999, malgré les mises en garde
Toute l’exploitation convertie d’un coup
Dès 1980, la fratrie adopte une agriculture raisonnée, qui limite les intrants chimiques et les traitements. En 1999, elle va plus loin : l’ensemble de l’exploitation passe à l’agriculture biologique, malgré les mises en garde de nombreux confrères. Toutes les parcelles sont certifiées depuis 2001, sous le contrôle d’Ecocert.
Depuis, la fratrie relève de nouveaux défis, à la vigne comme à la cave. Elle le dit elle-même : ses pratiques se rapprochent de plus en plus de celles de la biodynamie.

Compost maison, engrais verts et taille Guyot Poussard
La taille a récemment changé pour le Guyot Poussard, plus exigeant, qui respecte mieux les flux de sève. Les sols reçoivent un compost maison, fait de restes de pressurage enrichis de fumier de ferme. Des semis d’engrais verts, céréales et légumineuses, fixent l’azote de l’air et limitent l’érosion en hiver.
Aucun désherbant chimique n’entre dans les vignes. Les sols sont entretenus par des labours superficiels et par fauchage. Pour protéger le feuillage, le domaine s’en tient à la bouillie bordelaise, au soufre, aux infusions de plantes et aux extraits d’algues. Au Schlossberg, la parcelle en terrasses est entièrement labourée au cheval.
Une charte alsacienne pour vinifier en bio
Le bio ne s’arrête pas à la vigne. L’OPABA, l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique alsacienne, a élaboré une charte régionale de vinification bio. 33 viticulteurs l’ont signée au moment des vendanges 2010. Elle fixe des teneurs maximales en sulfites inférieures aux seuils européens.
Martine Becker y voyait alors « une réponse locale à l’échec de la mise en place d’un cahier des charges de vinifications biologiques européennes ». L’office de tourisme du Pays de Ribeauvillé et Riquewihr range aujourd’hui les vins du domaine sous le label Vinabio Alsace, le logo né de cette charte.
Cinq grands crus autour d’une butte de grès calcaire
Une vingtaine d’hectares de Ribeauvillé à Kaysersberg
Le vignoble couvre une vingtaine d’hectares autour de Zellenberg. Il s’étend jusqu’à Riquewihr, Ribeauvillé, Hunawihr, Beblenheim, Mittelwihr et Kaysersberg. Le village occupe un mamelon de grès calcaire qui culmine à 300 mètres, à l’est de Riquewihr.
Les parcelles reposent sur des sols très variés : calcaires, marneux, argileux, limoneux, gréseux ou granitiques. Le massif vosgien les abrite. D’une colline à l’autre se forment des microclimats, et la famille compose ses vins de terroir à partir de ce patchwork.
Le Froehn, sur les flancs de la butte
Le Froehn est le grand cru de Zellenberg. Il couvre 14,60 hectares sur les flancs sud et sud-est de la butte. Son sol argilo-marneux du Lias mêle des marnes schisteuses gris foncé et de fins lits calcaires blancs. Dans son ouvrage de référence, Médard Barth le citait parmi les meilleurs crus de son temps.
Le domaine y cultive le Riesling, le Pinot gris, le Muscat et le Gewurztraminer. Selon la famille, l’acidité fine du Froehn se change en salinité avec le vieillissement. Ses parcelles de Pinot noir de plus de 20 ans donnent aussi le Rouge F, que la maison présente comme son rouge incontournable.
Schoenenbourg, Sonnenglanz, Mandelberg et Schlossberg
Quatre autres grands crus complètent l’ensemble. Le Schoenenbourg, au nord de Riquewihr, pousse sur des marnes du Keuper et se prête aux vendanges tardives. Le Sonnenglanz, « éclat du soleil » en alsacien, forme à Beblenheim un plateau de 32 hectares au microclimat très solaire.
Le Mandelberg, la « colline des amandiers », domine Mittelwihr sur des sols bruns calcaires chargés de galets. Le Schlossberg, à Kientzheim, occupe le flanc sud de la vallée de Kaysersberg. Sa forte pente granitique impose une culture en terrasses.
51 grands crus et des lieux-dits candidats
Ces cinq terroirs font partie des 51 AOC Alsace Grand Cru, délimitées par l’INAO entre 1975 et 2007. Quatre cépages y sont généralement admis : Riesling, Muscat, Pinot gris et Gewurztraminer. Le rendement de base y est fixé à 55 hl/ha, quel que soit le cépage.
Le domaine travaille aussi trois lieux-dits nés du Lias : Kronenburg, Rimelsberg et Grafenreben. La famille les tient pour de futurs premiers crus, déposés auprès de l’INAO. L’Alsace prépare de fait une appellation « Alsace cru », entre communales et grands crus. Les sept premiers dossiers, parvenus à l’INAO en 2025, ne concernent pas ces trois lieux-dits.
Du Riesling de garde au Gewurztraminer orange
Levain maison et pas de soufre au pressoir
Les vendanges se font exclusivement à la main, avec un tri à la vigne. Les raisins rejoignent vite le pressoir, le plus souvent entiers et sans soufre. Pour les blancs, les derniers jus, moins qualitatifs, sont écartés. La fermentation part d’un levain maison, préparé à partir de raisins cueillis une semaine avant les vendanges.
La plupart des blancs s’élèvent ensuite six à neuf mois sur lies fines. Le domaine réduit au maximum l’apport de sulfites et laisse travailler les levures présentes sur la peau des raisins. Au Sonnenglanz comme au Froehn, certains Pinot gris sont vinifiés « à la bourguignonne », neuf mois en pièces de chêne.
Des blancs de terroir aux vendanges tardives
Chez les Riesling, chaque lieu-dit imprime sa marque. Le Grafenreben, le plus calcaire des lieux-dits, donne un nez d’agrumes et une bouche concentrée. Le Kronenburg, plus argileux, se montre gras avec une finale saline. Les Gewurztraminer et Pinot gris du Rimelsberg ou du Sonnenglanz penchent vers la richesse : fruits exotiques, épices, notes fumées.
Certaines années, le domaine élabore des vendanges tardives et des sélections de grains nobles. Une sélection de grains nobles de Riesling du Froehn, récoltée le 21 novembre 2008, a ainsi été mise en bouteille en 2010 pour les 400 ans du domaine. Plusieurs Gewurztraminer portent le sigille de qualité de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace.
Vins orange, pétillant naturel et Syrah à l’essai
La gamme « Nature » est née du goût de la famille pour l’expérimentation. Ces vins ne reçoivent plus qu’une dose minimale de soufre. Le Gewurztraminer y devient un vin orange sec, macéré sur ses peaux. Le Pinot gris macéré prend une robe d’un rose vif, et un crémant nature se passe de tout dosage.
Le Tutti Frutti, pétillant naturel, assemble Muscat, Chasselas et Pinot auxerrois. La famille a aussi planté de la Syrah, venue du sud de la France, pour s’adapter au réchauffement et étudier son association avec ses terroirs. Jean-Philippe distille enfin des eaux-de-vie, dont un marc de Gewurztraminer tiré du vin bio du domaine.
Pousser la porte du caveau de Zellenberg
Balades dans le Froehn et visites sur l’histoire familiale
Au caveau, on déguste avant d’acheter, et les groupes viennent sur réservation. Au fil de l’année, le domaine propose des animations d’écotourisme, des balades d’été dans les vignes et des conférences thématiques. Pendant les Journées du patrimoine, les visites racontent l’histoire de la famille Becker et du vin d’Alsace.
Martine Becker est médaillée d’or du tourisme français et a été Grand Maître 2018 de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace. Dans la cave reposent des foudres bicentenaires. Le sentier viticole Géo Vino, lui, parcourt le Grand Cru Froehn.
Un gîte au village et une halte pour camping-cars
Pour prolonger le séjour, la famille loue à la semaine un gîte labellisé Gîtes de France, Le Gourmet. Le domaine est aussi membre de France Passion pour l’accueil des camping-cars. Les commandes peuvent être livrées en France comme à l’étranger.
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